TITRE IL — CICATRICES VICIEUSES
Chez un enfant, dont le petit doigt était tenu fléchi par une bride, ce doigt, après avoir été redressé par l'opération, n'arrivait pas en hauteur à la moitié du doigt voisin. Ce qui est fort remarquable dans les cas de ce genre, c'est que les jointures restent intactes, malgré leur longue immobilité ; mais cet état d'intégrité des articulations n'entraîne pas le rétablissement des mouvements aussitôt que la bride est coupée. Ainsi, par exemple, dans un cas d'adhérences entre le bras et F avant-bras par suite de brûlures datant de l'enfance, après qu'on a coupe la bride, pn ne peut pas encore allonger le membre ; l'obstacle vient des parties molles sous?* jacentes à la cicatrice, qui, ayant été arrêtées dans leur développement, ne présentent pas assez de longueur pour permettre l'extension.
Dans une semblable opération pratiquée sur un enfant pour une bride qui existait depuis plusieurs années, je divisai complètement le tissu modulaire, mais je ne pus étendre l'articulation sans produire des déchirures considérables du côté de la flexion. On conçoit que chez l'adulte dont le développement est complet au moment de l'accident, cette complication ne soit point à craindre.
Je conclus de ce qui précède que les opérations destinées à détruire les difformités suites de brûlures peuvent être retardées à voloaté eaes l'adulte, tandis que chez les eafaats 11 faat opérer le pla» tât possible» {Bull, de la Soc. de chir. Séance du 10 sept. 1856.)
On a proposé, dans certains cas de cicatrices vicieuses de la main, de faire le sacrifice volontaire d'un ou de plusieurs doigts, pour employer leurs téguments à la restauration de certaines pertes de substance.
Ce précepte, qui demande à être interprété avec beaucoup de tact et «Je circonspection, a été formulé par M. Verneuil et a donné lieu, entre les mains de MM. les professeurs Courty et Benoît de Montpellier, à d'heureuses applications pratiques.
L'extirpation de la totalité de la bride a été conseillée par Delpech. C'est un procédé qui diminue les chances de récidive et que nous avons employé plusieurs fois avec succès, pour des brides de la main, mais il n'est point applicable aux larges cicatrices ; de plus il expose aux dangers d'une inflammation grave.
On a encore proposé l'autoplastie comme moyen de traitement des cicatrices vicieuses.
Quand il y a possibilité d'emprunter des tissus sains pour former des lambeaux, ceux-ci peuvent être d'une utilité réelle. Mais nous ne saurions trop prémunir le chirurgien contre l'idée de faire entrer, pour si petite partie que ce soit, le tissu même des cicatrices de brûlare dans la composition des lambeaux autoplastiques. II n'y a pas de substanc plus défavorable pour la formation d'un lambeau que ce genre de cicatrice quelque ancienne et quelque bien arrêtée qu'elle paraisse dans sa tendance rétractile. A peine est-elle détachée des parties sur lesquelles elle
se trouve appliquée que le lambeau qu'elle représente, semblant puiser une nouvelle forée rétractile dans l'état de liberté qui vient de lui être fait, se réduit à des proportions de plus en plus exiguës et devient tout à fait inutile pour le but qu'on se proposait. J'ai eu occasion de vérifier ces assertions sur un jeune sujet que j'ai soumis en 1855 à une opération trèsgrave pour cicatrices de brûlure et que j'ai traité, rue Oudinot.
Ce jeune garçon, âgé de 42 ans, fils d'un entrepreneur de constructions à Alger, portait deux énorm es cicatrices, l'une qui unissait la face interne du bras au thorax, l'autre qui faisait adhérer dans le sens de la flexion l'avant-bras avec le bras. C'est dans l'attitude vicieuse provoquée par ces cicatrices que s'étaient passées plusieurs années durant lesquelles le développement général de l'enfant avait marché, tandis que les parlies enchaînées par la bride inodulaire étaient restées atteintes d'une atrophie relative. Comme la bride qui unissait le bras à l'avant-bras était épaisse, j'avais fondé beaucoup d'espoir sur le dédoublement de cette bride, dédoublement que je comptais opérer par sa face profonde. Mais, lorsqu'après avoir détaché la bride de ses adhérences profondes au moyen d'un petit couteau à amputation, je voulus m' assurer des ressources autoplastiques qu'elle pouvait offrir, je reconnus qu'il y avait insuffisance complète et qu'il fallait obtenir une cicatrice nouvelle pour la plus grande partie des surfaces qui venaient d'être dénudées.
La bride avait été détachée de haut en bas dans toute sa longueur eu ne laissant intacte que sa portion supérieure ou brachiale.
Lorsque après cette section je me mis en devoir de faire l'extension complète du coude, la bride qui, avant d'être coupée, recouvrait la moitié inférieure du bras et une grande portion de la face antérieure de l'avantbras, ne descendait plus, abandonnée à elle-même, qu'à 2 ou 3 centimètres au-dessous du pli du coude.
La partie antérieure de l'avant-bras se trouvait donc très-largement dénudée, non-seulement par la brièveté subite du lambeau longitudinal complètement détaché, mais encore pour une autre cause qu'il importe de signalera l'attention des chirurgiens.
On est assez porté à ne prendre garde dans ces sortes d'opérations qu'à la rétractilité de la bride modulaire considérée en elle-même. On ne se préoccupe pas assez de l'état de tension où se trouve la peau saine sur tout le reste du membre. Il résulte de là que non-seulement le tissu cicatriciel se rétracte pour son propre compte, mais que le tégument sain se retire également sur lui-même de telle sorte que l'étendue des surfaces dénudées se trouve pour ainsi dire doublée.
Chez le petit malade dont il s'agit la partie antérieure du membre thoracique droit, se présentait dépouillée de téguments dans une grande étendue, parce que, tandis que la bride cicatricielle s (Hait rétractée dans le sens longitudinal, l'élasticité de la peau avait reporté les deux lèvres de