‹ Traité complet d'accouchements (volume 2)Chapitre 259 sur 277 · ERGOT DE SEIGLE · texte numérisé non relu

ERGOT DE SEIGLE

' détermine des accidents d'ei^otisme (convulsions et gangrènes) qui sont alors assez répandus pour prendre une forme épidémique.

L'ergot a été observé sur plusieurs autres graminées ; le froment, l'avoine, l'ivraie, etc.

L'ergot de seigle est dur, brun-violet, allongé, recourbé, irrégulièrement carré ou triangulaire. Creusée d'une rigole longitudinale, sa surface, recouverte parfois d'une poussière blanchâtre, est sillonnée de gerçures ; sajongueur est de 2 à 4 centimètres, sa cassure est nette, sa structure compacte ; sa saveur, d'abord peu marquée, est astringente, son odeur nauséabonde.

Il s'altère facilement à lair et devient la proie des larves d'insectes. 11 faut donc le conserver à l'abri de l'humidité et dans des flacons bien bouchés.

PréparaiioDs et dosM. — L'analyse de l'ergot montre qu'il entre dans sa composition un grand nombre d'éléments divers. On a cherché à en isoler le principe actif séparé de la substance toxique à laquelle on attribue les accidents d'ergotisme. Cette recherche n'est pas fort utile au point de vue des accouchements, et les doses qu'on administre. sont incapables de déterminer des phénomènes d'empoisonnement. Bonjean de Chambéry a extrait de l'ergot une substance qu'il nomme ergotine, et qui contient, selon lui, le principe actif dépouillé de l'élément toxique de la plante. L' ergotine de Bonjean, qui est un simple extrait aqueux traité ensuite par l'alcool, a des propriétés analogues, mais moins énergiques que l'ergot, il faut toujours préférer ce dernier, lorsqu'on peut compter sur sa qualité.

Les infusions, teintures, décoctions ou sirops d'ergot, sont des préparations infidèles. En France, on a recours uniquement à la poudre. 11 faut avoir soin de la préparer au moment de s'en servir, car elle s'altère rapidement et ,perd ses propriétés.

L'accoucheur doit avoir dans sa trousse de l'ergot en grain de la dernière récolte ; il est d'autant mains actif qu'il a été recueilli depuis plus longtemps. Il ne faut donc pas s'en rapporter à l'ergot des pharmaciens, dont la récolte remonte parfois à plusieurs années. On doit autant que possible être certain de sa provenance et renouveler tous les ans «sa provision. On le broie entre deux fers à repasser au moment de s'en servir.

La dose varie selon l'eiTet qu'on veut produire ; s'il s'agit de réveiller les contractions sans leur donner trop d'énergie, on en administrera 50 centigrammes dans une cueillerée d'eau ; la malade boit ensuite pour entraîner ce qui en pourrait rester dans la bouche. Cette dose pourra être répétée plusieurs fois après 20 minutes d'intervalle, si elle est reconnue insuffisante. En cas d'hémorrhagie après la délivrance, on pourra ordonner trois, quatre et même cinq grammes sans nul inconvénient.

Les effets sont proportionnels à la quantité administrée ; le praticien modifie donc les doses selon les résultats qu'il désire obtenir.

Parfois l'ergot de seigle détermine des nausées et des vomissements ; lorsqu'il est rejeté par la bouche, on l'administre en lavement, en suspension dans une très-petite quantité de décoction de graine de Hn. Il faut aloi*s en donner davantage et son action est moins rapide. On doit bien se garder de l'associer à l'opium pour le faire tolérer; les préparations opiacées ont la

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propriété de suspendre les contractions utérines; eDes neutralisent dont reflet de Tergot.

Mode #*aetioa 4e l'ergot. — Les contractions se manifestent sous Tiofluence de l'ergot au bout d'un temps qui varie entre 10 et 20 minutes, et eRes persistent pendant une demi-heure à une heure et demie en s'affiùblb- «ant progressivement.

II agit surtout lorsque le travail est commencé ; mais il ne peut le bore naître, à moins qu'on n'en donne des doses considérables pendant plnsieiiirs jours de suite et encore quelques auteurs lui refusent celte propriété.

Les contractions ergotiques ont le caractère spécial d'être continues, au lien de présenter les intermittences du travail naturel ; le palper abdominal permet de constater que l'utérus est en état de tension permanente. Four ce motif, elles fatiguent considérablement les femmes, et la violence de ces douleurs sans repos leur arrache des plaintes et surexcitent vivement leur système nerveux. La figure s'anime, les yeux deviennent brillants et le pouls s'accélère.

Lorsqu'on dépasse une dose modérée et surtout lorsque son administratioii est intempestive, — dans le cas où une mauvaise présentation du foetus, un vice de conformation du bassin, un obstacle mécanique, rendent impossible h terminaison du travail, — les contractions acquièrent une violence dangereuse, et l'on a vu la rupture de l'utérus se produire dans ces conditions. La fatigue de l'organe et l'épuisement que subit la malade ont parfois encore une action funeste sur les suites de couches. On peut en outre voir survenir un état de contraction permanente qui devient un obstacle sérieux aux manœuvres devenues nécessaires pour terminer l'accouchement.

L'administration imprudente de l'ergot de seigle a pour Tenfant des résultats trop souvent mortels. Pendant le travail naturel, les contractions utérines entravent à un certain degré la circulation de l'organe ; mais les intervalles de repos qui les séparent, permettent le rétablissement du cours du sang. Il n'en est pas de même quand les efforts incessants de la matrice naissent par le fait de l'ergot de seigle ; la circulation placentaire se trouve plus ou moins complètement interrompue et la continuité de ce phénomène peut déterminer la mort de l'enfant. Cet accident est surtout redoutable après la rupture des membranes, quand le fœtus est directement en rapport avec la paroi utérine et qu'il se trouve privé de la protection du liquide amniotique. L'auscultation permet de constater la diminution progressive et les troubles de la circulation fœtale.

Les contractions trop énergiques développées par une dose imprudente d'ergot de seigle, peuvent être calmées rapidement au moyen d!un très-petil lavement contenant 20 gouttes de laudanum.

On ignore le mécanisme de l'action intime de l'ergot de seigle sur la fibre titérine, et les hypothèses qui ont été émises sur ce sujet sont trop complètement dénuées de preuves pour qu'on leur accorde la moindre importance.

iBdi«*tloBa. — Il est essentiel de n'employer l'ergot de seigle pendant le travail que pour obtenir une action passagère et rapide. Son administratif imprudente ou prolongée pourrait déterminer les accidents funestes que nous tenons de signaler.

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