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Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire

Dirurgien de Phôpital de la Pitié et des dispensaires de la Société philanthropique, agrégé de la Faculté de | Médecine, professeur d’anatomie , de patho ogienchirurgicale#"de#médecine opératoire et d’accouchements , L chevalier de la Légion-d’Honneur, membre'de e roya | M

F royale de muülation de Paris, correspondant des dr s Ai es de ] LouVain , Rio-Janeiro, de la Société libre

| d'Agriculture ; Sciences, Arts et Belle Lettres du dépa te

BRUZELLES, HD DUMONT, LIBRAIRE-ÉDITEUR , RUE DU PERSIL, No 12.

LONDRES, DULAU ET COMPC, LIBRATRES.

L'accueil que reçut en France et à l'étranger le Traité d'Anatomie chirurgicale que je publiai en 1825-1826 , m'a fait un devoir de chercher sans cesse les moyens de l’en rendre digne. Les critiques qui en ont été faites, les conseils de personnes compétentes et mes propres réflexions, m'ont engagé à y apporter de telles modifications, que l'édition d'aujourd'hui est plutôt un ouvrage nouveau qu'une révision de l'ancien. Toute la partie relative aux systèmes généraux, c'est-à-dire plus de 100 pages, est complètement étrangère au premier texte. Il en est de même des généralités que j'ai placées en tête de chaque section, de chaque chapitre, de chaque article même. L’ouvrage de M. Gerdy (1) m'a fait sentir le besoin d'insister dayantage sur la disposition extérieure du corps en général, et de chaque région en particulier. J'ai vu; par celuide M. Blandin (2), qu'il serait bon de gardempour la fin de certaines sections les remarques chirurgicales qui s'y rattachent. De nouvelles dissections , des recherches subséquentes, m'ont permis de faire ressortir avec plus de soin l'influence de la disposition des aponévroses et du tissu cellulaire sur tout ce qui concerye la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire dans chaque région du corps. Les variétés du système vasculädire méritent aussi une attention toute particulière. J'ai recommencé presque sur nouveaux frais l'examen du thorax, de l'abdomen, et de plusieurs répions

(1) Analomie des Formes extérieures du Corps humain appliquée à la peinture, etc., in-89, Pa- 115, 1829.

{2) Anatomie topographique, ou des Régions du corps humain, etc., in-8°, avec atlas de 19 pl. Par15, 1826,

importantes, telles que le devant du cou, l’aisselle, le périnée, l’aine, etc. Pour opérertant de changements et faire un aussi grand nombre d’additions, j'ai dû,songer aussi à des suppressions multipliées. La circonscription des régions à l’aide de lignes géométriques, m'ayant paru superflue, je n’en ai plus fait usage. J'ai fait rentrer dans les régions naturelles toutes les divisions arbitraires que j'ayais cru pouvoir établir sur différents points, aux membres, par exemple.

Beaucoup de détails descriptifs et de répétitions ont été élagués. Il en a été de même des observations d'anatomie pathologique, des faits de chirurgie et de médecine opératoire qui ne se rapportaient que d'une manière indirecte au sujet. Au lieu de traiter des membres thoraciques à la suite du cou, j'ai trouvé qu'il serait plus rationnel de terminer d'abord ce qui concerne le tronc, pour ne revenir aux bras et aux jambes qu'à la fin. Je me suis cfforcé, en un mot, de compléter l'ouvrage autant qu'il était en moi, sans en augmenter trop le volume , et de le rendre utile, nonseulement aux diverses classes de chirurgiens, aux élèveshcet aux praticiens, mais encore à ceux qui ne s'occupent que de médecine proprement dite, de le disposer de telle sorte qu'il soit possible à chacun d'y trouver ce qu'une maladie ou une opération quelconque porte à désirer de connaître dans une région ou dans un système donné de l’organisation.

Tel a élé mon but. Je sens tout 16 premier combien je suis loin de l'avoir atteint; mais je ne doule pas qu'on n'y arrive par la suite. Peut-être alors me saura-t-on quelque gré de l'avoir indiqué.

Aucune des planches n'est restée, Elles ont utes élé reprises sur nature et, pour la plu-

Il PRÉFACE.

part, d'après de nouvelles vues. Celles du cou, de l’aine , et plusieurs de celles du bassin, comprenant chacune deux régions, m'ont permis de mieux mettre en évidence les rapports d’ensemble de certains organes qu'il eût été fàcheux de morceler.

J'ai pensé enfin, qu'il serait plus convepi nable de les réunir en atlas que de les pla- | cer à la fin de l'ouvrage comme la première fois. Elles deviendront ainsi plus faciles à porter près des sujets de dissection, et se détérioreront moins,

Soience toutéMouvelle encore, À peine séparée de l'anatomie ordinaire, /’ Anatomie chirurgicale n'a pas élé assez nettement définie jusqu'ici pour pouvoir être exactement comprise par la totalité des médecins. Aussi chacunl'interprète-t-il, en quelque sorte , à sa ma-

nière, et trouve-t-on, même actuellement,

des personnes instruites qui en révoquent en doute l'utilité. En cela, du reste, elle suit la marche des autressciences. Toutes, en effet, ont eu ainsi, dans l'origine, leur période de confusion. Il importe donc d'insister sur le sens qu'on doit attacher à sa dénomination, et d’en faire ressortir le‘but ou les caractères distinclifs. Expliquer, par l'anatomie, les nombreuses particularités , soit de pathologie, soit de chirurgie, soit de médecine opératoire, qui se rapportent à l'état Mu des organes, tel est, selon moi, l'important problème qu’elle .se propose de résoudre.

L'anatomie classique, soit descriptive, soit générale, ne peut pas tenir lieu de l'anatomie chirurgicale ainsi entendue. Comme sujet de recherches, l'anatomie simple est une branche de l'histoire naturelle dont la connaissance est indispensable au chirurgien et au médeci plus qu'à d’autres, sans doute, mais que tous les hommes qui se livrent à l'étude des sciences physiques peuvent aussi comprendre. Les z00logistes la cultivent , sans être pour cela nécessairement médecins. On l'enseigne dans les colléges, dans une foule d'écoles étrangères à Vart de guérir, et la plupart des philosophes , soit anciens, soit modernes, en ont liré leurs plus heureuses inspirations. Sous cette forme, elle convient à tout le monde, mais ne suffit “ aucune profession spéciale. Pour être com- Plètement applicable aux sciences qui réclament plus particulièrement son secours, il faut que l'anatomie se montre sous un autre jour, qu'elle emprunte à chacune d'elles son cachet, ct poux ainsi dire son langage.

L'anatomie des peintres, des sculpteurs , des staluaires, n'est pas la même que celle des naluralistes. Les uns ne s'attachent qu'aux formes extérieures et aux organes qui les déterminent ou les modifient. Les autres recherchent, au

contraflie, dans la profondeur de l'individu ,

les caractères de la classe où il convient de le

ranger. Dans les deux cas l'anatomie pure et simple serait insuffisante, et pourtant, il s'en

faut que l'étude des organes ait ici la même

importance qu’en médecine ou en chirurgie !

Le médecin a besoin, non-seulement de

connaître le siége et la composition des organes, mais encore de voir en quoi leurs rapports, leurs fonctions, leur valeur dans l’économie , leur texture intime, leur densité, leur volume, leur forme, peuvent en modifier les maladies , ct en faire varier la thérapeutique. Prenons le foie pour exemple : on voit par son contact avec le diaphragme, comment ses abcès se vident parfois dans la poitrine ou par les bronches. Ses fonctions expliquent comment la jaunisse et lé trouble des organes digestifs suivent la plupart de ses affections. On se rend compte ensuite de l'espèce de calme avec lequel l’économie en laisse souvent marcher la désorganisation, par le peu de vitalité dont il est doué, de même que son enveloppe séreuse , son tissu cellulaire parenchyimateux, ses veines énormes, et son élément glanduleux , donnent la raison des diverses formes de phlegmasies ou de dégénérescenca qu'on y observe. Sa densité ct le peu de cohésion de sa substance montrent à leur tour comment les violences extérieures en produisent si fréquemment la rupture. Son volume enfin, et sa position font voir jusqu'à quel point il peut êlre atteint de commotion, de secousses dangereuses dans les chutes ou les grands mouvements du tronc. Or, ce n’est que par l'anatomie d'application qu'on apprend, en tempscet lieu, ces diverses particularités, ainsi qu'une foule d'autres. Ce que je dis du foie doit également s'entendre de tous les organes , el c'en est assez déjà pour montrer en quoi l'anatomie médicale, l'anatomie du pathologiste, devrait différer de celle du physiologisle, la seule dont il ait été question jusqu'à

nos jours.

Si, de là, on passe à la science chirurgicale Proprement dite, la nécessité d'une anatomie distincte se fait encore bien micux sentir, L'a-

IV INTRODUCTION

natomie explicative des fonctions n'apprend rien sur le rôle que jouent les téguments, la couche sous-cutanée , les aponévroses, les muscles, les artères, les veines, le système lymphatique , les nerfs , les os et le tissu cellulaire interposé, dans la marche, la forme où la terminaison des altérations morbides qui ont l'un ou l’autre de ces tissus pour siége, ni sur la nature des ressources qu'il convient de leur opposer. C’est là cependant ce qui importe au praticien. Pour exécuter une opération quelconque, il ne suffit pas de savoir le nom'des organes susceplibles d'être blessés, n1 de ceux qui doivent être évités; il faut encore se rappeler leurs profondeur , leurs connexions exactes, la densité, l'épaisseur des couches qui les unissent ou les séparent, et mille autres rxemarques auxquelles l'anatomie chirurgicale seule est de nature à se préter. L'anatomie ordinaire est si loin sous ce rapport de fournir toutes les notions désirables, que le chirurgien le plus habile serait rarement en état d'indiquer du doigt, sur-le-champ et sans hésiter, en voyant une coupe d'amputation, même de la cuisse, tous les muscles, les vaisseaux, les nerfs et les cloisons fibro-celluleuses divisés, par leur mom. Qu'on juge par là de ce qui arrivexait dans les opérations plus délicates , et sur les régions véritablement compliquées. Le cœcum est large et bosselé. Rempli de matiè- “es fécales dures, il peut être senti à travers les parois du ventre, et en imposer pour une tumeurmorbide. Comprimé par lui, le tissu cellulaire, abondant et lâche qui siége au-dessousdans la fosse iliaque, peut devenir le foyer d'un dépôt. Refoulé par les viscères, arrété en,dedans par des adhérences plus fortes, le pus tend à se porter de préférence alors en ayant ou dans l'aine. La corde, l'instrument meurtrier du suicide ou de l'assassin, ne se portent si souvent dans l’espace thyroïdien que. par suile de l’'échancrure qui existe entre le larynx et l'os hyoïde. Si les fistules de cette région sont d'une guérison si difficile, c'est à la saillie du cartilage thyroïde en avant, à la rétraclion opérée par les muscles hyoïdienssupérieurs, à la texture de la membrane thyrohyoïdienne ; et à leurs rapports avec les autres organes qu'il faut s'en prendre. Or, il est évident qu'en décrivant les parties, comme on le fait lorsqu'il s'agit de les faire connaître à titre de corps organiques, on ne serait point en mesure de mettre en relief toules ces applications à la pratique.

Sans anatomie chirurgicale, paint de chirurgien, est une proposition qui ne peut trouver aujourd'hui qu'un très-petit nombre de contradicteurs, et si les anatomistes sont loin de l'entendre tous de la même façon, c'est qu'en effet elle se prête à diverses interprétations.

Lo AwarTonie Toro@RAPnIQUE, Ceux qui regardent l'anatomie chirurgicale comme synonyme

d'anatomie topographique ou des régions, sont | évidemment dans l'erreur. L'anatomie topographique peut être, maïs n'est pas nécossuirement chirurgicale; de même que V'anatomie chixurgicale n'entrafne pas absolument l'idée d'anatomie topographique. Les résumés pour chaque région du corps qu'on trouve à la fin de l'ouvrage de M. Boyer, appartiennent à l'anatomie topographique , et ne contiennent rien de chirurgical; tandis que les remarques pratiques éparpillées ca et là dans le manuel de Riolan et le traité de Portal donnent au livre. de ces auteurs quelque chose de médico-chirurgical. Etudiée par régions, l'anatomie chirurgicale se présente, du reste, sous différents points de vue, qui ont poules avantages ct des inconvénients.

A. Ordre de superposition. On peut, comme le faisait M. Bouvier dans ses leçons, examiner les tissus couche par couche, depuis la peau jusqu'au squelette, Alors, les objets sont vus dans l'ordre où le bistouri doit les diviser. La peau étant enlevée, on s'occupe de la couche souscutanée; on voit quelle en est l'épaisseur, quels vaisseaux, quels nerfs, etc., s’y rencontrent. Il en est de même pour l’aponévrose; une troisième couche appartient aux muscles, et contient aussi des divisions vasculaires ou nerveuses, du tissu cellulaire, des lames fibreuses. Une quatrième, une cinquième, et parfois même une sixième se remarquent encore avec dés éléments semblables, et ainsi de suite jusqu'aux os. On à , de cette manière, l’avantage de ne rien laïsser d'inconnu derrière soi, d'indiquer tout ce qui se trouve dans cha= que couche, de rendre en quelque sorte mathématique lamarche de l'instrument à travers les tissus. Mais une pareille méthode n'est pas applicable à toutes les régions. Il n’y a guère que les paroïs du ventre qui s'en Fe sent parfaitement. Ailleurs, les plans organiques ne sont pas assez distincts. Les vaisseaux, les nerfs, les feuillets fibro-celluleux, sont trop importants, se distribuent à des lames trop diverses, pour qu'on puisse ainsi les diviser en lamelles sans inconvénient. Ensuite, la délimitation des couches n'ayantrien de naturel, serait nécessairement arbitraire. L'esprit ne retiendrait qu'avec une extrême difliculté les détails dans lesquels on se croirait forcé d'entrer. Les mêmes organes se retrouvant dans un grand nombre de plans successifs, entrafncraient à des répétitions sans fin dans la même région. Enfin, il serait presque impossible d'arriver à aucune considération, soit pathologique ; soit opératoire, relative aux systèmes généraux de l’économie. Cet ordre, bon à suivre dans un manuel destiné aux élèves qui s'exercent sur le cadavre, serait donc insuflisant dans un traité d'anatomie chirurgicale où même d'anatomie simplement topographique.

»”" INTRODUCTION. s v

B. Ordre purement organique. On peut aussi partir, dans une région, de l'organe le plus important qui s’y trouve, afin d'en rapprocher tous les autres. Supposons l'artère poplitée : on en détermine la direction, les rapports avec la veine, les nerfs, les os, les muscles, l'aponévrose, elc., dans un sens, puis dans un aûtre. On en mesure ainsi la profondeur , sans laisser échapper la moindre des connexions. Mais cette anatomie , qui s'applique très-bien aux opéations spéciales, ne se prête point aux ANUS considérations pratiques, et ne remplit qu'une très-petite partie du cadre.

C. Ordre de systèmes ou par tissus. Une troisième manière consiste à procéder par Uissus et non plus nent par couches. Deux marches opposées peuvent être suivies alors. L'une débute par les os, et l'autre par la peau. La première, qui est toute synthétique et, en apparence, la plus logique, mériterait la préférence, si elle n'offrait tous les objets dans l'ordre inverse où le chirurgien est forcé de lestraverser, soit pendantla vie , soit dans les amphithéâtres. La seconde, quoique moins rationnelle peut-être, au premier abord , est en réalité plus pratique. Permettant d'étudier les parties en place et dans l'ordre où elles se montent quand il s’agit d'opérer, elle finira, je crois, par l'emporter.

L'anatomie des régions, par ordre de tissus, peut, à son tour, être envisagée de différentes lanières. Pam exemple,on peut, après avoir indiqué sommairement les éléments d’une région, passer en revue les rapports de ces éléwents, le développement, les variétés de la région, et terminer par quelques remarques chirurgicales. C'est la marche adoptée par M. Blandin, et qué” Béclard avait, dit-on, imaginée. Ellea pour avantage d'offrir à l'esprit des 6" très-nettes, et de classer les objets avec une grande précision. Ses inconvénients sont d’éloigner trop les conséquences de leur principe, et de manquer ainsi le but avoué de l'anatomie chirurgicale. Sebornant à énumérer les parties, elle ne laisse dans la mémoire que des notionstrop vagues pour être véritablement utiles. Enfin, il m'a semblé qu'apprenant peu de chose à ceux qui sayent, elle était insuflisante à ceux qui ne sayent pas , et que de cette facon l'anatomie ne rendait ni au praticien, ni à Pélève, tous les services qu'ils ont droit d'en attendre. Il seraitmieux peut-être, ‘si on voulait élaguer toute description, de s'en tenir, comme le veut M. Cruveilhier, à rappeler chaee couche, chaque tissu, chaque organe, en ajoutant'immédiatement les remarques pathologiques etchirurgicales qui peuvent s'y rattacher dans la région qu'on examine; mais alors, ce serait de la pathologie accompagnée de notions anatomiques, bien plus que de l'anatomie, soit chirurgicale , soit topographique.

D. Ordre anatomico-chirurgical, et méthode

analytique. Une autre marche me reste à mentionner. Dans celle-ci, on prend d’abord la région dans son ensemble, puis chacun des tissus ou des organes qui la composent, de manière à en faire ressortir toutes les particularités locales, soit derapports, soit de texture, soit de fonction , en ayant soin de mettre sans cesse sous les yeux du lecteur l'influence de ces particularités sur le développement, la marche, la terminaison , le traitement des maladies, et sur la valeur relative ou absolue des opérations. C'est la méthode qui me paraît préférable, si l'on tient à combiner 1 anatomie topographique avec lanatomie chirurgicale.

De nombreux reproches peuvent lui être adressés cependant. Elle permet des détails graphiques qui semblent n'appartenir qua l'anatomie descriptive. Forçant de revenir , à Foccasion de chaque couche ou de chaque organe, sur ses connexions avec les autres éléments remarquables de la région, elle expose à d'assez nombreu$es répétitions. Tenant à rapprocher autant que possible la déduction pratique de la remarque anatomique , elle disperse une foule de considérations qu’il serait plus agréable de trouver réunies dans un même paragraphe. Enfin, elle a l'inconvénient de ne présenter que par fragments des détails qui peuvent se rattacher à une scule opération, à une même maladie, ou à quelque ensemble de phénomènes que la raison voudrait ne pas séparer. De ces difficultés toutefois, il en est quelques-unes quisont plus apparentes que réelles, qu'il est au moins possible d’atténuer. La description des organes, par exemple, ne laisse pas d'offrir de grands avantages. Elle rappelle aux praticiens , aux élèves même, des notions que la plupart d'entre eux ont pu oublier. Elle montre d'ailleurs les objets dans un ordre où leur esprit n'avait point pris l'habitude de les considérer. Ce ne peut être après tout qu'une superfluité. Ne faut-il pas que le chirurgien connaisse la région qu'il examine, indépendamment de toutes les autres? Il lui importe absolument au moins de savoir que la peau , le tissu cellulaire, les aponévroses , les muscles, les vaisseaux , etc., se présentent là, avec tels caractères, dans tels rapports. Ces rapports , ces caractères propres à chaque localité, lanatomie descriptive ne les apprend point , et ne peut pas les apprendre. En définitive , ce n’est point une description complète qui convient alors. Le tout se réduit aux données qui se rattachent plus ou moins directement aux opérations ou à la pathologie, et chaque auteur est maître de les restreindre ou de les étendre à son gré.

Les remarques chirurgicales ainsi disposées, servant d'accessoire à chaque phrase descriptive, font mieux sentir la liaison qui existe entre le principe et sa conséquence, rendent la lecture du tout moins aride, fixent dayan-

VI INTRODUCTION

tage l'attention , et sont incomparablement plus faciles à retenir que si elles étaient rassemblées dans un chapitre spécial à la fin de chaque article. On peut en outre remédier à l'inconvénient de ces remarques disséminées, en réservant en dernier lieu toutes celles qui demandent une connaissance préalable des tissus qu'on a jugé à propos de noter. Rien n'empêche non plus de grouper autour de l’organe ou des organes importants les détails opératoires qui peuvent les concerner. Enfin, cette méthode convient également sur le cadavre et dans le cabinet. Elle exerce sans

cesse la réflexion du chirurgien, sans gêner la

mémoire de l'anatomiste.

En résumé donc, on peut faire de l'anatomie topographique : 1° par ordre de superposition, c'est-à-dire en prenant les objets couche par couche sans distinction de tissus; 2° par ordre de tissus, c’est-à-dire en passant successivement d'une couche ou d'un système organique à l’autre; 3 en prenañt chaque région du corps comme un organe à part, de manière à en indiquer la forme, la composition, les yariétés, les usagés, sans rien décrire, soit qu'on ajoute à la fin un article de déduction opératoire, soit qu'on se dispense de ce dernier corollaire; 4° en se servant de chaque élément

pour tirer de ses divers caractères anatomiques.

toutes les inductions, soit médicales, soit chirurgicales possibles, mais sans aucun détail graphique ; 5° en rapportant tout à l'un des organes dont on fait ainsi le centre de la région, et sur lequel toutes les remarques pathologiques doivent se concentrer ; 6° en ne relatant que ce qui peut se rattacher à l'opération, à la maladie principale qu’on pratique ou qu'on observe le plus souvent dans la région, ainsi qu'on pourrait le faire au périnée pour la taille , à laine pour la hernie, à l’aisselle pour l'anévrisme ; 7° par ordre de système organique et de la peau vers les os, c’està-dire, par la méthode analytique, en rappelant avec soin la position, le volume, les connexions, la structure même des parties, sans en séparer jamais les déductions pathologiques.

E. Méthode combinée. Trouvant que chacune de ces méthodes, prise isolément, ne satisfait qu'en partie aux besoins de la pratique, j'ai cherché à les fondre toutes en une seule. Une région étant donnée, j'en indique la forme et les particularités extérieures qui peuvent étre ‘de quelque secours au chirurgien. L'examen «le la peau, puis de la couche sous-cutanée me permet ensuite de montrer l'influence que-ces couches exercent sur les plaies, les ulcères, les abcès, sur la forme des maladies enfin, et sur les opérations. Les fasoias viennent en troisième lieu. Avec le tissu cellulaire proprement dit, les aponéyroses forment sans contredit l'élément qui mérite le plus d'attention

en pathologie, soit médicale, soit chirurgicale. | Aussi m'y suis-je arrèté d'une manière toute: spéciale. IL m'a paru d'autant plus utile d'in-. sister sur ce point, qu'on peut le considérer ! comme neuf, qu'il est extrêmement fécond en:

déductions pratiques , et que l'anatomie , envisagée d’une autre manière, n'en donne pres- : qu'aucune notion. Le système musculaire joue, dans les amputations, les fractures, les luxations, les plaies, cte., un rôle qu'il fallait aussi faire ressortir et spécifier dans chaque région. Les artères, eu égard aux anévrismes dont elles peuvent être le siége, aux opérations qu'elles réclament , exigent qu'on en résume avec soin le siége et les rapports précis, les variétés et les anastomoses. Il en est dé même des veines, à cause, soit de la saignée , soit des varices, soit de la phlébite, soit des précautions qu'elles demandent dans les opérations, en général, oula ligature desartèresen particulier. L'appareil lymphatique, servant à transporter une foule d'affections d’une région dans l’autre, étant susceptible lui-même de maladies nombreuses et de dégénérescences qui réclament souvent les ressources de la chirurgie, ne méritait pas moins d'attention. Les nerfs ont moins d'importance , il est vrai, sous ce point de vue; mais leurs fonctions ne permettent pas d'en négliger les connexions avec les divers organes sur lesquels il devient parfois nécessaire de pratiquer des opérations. Les os eux-mêmes, Rene la base de chaque région, t également occupé, ainsi que leurs dépendances, et j'ai tâché de faire sentir en quoi chacun d'eux peut modifier ses affections propres, et les différentes altérations des tissus voisins par le lieu qu'il occupe. Après avoir ainsi considéré chaque système sous Je point de vue anatomico-chirurgical, et sous toutes ses faces, pam la méthode analytique, j'ai cru devoir recomposer en quelque sorte la région par ae de superposition, dans un résumé synthétique qui permit au chirurgien d'embrasser d'un seul coup d'œil l'ensemble des objets préalablement indiqués. Enfin, il m'a semblé que les considérations susceptibles d'être généralisées, qui n'appartiennent uniquement ni à une couche ni à un organe, seraient avantageusement placées, soit à la fin de quelque paragraphe, soit à la fin de l’article entier. Pour compléter le cadre, on pourrait encore y ajouter une coupe transversale de chaque région avec l'énoncé des objets qui se présentent alors à découvert, ou qu'une tige portée dans telledirection, à telle hauteur, devrait atteindre.

L'idée de ce dernier mode était déjà venue à Portal pour les cavités splanchniques, et à Desault pour les membres. Je l'ai rappelée moi-même en 1825, et M. R. Froriep en a fait, en 1830, la base d'un travail intéressant; mais, forcé de me restreindre, je n'ai pu la mettre en prati-

INTRODUGTION. Il

tique ici que pour un petit nombre de régions. Un tel plan se prête, si Je ne m abuse 34 toutes les exigences de l'étude et de la science. La perfection extrême de son exécution rendrait l'anatomie topographique indispensable, non-seulement aux chirurgiens et aux praliciens, mais encore aux médecins et à tous ceux qui recherchent dans l'organisalion humaine des notions applicables à l'art de guérir. Je ne doute pas qu'à force de tâtonnements on n'arrive un jour à ce résultat, et, qu’à ce titre, l'anatomie des régions ne finisse par *entrer comme partie essentielle dans l'enseignement de nos écoles. Que chacun la présente donc à sa mânière , que les anatomistes la tournent et la retournent, que les écrivains ne se lassent pas d'en varier les points de vue. La multiplicité des ouvrages fera maîlre la controverse. Le champ est d'ailleurs assez fertile pour que personne ne le cultive en vain. Je pense, pour mon compte, que plus elle fera naître * de plans divers, plus elle arrivera vite à se régulariser au point qu'il ne soit plus permis à aucun médecin de se passer de son. concours.

20 Axaromre GÉNÉRALE. Ce qui précède ne concerne , comme on voit, que l'anatomie chirurgicale, étudiée par régions. C’est la seule dont il soit question dans la première édition de ce Traité: C'est la seule aussi qui ait été offerte au public jusqu'à présent. Il est cependantune autre manière d'envisager l'anatomie chirurgicale. Au lieu de suivre pièce par pièce les différentes localités du corps, on peut s'emparer de chaque système organique et l'étudier dans sesgénéralités, d'après les principes que je viens de poser pour les régions en particulier. Cette anatomie générale ; de pure application, n’est pas moins riche en déductions pathologiques ebopératoires que l'anatomie des régions proprement dite. L'essai que j'en donne, et qui n'est que le résumé des leçons que j'ai faites pendant trois ans sur ce sujet à l'École pratique, servira, j'espère, à en montrer l'utilité. Je serais heureux que quelqu'un voulût en faire l'objet d’un livre spécial. Dans ma pensée, une parcille-méthode doit au moins former lintroduction de toute bonne anatomie topographique. Ce que j'ai dit des diverses manières de présenter celle-ci, lui est d’ailleurs exactement applicable, Aussi ai-je pris le parti de ne séparer que le moins possible, la, comme dans l'anatomie des régions, la notion chirurgicale de la remarque anatomique, et de ne rappeler lune que pour éclairer l’autre.

Rien ne me paraît de nature à rendre plus précis le diagnostique et le traitement chirurgical des maladies. Les inflammations, les abcès, les tumeurs de toutes sortes, cessent ainsi d'étonner ou de surprendre par les formes variées qu'elles revétent ou par leurs différents genres de terminaison et de propa-

gation. Une pareille étude est un moyen puissant de matdrialiser de plus en plus des altérations morbides, de rendre incontestables les modifications que peuvent leur imprimer la texture et les qualités physiques de chaque tissu, d'interpréter, en un mot, ce que la chirurgie a d'organique et de réellement appréciable pour les sens. Qui ne devine, en effet, tout ce quel'anatomie, envisagée sous ce point de vue, est capable de répandre de lumière sur les maladies de la peau, du tissu cellulaire, des aponévroses, des muscles, des artères , des veines, des lymphatiques, des nerfs, du périoste, desos, des articulations, etc. ; étudiés en général! À “

3° Anaromte sr£crace. Un dernier plan, également bon à suivre, et qui dérive jusqu'à un certain point du précédent, serait, après ayoir montré ce qu'ont de général, en pathologie, les notions anatomiques tirées des différents systèmes ou appareils organiques , d'examiner ensuite chacun d'eux dans tous leurs embranchements et dans chaque région du corps. On obtiendrait par cette méthode, du tissu cellulaire et des fascias en particulier , des données sur lesquelles l'anatomie topographique seule ne permet certainement pas de compter.

Il en serait de même des muscles, des vaisseaux, des nerfs , et même du squelctte. L’élément cellulo-adipeux, pris aux doigts, je suppose, puis successivement à la main, au poignet, à l'ayant-bras, au coude, au bras, à l’aisselle et à l'épaule, au cou, à la face, au crâne , à l'extérieur du thorax et dans la poitrine, sur les différentes régions du ventre et au-deyant du pubis, au périnée, dans le bassin, à la hanche, dähs l’aine, à la cuisse, au genou, à la jambe et au pied, jetterait assurément le jour le plus vif sur la théorie et la thérapeutique des abcès, qui devraient remplir à eux seuls Ja dixième partie peut-être des cadres de nosologie chirurgicale. Je ne crois pas non plus qu'aucune autre manière soit aussi propre à montrer toute l'importance des aponévroses. Sous ce rapport, au surplus, rien ne s'oppose à ce qu'on fasse l'anatomie chirurgicale d’un système seul : que leur examen fût réuni en un même corps d'ouvrage, ou qu'ils fissent chacun le sujet d'un traité distinct, ils ‘offriraient à peu près le même intérêt,

En anatomie chirurgicale, la matière ne s'épuisera qu'après avoir été creusée non-seulement dans chaque région d'ensemble , mais encorc dans chaque appareil anatomique , par diverses personnes, s'emparant séparément de quelques-uns de ces poinis en particulier, I serait en conséquence à désirer que plusieurs hommes capables adoptassent cette marche ou envyisageassent l'anatomie chirurgicale sous cet aspect. Elant obligé de revenir sur chaque région autant de fois qu'il y a de tissus divers

d'au:

dans l’économie, anperdraîit souvent de vue, à la vérité, les connexions, la profondeur , la superposition, les caractères locaux qui appartiennent à l'anatomie topographique proprement dite; mais l'esprit saisirait mieux l’ensemble des remarques auxquelles peut donner lieu chaque élément dans chacune de ses parlies. Ce genre d'anatomie ne peut représenter, du reste, qu'une des variétés de l’anatomie chirurgicale. On manquerait totalement le but en cherchant à la substituer partout aux autres. Cest précisément pour s'être imaginé que l'anatomie chirurgicale était une, etne pas s'être aperçu que l'anatomie topographique pouvait être autre chose, n'était pas la scule, du moins, qui méritât ce nom, que chacun à pensé jusqu'ici être en possession du meilleur plan à suivre , et que cette science est encore si mal comprise. Pour me résumer sur” ce point, je dirai donc que l'anatomie chirurgicale étant toute d'application, peut être enseignée d'après les mêmes divisions que l'anatomie ordinaire, qu’elle peut être générale , descriptive ou topographique séparément, et même toutes ces choses à la fois; enfin, que chacune de ces trois grandes sections est susceptible de plusieurs sortes d'interprétations.

Historique. Voyons du reste par quelles phases l'anatomie chirurgicale a déjà passé, et le degré de perfection où elle se trouve actuellement. S'il ne s'agissait que du nom, on deyraibt avouer qu’elle a existé de tout temps. L'ordre topographique suivi par les anciens, dans l'exposition des parties, les amenait effectivement à faire de l'anatomie des régions et quelques remarques ce sur les points principaux de leur sujet. L'ouvrage de Riolan (1) este premier cependant où chaque article descripüf soit accompagné d'un résumé médico-chirurgical. Saint-Hilaire (2) vient en second lieu, soit pour la date, soit pour la valeur du livre: Le traité sommaire de Wins- low(3) peut être considéré comme une ébauche d'anatomie topographique, mais il n'a rien de chirurgical. Palfin (4) a la gloire d'avoir introduit dans la science le titre d'anatomie chirurgicale : il est seulement fâcheux que ce médecin n'ait pas mieux compris la chose. Quoique son livre ne soit en réalité qu'un traité d'anatomie ordinaire , il contient toutefois des chapitres entiers consacrés à la pathologie chirurgicäle eb aux opérations. C'est l'annonce d'un besoïn qui commence à se faire sentir. En re-

(1) Encheiridium analom. etpathol., Paris, 1648.

(2) L’Anatomie du corps humain, avec ses ma- Zad:, à vol. in-8°, Paris, 1698.

(3) Exposition anatomique du Corps liumain , Paris, 1752. |

(4) Anatomie chirurgicale ; ete., à vol. in-8°, Paris, 1726.

INTRODUCTION

fondant l'ouvrage de Paläin, A. Petit (1) est resté dans le même cercle, et n'a point songé

à pénétrer plus avant dans la question. Les : notions pratiques qu'il rappelle ne sont égale-

ment que des remarques détachées, sans rap-

port sensible avec l'anatomie préalablement

traitée dans l’article. À en juger par les thèses de l'ancienne Faculté, l'anatomie chirurgicale

semblerait avoir joui d'une certaine faveur,

dans l'école de Paris, vers le milieu du siècle : dernier, car elles en parlent presque toutes.

Est-il" question d'une opération à pratiquer au

cou, à l'anus, à laine, par exemple ? le can-

didat fait l’anatomie de la région cervicale, etc., et sa thèse prend le titre dé Dissertation anatomico-chirurgicale. C'estun usage

qui s’est maintenu même jusqu'à nos jours, et chacun sait que nombre de jeunes médecins croient encore devoir exposer brièvement l’anatomie de l'organe ou de la région qui con-

cerne la maladie dont ils veulent s'occuper;

mais on ne trouve dans ces diverses thèses au cunes remarques qui puissent faire penser que

leurs auteurs, pas plus les premiers que ceux d'aujourd'hui, aient eu l’idée d'une véritable anatomie d'application. Ils font de l'anatomie ordinaire, empruntée à quelque livre classique, et rien, absolument rien de chirurgical ni même de réellement topographique. En ouvrant le traité de Durand (2), on croirait qu’il s’agit enfin d'un point de vue nouveau, d’anatomie franchement chirurgicale. Les propres paroles de l’auteur prouvent, en effet, qu'il l'avait en partie conçue. « J'ai formé lidées dit-il, d'un ouvrage où chaque partie du corps humain serait expliquée en même temps que tout ce qui concourt à sa conformation. J'ai donc rassemblé, pour ainsi dire, dans un même tableau, le trajet des artères, des tendons, l’origine et l'insertion des muscles, les aponévroses , les cartilages, les os} les articulations, les ligaments, les glandes; j'ai tâché de ne rien omettre sur les viscères, sur la peau;

la graisse et la moelle; de manière qu'en peu de temps un chirurgien, sans étude profonde , peut connaître les parties sur lesquelles il doit opérer; et les opérations que je donne en observations, jointes à la connaissance de la structure du corps humain, doivent contenir sa main dans le respect qui est dû à chaque partie blessée.» Après ce beau début : qui semble tant promettre, n'a-t-on pas lieu d'être étonné de ne rencontrer qu'une chétive anatomie descriptive, à la manière de Riolan, et sans aucune remarque pratique ? Desault par-

(1) Anat. chèrurg., ou descript. exacte des parties du corps hum. avec des remarques, etc. 2 vol. in-8°, Paris, 1753. dé Là

(2) Aniat: génér. et particul. du Que hum, avec des observat. chirurg. sur chaque partie, 2 vol. in-8°,

Lille, 1774. ù

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