TITRE VIII. — MALADIES DES GLANDES SALIVA IHES
avec le nitrate d'argent. — Tisserand (Joséphine), 16 ans, couturière, esl entrée le 24 janvier 1851 à l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Marthe, n° 14.
Constitution lymphatique ; réglée depuis quatre ans.
Au mois de juin dernier, une petite tumeur ronde apparut derrière l'incisive latérale gauche, tumeur que la malade perça avec une épingle, et qui s affaissa un instant après la sortie du liquide, pour reparaître bientôt plus considérable. Au bout de 36 heures elle avait acquis le volume d'une petite noisette. Elle s'ouvrit spontanément et se reforma quelques jours après. Ces alternatives de développement et de disparition se renouvelèrent plusieurs fois jusqu'au mois d'octobre. A cette époque la malade entra à l'hôpital.
On remarqua alors une tumeur située derrière la canine gauche inférieure et l'incisive correspondante, sur le trajet du canal deWarthon et à la partie latérale de la langue qui se trouve soulevée de manière à gêner la mastication et la phonation. Cette tumeur est arrondie et rétrécie à sa base. Tous les points du kyste n'ont pas la même densité; quelques-uns sont minces, bleuâtres et transparents. On tente inutilement de faire pénétrer une soie de sanglier dans le canal de Warthon ; mais en sondant avec le stylet d'Anel on reconnaît que la tumeur est indépendante de ce canal. Glandes maxillaires à l'état normal.
Jusqu'au 24 février, il y eut une série non interrompue de ruptures et de reformations spontanées du kyste. Il fallait trente heures, en moyenne, à la tumeur pour arriver à son maximum de développement. L'ouverture spontanée avait habituellement lieu quand la malade parlait ou mangeait.
24 février. — Opération. M. Chassaignac, regardant la tumeur comme produite par le développement exagéré d'un follicule, excise une portion delà paroi dans le but d'empêcher la cicatrisation des bords de la plaie et l'oblitération de l'orifice du follicule. Le premier coup de bistouri donne issue à un liquide transparent et met à découvert le fond de la tumeur qui s'étend en arrière jusqu'au niveau de la première grosse molaire.
Le soir, un peu de rougeur, de gonflement et de .douleur se manifestent sur le point où siégeait la tumeur.
26 février. — Légère augmentation de la tumeur qui ne tarde pas à reprendre son volume primitif.
Jusqu'au 18 avril il y a eu cinq à six récidives. Seulement la tumeur au lieu de disparaître subitement comme dans l'origine, s'affaissait lentement, comme si le liquide s'exprimait de la poche par un orifice très-étroit
10 mat. — La tumeur a le volume d'une balle de fusil. Elle est située derrière l'incisive latérale gauche et se perd en arrière en diminuant insensiblement de volume. Sa couleur générale est celle de la muqueuse buccale, mais à sa partie la plus antérieure elle présente quelques points d'un bleu noirâtre, luisants, plus minces que le reste de la paroi. — D'un seul coup de ciseaux on enlève la paroi de la tumeur jusqu'aux points où elle se continue avec le plancher de la bouche. 11 s'écoule un liquide brunâtre, homogène. On voit après l'opération une petite fossette oblongue dans le sens de la tumeur et dont le fond présente un reflet gris bleuâtre.
1 1 mai. — Le pourtour de la fossette a diminué d'étendue.
12 mat. — Cautérisation de la cavité et de ses bords avec le nitrate d'argent
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43 et 14 mai. — Nouvelles cautérisations. La dépression a presque disparu. i 5 mai. — Excat.
L'observation suivante me parait encore de nature à jeter une assez vive lumière sur l'histoire de la grenouiilette.
Obs. — La nommée Marguerite, giletière, âgée de 24 ans, vient à la consultation de l'hôpital Saint- Antoine, le 18 octobre 1849, pour une tumeur qui soulevait la muqueuse de la région sublinguale gauche. Le désir d'étudier cette tumeur qui avait à peine le volume d'une petite noix, me porte à faire rester la malade à l'hôpital. Elle est placée au n° 7 de la salle Sainte* Marthe.
Le lendentain je cherche, au moyen d'un stylet, à pénétrer dans cette tumeur qui était transparente. Après quelques tâtonnements, le stylet est introduit. Je le pousse dans la direction habituelle du canal de Warthon, mais arrivé i 0m,027 à peu près de l'oriûce antérieur de cette poche, le stylet en ressort i l'intérieur de la bouche et toutes les tentatives pour retrouver la suite d'un conduit restent sans succès. Immédiatement après cette perforation du fond du kyste, celui-ci s'affaisse complètement, mais les jours suivants il reste dans le lieu qu'avait occupé le kyste, une petite induration facile à sentir par le toucher.
Le point important était de déterminer quelles étaient les relations de ce kyste avec le canal de Warthon. Ce ne fut qu'au moyen du stylet d'Aoel que je parvins, après bien des tentatives, à pénétrer dans le canal de Warthon et à le sonder jusqu'à la glande. C'est alors qu'il devint facile d'apprécier par un cathétérisine simultané, la position respective du canal excréteur et du kyste sublingual. Les deux instruments marchaient dans une direction parallèle; mais le kyste était au-dessus et un peu en dehors du canal de Warthon.
Quelle est donc la signification réelle de ce kyste? Elle ne nous parait pas autre que celle-ci. C'est un follicule de la muqueuse buccale à orifice tourné en avant, et qui par des causes à nous inconnues, ou par suite d'une conformation congéniale, se prolongeait longitudinalemont d'avant en arrière, de manière à porter son fond jusque vers la glande sous-maxillaire en marchant presque adossé au canal excréteur de cette glande.
Avec peu d'attention, avec des difficultés pareilles à celles que nous avons éprouvées pour sonder le canal de Warthon, il n'est pas douteux qu'on n'eût attribué cette espèce de grenouiilette à une dilatation de ce canal.
Nous croyons que ce fait vient ajouter une variété nouvelle aux fausses grenouillettes. C'est la dilatation d'un follicule muqueux en forme de kyste sublingual.
Dans la séance du 26 septembre 1849, j'ai communiqué à la Société de chirurgie, un fait de kyste sublingual simulant une grenouiilette, et qui était accompagné d'une fistule du canal de Warthon. J'avais tenté d'opérer le kyste en cherchant à l'énucléer des tissus environnants. La dissection fut assez facile jusqu'au point où le kyste adhérait au canal de Warthon, la
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où ce conduit était le siège d'une fistule. Les parois de la tumeur furent rompues vers ce point, et donnèrent passage à un liquide analogue à de la synovie. Le doigt, introduit dans la cavité du kyste, permit de reconnaître que, dans la région sus-hyoïdienne, ce kyste était tout à fait souscutané. L'énucléation échoua en raison du volume du kyste; mais je crus pouvoir tirer de ce fait les conclusions suivantes :
4° Le kyste sublingual simulant la grenouillette est assez lâchement uni à la muqueuse buccale pour pouvoir être facilement ésmeléé*
S* l/énacléatloa pourra être employée avec avantage quand on aura affaire à des kystes peu volumineux ;
3* Le peu d'épaisseur des parties qui recouvrent inférieurement le kyste dam la région cervicale, quand il a acquis un certain développement, permettra de faire pénétrer l'injection iodée par la région sous-mentale, dans le but d'éviter les accidents ri* intoxication qui pourraient résulter de ce mode d'opération pratiquée par l'intérieur de la bouche ;
4° La pression des dents sur la tumeur peut déterminer l'ulcération et l'état fistuleux du canal de Warthon qui est repoussé au côté externe par la saillie du kyste..
5° Un mode d'exploration qui augmente la précision du diagnostic différentiel entre les engorgements de la glande sous-maxillaire et les engorgements purement ganglionnaires de cette région, consiste à se guider sur le trajet du canal de Warthon pour arriver jusqu'à la glande et à pincer cette dernière entre un doigt placé sur elle à l'intérieur de la bouche, et un doigt appliqué extérieurement dans la région sous-maxillaire.
Extraction des calculs sallvalres.
L'opération consiste en une simple incision des parois du conduit, incision pratiquée sur le calcul dont on a préalablement reconnu la présence à l'aide du doigt ou d'un stylet.
Je citerai comme exemples de cette opération les observations suivantes :
Obs. — Inflammation aiguë et suppurative du canal de Warthon produite par la présence d'une concrétion organique dans ce conduit. — Guérison prompte par ï extraction de cette concrétion. — Gravier (Jean), 25 ans, est entré le 20 juin 1844 à l'hôpital Necker, salle Saint-Pierre, n# 27.
Cet homme s'est présenté tout d'abord à la consultation dans un état d'anxiété tout particulier. Depuis deux jours il éprouvait de grandes difficultés pour avaler; il accusait un sentiment de strangulation et une douleur vive au dessous du côté droit de la mâchoire. La face était rouge et injectée. Une tumeur très-dure, du volume d'un œuf, ressemblant au premier abord à une masse ganglionnaire engorgée, se faisait sentir au dessous et en avant de l'angle de la mâchoire inférieure.
L'examen de la cavité buccale n'ayant fait reconnaître aucun engorgement
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des amygdales, aucune fausse membrane au fond de la gorge et la pression sur le pharynx n'étant plus douloureuse, le doigt fut promené sur la langue et sur toutes les parois de la bouche. En explorant le plancher de la cavité buccale, on constata une saillie rénitente siégeant au dessous de la langue et marchant parallèlement à la branche droite de la mâchoire inférieure. M. Chassaignac reconnut aussitôt une distension du canal de Warthon, en un mot une greaonlllette vraie à l'état aigu avec rétention de salive dans la glande sousmaxillaire qui était dure, volumineuse et très-sensible à la pression.
Ce malade ayant été immédiatement admis dans les salles de chirurgie fut examiné de nouveau à la visite du 21 juin.
En faisant écarter les mâchoires autant que cela était possible à raison de la douleur qui se faisait sentir lors de l'abaissement du maxillaire inférieur, ou aperçut un point blanc semblable à un aphthe siégeant du côté droit, précisément dans le lieu où vient s'ouvrir le canal de Warthon. Cette plaque blanchâtre et d'aspect pur i forme avait les dimensions d'une petite lentille et semblait n'être autre chose qu'une ulcération de la muqueuse buccale à l'orifice du conduite la glande sous-maxillaire.
L'extrémité d'un stylet mousse ayant été portée sur cette plaque blanchâtre donna la sensation d'un corps dur, et en poussant l'exploration plus loin, M. Chassaignac reconnut que ce corps remplissait le canal de Warthon à partir de son orifice libre jusque dans une étendue de 0m,0U à 0",0I3.
La pointe aiguillée du stylet ayant été légèrement recourbée avec une pince et introduite dans le canal, on parvint à faire sortir à l'aide de grandes précautions et par des mouvements bien ménagés un corps blanc jaunâtre assez ferme et résistant pour conserver sa forme, non pas dur à l'égal d'un calcul, nuis offrant l'aspect dune concrétion organique bien cohérente et renfermant à son centre une cavité dans laquelle on ne rencontra aucun corps étranger. Cette concrétion, de forme cylindroide, avait en épaisseur les dimensions d'un noyau de cerise, mais en longueur elle en avait le double.
En même temps que le calcul sortit un flot de salive mélangée de pus.
Après l'extraction complète de la concrétion, le stylet fut introduit de nouveau dans le canal de Warthon évidemment dilaté et où il se mouvait trèslibrement; puis des mouvements en divers sens furent exécutés, à reflet de chercher s'il n'existait point dans le conduit quelque corps étranger qui eût servi de noyau à la matière dont il a été question.
A partir du moment où le canal de Warthon fut désobstrué, le malade éprouva un soulagement manifeste et affirma qu'il se sentait guéri. Cependant la glande sous-maxillaire resta encore tuméfiée les deux jours suivants; pub son volume s'étant réduit de plus en plus et le malade ne voulant pas rester plus longtemps à l'hôpital, sa sortie lui fut accordée.
Cette observation, à laquelle nous ajouterons les résultats de l'examen microscopique de la matière extraite du conduit de Warthon, nous a para curieuse à plus d'un titre. Et d'abord par la nature de la concrétion ; car il n'est pas commun d'en trouver de ce genre ; puis par la rapidité de sa formation, puisque le malade nous affirma que c'était seulement de deux ou trois jours que datait le commencement des accidents éprouvés par lui;