FISTULES OSTÉOPATHIQUES DE LA JOUE
Les affections carieuses ou nécrosiques des os maxillaires peuvent donner lieu à des fistules ostéopathiques de la joue pour lesquelles j'ai propos le mode opératoire suivant :
Couper toute l'épaisseur de la bride qui fait adhérer la joue à l'os malade et qui donne lieu à une dépression de celle-ci en cul de poule ; ne pas se contenter de couper le cylindre de la fistule, mais couper en même temps tonte la gangue ou atmosphère indurée qui l'entoure.
D'un seul trajet fistuleux on en fait deux, ou d'un même cylindre on fait deux tronçons. Il ne reste plus qu'à oblitérer l'un et à abandonner l'autre à.lui-même pour le laisser se cicatriser à loisir.
Quoique la section de la bride creuse géno-maxillaire par le bistouri ne soit pas une opération bien grave, cependant, comme cette section pourrait devenir l'origine d'une hémorrhagie, j'ai eu recours dans certains cas à l'écrasement linéaire. Quand on veut recourir à ce moyen, le passage de la chaîne autour de la bride creuse s'exécute au moyen d'un trocart fortement recourbé et de la petite bougie conductrice dont je fais un si fréquent usage dans les opérations par écrasement.
Ce point de pratique offrant un certain intérêt, nous croyons devoir présenter ici le résumé d'un travail que nous avons publié sur les fistules ostéspathiques de la face dans le Bulletin général de thérapeutique (nM 45 sept, et 15 nov. 1851) et dans notre Traité de la suppuration (t. II, p. 185).
Le mécanisme selon lequel se produisent les fistules qui succèdent aux abcès sus-maxillaires ostéopathiques est le suivant.
Une dent se carie à la mâchoire supérieure. La carie est abandonnée à
elle-même, ou bien, dans une tentative d'avulsion qui n'aboutit pas, on II. st
498 SECT. V. — OPÉR. SUR L'APPAKEIL BUCCO-PHARYNGIEN.
casse la dent et on laisse la racine tout entière ou une partie de la racine dans l'alvéole. Sous l'influence de la carie dentaire, surtout quand elle siège au collet de la dent, le périoste alvéolaire s'enflamme et se décolle. Il survient alors une maladie de l'os, carie ou nécrose, suivant les cas.
Le plus habituellement, la sécrétion purulente se fait jour directement dans la cavité de la bouche, et alors il n'y a pas fistule proprement dite, il y a ce que j'appelle fonticule buccal.
Si, au contraire, l'altération osseuse occupe la partie la plus profonde de la cavité alvéolaire et non les bords de cette cavité, si elle se rapproche de cette maladie que j'ai décrite sous le nom de carie alvéolaire latente (Gazette des hôpitaux, n° 9 septembre 4843), le pus, qui s'est formé à une assez 'grande profondeur, a, pour ainsi dire, autant de tendance à se faire jour dans le tissu cellulaire de la joue qu'à refluer vers la cavité de la bouche.
Il se forme donc, à la face externe de l'os maxillaire supérieur, une agglomération de pus. Cet abcès peut s'ouvrir directement à l'intérieur de la bouche, et, comme la suppuration ne cesse pas, entretenue qu'elle est par l'altération osseuse, il y a dès lors fistule ouverte à la surface d'une muqueuse, fistule dont le malade ne s'aperçoit pas toujours, parce qu'elle ne cause aucun trouble bien notable et surtout pas de difformité, en sorte que les secours de l'art ne sont même pas réclamés, du moins dans un grand nombre de cas.
Il est très-probable, il est même certain que des fistules de ce genre sont fréquentes, et qu'elles guérissent par les seuls efforts de la nature, sa» que le malade ni le médecin se soient jamais doutés de leur existence. Mais quelquefois, et par suite de causes qui ne sont pas toujours bien connues, le pus, au lieu de pénétrer directement dans la cavité de la bouche, passant par-dessus le godet muqueux que forme la membrane buccale eu se réfléchissant de la face interne de la joue sur l'os maxillaire, vient se faire jour à travers la peau de la joue, et alors la fistule cutanée est établie. Une induration inodulaire ne tarde pas à convertir le trajet fistuleux en une bride souvent fort épaisse, qui de la face interne de la joue se rend à l'os maxillaire. Cette bride, qui, par suite de la propriété rétractile inhérente aux tissus inodulaires, tend sans cesse à se raccourcir, rappelle fortement la peau contre l'os et donne lieu à une dépression en cul de poule, qui est excessivement disgracieuse et de laquelle s'échappe, surtout au moment de la mastication, un fluide purulent et séreux, qui souille la surface de la joue et devient une cause permanente de dégoût et de malpropreté.
Dans les principes qui dirigent habituellement le chirurgien pour le traitement des fistules, c'est à la cause directe, c'est au point de départ de ces fistules, qu'il faut s'attaquer. L'indication serait donc ici de guérir la lésion osseuse, de faire disparaître les causes qui l'entretiennent. Mats si, dan>