ÉTATS QUI MASQUENT LA GROSSESSE
ÉcDcLEMsaTs sAicGuufs. — On sait que les écoulements sanguins périodiques ne sont pas absolument rares dans les deux ou trois premiers mois de la grossisse. En général ce phénomène fait écarter l'idée d'une gestation commençante et on est assez rarement consulté à ce point de vue dans de pareilles conditions. Cependant si on constatait un certain nombre de signes de probâtnlHè, il ne faudrait pas oublier qu'un écoulement sanguin périodique peut coïncider avec la présence d'un fœtus dans la cavité utérine.
Fa phénomène, plus rare encore, est la persistance pendant un temps vamUe d'une hémorrhagie abondante. Presque toujours, une pareille perte est ^ptoma tique d'un avortement imminent ou accompli, et on ne voit ip'exceptionnellement la grossessse n'en être point arrêtée. Cependant il faut en admettre la possibilité.
le fus appelé, en 1860, chez une dame de la rue du Temple, pour remédier aune hémorrhagie grave par son abondance, et dont le début remontait déjà I plus d'un mois ; elle était, disait-on, consécutive à un avortement. Le médecin qui m'avait' précédé avait rompu toutes relations avec la famille ; je ne ptis donc obtenir d'autres renseignements que ceux fournis par la malade, ils étaient du reste assez précis: un avortement avait été diagnostiqué, le produit de la conception, qu'on présumait âgé de six semaines environ, n'avait pas été retrouvé dans les nombreux caillots qui avaient été expulsés au début des accidents, mais l'opinion du médecin avait été formelle et le traitement institué ne laissait guère place au doute. Depuis le début de l'hémorrhagie, la maUde n'avait eu aucune relation avec son mari. J'avoue qu'il ne me vint pas 'à l'esprit que la gestation eût pu persister dans de semblables conditions. k\m\e. ne m'occupai que d'arrêter la perte, et je pratiquai ensuite des caulêrisalions hebdomadaires sur le col de l'utérus, qui était le siège d'une ulcération assez large. Uh écoulement sanguin reparut au bout d'un mois et me fil croire au retour normal des règles. Le ventre était fort peu volumineux et puisqu'il faut tout avouer, j'affirmai formellement à la malade qu'elle n'était point enceinte. Cependant cette dame dont les accouchements précédents avaient été fort pénibles, s'inquiétait ; elle croyait que le ventre grossissait, Calait du reste le seul symptôme apparent. Enfin, un jour, sur ses instances, ieurainai l'état des choses avec plus de soin, et j'eus le déplaisir de constater les doubles battements du fœtus et d'avouer que je m'étais trompé. Elle <ilaii enceinte d'environ cinq mois. Après l'accouchement qui fut encore plus laborieux que les autres, j'examinai avec soin les annexes du fœtus, ils ne pTèsenlaienl rien d'anormal.
fc pourrais invoquer, comme circonstances atténuantes de mon erreur, les «ondiiions si insolites, qui se sont manifestées dans cette observation, et surtout l'opinion beaucoup trop formelle des auteurs sur les conséquences que ces ^'T\es graves et prolongées ont sur la gestation. J'ai observé, depuis, un cas ^aiogue, mais j'avais profité de la leçon. Au reste, Dubois a constaté plu- ^)^UTs!oisIa persistance de la grossesse dans des circonstances à peu près semblables.
Mon\gomery rapporte l'observation suivante, qui prouve que, à la rigueur, ^ grossesse peut exister malgré des pertes abondantes, et même la présence,
dans Tutèrus, des débris d'une gestation antérieure. Une dame déjà âgée, mère de cinq enfants, fut prise de pertes assez abondantes à Toccasion d'oi avortement, qui avait eu lieu au mois de mai précèdent. Le placenta èUil resté adhérent, et il n*en était sorti que quelques lambeaux au moisde juilid époque où elle s'exposa de nouveau à devenir enceinte. La mètrorrba^ea>6 tinua, ce qui fit croire à une maladie organique de Tutérus. On sentait dacj rhypogaslre une tumeur volumineuse, dure et sensible. Hontgomery Irouu du côté des seins, des caractères qui lui firent affirmer la grossesse, raalgrt les circoni^tances qui devaient faire exclure une pareille possibilité. A dcui mois de là survint un nouvel avortement, suivi de l'expulsion des deui pl^ centas. Le dernier était très-dur, comme cartilagineux, recoquillé et app tenait à la précédente grossesse.
Comme on le voit, bien qu'il soit rare que la gestation poursuive ^>a cours lorsqu'elle est accompagnée de pertes abondantes et prolongées, il » faut pas faire de cet état morbide un caractère négatif absolu de la ge^lttion.
Les mêmes phénomènes peuvent se produire lorsque l'utërus est Icsié^ d'altérations organiques, comme le cancer, ou de tumeurs pathologiqiii^'« comme les polypes qui donnent lieu à des hémorrhagies abondantes. Dans ces conditions, la gestation peut suivre son cours.
Maudies curomiques. — Certaines maladies chroniques, ou à marche leiitiv la phthisie, par exemple, s'accompagnent souvent de suppressioa de règles ou de troubles fonctionnels qui peuvent masquer le début d'uue ^' sesse survenue pendant leur cours. On est disposé à rapporter à la maladif les manifestations qui tiennent à la gestation, et ce n'est parfois que loi^qur les signes certains se produisent que l'erreur est reconnue. Il ne faut pas ottblicr que la fécondation peut survenir pendant une suppression de rèi^y, môme lorsqu'elle existe depuis longtemps. Nous signalerons également af* taines affections utérines, comme l'engorgement chronique, qui peuvent préexister à la conception et en masquer les suites.
Lascite idiopatlnque ou symptomatique d'une lésion oi^anique a SQUvent êlt' une cause d'erreur, lorsqu'elle débute dans les premiers temps de la grossesse et surtout lorsqu'elle lui préexiste. Le développement de l'utérus pa^* inaperçu, le palper, à travers la masse du liquide contenu dans l'abdomen ne fournit que des signes négatifs, les bruits du cœur fœtal ont peine â franchir cet obstacle, et l'auscultation la plus attentive ne permet pas toujours de les entendre. Aussitôt que, dans ces circonstances, l'attention esléveill^V sur la possibilité d'une grossesse, il faut, tout en tenant compte des sigll^•^ extérieurs qui pourront être notés, la concentrer sur les résultats fournis P^*" le toucher vaginal et s'attacher à constater l'état du col, le volume de rutèrus et les mouvements passifs du fœtus.
Altération de l'œdf. — Sous l'iufluence des causes très-nombreuses q«<î nous: étudierons en traitant de Y Avortement, le fœtus peut succomber avaflf que l'on ne soit consulté sur une grossesse possible.
Le diagnostic dans ces conditions peut être extrêmement difficile. ^^^^^ impossible ; on n*y arrive parfois que par exclusion.
ÉTATS QUI SIMULENT LA GROSSESSE . 44 i
En général, les troubles sympathiques de la gestation cessent immédiatement )rè$ là mort de Fenfant. L'absence des bruits du cœur et des mouvements ixîs disposent à la négative, et le palper ne donne de renseignements un ?Q eiacts que vers le septième mois, où on peut parfois commencer à distinnerlesdifTérentes parties du fœtus. Les éléments du diagnostic sont emprunts aui renseignements fournis parla femme si le fœtus est mort à une époque ùelle avait déjà senti ses mouvements actifs ; on tiendra compte également les troubles sympathiques qu'elle a pu éprouver. On noiera en outre, au mea da toucher, Tétat du col, l'augmentation de volume et de poids de '*tfpne et surtout les mouvements passifs déterminés par le ballottement, en les edorations pigmentaires.
Les conditions que je viens de signaler ne sont pas les plus défavorables, lion peut se prononcer avec quelque certitude, quand tous ces renseigneiejits sont obtenus. Hais il n'en est pas de même lorsque l'embryon, comme ïla arrive souvent, succombe dans les deux premiers mois de son existence, l qu'il continue cependant à être toléré par l'utérus. Les seuls éléments du iagnoslic sont la suppression des règles et l'augmentation de volume de ilénis. Le ballottement n'existe pas, les modifications du col sont peu ^uées, et la coloration pigmentaire qui commence à peine à se montrer l le plus souvent arrêtée. L'embryon est ordinairement résorbé, et cepenanirulérus continue lentement à grossir. Le placenta altéré s'accroît et subit iifêrentes transformations que nous étudieons en traitant des Môles, On conçoit tout ce qu'une semblable situation a d'embarrassant, etcomti<'n iifaut de tact et d'habileté pour éclairer toutes ces obscurités. Les praciensles plus expérimentés peuvent être induits en erreur par l'insuffisance es symptômes, ou par quelques circonstances étrangères à la grossesse et Q^ viennent égarer le diagnostic. J'ai vu en pareil cas Dubois, qui possédait on si haut degré toutes les qualités du cUnicien, émettre des probabilités, U\ouerson impuissance à se prononcer avec certitude.