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TITRE VIL — CORPS ÉTRANGERS DANS L'OESOPHAGE

paroi de l'œsophage, fit usage du moyen suivant : le fil qui tenait encore à l'hameçon fut passé au travers d'une balle de plomb percée que Ton fil descendre par son propre poids jusque dans l'oesophage ; puis ce fil ayant été engagé dans un roseau qu'on poussa sur la balle, le chirurgien, en pressant sur cette tige, fit descendre l'hameçon dont il appliqua la pointe sur la ballu, en tirant sur le fil et en poussant sur le roseau.

Refoulement, — L'extraction doit être la règle, et il ne faut considérer que comme un pis aller la manœuvre qui consiste à dévaler le corps étranger vers l'estomac; néanmoins, quand on a reconnu l'impossibilité de saisir le corps étranger et de le ramener au dehors, on doit procéder au refoulement.

Il importe de savoir, pour le sufccès des manœuvres que nous allons indiquer, que c'est à la partie supérieure et à la partie inférieure de l'œsophage que les corps étrangers sont le plus susceptibles de s'arrêter, parce que c'est dans ces deux points et surtout au dessus du cardia que l'œsophage est le plus dilatable.

La sonde œsophagienne est, de tous les instruments qui ont été proposés, un de ceux qui nous paraissent les plus propres à refouler vers l'estomac les corps étrangers arrêtés dans l'œsophage. A défaut de sonde œsophagienne, un paquet de bougies urétrales, solidement lié en forme de faisceau, est appelé à rendre des services réels, par cela seul qu'on peut proportionner le volume du faisceau à la dimension des parties.

En avril 1854, j'ai eu à soigner un malade nommé Boscher (Louis), âgé de 50 ans, demeurant rue Rochechouart, n° 11, chez lequel un corps étranger d'un certain volume s'était arrêté dans l'œsophage, au dessous de l'orifice supérieur du larynx. Il s'agissait d'un fragment de viande de bœuf, composé en tout ou en partie de cet élément fibreux qui, par la cuisson, prend une certaine élasticité, et que l'on connaît vulgairement sous le nom de tirant (tendon du bœuf bouilli). L'accident datait de vingt-six heures. Il n'y avait point de suffocation, mais on observait une grande anxiété, l'impossibilité d'avaler aucun corps soit solide soit liquide, une soif ardente, et une douleur vive répondant au dessous et un peu en arrière du sternum.

Deux ou trois heures après l'accident, de très-nomrbeuses tentatives avaient été faites, les unes dirigées par des hommes de l'art, les autres abandonnées aux inspirations des assistants. Rien n'avait pu déloger le corps étranger de sa position. Nous ne devons pas omettre de dire qu'on avait eu recours à la trop fameuse recette du poireau; mais, ainsi que le malade lui-même nous le faisait observer, l'instrument improvisé ne pouvait plus être mis en mouvement dès qu'il avait pénétré à une certaine profondeur, attendu qu'on n'avait plus pour manche que les portions herbacées qui forment la touffe du poireau. Le malade avait eu une prodigieuse exspuition de matières glaireuses.

Après avoir obtenu de lui et des personnes qui l'entouraient les renseignements qui pouvaient être utiles au point de vue du traitement, et après

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avoir appelé son attention sur la question de savoir s'il était bien sûr qu'il n'y eût pas d'os mêlé au morceau de viande, je me mis en devoir d'explorer la position du corps étranger et de l'extraire.

A cet effet, j'introduisis dans la bouche le dilatateur annulaire dont je fais habituellement usage, et, guidant le doigt sur la convexité de la spatule, j'atteignis les parties supérieures de l'œsophage bien au dessous de l'orifice supérieur du larynx. Résultat nul.

J'essayai ensuite avec une pince à polype d'amener le corps étranger à l'extérieur ; mais, ayant reconnu l'impossibilité de le saisir, je me décidai à le refouler vers l'estomac.

Je n'avais point de sonde œsophagienne, et voici à quel moyen j'eus recours : je me fis donner un paquet desept ou huit sondes urétrales élastiques, portant le n° 6. Je les réunis en faisceau, lout près de leur extrémité terminale, au moyen d'un fil. Ayant introduit de l'huile dans le pharynx du malade, j'y plongeai l'espèce de repoussoir élastique que nous venions de préparer. Je ne tardai pas à m'apercevoir que, malgré une pression assez forte, l'instrument manquait son but, parce que les sondes, n'étant liées entre elles qu'à leur extrémité, se courbaient en s'isolant les unes des autres. Je retirai l'instrument. Je liai solidement par deux autres anses de fil, le faisceau de sondes sur deux points de sa longueur, et je renouvelai ma tentative, qui eut alors un plein succès.

Le malade éprouva un soulagement instantané et put avaler immédiatement, sous nos yeux, trois grands verres de tisane. Il a été revu plusieurs jours après et n'a éprouvé aucune suite fâcheuse, soit de l'accident luimême, soit de l'opération.

J'avais eu d'abord la pensée qu'on pouvait employer la sonde œsophagienne ordinaire, comme moyen de refoulement; mais je crois que cet instrument n'a pas assez de volume pour servir utilement au but qu'on se propose, quand on a affaire à un corps plus ou moins spongieux, susceptible, dès lors, de se laisser traverser par des instruments d'un médiocre volume au lieu de subir un déplacement en masse.

TITRE VIII

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