‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale et topographique du corps humain, ou, Anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 49 sur 87 · PARTIE POSTÉRIEURE · texte numérisé non relu

PARTIE POSTÉRIEURE

quart de cercle, la luxation s'effectue , parce qu'alors l'une des facettes de l’atlas passe en avantet l'autre en arrière de celle de l’axis. Il importe surtout de ne pas oublier la possibilité de ect accident pendant les tractions qu'on exerce sur le tronc de l'enfant, dans, l'accouchement par les pieds. En effet, si, par exemple, la face s'est d’abord présentée en avant, l'accoucheur ne manque pas d'essayer de la reporter en arrière. En faisant tourner le tronc Sur lui-même , à chaque traction qu'il exécute il ne lui est pas très-difficile de ramener le dos du fœtus vers les pubis. Dans ce cas, si la tête n'a passuivi les mouvements imprimés à la poitrine, comme il arrive très-souvent, si elle est restée dans la position qu'elle occupait au commencement de la manœuvre, da luxation des deux premières vertèbres est presque inévitable, et la mort de l'enfant précède son extraction.

L'union de la tête avec le rachis mérite une attention toute particulière. Les condyles de l'occipital, convexes, alongés, dirigés obliquement en dehors et en arrière, en rapport enfin avec les facettes supérieures de l'atlas, ne lui permeltent que des mouvements de flexion et d'extension; mais comme les ligaments occipilo-atloïdiens sont souples et assez larges, comme l'arc postérieur de la vertèbre est mince et na point d'apophyse épineuse, ce double mouyement peut être porté assez loin.

L'apophyse odontoide, espèce de pivot sur lequel tourne l'atlas, fixée en dedans des condyles de l’occipital au moyen de deux courts faisceaux fibreux, ne peut presser sur la moelle qu'après avoir rompu le ligament transverse de la première vertèbre, à moins qu’elle ne passe par-dessous, cas pour lequel il faudrait que les ligaments odontoïdiens eussent élé préalablement déchirés. On concoit que, d'une manière comme de l'autre, pour produire ce désordre, il faille une force considérable. Il paraît néanmoins que les suppliciés par la corde périssaient fréquemment ainsi. Le plus souvent les ligaments de l’odontoïde étaient d’abord xompus. L'apophyse s'échappait ensuite de son anneau, et se plaçait dans le canal rachidien, de manière à déchirer la moelle et à produire ane mortinstantanée. Quelquefois aussi le faisccau transyerse était brisé, et la mort avait lieu de la même manière.

Chez les enfants , il faut beaucoup moins d'efforts pour produire le même effet. L'apophyse verticale de la seconde vertèbre est peu développée dans le jeune âge. Ses ligaments sont beaucoup moins résistants. L’anneau qui larenferme est moins serré. Enfin, le ligament lïansyerse conservant encore une certaine élasticité, elle paraît pouvoir sortir de dessous ce dernier cordon ,sans déchirer les siens pro- Pres. On comprend ainsi comment, en saisis-

sant un enfant par les côtés de la tête, et le soulevant assez pour que ses pieds abandonnentle sol, on peut le faire mourir avec la rapidité de l'éclair , s’il fait quelques mouvements pour se dégager. Tel est le cas rapporté par J. L. Petit (1). k

Les deux premières vertèbres cervicales sont tellementuniesentre elles et avec la tête, qu'un instrument vulnérant peut pénétrer dans le canal rachidien, tout en ne divisant que des parties molles, et tuer sur-le-champ par la lésion de la partie supérieure de la moelle. Ainsi, en enfonçant un corps piquant ou tranchant par la fossette du cou , il serait possible d’arriver sur le ligament occipito-atloïdien, ou sur l'atloïdo-axoïdien, et de diviser le commencement de la moelle rachidienne. L'homme qui avait faitpérir l'enfant dont parle J. L. Petit (2), fut tué lui-même de cette façon par le père de la victime , si l'on admet toutefois l'exactitude rigoureuse de ces deux observations bizarres. Ce tambour mentionné par M. Boyer (3) mourut de la même manière. La disposition dont il s'agit paraît être bien connue des bouchers, puisqu'ils abattent souvent les animaux en leur enfonçant un couteau derrière l'occipital ; du vulgaire même, qui sait qu'en plongeant une épingle dans cette région , on peut produire la mort. Plus d'une fois aussi des malfaiteurs en ontprofité pour commettre des crimes affreux, sur de jeunes enfants surtout. Si l'instrument était porté par la partie antérieure, 1l ne ferait pas courir les mêmes dangers, parce que l’apophyse de l'axis l'empêcherait d’aller directement à la moelle. Au-dessous de la seconde vertèbre, desblessures de ce genre ne peuvent plus avoirlieu. Lesos,en effet,y sont assez bien imbriqués pour former un canal complet, dont les paroïsne présentent pas d'espace libre qui puisse permettre l'entrée des corps étrangers venant du dehors, à moins qu'ils ne soient portés obliquement de bas en haut. Du reste , une blessure de la moelle entre la première vertèbre et l’occipital , laisserait intacte la racine des nerfs pneumo-gastrique , glossopharyngien et grand hypo-glosse. Tous les autres seraient ainsi séparés de l'encéphale entre les deux premières vertèbres. Le sous-occipital serait conservé. Entre la deuxième et la troisième , il resterait une portion du plexus cervical. Entre la troisième et la quatrième , tout ce plexus serait hors d'atteinte, ainsi que le nerf spinal, dont il n'y aurait qu'une ou deux racines de détruites. Entre la quatrième et la cinquième, le phrénique ne serait pas altéré, Le plexus brachial serait en partie respecté. Enfin, plus bas, il n'y aurait plus nécessairement paralysie des membres thoraciques,

Q) Malad. ch.,t. 7, p. 9.

(2) Maladie des Os, Luxation de la tête.

Tous les muscles de la partie postérieure du cou sont enveloppés d'étuis fibro-cellulaires, comme à la région sous-hyoïdienne ; d'où la forme diffuse de ses inflammations. Toutefois, leurs gaines étant très-adhérentes, unies entre elles par un tissu cellulaire filamenteux dense <bpeu abondant, les fusées purulentes y sont fort difficiles et les dépôts phlegmasiques: assez communs. Emprisonnés , aplatis au milieu de cétte texture serrée des muscles, des lames aponévrotiques et du tissu cellulaire, les nerfs expliquent les souffrances causées par toutes les maladies aiguës qui s'y développent, les dangers des blessures qu'on y observe, le tétanos qui en suit quelquefois les piqüres. La disposition de l'appareil locomoteur fait encore que les liquides épanchés profondément {ont une peine infinie à gagner du côté de la peau, et même dans les autres sens. Une fois sous les téguments , néanmoins, ils fusent plus aisément au loin, à cause des adhérences plus faibles de la peau à l'aponéyrose et de son extrême épaisseur : toutes raisons qui favorisent la ré- -sorption des ecchymoses, maïs qui doivent porter à plonger de bonne heure le bistouri dans les abcès de cette région, qu'ils soient superficiels ou profonds.

Les mouvements étendus, les synoviales assez larges, lesglissements continuels des surfaces articulaires, la multiplicité des ligaments qu'on rencontre à la partie supérieure du rachis, rendent suflisamment compte des arthrites, des tumeurs blanches occipito-vertébrales, des caries, des inflammations et des suppurations de toutes sortes qui ont été observées dans cette région. Les rapports de l'atlas et de l'apophyse odontoïde avec le bulbe rachidien et les nerfs pneumo-gastriques, expliquent pourquoi les malades meurent ou se paralysent si rapidement en pareil cas, dès que la maladie gagne l'intérieur du canal rachidien (1). L’ampleur de l'anneau des deux premières vertèbres montre à son tour comment une exostose de leur intérieur, le déplacement de l'apophyse odontoïde ou de leurs facettes articulaires , ont pu ne pas être immédiatement mortels.

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