ERGOT DE SEIGLE
Il faut, pour que son emploi soit justifié : 1^ Que le col utérin soit dilaté ou très-dilatable ; i^ que la présentation soit bonne ; 3<^qu'il n'y ait pas d'obstacle mécanique à Texpulsion de Tenfant. L'inertie (p. 837) et l'hémorrhagie sont les deux circonstances qui indiquent l'administration de l'ergot (p. 919, 923).
Lorsque les membranes ne sont pas rompues et que le col n'est pas entièrement dilaté, on peut donner de faibles doses de médicament, mais seulement pour ranimer des contractions éteintes. Il ne faut pas alors dépasser 50 centigrammes. S'il existe quelque trouble de la circulation foetale, on s'abstiendra de donner l'ergot de seigle, à moins qu'une hémorrhagie trèsgrave ne vienne compromettre les jours de la mère et qu'une extraction rapide ne puisse être appliquée.
L'ergot de seigle est un agent énergique, dangereux, il ne faut donc l'employer que lorsque la nécessité en est démontrée, et après qu'on a étudié avec soin si les "causes d'arrêt du travail n'exigent pas un autre mode d'intervention. Un accoucheur ne serait pas justifiable d'y avoir recours, seulement dans le but d'abréger un travail normal dont la lenteur l'ennuie.
Le forceps est beaucoup moins dangereux que l'ergot de seigle. On préférera donc l'instrument lorsqu'on aura le choix du mode d'inter\'ention.
Âpres l'expulsion du fœtus, on peut sans inconvénient administrer une forte dose d'ergot s'il existe de l'inertie utérine. Il est bon de le faire dans tous les cas, lorsque la femme a subi des pertes pour cette cause dans les grossesses aitlérieures. C'est une précaution que je ne néglige jamais ; on n'a nullement à redouter que la rétraction du col utérin s'oppose à l'expulsion du délivre. Les efforts utérins développés par l'ergot sont des contractions de totalité, et encore, il vaudrait beaucoup mieux subir les chances fort insignifiantes d'une rétention momentanée, que de s'exposer aux dangers d'une hémorrhagie.
Les tranchées très-douloureuses qui se manifestent dans les premiers jours qui suivent la délivrance, sont combattues avec succès par de petites doses d'ergot de seigle. Les douleurs augmentent d'abord puis se calment bientôt.
J'ai indiqué (p. 927), l'emploi de l'ergot de seigle dans les hémorrhagies des suites de couche, et j'ai signalé (p. 762) l'usage qu'on pouvait en faire dans certains cas d'avortement.
Les contre-indications qui ont été tirées de l'état prétendu pléthorique de la malade, d'un état inflammatoire ou spasmodique de l'utérus, n'ont aucune valeur sérieuse et sont basées sur des idées théoriques qui ne méritent pas d'être discutées. La primiparité n'est même pas une contre-indication, seulement il faut surveiller avec plus de soins la période d'expulsion pour éviter les ruptures possibles des parties molles.
Depuis quelques années, on a voulu introduire dans la pratique l'ergot de blé ; je l'ai vu expérimenter à la Clinique et les résultats obtenus ne justifient nullement les éloges que lui décernent ses promoteurs, qui le considèrent comme supérieur à l'ergot de seigle.
On a proposé encore quelques substances ou agents comme oxitociques ; Clutterbuck a vanté la colchique ; Simpson, le borate de soude ; Howship, la digitale; Bauvais, l'uvaursi; Soma, la belladone. Aucun de ces moyens n'a
fourni des résultats assez notables pour qu*on leur accorde de la confiance. L'électricité est moins infidèle, mais son administration nécessite un appareil qu on a bien rarement sous la main lorsqu'on en a besoin.
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