COPULATION
Cet acte s'accomplit au moyen de l'intromission du pénis en érection dans le vagin de la femme. Je ne décrirai pas le mécanisme de la copulation et le rôle que jouent dans cet acte les organes intimement unis. Les traités de physiologie donnent sur ce sujet des détails qui sont mieux à leur place que dans un livre sur les accouchements. Je veux seulement appeler l'attention sur ce fait important : que si le coït est le point de départ de la fécondation, il n'est pas toujours nécessaire, pour qu'elle s'accomplisse, que l'érection se produise et que la verge pénètre dans le vagin; dans quelques cas, exceptionnels il est vrai, l'émission du sperme sur la vulve suffit pour que l'imprégnation soit la conséquence de ce rapprochement incomplet. Il n'est pas rare de rencontrer des maris disposés à décliner de bonne foi une paternité très-légitime, sous prétexte qu'ils ont toujours accompli la dernière partie du coït de manière à rendre la fécondation impossible. Il est bon, pour le repos des familles, que cette erreur soit complètement détruite. Parmi les cas assez nombreux de gestation survenus dans ces circonstances, j'en citerai un seul, observé par moi-môme en 1861, et qui est certainement des plus curieux. Je fus consulté, à cette époque, par une jeune femme de 27 ans, pour une tumeur abdominale qui lui causait de vives inquiétudes. Après un examen attentif, je conclus à une grossesse de six à sept mois. Elle opposa à mon diagnostic une raison en apparence assez péremptoire : elle était vierge. Eu effet, la membrane hymen, très-dévcloppée, était intacte et permettait à peine l'introduction du petit doigt. Sans tenir compte de cette fin de non-recevoir, j'auscullai et les bruits fœtaux confirmèrent d une manière inébranlable ma première impression. Malgré mon assurance formelle, elle persista dans son incrédulité, qui ne se dissipa que plus tard ; cependant elle me fit des aveux très- spontanés : elle avait subi un seul rapprochement, plutôt périvulvaire que sur la vulve. Des circonstances, qu'il serait sans importance de mentionner, me donnèrent la conviction de sa véracité.
Il faut donc admettre que si, en général, la copulation complète est nécessaire pour qu'il y ait fécondation, exceptionnellement il suffit que le sperme soit en contact avec l'organe externe de la génération, pour qu'elle se produise.
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J'ajouterai que la fécondation artificielle peut donner lieu à la gestation chez la femme en dehors de tout rapprochement sexuel.
Spallanzani, vers la fin du dernier siècle, en avait déjà démontré la possibilité sur la chienne, et ces expériences ont été répétées avec succès sur d'autres mammifères par Jacobi, Rossi, etc.
L'instinct ou le besoin de la copulation commence à exercer son empire surtout à l'époque de la puberté, se fait sentir pendant l'âge adulte et peut persister jusqu'à la vieillesse. Il est, jusqu'à un certain point, indépendant de l'aptitude à la reproduction, car je l'ai observé chez des femmes qui avaient dépassé l'âge de la ménopause ; et les habitudes vicieuses qu'on note trop souvent chez les enfants témoignent que les sensations de l'appétit génital ne sont pa^ intimement liées avec la sécrétion de l'ovule et du sperme. La sensation qui résulte de la copulation varie suivant Jes individus ; chez l'homme elle se produit à peu près constamment; la femme présente, sur ce point, des différences assez grandes; pour elle, la sensation ne résulte pas toujours du coït. Il n'est pas rare de rencontrer des femmes qui n'ont jamais ressenti le spasme érotique , malgré un mariage plusieurs fois fécond et remontant déjà à un certain nombre d'années. En général cependant, le sens génital semble s'éveiller chez ces dernières vers la trentième année.
Dans l'espèce humaine, toutes les copulations ne sont pas fécondantes. Il arrive même très-souvent que la femme ne devient mère qu'après plusieurs années de mariage. Il n'en est pas ainsi pour les animaux, où presque toujours le coït est suivi de l'imprégnation. Cela tient à la disposition des organes génitaux, à l'organisation delà matrice, qui est différente, mais surtout à ce que la femelle ne reçoit les caresses du mâle que pendant le rut, c'est-à-dire au moment de la déhiscence des ovules, époque éminemment favorable à la conception.
FECONDATION
Peu de questions ont donné lieu à autant de travaux que celle de la fécondation. Son histoire remonte aux premiers âges de la science. La part dévolue à l'homme dans l'acte de la reproduction fut bientôt nettement appréciée ; on comprit l'importance du liquide spermatique et la nécessité de la copulation ; mais le rôle de la femme était enveloppé de ténèbres, et, l'acte physique apparent constaté, les autres phénomènes de la génération échappèrent absolument aux recherches trop élémentaires des anciens. Mais les anciens étaient tout aussi habiles que les modernes à remplacer la vérité qui leur échappait par des hypothèses qui acquirent parfois, en passant à travers les siècles, toute l'autorité des faits les mieux démontrés.
Les doctrines antiques de la fécondation sont au nombre de deux principales. La première, éditée, dit-on, par Pythagore, et modifiée de diverses manières dans ses détails, consiste à admettre que l'embryon naît du sang menstruel animé par le sperme, ou même exclusivement du sperme, la femme ne
FÉCONDATION
fournissant au nouvel ôtre qu'un abri prolecteur et des éléments de nutrition.
La seconde doctrine remonte à Hippocrate. Elle accorde à la femme un liquide spermatique sécrété par l'ovaire; son mélange avec le sperme de l'homme produirait le fœtus. Celte théorie, dont la démonstration était anatomiquement impossible, a subi, selon les époques, d'assez nombreuses modifications qu'il serait sans intérêt de rappeler. Elle continua à ôtre acceptée malgré la découverte du véritable germe de la femme, et cela grâce à l'appui que lui prêta Buffon, en adoptant la thèse absurde de Maupertuis, consistant à admettre que chaque particule de sperme maie et femelle contient en germe une partie déterminée de l'organisme et que le fœtus naît de l'union des molécules similaires appartenant à chaque sexe. Avec ce système il était impossible d'expliquer la formation des hybrides, la différence des sexes et la naissance d'enfants complets, issus de parents estropiés, privés d'un organe ou d'un membre ; et cependant, grâce au prestige qui s'attachait au nom de son nouvel éditeur, l'idée de Maupertuis avait encore des partisans à la fin du siècle dernier, c'est-à-dire plus de cent ans après les immortelles découvertes de Graaf et de ses contemporains.
La doctrine moderne de la fécondation, qui est maintenant unanimement adoptée, a pour base l'œuf sécrété par l'ovaire et fécondé par le sperme du mâle; elle ne s'est établie qu'avec une extrême lenteur et au milieu d'une vive opposition. Il faut reconnaître aussi que la science a marché a pas lents dans cette nouvelle voie ; elle procédait non plus par hypothèses, mais au moyen de l'observation précise; il lui fallait démontrer le mécanisme d'une fonction extrêmement complexe qui s'accomplissait dans les profondeurs de l'organisme, et ce n'est qu'après une succession de découvertes, dont la dernière date à peine de quelques années, que cette théorie a pu s'asseoir sur une base inébranlable.