‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 2 sur 87 · LA · texte numérisé non relu

LA

INTRODUCTION. IX

Jait souvent, dit-on, d'anatomie chirurgicale dans ses leçons, mais il n’a rien laissé à ce sujet. Ce qu’en disent quelques-uns de ses élèyes porterait à penser qu'il ne s'agissait, dans son esprit, que de certaines coupes qui eussent permis d'étudier en place, à différentes bhauteurs, les objets susceptibles d’être atteints dans les opérations, que d'une des faces de l'anatomie topographique enfin, et nullement de l'anatomie chirurgicale proprement dite.

On trouve quelque chose d'analogue, sous le rapport médical, dans le cinquième volume de Portal (1), qui se rapproche ainsi de Palfin ct de Riolan.

C'est donc à M. Boyer (2) qu'il faut arriver pour obtenir un point de vue véritablement spécial, exactement conçu et complètement réalisé; mais le but de cet anatomiste n'était pas non plus de créer une anatomie chirurgicale. C'est de l'anatomie purement topographique qu'il a faite et qu'il a voulu faire, en résumant à la fin de son dernier volume, par ordre de superposition, les diverses couches qui entrent dans la composition de chaque région du corps.

Malacarne (3) est le seul jusque-là qui ait positivement cherché à se rendre compte, par l'anatomie, étudiée région par région, d'un certain nombre de phénomènes pathologiques et chirurgicaux. Malheureusement, les notions, les remarques dignes d'intérêt sont si rares dans son ouvrage, cet ouvrage est tellement incomplet à tous égards, qu'il n’a fait aucune sensation, et qu'il ne mérite d'être cité que pour rendre justice à l'intention de l'auteur.

Les procédés de la chirurgie, rendus de plus en plus rigoureux, par l'Académie royale et par l’école de Desault, ne pouvaient manquer cependant d'enfanter une anatomie nouvelle; qui pût en favoriser encore les perfectionnements ct venir au secours de la pathologie tout entière. Les travaux de Scarpa et de M. Cooper, sur les hernies, de M. Langenbeck, sur le périnée, sont des essais partiels propres à faire sentir les avantages d'une bonne anatomie des régions ; mais, n'ayant été entrepris qu'en vue de quelques maladies ou de quelques opérations spéciales, ils ne forment point encore une anatomie absolument chirurgicale.

À. Burns (4) est réellement l’auteur du premier exemple qui ait été donné sous ce rap- Port. Son ouvrage, quoique borné à la tête ct au cou, fut accueilli ayec une grande faveur

+: (1) Cours d’Anat. méd:, 5 vol. in-80, Paris, 1803.

(2) Traité complet d’Anatomie, ete., ne édit.,t.4, Paris, 1805.

/ ” do (3) Ricordi 4 la Anatomia chirurgien, ete., trois parties enunwol. in-89, Padoue, 1801 et 1802.

(4) Obsero. on the surgical Anatomy of the Head and Neck, etc., in8o, Glascow , 1811.

en Angleterre, où la difficulté de se procurer des cadavres le rendait d'ailleurs plus précieux que dans tout autre pays. Bien que l'anatomie soit utilement envisagée dans ce livre, cen’en est pas moins plutôt encore un recueil d’observations de chirurgie qu'un véritable traité d'anatomie, soit chirurgicale, soit topographique. Burns ne paraît point avoir voulu faire un ouvrage didactique. Il ne s’astreint, en effet, à aucun ordre. Nulle part il ne s’en tient à montrer par de simples remarques la liaison qui existe entre l'anatomie et la chirurgie. Partout on le voit donner avec détail et en entier les faits qu'il a pu observer ou qu'il veut invoquer, soit sous le rapport de l'anatomie pathologique, soit sous le rapport de la médecine opératoire et de la séméiologie. C'est, pour tout dire, un écrivain qui donne le résultat de ses recherches et de ses pensées sur la pathologie ou l'anatomie d'application, et non un auteur qui cherche dans la science une direction nouvelle. Aussi son livre formetil, dans J'édition américaine, publiée en 1823 par Pattison, un volume de 500 pages , quoiqu'il ne traite absolument que de la tête et du cou, et qu'il fût possible d'en écrire au moins autant sur les mêmes régions, en ne traïtant que des points qu'il passe sous silence.

La même époque vit apparaître un ouyrage qui mérite une place plus élevée dans l'histoire de l'anatomie chirurgicale. Je veux parler du Traité de M. Colles (1). Le but en est clairement déterminé. L'anatomie ne s'y trouve qu'autant qu'elle peut éclairer la chirurgie, et iln'y est question de celle-ci que dans ses rapports les plus immédiats avec celle-la. C'est bien certainement le premier essai d'une ana tomie franchement chirurgicale ; maïs ce n’est encore qu'un essai, un essai que l’auteur n’a pas jugé à propos de compléter, et qui ne comprend qu’une très-petite paglie du sujet. Ainsi, soixante-dix-sept pages y sont consacrées aux hernies inguinale et crurale. Ce qui concerné la hernie ombilicale n'occupe que cinq pages. Tout l'abdomen n'en comprend que quatorze.

Quinze autres pages renferment ce qui est relatif au thorax. Le cou en absorbe vingt, et le bassin avec le périnée, quarante-deux; ce qui fait un total de cent soixante-deux, les cinquante-quatre autres pages du volume étant complètement élrangères à l'anatomie chirurgicale, L'égoïsme national ou l'inadverlance la plus singulière a donc pu seule faire dire à M. King (2), en 1828 , que cet essai était encore le meilleur que la science possédât sur la matière.

Le Traité de Rosenmuller, publié par livraisons et avec planches, de 1802 à 1812, ma

(1) À Troatise on surgical Anatomy, Dublin, 1811, in-89, 218 pages.

(») Thèse, n. 15, Paris, 1828, p.8.

ts

INTRODUCTION

de l'anatomie chirurgicale que le nom, car ce n'est que de l'anatomie ordinaire, accorpas gnéc de figures assez exactes, et celui de Malacarne est le seul jusque-là qui embrasse la question dans son ensemble.

C'est à Paris que l'anatomie chirurgicale devait être véritablement créée. La précision sévère de Desault, et l'esprit d'application qui

règne dans toutes les productions de Bichat,

devaient la faire naître en quelque sorte forcément. La dissertation sur le périnée, soutenue en 1812 dans un concours célèbre, par M. Dupuytren (1), en forme pour ainsi dire le point de départ parmi nous. Plusieurs thèses (2) constatent, en effet, que dans les années suivantes M. Roux ouyrit un cours d'anatomie chirurgicale, le premier qui ait été fait à Paris. Les notes que ce professeur a bien voulu me communiquer , et les dissertations de quelques-uns de ses élèves, celle de Beulac surtout, prouvent même que M. Roux avait dès lors envisagé l'anatomie chirurgicale sous deux points de vue distincts, qu'il traitait séparément de l'anatomie des. régions et de l'anatomie chirurgicale dans Îes systèmes généraux. Si on

devait en juger, toutefois, par les thèses de -

MM. Baget, sur le tissu cellulaire, Bajard, sur le système musculaire , Mey, sur l’aisselle , les principes de cette science n'avaient encore été qu'assez vaguement esquissés. M. Baget traite,

en effet, des diverses sortes d'épanchements dans -

le tissu cellulaire , et non de l'anatomie chirurgicale de ce système organique. M. Bajard examine le rôle que jouent les muscles dans un certain nombre de maladies, et ne fait pas non plus absolument l'anatomie chirurgicale de ces -organes. M. Mey (3) ne parle guère de l’aisselle à son tour qu'à l’ancienne manière. Quatre pages de sa thèse sont consacrées à l’anatomie. Le reste n’est relatif qu'aux maladies de l'aisselle. M Beulac (4) est, en conséquence, le seul jusque là Qui ait envisagé la question En son xyéritable point de vue, en faisant, pour le membre supérieur, ce que M. Dupuytren avait déjà fait pour le périnée.

Revenant sur l’enseignement imaginé par M. Roux, Béclard lui donna une nouvelle impulsion en 1821. Le cours qu'il fit à ce sujet ne lui permit de traiter que de quelques régions, mais c'en fut assez pour que ses nombreuxélèvescomprissent l'importance de l'anatomie ainsi présentée. Je ne sais si le plan qu'il avait adopté est celui que suivirent plus tard deux de sesélèves particuliers, MM. Bouvier étBlandin, ou celui qu’on remarque dans les articlesänsérés, sous son propre nom, dans

(1) Thèse pour le concours ouvert à la F' aculté de Méd., pour la chaire de médecine opératoire , ete.

(2) Baget , n. 141. Paris , 1837.

(3) Thèse, n. 65. Paris, 1817.

(4) Thèse, n. 220. Paris , 1619.

le Dictionnaire de Médecine. Toujours est-il que le goût de ve genre d'anatomie se répandit bientôt au point de nécessiter un traité complet sur la matière, Nous commençâmes, MM. Bouvier, Blandin et moi, chacun à notre mamère, par donner aussi chaque année un résumé d'anatomie des régions, à la fin de notre cours d'anatomie spéciale, M. J. Cloquet, dont j'étais alors l'élève, et qui avait conçu le plan d’un ouvrage d'anatomie des régions, voulut en réaliser l'exécution à l'hôpital Saint- Louis, au mois de noyembre 1821. Nous avions tracé, décrit et arrêté ensemble les lignes fic- Lives qui devaient servir de limites aux diverses régions , lorsque d'autres occupations vinrent le forcer de suspendre son projet. Vou- Jant moi-même ‘établir un enseignement régulier dans ce sens, je le priai de me prêter ses notes ct les croquis qu'il avait pris sur le cadavre à l'époque indiquée tout-à-l'heure. Le cours que je fis à cet effet, au printemps de 1822, me montra de plus en plus combien Ja chirurgie pourrait emprunter de lumières à l'anatomie envisagée d'une certaine manière, ct je me mis dès lors à rassembler les matériaux d’un ouvrage de cette’ espèce. Dans les hivers de 1823, 1824 et 1825, MM. Blandin, Bouvier, Amussat, Bogros régwarisèrent en mème temps leurs premiers essais. M. Gerdy (1) inséra même dans sa dissertation inaugurale un abrégé du plan qu'il avait adopté pour l'anatomie topographique. Quelques travaux partiels s'étaient en outre montrés cà et la. M. Senelle (2), alors aide d'anatomie, venait de soutenir une thèse intéressante sur l'anatomie chirurgicale des artères du membre supérieur, du cou et de la tête. M. Lanctint (3) prit le creux sus et sous-axillaire pour sujet de la sienne, et Bogros(4) en a publié une excellente sur la région iliaque. Toutefois, espérant que Béclard ne tarderait pas à donner au public le fruit de ses recherches, nous attendions tous sans oser le devancer sur ce point. Sa mort ayant trompé notre attente, je crus rendre service à la science et aux élèves en rédigeant la première édition de ce traité. M. Blandin en fit autant de son côté, et publia le sien en 1896 , c'est-à-dire près d'une année après l'apparition de mon premier volume. Je rappelle ici les dates, parce que quelques personnes, qui avaient sans doute mal compris la question, parvinrent à élever à celte occasion une discussion de priorité dont les journaux n'ont pas manqué de s'emparer (5). En supposant qu'un coup d'œil comparatif sur les deux ou-

vrages ne fût pas suflisant pour monirer com-

(1) Thèse, n. 143. Paris, 1825.

(2) Thèse, n. 145. Paris, 18ar.

(5) Thèse, 18 avril. Strasbourg, 1833 (4) Thèse ,n.155, Paris, 18925.

(5) Bibliothèque méd., 1827, t. ner. p.541

INTRODUCTION, | À

bien ils différent l'un del'autre et par le plan et par l'exécution, je dirais que si l'un des deuxa dû emprunter à l'autre, ce ne peut pas être le mien, puisqu'il est antérieur de plusieurs mois à celui de M. Blandin. Mais aujourd’hui cette question est trop puérile pour que je m'y arrête, et j'espère que, sous ce rapport, M. Blandin partagera mon avis. S'il s'agissait de l'idée, on a dû voir qu'elle est fort ancienne. Quant au plan, chacun avait le sien. En pareil cas, c'est l'exécution qui est tout. Or, nos deux

traités, quoique tendant au même but, sont assez dissemblables pour ne pouvoir pas plus être la copie l'un de l’autre que ceux de Burns et de Colles. Ils peuvent se faire des emprunts réciproques, ainsi que j'en ai donné l'exemple dans l'édition actuelle, mais non se remplacer mutuellement.

L'Allemagne avait d'ailleurs produit quelques essais d'anatomie topographique avant nous. Le manuel de Rosenthal (1), qui n’est guère plus étendu que le résumé de M. Boyer, date de 1817. M. Bokc (2) fit paraître, en 1824, une sorte de programme avec trois figures où toutes les régions sont limitées par des lignes géométriques. Je ne parle point d'un autre ou vrâge de M. Bock (3) publié en 1819 et 1822, parce qu'il n’a aucun rapport avec l'anatomie chirurgicale telle que nous l'entendons en France. C'est un traité d'anatomie à l'usage des étudiants ou des praticiens du pays, et rien de plus.

Du reste, aujourd'hui même je ne connais aucun autre traité complet d'anatomie chirurgicale, soit topographique, soit générale. Le manuel de M. Edwards‘(4), publié en 1827, est un abrégé fort bien fait, sans doute, mais qui ne peut pas tenir lieu de traités plus étendus. Le livre publié en 1826 par M. Bier-

(1) Zandbuch der chirurgischen Anatomie. in-80. Berlin, 1817.

(2) August. Carl. Bock. der menschliche Korper nach seinem ausem Umfange, oder die Erintheilung und die Regionen desselben , etc. Leipzig, 1894.

(5) Zandbuch der pratischen anat, des menschtischen horpers. 2 vol. in-8v.

(4) Manuel d'anat. chirur., in-89, Paris ,1827.

kowsky (1), sous le titre d'Anatomie chirur” gicale, est tout simplement un traité de médecine opératoire. M. Buïalsky (2) traite des opérations qu'on pratique sur les artères, et représente, dans des planches assez belles, les parties qui doivent supporter l’action de l'instrument, mais il n’est nullement question d'anatomie chirurgicale dans son superbe ouyrage. Celui que M. Bock (3) a commencé en 1830 (4), n'en est encore qu'à sa première partie. Tout annonce, du reste, qu'il répondra à la réputation de l'auteur. Les nombreuses régions de la tête etdu cou sont assez bien figurées dans les planches qu'il a données , et le volume de texte que nous possédons en offre une description qui m'a paru fort exacte. Bien que j'aie fait trois fois, en 1827 , 1828 et 1829, un cours complet sur l'anatomie chirurgicale générale, je dois même avouer que M. Bock débute dans son livre par un examen des systèmes organiques généraux , qui Ôle en partie Ja priorité de publication à la premièrewsection du présent traité sur ce point. J'ai déjà dit que l’ouvrage de M. R. Froriep (5) ne concernait que les artères, ou ne s'attachait qu'a représenter les coupes transversales des diverses régions du corps. Un autre ouvrage, publié sous les auspices de M. Froriep père, et dont il existe maintenant plus de cinquante livraisons, traite bien , il est vrai, de l'anatomie chirurgicale ; mais, comme il reproduit plus particulièrement ce qui est relatif à la pathologie , aux opérations et aux instruments, on ne peut pas le mettre non plus au nombre des ouyrages d'anatomie proprement dite.

(1) Anatomisch chirurgische , ete. Berlin, 1826, in-fol. 1e’ cahier.

(2) Tabulæ anatomico-chirurg., ete., grand in-fol. en latin et enrusse, Saint-Pétersbourg , 1828.

(3) Chirurgisch-anatomisehe Tafeln, ete. Leipzig, noyembre 1830 ,in-8° de 288 pages.

(4) Chirurgisch-anatomische Kup fertafeln , etes Lieferung, 1851.

(5) Anat. chirurgica locorum Corporis humant , tigandis arteriis peridoneorum, ete., in-fol., 18 plancles. Vinariæ, 1830.

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