CHAPITRE I. — MALADIES DES PAUPIÈRES. 37 i
ces lambeaux par la suture. Enfin il ne suffirait pas de diviser la paupière, mais elle devrait être décollée bien au delà de la limite ordinaire du cul-desac conjonclival, si Ton voulait se mettre en mesure contre les envahissements de la production modulaire.
Il faut dans l'opération du décollement suivre avec autant de régularité ijue possible les courbes normales de la cornée, et non pas, comme on l'a conseillé, en éloigner la pointe de l'instrument. Voici pourquoi : à la suite de l'opération, l'implantation des adhérences sur la cornée laisse des houppes cellulo-vasculaires qui ne s'effacent qu'avec lenteur. Moins on rase de près la cornée, plus ces houppes sont épaisses. Il est vrai qu'on peut immédiatement après le décollement saisir ces houppes avec des pinces et en effectuer la résection. Dans un article substantiel de sa Médecine opératoire, t. III, p. 367, M. Velpeau apprécie très-judicieusement cette merveilleuse histoire de Fabrice de Hilden sur une syrablépbarotomie par ligature, histoire que quelques ophthalmologistes ont reproduite et commentée avec un sérieux bien naïf.
AnkyloblépharoK.
L'opération par laquelle on détruit l'ankyloblépharon, c'est-à-dire, l'adhérence des paupières entre elles, est très-simple. Elle consiste à pratiquer avec le bistouri une ouverture en divisant les tissus couche par couche et à engager entre le globe de l'œil et les paupières une branche de ciseaux mousses, puis à sectionner le tissu qui réunit les deux paupières.
Les soins consécutifs ont ici une grande importance. U faut d'abord cautériser les lèvres de la plaie, puis introduire de temps en temps un stylet mousse entre les paupières, surtout du côté des commissures, pour éviter une réunion par première ou par seconde intention.
D'Ammon a" disséqué un lambeau de conjonctive et s'en est servi pour recouvrir la plaie ; application heureuse d'un procédé mis en usage pour les lèvres par Dieffenbach.
BlépbarophimosU .
J'ai observé, comme conséquence des diverses espèces d'ophthalmies (kératite, iritis, etc.), un état de rétrécissement de l'ouverture oculaire qui subsiste plus ou moins longiemps après la cessation complète de Topbthalmie.
Voici dans quel état se présentent les malades chez lesquels on observe cette particularité. La paupière supérieure, au lieu de s'élever d'un degré égal et symétrique à celui de la paupière du côté opposé, semble rester lourde et paresseuse, de manière à donner quelque chose de contraint et de disgracieux à la physionomie. On examine l'œil, on le trouve parfai-
temcnl sain. Ou renverse les paupières pour eu examiner la face interne; on n'y trouve aucune ulcération, et Ton se demande quelle peut être la cause de cet état particulier de la paupière.
Parmi les circonstances qui pourraient rendre compte de cet état, on peut invoquer les suivantes :
1° L'habitude contractée par le malade depuis un temps plus ou moins long de fermer, soit complètement, soit incomplètement l'œil du coté affecté. C'est un fait d'observation que, quand une action musculaire a élé soutenue pendant un certain laps de temps elle a de la tendance à se continuer même en l'absence des causes qui l'avaient provoquée.
2° Chez les individus atteints d'une oph thaï mie exclusivement bonite aux parties constituantes du globe de l'œil sans lésion des paupières il est si commun de voir ces voiles membraneux s'engorger plus ou moins pendant les ophthalmies que l'on pourrait attribuer à un reste d'engorgement palpébral le phénomène dont nous nous occupons en ce moment.
3° Enfin y aurait-il, par suite des conditions anormales dans lesquelles ont été placées toutes les dépendances de l'œil durant les ophthalmies, une paralysie incomplète du releveur de la paupière supérieure. Voilà ce qu'il nous serait très-difficile de décider.
Le 8 mai 1844, j'ai eu occasion de traiter à l'hôpital Necker, une fille de vingt-cinq ans. exerçant la profession de couturière. Elle était atteinte d'une contraction spasmodique du muscle orbiculaire des paupières. D'après la force avec laquelle les paupières étaient maintenues fermées, il y avait lieu de croire à une photophobie très-intense, et probablement à quelque lésion, soit de la cornée, soit de l'iris.
A raison de l'existence possible de Tune de ces lésions, je me décidai à employer l'ophthalmostat, à l'effet d'amener l'ouverture des paupières à un degré suffisant et pendant assez de temps pour observer l'état du globe de l'œil, en présomption d'une lésion photophobique de l'œi T. Cette malade présentait les traits caractéristiques des sujets atteints de scrofules, et Ton connaît la fréquence des ulcérations de la cornée chez les scrofuleux. On eut donc lieu d'être surpris de ne trouver après un examen complet des yeux avec l'ophthalmostat, aucune des lésions qui s'accompagnent de l'état spasmodique des paupières. Le moyen d'examen par l'ophthalniostat fut aussi dans cette circonstance le moyen de guérison ; car dès le lendemain les paupières s'ouvraient avec facilité.
Lorsque le rétrécissement de l'ouverture palpébrale ne peut être vaincu par l'ophthalmostat, il y a indication d'y remédier par une opération. La section simple ou sous-cutanée du muscle orbiculaire est insuffisante; il nous parait préférable d'inciser la commissure externe des paupières dans retendue de 0m,0l2 à 0°\014, puis d'aller saisir avec une pince la conjonctive que l'on fixe, à l'aide de plusieurs points de suture, sur les