‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale, et topographique du corps humain, où anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la mèdecine opératoireChapitre 106 sur 173 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le système nerveux, soit par lune, soit par l'autre de ses deux grandes divisions, se retrouve partout et devient ainsi un des principaux moyens d'explication dans une foule de phénomènes chirurgicaux.

Ant. [. — Nerfsencéphalo-rachidiens.

Conducteurs du mouvement et de la sensibilité, les nerfs encéphalo-rachidiens ne peuvent être lésés sans modifier ou détruire ces deux propriétés dans les parties où 1ls vont se rendre. Comme ils naissent par deux racines distinctes et servent à deux usages différents, il était naturel que, de nos jours, on s’efforçât de justifier par l'a- M natomie, une supposition de Galien sur l'isolement de leurs fonctions. Le médecin de Pergame avait dit qu'il existe des nerfs spéciaux pour le sentiment et d’autres pour le mouvement. L'observation clinique prouve chaque jour que le mouvement peut cesser dans une partie qui conserve la faculté de sentir, et réciproquement. Dès l'année 1809, M. Ch. Bell reconnut que la section de la racine postérieure des nerfs anéantit une de ces propriétés sans détruire

l’autre’. Se livrant à des expériences du même genre en 1820 et 1822 *, M. Magendie parvint à établir que les filets fournis par les racines antérieures sont destinés à la motlité, tandis que ceux des racines postérieures président à la sensibilité. Depuis lors, M. Serres ? et moi 4 avons rapporté chacun une observation, qui semble venir à l'appui de cette doctrine. Béclard5, et nombre d’autres anatomistes, renouvelant les expériences de M. Magendie, sont arrivés au même résultat, Mais rien de tout cela n’a paru assez concluant, et la question, examinée contradictoirement par MM. Bellingeri ‘, Calmeil?, de Blainvillc*, Cruveilhier *, ne paraît point encore avoir été résolue d’une manière irrévocable. Un homme tombe d'un arbre et reste paraplégique. Six semaines après il meurt sans avoir jamais perdu la sensibilité. Une fracture de la onzième vertèbre dorsale comprimait le devant de la moclle qui contenait un abcès dans son cordon antérieur. D'après ce fait, que j'ai observé en décembre 1835 à la Charité, on présumerait donc que c’est la partie antérieure de la moelle qui est affectée quand une perte de mouvement vient à se manifester sans lésion du sentiment, Re, ns Ar AIT ENRIN Ant VRP EE

1 Shaw on part. paralys, Med, ch. Trans., 1822,

2 Journal de Physiol., août 1822.

3 Arch. génér., t. 7, p. 78, 1825.

# Ibid., p. 68.

° D’Escot., Affections locales des nerfs. Paris, 1825, p, 17.

$ Journal des Progrés, t, LD 1294 t..3, p.125,

7 Id, te 11, p. 77, & 12, p. 155.

$ Gours de Physiol, comparée, à la Sorbonne, 9 Cours d’anatom., à Ja Faculté.

Av ps se

si d’autres faits ne portaient pas à penser que dans les paralysies c’est toujours le mouvement qui disparaît le premier. Les cas d’insensibilité sans paralysie du mouvement seraient , au contraire, rattachés aux altérations de la ré gion postérieure de la moelle. Si les mouvements de flexion sont sous l'influence des cordons antérieurs de la moelle comme le veut M. Bellingeri, leur disparition imdique une maladie du devant de cette moelle. Cest ce que j'ai constaté en janvier 1836 à l’hôpital de la Charité, sur le cadavre d’un malade qui mourut dans un état d’'extension permanente de la tête et des membres thoraciques.

Comme les nerfs se distribuent à tous les points de l’orœanisme , il n’est pas une lésion traumatique qui ne soit accompagnée de douleur, et c’est parce qu'ils n’en renferment, si même ils en possèdent, qu'une très-petite proportion, que les os, les cartilages, les ligaments sont

doués d’une sensibilité si obscure; tandis que la peau, où

la plupart d’entre eux viennent s'épanouir, en possède

une si vive et si délicate. Il est inexact, toutefois, de sou-«

tenir avec M. Breschet' que le réseau de Malpight, que la couche papillatre n’en soient qu'un épanouissement, que

la sensibilité soit toujours en raison de leur nombre ou dem

leur volume. L’urètre, la surface Gu gland, qui jouissente

d’une sensibilité si exquise, en reçoivent certainement

moins que l'æœsophage et le pharynx. En se perdant au

milieu des muscles, leurs derniers filaments tombent presoo ER NP PL

1 Gazette méd,, 1834; loc, cit,

que à angle droit sur les fibres, qu’ils plissent', en se rapprochant les unes des autres sous des attractions ou des répulsions galvaniques *. Mais ces filets, assez nombreux d’ailleurs , n’étant destinés qu’à la motilité, n’en rendent pas les muscles beaucoup plus impressionnables à l’action des instruments tranchants.

En admettant que presque tous les nerfs de la sensibilité arrivent à la peau, on explique très-bien comment il se fait que, dans les opérations, il n’y ait pour ainsi dire que la section de cette membrane de douloureuse ; mais comment expliquer ensuite les douleurs qui, plus tard, se manifestent souvent au fond des plaies, qui caractérisent certaines tumeurs, les mflammations développées profondément !

Ainsi, sans les nerfs point de sensibilité ni de motilité. Leur section, leur ligature, devant, d’après cela, être suivie de paralysie , montre combien il importe de les ménâger dans les opérations. Sous ce rapport , il est bon de remarquer que les branches d’un même nerf se rapprochent et se confondent souvent en un seul cordon après avoir marché plus ou moins Jong-temps écartées, ainsi qu'on le voit pour le saphène externe avec un des rameaux du poplité, par exemple, et de facon que la section d'une des branches principales n’eñtraînerait pas alors de toute nécessité la perte de ses fonctions.

En s’adossant, les filets nerveux ne constituent pas des anastomoses aussi complètes que les artères, et se con-

mp

3 Audouin, Arch, gén. de Méd., t, 8, p, 88, 3 Adelon, Physiologie de | Homme, t, », p. 56, Paris, 1830,

fondent rarement d’une manière certame. Le plus souvent, ils restent côte à côte et sans se mêler, quoique én-

veloppés dans la même gaine, jusqu’à deur terminaison définitive. Quand ils s’anastomosent ‘en forme d’anse, la confusion de leur matière nervale est si rare ou si difficile à constater qu’on en a nié l’existence ', même à l’extrémité des doigts, où personne ne Ja révoquait en doute”.

C’est à tort, selon moi, car je suis parvenu plusieurs fois

à découvrir de ces anses dont la convexité ne fournissait .

aucun rameau , quoiqu'elles fussent doutes d’une régularité parfaite. [1 n’en faut pas moins convenir avec M. Cruveilhier ? que le fait n’est pas commun, tandis que le système artériel nous l'offre à chaque instant et sous une foule de formes différentes. C’est là ce qui fait qu’un nerf ne peut pas en remplacer un autre, que chaque organe à véritablement les siens , et, par conséquent, que la division de chacun a pour suite presque inévitable Ia paralysie de l'organe auquel il est destiné. En un mot, comme les nerfs se ramifient à la manière d’une branche d’arbre, tout rameau dont on interrompt la continuité avec le tronc en reste absolument séparé; tandis que le système ariériel représentant partout des cercles, fait que chacune de ses branches peut être divisée sans arrêter la circulation nulle part.

Tout cordon nerveux est composé d’un certain nombre de filaments réunis entre eux par un üssu cellulaire rare,

1 Béclard, addit. à l’An. de Bichat, p. 52, 1850, 2 Blandin, Anat. topograph., p. 551.

3 Dict de Mid, et de Chirurg. prat,, t, x, p. 62.

NERES. 129 dense et très-fin, puis enveloppé par une gaîne plus ou moins lâche, plus où moins complète. Chaque filament est à son tour formé d’une sorte de tube fibreux ou névrilématique et d’une proportion variabie de matière nervale. Adhérant à la pulpe médullaire par sa facé interne, dépourvu de cloisons celluleuses à son intérieur, ce tube permet au mercure qu'on y pousse de le parcourir et de suivre la route du filet: ce qui à pu, quoiqu'à tort, faire croire que les nerfs étaient creux’ ou canaliculés comme les vaisseaux *, Enfin des artérioles , des veinules, des vaisseaux lymphatiques entrant dans la structure des nerfs, comme dans celle de tous les autres organes examinés jusqu'ici, font que cescordonsdoivent être sujets àtoutes les maladies. L’inflammation y est rare, parce qu’ils contiennent peu de vaisseaux sanguins, que leur tissu cellulaire est filamenteux et sec, et que leur trame organique , purement fibreuse, est peu favorable à l'accumulation des fluides. Dès qu’elle y existe, cependant, son plus faible degré suflit pour causer de vives douleurs, parce que le moindre gonflement des lamelles interposées réagit sur la substance nervale et la comprime.

Cette texture serrée fait en outre que le pus, quand il s’y est formé, se dissémine sous l'aspect de stries ou de petits points dans les interstices des filaments nerveux, au lieu de se rassembler en foyers, et que les tumeurs scrofuleuses y sont tellement rares qu’on en con-

mn ee

1 Reil, Arch. de Physiol., ete.

«2 Bogros, Arch. gén. de Méd.. t, 8, p, 299. 1825,

Le Le 9

teste encore l'existence. Elle fait, par la même raison, que les productions et les dégénérescences douées de quelque prédilection pour les tissus durs, tels que les glandes et la matrice, s’y remarquent assez souvent. Valsalva? y a vu une tumeur dure homogène, comme un ganglion du grand sympathique ; jy ai rencontré une masse du volume d’un œuf d’autruche ; Cheselden*, Beauchênet y ont observé des kystes, et M. Richerand une série de renflements fusiformes *, D’autres parlent de tumeurs cancéreuses ‘, Les petites masses connues sous lé nom de névromes, qui se développent le plus souvent au-dessous de la peau, et qui causent de si vives douleurs, y ont aussi été placées , mais à tort probablement, car des observations relatées par M. Dupuytren, par M. Jaume, qui les décrit sous le titre de squirrhes enkystés7, et par moimême, tendent àh prouver qu’elles sont tout-à-fait étrangères aux nerfs. Les piqûres des nerfs ne sont si douloureuses que parce qu’elles en ébranlent plus ou moins les divers filets; et comme il est difficile qu’elles ne touchent pas par quelques points la matière nervale, elles laissent souvent à leur suite une petite induration, une sorte de renflement,

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1 Descot, des Affcct. locales des Nerfs, etc., p. 259,

à Morgagni, Let. 50.

8 Anat., p. 206, d’après Descot,

# Descot, p. 255.

5 Id, |

6 Viel Hautmesnil, Thèse, Paris, 1807.-— Delpech, Dict, des Se, méd art, Cancer,

7 Thèse, Paris, 30 décembre 1828,

pe

NERFS, 151 Quand on divise incomplétement lés nerfs, il en résulte d’abord des douleurs très-vives, parce que les filets conservés réagissent plus ou moins sur ceux quine le sont pas. Leur section n’est point accompagnée de rétraction, ou n’en offre du moins qu’une très-légère ; d’abord parce qu'ils sont en général libres et mobiles au milieu des muscles ; ensuite parce que leurs branches, leurs flaments ; sont contenus dans des tubes presque inertes. Il résulte de R qu’au lieu de rentrer dans les chairs après une amputation, les nerfs un peu volumineux proéminent et pendent à la surface de la plaie, puis que, si on se borne à les inciser sans produire de perte de substance, leur continuité manque rarement de se rétablir par agglutination immédiate, Aussi est-il probable alors que les fonctions de celui qu’on a divisé ne tarderaient pas à $é rétablir, et a-t-on reconnu que la cautérisation ou l'excision en devient indispensable lorsqu’on veut en suspendre Pour toujours les irradiations, Du reste, comme c’est la pulpe nerveuse qui constitue leur essence , et qu’elle n’a point de tissu cellulaire pour base, on conçoit qu'ils ne puissent pas se reproduire. Les nerfs ne se réunissent qu’à la manière des muscles, c’est-à-dire que par l’interméde d’une couche plastique qui $e dépose ét s'organise entre les deux bouts de celu: qu'on vient dé couper, ou bien par cuite du travail qui s'opère dans leurs éléments communs , de la raréfaction de leur tissu cellulaire qui refoule au loin, ferme les orifices de | fous les petits canaux qui là renferment ét se transforme peu à pet en une cicatrice où un cordon fibro-cellulcux capable d’en rétablir solidement la conUnuilé ; mais, soit que l'influence médullaire traverse cette substance nou-

velle , soit qu’elle trouve des voies de détour, il n’en est pas moins incontestable qu’au bout d’un certain temps la branche divisée, en eût-on même. détruit une portion, init par reprendre une grande partie si ce n est la totalité de ses usages.

Au demeurant, ces remarques prouvent que , dans les névralgies qu'on veut traiter par l'opération , il est prudent de recourir à la cautérisation ou à l’excision , et de ne s’en tenir ni à li incision ni à la ligaiure.

Généralement moins tendus et plus souples encore e que les vaisseaux, les nerfs s ’accommodent sans peine à tous les mouvements, à tous les changements d’attitude du corps; circonstance d'autant plus heureuse que le moindre tiraillement exercé sur eux soit dans un sens, soit dans un autre, amène sur-le-champ, de violentes douleurs. Une tumeur, anévrismale ou autre, qui les déplace, agit en les comprimant. Ïl en est de même d’un corps étranger qui se serait arrèté dans leur épaisseur. Leurs rapports avec cerfains os les exposent à la commotion et aux contusions. Un coup. sur la face produit un éblouissement qui ne peut être dù qu #4 La commotion des nerfs. Une violente secousse du coude engourdit 1 momentanément toute la porion cubitale de Favant-bras et de la main. Une chute sur le sacrum paralyse momentanément les membres inférieurs. Non-seulement ils peuvent être excités, froissés par les agents extérieurs à travers les téguments, mais ils peuvent encore s'engager entre les fragments d’une

fracture, et y courir le risque d'être piqués , tiraillés,

déchirés.

Accompagnant presque toutes les vemes superficielles

SR IN PRE ll AS TR Eten ts. PRE DETTE, à

un peu volumineuses, n'ayant pas, à ce sujet, de position bien fixe , se plaçant tantôt en dedans, tantôt en dehors, ils ne peuvent pas toujours être ménagés dans les opérations que réclament les maladies de ce genre de vaisseaux. Leur lésion, dans la phlébotomie, était la grande frayeur des anciens , et quelques filets nerveux sont à peu près constamment atteints dans la ligature, la section ou l’excision des varices. Heureusement que leurs branches sous-cutanées ne sont pas d’une grande importance, et qu'en les divisant d’une manière complète on ne produit que très-peu de douleur. :

Les nerfs qui côtoient les vaisseaux profofñds, méritent beaucoup plus d'attention. Leur forme arrondie, leur fermeté, leur teinte blanche ou rosée, ne permettent de les confondre ni avec les artères, qui sont jaunâtres et se laissent facilement aplatir, ni avec les veines, qui sont noirâtres et infiniment plus molles. Dépourvus de gaînes propres, ils sont tantôt plus, tantôt moins éloignés des vaisseaux. Quelques-uns d’entre eux rampent souvent à la surface de ces derniers, de manière à ne pouvoir en être que difficilement séparés, ainsi qu'on le remarque à la veine jugulaire , à l’iliaque externe , à la fémorale, etc. Alors il faut de l’adresse et de grandes précautions pour ne pas les comprendre dans le lien qu’on place autour de l'artère, dans l'opération de l'anévrisme et après les amputations. Ailleurs, ils forment une sorte de natte, de plexus, qui enveloppe et cache tellement le tronc artériel, que les opérations à pratiquer sur lui deviennent d’une difficulté extrême : témoin le

plexus axillaire. Le plus souvent, néanmoins, il n’en reste

qu’un le long du vaisseau principal, et, de même que les nerfs sous-cutanés , il se tient ordinairement un peu plus superficiel. Sa position étant assez fixe, 1l peut, de cette manière, servir de guide quand il s’agit de découvrir l’arière, ainsi qu'on le voit à la sous-clavière, la cubitale. Gomme il se place presque toujours du côté opposé à la veine, et qu’il y a peu de danger de le heurter avec un instrument mousse, les chirurgiens ont raison de commencer par le côté du conduit veineux, quand il s’agit de décoller une artère avec la sonde cannelée, et de passer un fil autour d’elle. Une plaque, une cloison aponévrotique eu fibro-celluleuse, des faisceaux charnus, un espace de quelques lignes enfin , les séparent en outre assez

‘du vaisseau pour qu'il n'y ait rien à craindre en pénétrant

de la veinewers le nerf, tandis que du nerf vers la veine 1l y a toujours quelque danger.

On voit par BR que s’il est plus facile d'éviter les nerfs que les veines dans les opérations qui se pratiquent sur les artères, leur lésion alors n’est pourtant pas non plus très-diflicile. Les praticiens qui, à l'instar de Molinelli', s'étaient imaginé que la ligature des nerfs n’entraîne pas la parakysic, étaient jusqu'à un certain point excusables de les comprendre dans le même lien que l'artère , eux que l'anatomie chirurgicale n’avait point encore éclairés.

! On distingue les cordons nerveux, dans un plaie d'amputation , à leur couleur grise, à l'aspect granulé de leur coupe et au peu de tendance qu'ils ont à se retirer dans les muscles. Ceux qui sont le plus solidement accollés

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3 De Anovrysmate à læsä Brach., etc.

NERESe 135

aux artères s’en séparent en général assez facilement pour qu'il soit aisé de les éviter. Les simples rameaux font seuls exception. On y remédie en les étranglant avec une force suffisante pour en rompre la continuité. Ici, d’ailleurs, comme pour tout ce qui concerne les anévrismes, le chirurgien acquiert beaucoup d'assurance en se souvenant d’une règle qu'il convient de poser, savoir : Qu'en partant de los le nerf vient toujours en troisième lieu, tandis qu’on le rencontre le premier en venant de la peau. L’artère, la veine, le nerf, dans le premier sens ; le nerf, la veine, l'artère, dans le second; tels sont les rapports à peu près constants de ces trois ordres d’organes,

Étant aussi rapprochés des vaisseaux, les nerf doivent être déplacés, comprimés , aplatis, tiraillés par les tumeurs anévrismales, en sorte que l'engourdissement , les douleurs, la paralysie même sont alors des phénomènes presque naturels, et que là se trouve une cause puissante de gangrène , dès que la circulation artérielle vient à être interrompue. Un pareil accident n’est guère à craindre, toutefois, par cette cause qu'à l’aisselle et au jarret, que dans les lieux où tous les nerfs du membre peuvent être comprimés à la fois par la tumeur.

Les cordons nerveux qui n’accompagnent ni les artères, ni les veines , paraissent être plus particulièrement, &estinés aux muscles. Plusieurs d’entre eux traversent des ouvertures osseuses, ou ostéo-fibreuses, incapables de les comprimer jamais. Ainsi les nerfs du crâne, ainsi Îes nerfs du bassin, ainsi les nerfs sus-scapulaires, ainsi tous les nerfs rachidiens. D’autres passent dans lintervalle de pièces mobiles du squelette, et peuvent être comprimés

dans certains mouvements au point d’engourdir la totalité du membre. C’est ce qui arrive parfois au plexus brachial entre la première côte et la clavicule. La plupart finissent par se mettre en contact immédiat avec la surface de certains os, et quelques-uns par la contourner sur un point déterminé. Le nerf circonflexe contourne le col de l’humérus avant de se perdre dans le muscle deltoïde; le radial contourne le corps du même os, et le cubital l’épithroclée. Il en est de même du poplité externe au-dessus de la tête du peroné, du jambier postérieur sur la gorge du calcanéum, du radial sur la face ‘externe du radius. De tels rapports les exposent, non-seulement aux ébranlements, à la commotion dans les chutes, aux contusions et à l’action de tous les corps contondants, mais encore à être gravement compromis ou blessés dans les fractures, à se laisser renfermer dans le cal, à devenir ainsi la cause de douleurs inouïes, de mouvements convulsifs et d’accidents tétaniques. Presque toutes les articulations importantes, l'épaule, le coude, le genou, le pied, en sont entourées de cette manière. Aussi quelques variétés de luxation sont-elles très-sujeites à faire naître les dangers que je signalais tout-à l'heure et souvent accompagnées ou suivies de paralysie.

La texture solide, quoique peu extensible, du névrilème, et la réunion d’un certain nombre de filets dans chaque cordon donnent aux nerfs une très-grande ténacité, une résistance presqueinsurmontable, dans le sens de leur longueur, tellement que leur déchirure n’a lieu qu'après celle des vaisseaux, ou même des muscles, et que les tractions exercées sur eux peuvent en ébranler les racines à la moelle,

les détacher du cordon rachidien plutôt que de les rompre dans leur trajet, s'ils conservent quelque liberté au milieu des parties dont ils traversent les interstices. C’est ainsi du moins, chose difficile à comprendre du reste, que M. Flaubert’ dit l'avoir observé à la suite de violents efforts sur le bras pour réduire d’anciennes luxations de l'épaule. Comme tous leurs filets sont parallèles, il est au contraire très-facile de les déchirer, ou plutôt de les éparpiller transversalement. Seulement, comme cela ne se peut faire sans rompre le tissu cellulaire qui les unit, ainsi que de très-petits filaments qui vont de l’un à l’autre, et que leurs molécules se trouvent à la fois üraillées et comprimées dans tous les sens, il en résulte aussitôt une exacerbation de sensibilité, des douleurs quelquefois d’une violence extrême.

ART. 2. — /!V erfs viscéraux.

Si la forme ganglionnaire du grand sympathique lui donne une vie en quelque sorte indépendante, sa commu nication avec le système cérébro-spinal, par autant de racines qu'il y à de troncs nerveux, le rattache d’une manière assez intime à la moelle épinière pour que la destruction de cette dernière le prive bientôt de la plus grande partie de sa puissance, et finisse par en anéantir complétement les fonctions. Comme il ne transmet point au centre com- mun Jes impressions reçues par les organes auxquels il | fournit l’innervation, on peut couper, diviser plusieurs de

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1 Répert. d’Anat, et de Phys, etc. Paris, 1827.

ces organes sans produire de douleurs. [faut noter toutefois qüe la section, la simple division des cordons de l'autre système nerveuxn’6st pas non plus très-douloureuse, etque, sous ce rapport, le grand sympathique et les nerfs enctphaliques diffèrent moins qu’on ne serait porté à le penser. N'ayant point de névrilème, se modifiant plus ou moins dans les plexus et dans les ganglions qu’ils sont obligés de traverser, les rameaux du nerf trisplanchnique ne doivent conduire qu'avec peine les impressions jusqu'au cerveau, et encore ne les y amènent-ils qu'après leur avoir imprimé un caractère particulier.

La compression , la torsion, la déchirure du testicule, des intestins sont accompagnés de souffrances de même nature, parce que leurs nerfs sont fournis par le grand sympathique. Gomme les filaments de ce nerf se mêlent d’une manière intime aux organes, il est à peu près im possible de les en séparer. G'est à cela qu’il faut s'en prendre si, quand on étrangle une partie qui ne renferme que des nerfs ganglionnaires, la douleur, moins aiguë, plus sourde d’abord, dure plus long-temps et finit par devenir plus vive que s’il y parvenait des cordons du système rachidien. Le mélange devient tellement intime dans certains appareils qu’on finit par ne plus pouvoir en suivre es traces. Cest ainsi que le système vasculaire ne laisse apercevoir des filets nerveux autour de ses branches qu’à leur origine , et qu’il est bientôt impossible d’en démon trer le moindre vestige dans aucune de ses tuniques. Aussi est-il à peu près certain que la ligature, la torsion, la piqûre des artères el des veines ne seraient accompagnées d'aucune douleur si le chirurgien pouvait ne toucher à

NERFS. 159 aucune des fibrilles nerveuses qui se distribuent dans la gaine cellulaire et ses environs.

Les branches du grand sympathique sont d’ailleurs tellement accollées aux artères ou enchevêtrées dans leur gaine, qu'il est en général très-difficile de les en isoler. Heureusement que la ténuité de ces branches et le peu de développement. de leurs propriétés vitales, ne les exposent que très-peu à l’inflammation.

Il faut observer cependant que, destinés à ne former qu’un lacis, par l’intermède de ses plexus et de ses ganglions au lieu d’être constitué par une série de cordons divergents, le grand sympathique ne peut guère être affecté sur l’un de ses points sans que les autres s’en ressentent. Seslésions physiques devraient toutefois faire exception, car il importe peu au reste de l'organisme qu'un de ses filets quelconque soit coupé, ou le siége d’une tumeur par exemple, si tous les autres ont conservé leur état normal. Enfin, la distribution du nerf ganglionnaire est telle, 1l exisie un tel consensus entre toutes ses parties, que ses maladies comme ses fonctions ont une grande tendance à se généraliser, et que l’un de ses rameaux venant à se perdée est aussitôt suppléé par les autres. Une foule d’opérations viennent à l'appui de cette assertion. Jamais , en effet, on n’a remarqué que la section des plus grosses branches du grand sympathique , soit au cou , soit ailleurs, ait sérieusement inquiété le chirurgien, ni qu'il en soit résulté la moindre apparence de paralysie dans les organes CIrCONVOISINs.

Dépourvu de tissu cellulaire et de vaisseaux appréciables, le grand sympathique ne paraît guère susceptible de

s’enflammer par lui-même; mais sa nature gélatineuse et la sensibilité obtuse dont il jouit , le rendent sujet à quelques dégénérescences particulières , notamment à des tumeurs rougeâtres, dures, homogènes, qui ne semblent être, le plus souvent, que le résultat d’une hypertrophie de quelques-uns de ses ganglions. M. A. Thierry m'en a fait voir une qui avait le volume d’un petit œuf de poule fort allongé , et qui occupait la région cervicale. Peut-être est-ce de la même pièce que parle M. Bérard aîné, Au demeurant, le système nerveux ganglionnaire est évidemment celui qui se prête le moins aux applications chirurgicales.

An. IT. — Applications générales.

Dans son ensemble, l'appareil nerveux offre quatre nuances bien distinctes, quant à ses fonctions, et qu'on rencontre souvent dans le même organe. Prenons l'œil pour exemple. Les nerfs du mouvement animent les muscles de cet organe , et des filets sensitifs y arrivent en certain nombre. Il en recoit d’autres du système végétatif pour présider à ses fonctions nutritives ; On y trouve enfin un nerf à sensation spéciale, le nerf optique.

On comprend dès lors qu’une maladie ou une opération puisse altérer profondément la sensibilité de l’œil ou de

toute autre partie, sans troubler en rien sa motilité, non

plus que sa nutrition , et réciproquement.

Ün malade peut être amaurotique toute sa vie, tout en

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