CHAPITRE III. — MALADIES DE L'APPAREIL LACRYMAL
passant, à l'aide d'un porte-aiguille, plusieurs bouts de fines épingles à insectes ; ces bouts d'épingles, préalablement recourbés, sont ensuite entourés avec des fils de coton que l'on coupe au ras de la plaie. Mais si, la réunion étant ainsi faite, il existe une certaine tension du côté du nez, il faut faire à la peau une seconde incision sur le côté opposé de la plaie, à une égale distance des points de suture ; ce deuxième point est disséqué comme le premier. Cependant en général l'incision nasale suffit.
La plaie faite à la racine du nez apparaît sous forme d'une large fente, à travers laquelle il est facile de conduire un fil de plomb arrondi et huilé, ou une corde à boyau, dans le canal nasal ouvert, et de parvenir jusque dans la fosse nasale correspondante. Si l'on trouve le canal libre, on s'abstient d'y introduire un corps étranger ; s'il est au contraire obstrué ou oblitéré, on y passe une sonde d'argent, puis un fil de plomb dont on a soin de recourber l'extrémité supérieure de telle façon qu'il ne puisse ni' irriter la plaie ni glisser dans le canal. Enfin on applique des topiques froids.
Lorsqu'il n'y a pas lieu de dilater le canal lacrymal, souvent le lambeau nasal s'accole au fond de la plaie , et l'on voit également s'effectuer la réunion de la fente affrontée par la suture. Mais il résulte des observations ultérieures de Dieffenbach, qu'il est plus sûr d'empêcher ce recollement à l'aide d'une petite mèche de charpie introduite sous le lambeau et de favoriser ainsi provisoirement l'écoulement dès larmes par cette ouverture. A l'aide de cette précaution se trouve écartée l'objection très-fondée qu'Ammon et Baumgartner avaient faite, à savoir qu'une infiltration de larmes pourrait bien se faire sous le lambeau. Quant au danger de la mortification du lambeau, on le prévient surtout en faisant l'incision latérale à une distance convenable de la plaie.
Dans le traitement consécutif, les applications froides ont surtout une grande importance. On se servira d'un plumasseau de charpie mouillée, moins dans le but de prévenir l'inflammation, que pour amoindrir l'action irritante de larmes sur les points réunis. Quand la cicatrisation est assurée, on retire avec prudence les bouts d'épingles, à l'aide d'une pince, moins les deux épingles de la partie moyenne qu'on laisse dans la plaie un jour de plus que les autres. Ces deux dernières étant également enlevées, on* couvre le tout avec de petites bandelettes emplastiques. La plaie latérale se ferme après suppuration. Le résultat est le même et s'obtient sans difficulté, lors même qu'on a été obligé de passer à travers cette plaie un fil de plomb ou une corde à boyaux. Quand l'usage de ces moyens est devenu inutile, les derniers vestiges de cette plaie achèvent de se cicatriser en peu de temps et sans qu'il se forme une nouvelle fistule. L'épaisseur et la vitalité de la peau en cet endroit font que cet accident n'y est point à craindre.
Tel est le procédé que Dieffenbach a décrit sous le nom quelque peu compliqué de dacryo<yito-$yringo-kataklei$i$.
398 TITRE IV. — OPÉRATIONS SUR LES TLTAMINA OCL'Ll.
Ce n'est point ainsi que nous avons procédé, et nous croyons qu'au point de vue du résultat final, nous avons obtenu uneguériaon plus régulière que celle que doit donner le procédé de Dieffenbach et dont, nous devons l'avouer, nous n'avons vu encore aucun spécimen vivant. Voici donc comment nous avons agi :
Obs. — Leclair (Frédéric), 30 ans, valet de chambre, entre à Saint-Antoine le 23 octobre 1849.
Fistule lacrymale depuis sa naissance traitée pour la première fois, il y t huit ans, par A. Bérard à l'hôpital Necker. Ce chirurgien ne retrouvant pas pir le cathétérisme les voies lacrymales naturelles, pratiqua nne voie nouvelle tu dépens de l'os unguis et y plaça une canule. Le cours des larmes s'effectua travers la canule, mais il resta une ûstule qu'A. Bérard ne put réussir à oblitérer.
C'est pour cette fistule que le malade me fut adressé à l'hôpital Saint- Antoine. En portant le doigt dans le grand angle de l'œil, on sent à travers la peau trèsmince qui avoisine l'orifice ûstuleui, une petite saillie dure évidemment formée par la canule. Cet orifice, quand il n'est pas fermé par un obturateur en sparadrap, donne incessamment issue à du fluide lacrymal qui s'écoule sur la joue.
Après quelques tentatives infructueuses d'extraction, je me décide à taillerun petit lambeau triangulaire à base tournée en haut que je relève comme une valve et qui laisse à découvert les parties profondes. Je saisis alors facilement la canule et je l'attire au dehors.
Je sonde le canal qu'avait occupé la canule. Le stylet pénètre d'emblée jusque dans le pharynx, d'avant en arrière, sans toucher à aucun point du plancher des fosses nasales.
Les jours suivants le larmoiement par la fistule devient de plus en plus abondant.
19 novembre. — Je passe dans la fistule une bougie élastique qui va sortir dans le pharynx, je ramène l'extrémité pharyngienne de cette bougie par la bouche. Je fais ensuite pénétrer par la narine une deuxième bougie qui va dans le pharynx et que l'on ramène également en dehors par la bouche. Après quoi, les extrémités buccales des deux bougies étant liées ensemble, on tire sur la bougie placée dans la narine, on la ramène tout entière et avec elle l'extrémité pharyngienne de la première bougie.
Dans les premiers jours de février, jugeant que j'avais obtenu par le place ment de ces bougies une dilatation suffisante pour permettre le passage des larmes dans la fosse nasale, je procède à l'opération suivante :
Je taillai à l'angle interne de l'œil un lambeau triangulaire s'étendant depuis l'extrémité interne des deux paupières jusque vers la racine du nez. Ce lambeau comprenait dans son centre l'orifice fistuleux, que je décollai de l'orifice da canal osseux auquel il adhérait intimement. J'excisai complètement le lambeau en forme de V, puis je détachai deux lambeaux, l'un à la partie supérieure, l'autre à la partie inférieure. Grâce à cette dissection, je pus faire glisser les deux lambeaux à la rencontre l'un de l'autre et je fermai la plaie par des points de suture entrecoupée.
Deux jours après, enlèvement des points de suture, adhérences solides. Gué rison du larmoiement et de la difformité. Ce résultat ne s'est pas démenti.