CHAPITRE III
MALADIES DE l' APPAREIL LACRYMAL.
De la tomesr lacrymale commençante et de son traitement*
La tumeur lacrymale n'arrive dans un grand nombre de cas à suppuration que parce qu'elle n'est traitée dans son principe que d'une manière très-imparfaite. Nous avons dans un travail publié dans le Bulletin de thérapeutique (n* du 15 octobre 1853, t. XLV, p. 304) fait connaître les bases du traitement qui convient au début de la tumeur lacrymale. Nous les rappellerons ici brièvement.
C'est à la méthode de Laforêt que nous avons demandé les moyens d'agir directement sur l'état pathologique dont il est ici question. Cette méthode consiste, comme on sait, dans l'emploi des injections lacrymooasales pratiquées à l'aide du cathétérisme inféro-supérieur.
De nos jours Gensoul, de Lyon, est revenu à l'idée du cathétérisme inféro-supérieur, mais pour dilater et cautériser et non pour faire des injections comme moyen principal de traitement.
Nous avons repris la question au point de vue des injections et voici -comment nous y procédons :
La sonde de Gensoul ou celle de Laforêt ne pouvaient, du moins sans modifications préalables, servir utilement nos projets. L'orifice par lequel se terminent ces deux instruments est nécessairement de petite dimension ; or il faut savoir que, quand un orifice à écoulement de liquide, est petit, le plus léger obstacle, la simple pression d'une fongosité ou d'un repli muqueux, suffisent pour tenir en échec une force considérable employée à la propulsion du liquide.
Cet inconvénient est plus marqué encore dans l'emploi de la sonde de Gensoul que nous avons préférée parce qu'elle pénètre plus avant vers le
sac lacrymal. Nous avons donc été forcé de reconnaître que la sonde de Gensoul ne pouvait se prêter à des injections efficaces. On le comprendra facilement en faisant attention à la courbure un peu plus prononcée de eette sonde, courbure qui fait porter en quelque sorte fatalement l'orifice de l'instrument contre la paroi muqueuse.
Autre inconvénient de cette sonde. Si Ton y introduit une bougie élastique très-fine, cette bougie vient heurter, elle aussi, contre la paroi muqueuse et ne peut pas monter directement de bas en haut dans le sac lacrymal.
Pour remédier à ce double obstacle que rencontrent, soit le cathétérisme inféro-supérieur des parties les plus élevées du lacrymal, soit le jet du liquide qui s'arrête tout court, nous avons modifié l'instrument de Gensoul par l'addition d'une fenêtre latérale pratiquée sur la convexité de l'instrument près de sa pointe.
Au moyen de cette simple modification, il a été possible, d'une part, de faire pénétrer suivant la ligne verticale une bougie très-fine, d'autre part, de lancer directement et avec force le liquide contre l'intérieur du sac. L'agent de propulsion n'est autre chose qu'une pompe atmosphérique dont nous faisons journellement usage dans notre pratique chirurgicale. Cet appareil, dont le principe repose sur la compression de l'air, permet d'employer une force considérable et de lancer le liquide avec toute la vigueur qu'on peut désirer.
C'est à l'aide de ces dispositions que nous avons rendu possibles un lavage réellement efficace de l'intérieur du sac lacrymal et l'usage de douches qui sur le cadavre, et quand il n'existe aucune oblitération, viennent sortir avec force par les points lacrymaux, tandis que, quand il y a unétat pathologique, le liquide, surtout dans les commencements du traitement, vient seulement baigner la surface de l'œil sans jaillir à distance.
Le premier effet du traitement par les douches inféro-supérieures est de faire tomber la rougeur et l'état inflammatoire des téguments du sac lacrymal, de diminuer son ampleur, de modifier d'une manière très-sensible la goutte purulente volumineuse que la pression sur le sac faisait sortir par les points lacrymaux avant le début du traitement. Cette goutte tend chaque jour à devenir de moins en moins considérable et à présenter une prédominance progressive de l'élément muqueux sur l'élément purulent En sorte que, de tout à fait blanche et opaque qu'elle était au début, elle passe à l'état louche, puis enfin à l'état presque complètement transparent, et coïncidemment à ces changements du liquide, la tumeur s'affaisse et se guérit.
Timenr et Ittale lacrymales.
Si la tumeur lacrymale enflammée est arrivée à son summum de distension, et si l'ouverture spontanée du foyer purulent est inévitable, il faut