‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale, et topographique du corps humain, où anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la mèdecine opératoireChapitre 113 sur 173 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Ant. 1.—Schindylèze.

Les jointures qui se font par schindylèse, comme celle du vomer avec la crête du sphénoïde, n’ayant besoin ni de cartilages, ni de ligaments, ni de membrane synoviale, pour se maintenir, ne sont sujettes à aucune maladie, ne se prêtent à aucune opération particulière, et ne permettent aucun déplacement.

ART. Il.— Gomphoses.

Les articulations par gomphose ou par implantation offrent déjà beaucoup plus de complication. Tapissées par un périoste vasculeux et irritable, elles s’enflamment et suppurent facilement; d’où un ébranlement quelquefois irremédiable des petits corps qu’elles renferment. La vitalité de cé périoste fait d’un autre côté qu'une dent mécaniquement déplacée peut retrouver une grande partie de sa solidité, si elle est immédiatement remise et fixée dans son alvéole.

D’une extrême dureté, creusés d’une cavité plus large que l'ouverture dont est percé le sommet de leur racine, et que remplit une pulpe vasculaire, nerveuse et

cellulaire, les petits cônes qui s’articulent par gomphose font que toutes les phlegmasies de leur intérieur doivent être excessivement douloureuses. Gomme le pédicule vivant qui les pénètre traverse le tissu de los qui les supporte, on conçoit que leur suppuration puisse en amener la carie ou la nécrose, et faire naître des fistules , des altérations graves dans toutes les parties voisines”.

N'étant qu'implantés, sans être soutenus par l’autre extrémité, les ostéides articulés pargomphose n’ontréellement de fixité que par leur union intime avec les parties molles. Aussi les voit-on céder et se laisser expulser graduellement à mesure que cette union devient moins solide, soit par suite de maladies, soit par suite de la tendance de l’al- - véole à se combler du sommet vers Ja base, comme il arrive au déclin de la vie.

ART, [IT —4mphiarthroses,

Les amphiarthroses, déjaplas répandues dans l’économie, forment un genre beaucoup plus important que les articulations précédentes. Le fibro-cartilage qui les caractérise se confond d’une manière si complète avec la surface osseuse, que leurs luxations sont à peu près impossibles, Il est vrai que le peu de mouvement qu'elles permettent explique aussi cette particularité; mais fussent-elles infiniment plus mobiles, il n’en serait pas autrement, attendu que larupture de l'osesten général plus facile que celle de leur ligaments, qui, ayant moins de vitalité, de vaisseaux, recevant moins de

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1 Toirac, Déviation de la dent de sagesse, etc. Paris,"1829.

fluides, s’altèrent aussi plus rarement, si ce n’est en subissant la transformation osseuse.

L’inflammation, la suppuration, ne s’observent que rarement dans les fibro-cartilages, même lorsque les os qu'ils séparent sont le siége de nécrose, de carie, de tubercule, à moins que le mal ne parte d’un point central dont 1l sera question tout-à-l'heure. Composée de fibres élastiques, entremêlée de flocons gélatineux, dépourvue de trame vasculaire, douée d’une force de résistance extrême, la rondelle semi-cartilagineuse de ces corps ne disparaît point sous la pression continue d’un anévrisme, par exemple, comme le ferait une pièce osseuse, Aussi la trouve-ton intacte au milieu des plus vastes destructions du squelette. Gependant, comme elle est susceptible de se laisser imbiber de liquides, on la voit souvent se ramollir , se gonfler et produire un écartement considérable des surfacesqu’elle maintient habituellement immobiles. En faveur de cette assertion, j'invoquerai l’écartement des symphyses pelviennes pendant la grossesse et lors de l’accouchement.

Comme son centre est ordinairement garni d’une surface ou d’une cavité synoviale, il serait inexact de dire néanmoins que l’amphiarthrose n’est jamais envahie par les affections qu’on remarque dans les autres articulations. De la sérosité, du pus, du sang peuvent s’y accumuler, L'ulcération, la destruction excentrique, une sorte de tumeur blanche, d’hydarthrose, peuvent également s’y développer, ainsi que la symphyse des pubis et quelques articulations vertébrales * m'en ont offert plusieurs exemples.

1 Delpech, Malad, rep. ch., ?, 5

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ABTICULATIONS. 16%

Ant. IV. — Articulations à surfaces planes.

Ge que je viens de dire toutefois s'applique plus spécialement aux amphiarthroses proprement dites. La plupart des amphiarthroses diarthrodiales, ayant une croûte cartilagineuse, ne s'opposent pas aussi solidement aux déplacements des surfaces articulaires, et se rapprochent davantage des diarthroses de contiguité par leur aptitude à contracter des maladies. C’est ainsi que, sous ce rapport, il ne faudrait pas confondre les articulations sacroiliaques avec celles du rachis, à

Par cela seul qu'elles sont toutes plus ou moins mobiles, les diarthroses de contiguité doivent être sujettes aux Jaxations. Les glissements age permettent les cartilages qui en tapissent l’intérieur, le peu de résistance des ligaments qui les entourent, les rendent en quelque sorte le jouet de toutes les violences extérieures. Il s’en faut néanmoins qu'elles soient toutes également favorables à ce genre de lésion.

Entourées de ligaments PANER et serrés, formée d’os très-courts, qui ne donnent presque aucune prise aux agents du dehors, qui se touchent par de larges ou par de nombreuses surfaces, ei qui sont comme encadrées les unes dans les autres, les articulations arthrodiales sont rarement

affectées de disjonctions.

Arr. V, — Ginglymes.

6 1.— Dans le ginglyme angulaire, les ligaments, plus longs, plus larges, étant moins multipliés, laissent plus de

latitude aux mouvements, et, par suite, aux luxations. Cependant comme les surfaces articulaires sont inégales et très - étendues, les déplacements contre nature ne laissent pas d’être difficiles dans ces sortes d’articulations. Pour qu'ils se fissent en travers, il faudrait une déchirure de presque toutes les parties molles.

Chaque’ os ici présente deux têtes ou deux cavités qui, en s’échappant, glissent l’une sur l’autre avant de s'être complétement abandonnées. Alors la tête de gauche, je suppose, doit se mettre en contact avec la cavité de droite, de manière que, sielles s’arrêtent dans cette position, il en résulte une luxation incomplète, la seule qu'on puisse réellement admettre dans ce sens. D’avant en arrière, le bord des cavités, archoutamt contre la face postérieure de l'os supérieur, empêche ainsi les autres espèces de déplacements, lesquels ne sont réellement possibles qu'au prix de la rupture de presque tous les ligaments. Dans le sens de l'extension, les difficultés ne sont guère momdres. Les rubans fibreux, les tendons même qui retiennent l’article ne sont pas assez extensibles pour se prêter, sans déchirure, à un pareil transport des surfaces articulaires.

$ 2.—Le ginglyme latéral, on trocoïde, quoique moins à

bien partagé sous cerapport, puisque l'os qui roule n’est fixé

sur l’autre que par de faibles trousseaux ligamenteux, etne +

lui touche que par d'assez étroites surfaces, résiste beaucoup cependant aux causes de déplacements, La raison s’en trouve d’abord dans le genre de mouvements qu’il per- . met. Pouvant tourner sur son axe, et croiser obliquement celui de l'os fixe, l'os mobile donne à peine quelque prise

aux impulsions extérieures, et semble se soustraire à leur action par la fuite, dès qu’il en est menacé. Ensuite ses deux extrémités étant articulées en sens inverse, font que l'effort exercé sur lui est déjà fort amoindri 4 l’une lorsque l’autre se met en jeu.

$ 3.—Enfinlesarticulationstrochoides pures, comme celle de l’altas sur l’axis, étant composées d’un axe qui roule sur un pivot, puis d’assez larges surfaces qui glissent les unes sur les autres, maintenues par de vigoureux ligaments, ne se luxent presque jamais, ne le font, du moins, qu’aux dépens de la continuité des parties voisines,

ART. VI. — Enarthroses.

C’est donc dans les énarthroses que les déplacements trouvent le plus de conditions heureuses. Que ce soit la tête osseuse qui se meuve sur la cavité comme à la hanche

t à l'épaule, ou la cavité qui roule sur la tête articulaire comme on le voit aux jointures métacarpo-phalangiennes, peu importe; ce genre d'article, permettant toutes les nuances de mouvement, doit être sujet à toutes les espèces de luxations. La capsule, les ligaments qui l’entourent étant nécessairement très-lâches, n’opposent qu’une faible résistance à l'extrémité qui tend à se déplacer. Arrondie et lisse, la portion osseuse qui se meut sur l’autre glisse sans obstacle, et perd ses rapports habituels avec la plus grande facilité, dès qu’une puissance lui a fait abandonner les limites de ses mouvements naturels. Les muscles épais et nombreux qui les recouvrent en rendent les luxations par cause directe assez rares, ilest vrai, mais

l’action de ces muscles sur l’os le plus mobile est un se cours puissant pour les causes indirectes de déplacement.

L'aspect sphéroïde des têtes osseuses, la forme de soucoupe de leurs cavités de réception, et la force des muscles environnants s'opposent tellement aux luxations 1ncomplètes dans ces sortes d’articles que les meilleurs auteurs en nient jusqu’à la possibilité. Toutefois j'ai vu la tête de l’humérus fixée par sa partie moyenne sur le bord externe de la cavité glénoïde chez deux malades. M. Fisher: croit de son côté avoir constaté la luxation incomplète de l’humérus en dedans sur le cadavre, et M. Manec”, ainsi que M. Robert, croient avoir vu la même chose à la hanche; c’est une question dont je renvoie d’ailleurs l'examen aux articles Epaule et Aine.

Ainsi, partout la fréquence et la facilité des laxationsest en raison directe de l'étendue et de la variété des mouvements. Il faut ajouter néanmoins que leur réduction, et les dangers qui les suivent, sont, en retour, partout en raison inverse du peu de difficulté qu’elles trouvent à s’opérer.

ART. VIL — Cartilages.

Les cartilages articulaires, étant composés de filaments perpendiculaires, au lieu de fibres diversement entrecroisées, sont on ne peut plus propres à résister aux chocs, aux frottements. Leur épaisseur est partout en rapport avec la pression qu’ils ont à supporter. À peu près égale dans les

op 4 Bibl. méd., t. 2, p. 432, 1820.

2 Séance annuelle de la Société anat,, 1827.

3 Lancette fr., 21 mars 1895.

arthrodies, elle est généralement plus considérable sur la partie saillante des têtes osseuses, et près du bord des cavités qu’à la circonférence des premières ou dans le fond des secondes, parce que c’est là que l’action des mouvements se fait surtout sentir. Comme ils sont implantés par la pointe de léurs fibres dans la substance de l'os, il est presque impossible d'en séparer mécaniquement la surface profonde ; en sorte que, dans l’état normal, on parvient plus facilement à briser une lame du üssu spongieux qui les supporte, qu’à les détacher eux-mêmes purement et simplement. N’étant point pénétrés par les vaisseaux qui se ramifient dans l'extrémité osseuse , ils restent toutà-fait indépendants de celles-ci dansles maladies. Aussi estiltrès-commun de trouver les cartilages parfaitement sains sur des têtes articulaires en pleine suppuration, ramollies, nécrosées, cariées, lardées de noyaux tuberculeux, purulents. Alors seulement on les voit se détacher sous forme de plaques, s’isoler peu à peu et se dissoudre à la manière d’un corps brut.

Le poli de leur face libre étant entretenu par le fluide synovial qui l’humecte sans cesse, et la sécrétion de ce fluide étant en grande partie déterminée par les mouvements de l’article, on concoit qu'un repos trop long puisse causer l’ankylose, et que les cartilages doivent prendre un aspect rugueux, se dénaturer dès qu’une cir- | Constance quelconque vient à les priver de leur enduit naturel, C’en est assez pour expliquer leur sécheresse, et la tendance qu’ils ont à disparaître chez les vieillards, de même que l’usure partielle qu'ils subissent si | souvent chez les personnes d’un certain âge, qui marchent

beaucoup, restent long-temps debout, ou dont les sécrétions séreuses se font avec lenteur. Cette face est d’ailleurs parfaitement insensible, et c’est une grande erreur que de Jui accorder une membrane synoviale.

N’étant qu’une croûte complétement dépourvue de trame organique, de tissu cellulaire, de vaisseaux, de nerfs, de moelle, toute l’épaisseur du cartilage ne jouit vraiment d’aucune sensibilité. On peut par conséquent le couper, le contondre, le déchirer, le réduire en parcelles sans causer la moindre douleur. D’après cela, il ne doit être le siége primitif d'aucune maladie. Jamais il ne s’enflamme, ni ne suppure. Les ulcérations dont M. Brodie l’a gratifié' appartiennent à l'os, et correspondent souvent à l’origine d’un ramollissement , d’une carie très-profonde. Lorsque, par suite d’une contusion, ou de tout autre manière, un point très-circonscrit de la surface osseuse s’enflamme ou s’alière, de façon qu'il en résulte un produit morbide, la région correspondante seule du cartilage se perfore de dedans en dehors, parce que ses adhérences restent intactes

à la circonférence du mal. Si l’os tend à se vasculariser M sur ce même point, le cartilage se décolle, s’use, s’a-# mincit, disparaît insensiblement, mais ne devient pas ma- |

lade. Les bourgeons celluleux qu'on remarque quelque-#

fois sur toute lénilie d’une articulation lui sont étrangers. Cest la substance osseuse qui les fournit par le mécanisme que j'indiquais tout-à-l’heure. Tantôt ils se

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montrent tout-à-coup sous les plaques cartilagineuses qu ls :

ont soulevées : tantôt, au contraire, ils croissent de la cir-«

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1 On Discases of the Joints, etc,

conférence au centre; mais le cartilage disparaît devant eux sans Jamais contribuer à les produire. Lorsqu'on à trouvé une couche fongueuse, rouge, vasculaire au-dessus, ils étaient restés intacts au-dessous ou avaient simplement perdu leur poli. Gette couche est due à de la fibrine ou à de la lymphe concrescible qui s’est épanchée, organisée entre les surfaces articulaires, et ne prouve nullement en faveur de la vitalité des cartilages. D’autres fois aussi elle dépend des bourgeons précédemment annoncés et qui, par un accroissement concentrique, se sont prolongés dans l’intérieur de l’article en glissant sur la face libre du'cartilage, qui ne leur en reste pas moins étranger quoiqu'il finisse souvent par disparaître au-dessous. Je me suis souvent assuré de tous ces faits sur les animaux et sur l'homme. Après la désarticulation du fémur, du tibia, des orteils, des doigts, j'ai vu les cartilages rester pendant quinze, vingt, trente et quarante jours à découvert, en contact avec les différentes pièces de pansement, et, dans aucun cas, ils n’ont changé de nature. Plus d’une fois même leurs propriétés physiques se sont maintenues jusqu’à la fin. [ls s’amincissent par leur face profonde ou par leur circonférence, ou par leur face superficielle , et disparaissent insensiblement , tombent par plaques, se divisent en écailles qui se détachent les unes après les autres ou finissent par se perdre au milieu des bourgeons vasculaires; mais de membrane synoviale, de ramollissement , de vascularisation, d’épaississement, de travail morbide, ils ne m’en ont jamais offert le moindre vestige. D’autres fois, quand l’usure ou la destruction débute par leur face lisse, le tissu de l’os se laisse déjà re-

74 SQUELETTÉ

contiaître par transparences, qu’ils ne semblent encore avoir rien perdu de leur fixité n1 de leur consistance. De toute facon, ils restent avec les seuls caractères d’une croûte protectrice, entièrement inorganique. Au surplus, chacun peut aisément répéter les expériences que j'indique, et se convaincre de leur exactitude. Je ne crains pas d’aflirmer que les personnes qui ont publié récemment de nouveaux faits en faveur de l’ancienne doctrine, s’en sont laissé imposer ‘par l’une des apparences indiquées tout à l'heure. Je m'étonne même que les idées de Bichat aient pu conserver jusqu'ici le moindre crédit sur ce point.

Il résulte de ce que je viens de dire, que les cartilages, comme l'extérieur des dents, ne sont susceptibles que de lésions physiques ou chimiques, le frottement de leur surface n’en pouvant altérer que la régularité, ou n'en produire que l’usure. Dansles tumeurs blanches, ils ne se dénaturent que par l’action des liquides épanthés, ou des produits morbifiques que présentent les os etles tissusenvironnants. Dans les opérations, iln”y à aucun risque à les toucher, à les blesser. Après les amputations dans la contiguité, il est à peu près indifférent de les taillader avec la pointe du couteau, comme le veulent Richter, M. Gensoul, ou de les ménager. Les parties molles ne se confondent point avec eux. Si

les lambeaux d’une plaie d’amputation se collent à leur

face libre quand on les maintient dans un contact exact pendant quelques jours, c’est que l’absorption interstitielle s’en fait dès-lors rapidement, et permet aux surfaces organiques de se confondre dans une cicatrice commune. En réunissant ces mêmes lambeaux par leurs bords, de

paf

ARTICULATIONS. 195 manière à laisser le cartilage entier et libre par derrière, comme on y est presque forcé lorsqu'il s’agit de recouvrir une cavité qui en est tapissée , il conserve indéfiniment son état humide et régulier. Le fluide dont il continue à être lubrifié, dans ce cas, devient une cause intarissable de fistules et d'accidents; en sorte qu'il gêne ainsi plus ou moins la réunion immédiate après un certain nombre de désarticulations. Enfin, aucune soudure, aucune ankylose ne peut s'effectuer avant que les cartilages aient été détruits d’une manière ou d’une autre,

AnT. VIIL. — Membranes synoviales.

Parmi les autres tissus qui font partie des articles, les toiles synoviales tiennent le premier rang. Chargées d’exhaler le fluide oléagineux qui en a tiré son nom, elles ne peuvent être malades sans le dénaturer, sans troubler aussitôt toutes les fonctions de la jointure. Fines et douées de la même texture que les membranes séreuses, elles sont sujettes aux mêmes affections. Tous les degrés d’irritation et d'inflammation y ont été observés. L’augmentation pure et simple de leur exhalation amène l’hydarthrose, et c’est à elles aussi qu’il faut rapporter la suppuration des articles.

Partout où la face externe des membranes synoviales est libre, il est facile de les distinguer à leur ténuité, à leur transparence. Là elles sont assez extensibles pour que, poussées de dedans en dehors par un liquide, elles viennent se présenter sous la peau avec les caractères d’une tumeur indolente, sans couleur particulière, et qui

forme une des nuances du ganglion. Aïlleurs, à la face interne des ligaments, elles sont tellement confondues avec le tissu fibreux ou cellulaire, qu'’ilest vraiment tmpossible de les en séparer, et que sur une foule de points , ce ne sont plus que des surfaces au lieu de véritables membranes. En se repliant sur les os pour gagner le contour des surfaces articulaires, et se terminer à la circonférence des cartilages , elles donnent souvent lieu à des plis, à des pelotons doublés en dehors de tissu cellulaire, de vaisseaux et de graisse; ce qui a porté CL favers à leur donner le nom de glandes. Ces franges, étant douées d’une grande vitalité et d’une grande souplesse, sont fréquemment prises d’inflammation, et suppurent avec une promptitude extrême. C'est par elles que commencent le plus ordinairement les dégénérescences fongueuses des articles, et c’est à leurs dépens que les capsules qui les entourent, distendues par un épanchement morbide, acquièrent parfois une amplitude si considérable. Aussi les cavités sy noviales sont-elles plus spacieuses qu’on ne serait porté à le croire d’abord. La quantité, quelquetois extraordinaire, de fluide , soit séreux , soit purulent,

qu'elles fournissent, n’a donc rien de surprenant. Le danger de ces épanchements vient en grande partie de ce que, *

bientôt en contact avec de larges ou de nombreuses fa-

cettes inorganiques, les liquides qu’elles versent les altèrent et ne peuvent être absorbés. Quand elles s’enflamment et.

suppurent par suite de solutions de continuité pénétrantes, les douleurs ne sont si violentes et les risques si grands que par le contact forcé d'un liquide qui a subi

l'action de l'air, sur une grande étendue de surfaces an-

ARTICULATIONS. d77

fractueuses, les unes très-irritables, les autres presque inertes ; en sorte qu’un des meilleurs moyens de conjurer l'orage serait peut-être d’ouvrir largement, et sur différents points, l'articulation malade, d’y faire des injections, de ne pas permettre aux matières d’y stagner, au lieu d’en fermer si soigneusement les plaies , comme on le recommande, et de les.faire si étroites quand on se croit obligé d’en pratiquer à l’extériéur.

Le tissu synovial est doublé d’une couche cellulaire, “qui, sujette à être plissée, pincée, froissée par les changements de position des ligaments, ou par l’action des agents extérieurs, est le siège, ordinaire de la dégénérescence lardacée, des concrétions tuberculeuses, tophacées, de l’infiltration purulente, des ecchymoses et de quelques collections sanguines. Les rapports de ces produits avec la synoviale me paraissent donner la clé d’une maladie dont le mécanisme a beaucoup occupé les pathologistes , sans leur permettre de tomber d'accord : je veux parler des cartilages libres des articulations. À en juger d’après un certain nombre de faits, un tel nom ne leur convient nullement. Ce sont de pures concrétions, nées tantôt dans le tissu cellulaire dont je parlais tout-à-l’heure, et qui sont entrées dans la cavité articulaire en poussant la membrane synoviale devant elles, à la manière d’un sac herniaire; tantôt à l’intérieur même de l’arücle, au contraire, où elles se sont solidifiées, régularisées avec le temps. Rarement formées par du pus où défla matière caséuse, ces productions m'ont paru dériver, dans Îa grande majorité des cas, d’un épanchement de sang, et n'être constituées que par de la fibrine dénaturée, soli-

ve Le | 12

dement epulomérée, rentrer en un mot dans la catégorie des concrétions qu’on observe dans les bourses nuqueuses sous-cutantes ou sous-musculaires, et dont il a déjà été question pages 28 et 29.

Si les toiles synoviales n existent à l’état de membrane isolables ni sur les cartilages, ni sur la partie serrée des ligaments , il est du moins incontestable qu elles se continuent sans ligne de démarcation appréciable avec ce qu’on pourrait appeler surfaces synoviales des articulations.

Envisagé de cette manière, l'appareil synovial se compose de surfaces, de membranes et de replis éntre lesquels il n'existe pas la moindre interruption, et qui ont pour but d'isoler l'intérieur de l’article des tissus qui l’entourent. Q’est ainsi seulement que l’idée de Bichat peut être acceptée , et fournir des applications à la pratique chirurgicale ; partant de là, on voit à priort :

° Que la plus étroite blessure d’une lameile synoviale peut en enflammer toute l'étendue, et faire naître une affection qui envahira bientôt la totalité de l’article ;

2° Que le suintement phlegmasique parti d'un point peut se propager dans toutes les anfractuosités cartilagi - ‘neuses, se glisser entre les diverses surfaces solides, et ne s'arrêter qu'aux limites de la capsule qui les emboîte ;

3° Que le danger de l’arthrite et des plaies d’articulations doit être généralement en rapport avec la multiplicité ou l'étendue des facettes cartilagineuses, bien plus qu'avec ltmollesse et les dimensions relatives de leur inembrane séreuse : |

4° Que les entorses du pied et de la main, que la suppuration du farse et du carpe, du poignet et du conde,

ARTICGULATIONS. 179

amèneront bien plus promptement la carie et la nécrose, l’altération ou la destruction des os que celle de l'épaule, de la hanche ou même du genou ;

9° Que dans ces derniers articles, si les diverses lésions dont il s’agit menacent plus vite l'existence, à cause de la proximité du tronc et de l'importance des parties, an parvient plus souvent aussi à les dissiper, À conserver au moins l'intégrité du membre,

ART. IX. — Ligaments.

Tenant'le milieu entre le périoste et les tendons, moins vasculeux et plus tenaces que le premier, doués d’une plus grande vitalité et d’une résistance moindre que les seconds , les ligaments sont rarement le siége primitif des inflammalions spontances . Il n’y à guère que le rhnmatisme et-la goutte qui les affectent de prime abord: encore est-il douteux que ces phlegmasies spéciales agissent plutôt sur eux que sur l’ensemble de l’article. Secs et dépourvus de nerfs, on peut les rompre et même les tordre, quoi qu’en aient dit les anatomistes depuis Bichat, sans produire de douleur. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à séparer la jambe de la cuisse , de manière qu’elle ne tienne plus que par les ligaments croisés , ou bien le fémur de la hanche, au point de ne conserver que le ligament rond. Qu'on tire alors, qu’on déchire, qu'on torde ces faisceaux ibreux jusqu’à rupiure, et l'animal ne s’en apercevra pas plus que de la section d’un os, Cependant , comme ils ont une trame celluleuse plus abondante que les tendons, on en conçoit plus faciiement l'inflammation, la suppuration et

la dégénérescence. Cela fait aussi que les extrémités de leur déchirure, se vascularisant ‘assez promptement , pourraient se réunir par une sorte de cal, sans interposition de substance étrangère, s’il était possible de les maintenir en contact, et que, abandonnés à elles-mêmes, elles se rétractent avec une certaine force vers leur racine ou se perdent facilement en se raréfiant dans les tissus ambiants.

Ce n’est pas à l'augmentation de leur sensibilité , mais bien à la résistance que les ligaments opposent au développement des tissus malades, qu’il faut s’en prendre, si certaines affections articulaires sont accompagnées de tant de douleurs. Sous forme de capsule, ils résistent presque

également par toute leur circonférence, , et forcent les liquides épanchés à comprimer la membrane synoviale à peu près avec la même énergie sur leurs divers points; d’où il suit qu’à la hanche et à l épaule l’hydarthrose doit être, toutes choses égales d' ailleurs, moins douloureuse que dans les articulations entourées de ligaments rubanés. Ici, en effet, l’éraillement, les espaces qu'ils laissent entre eux et que ferment des toiles, soit fibreuses , soit celluleuses, beaucoup moins solides, font que la sy- # noviale, inégalement soutenue, tend à s'échapper sous 4 forme de hernies par une foule de points, et qu’en s’en- 4 gaseant dans leurs interstices elle peut s’y trouver pincée à ou y subir un véritable étranglement. La preuve, selon « roi, qu’il en est ainsi, que les douleurs alors tiennent, en À srande partie du moins, à la pression inégale des ligaments M sur les tissus enflammés , c’est que la déplétion subite du M sac distendu calme sur-Je-champ les accidents. Les souflran-

ces reparaissent bientôt après, il est vrai, si les surfaces articulaires sont altérées, ou si l'ouverture communique avec l'extérieur; mais souvent aussi elles se dissipent en pareil cas d’une manière permanente, si la déchirure ne comprend pas la peau. Un exemple de ce fait me fut offert en 1819, à l'hôpital de Tours, par un soldat, atteint d’une hydarthrose inflammatoire du coude gauche. La veille encore les douleurs étaient atroces. La synoviale se déchira spontanément dans la nuit, et le lendemain matin les souf- rances avaient presque entièrement disparu. J’ai vu depuis la même chose au poignet, à l'épaule et au pied. Un médecin de mes amis a constaté sur son propre genou ce genre de terminaison des hydarthroses, et M. Parmentier en a consigé dans sa thèse’ plusieurs autres observations ai ne sont pas moins remarquables.

Dans les entorses, c’est encore en pinçant la membrane synoviale ou les autres tissus, et non par eux-mémes, que les ligaments produisent de la douleur. Étant à peine élastiques, ne prêtant que très-peu aux tractions exercées sur eux, ils se déchirent alors , au lieu de s’allonger, et rendent ainsi la guérison complète de certaines entorses physiquement impossible dans un laps de temps moindre de trois à six semaines. Gela fait aussi qu'après avoir été allongés, ils ne reviennent point sur eux-mêmes, et que les mdividus restent très-disposés aux luxations pour le reste de la vie. Si d’autres entorses n’exigent qu’une semaine ou deux de traitement, quoiqu’elles soient accompagnées de larges ecchymoses et d’un gonflement mm

4 N° 267. Paris, 26 novembre 1828.

considérable, c’est que la continuité d'aucun ligament n’a été détruite, et que les accidents ont été causés par la lésion des autres tissus seulement. |

Étant partout revêtus, si ce n’est entremêlés, de tissu lamelleux , de petits vaisseaux ou de prolongements synoviaux, les ligaments, soit superficiels, soit profonds ; se couvrent facilement de bourgeons celluleux et deviennent ainsi capables de subir toutes les transformations des autres parties molles. |

Li Ant, X. — Fibro-cartilages. ; Quelques articulations sont, en outre, garnies soit de

ménisques , soit de bourrelets fibro-cartilagineux. Lespre- « miers, qu’on rencontre au genou, au poignet, aux arbi-

culations claviculaires et temporo-maxillaires , se présentent sous la forme de demi-lunes où de plaques d’au-

É. tant plus épaisses qu'on se rapproche davantage de leur ‘circonférence. Les seconds sont des cercles qui bordent certaines cavités et se confondent avec leur contour. Tous, : ayant pour usage de rendre l’'emboîtement des parties plus | complet, en rendent aussi les déplacements plus difficiles, : sans nuire aux mouvements qu’elles doivent exécuter. : Parmi les plaques, il'en est qui, comme celle de la mâchoire, représentent une sorte de diaphragme adhérant! par toute sa circonférence, et qui divise l’articulation en deux cavités distinctes, capables de s’enflammer, de sup: pürer lune sans l’autre. D'autres, n’allant pas jusqu'au W centre, agrandissent, multiplient les surfaces synoviales de l’article, et en rendent les maladies encore plus dan-

gereuses. La texture de ces plaques tenant le milieu entre les masses intervertébrales et les cartilages proprement dits, fait qu’elles ne doivent être passibles non plus que de lésions physiques. Néanmoins, comme elles se continuent quelquefois par leur pointe, avec les ligaments interarticulaires , ainsi qu’on le voit au genou, et que leur circonférence externe est partout en contact avec des tissus plus souples, il est tout simple qu'elles finissent par contracter les maladies de la capsule et par subir les mêmes transformations. Toutefois, comme leurs surfaces libres ne sont pas susceptibles d’inflammation adhésive, il y aurait de inconvénient à ne pas les enlever dans les désarticulations des membres.

Ant. XI. — Système musculaire et fibreux.

Les muscles et les tendons, qui se placent autour des’articulations, y sont disposés de plusieurs manières. Ceux qui, comme aux doigts, au poignet, passent à leur surface sans y adhérer, protégent ces parties contre l’action des agents extérieurs et n’en favorisent point les Jluxations. D’autres, comme à l'épaule, les entourant à lamanière d’une capsule, en augmentent considérablement la solidité. Mais comme les muscles ne se contractent presque jamais tous à la fois et qu'ils ne sont pas doués d’une égale force, si Jeur réaction s'oppose aux déplacements d’un côté, elle les favorise souvent dans le sens contraire. Il en est aussi qui semblent prolonger au loin la membrane synoviale, de manière à ce que leur blessure ou les amputations praliquées très-près de leur extrémité, puissent compromettre gravement l’intérieur de l’article. Tous, au reste, ont aussi

pour but de ne permettre aucun vide entre les surfaces articulaires, et de suppléer, par leur tonicité, au défaut d'action des ligaments; ce qui fait que l'allongement du membre est une suite de leur paralysie, et que leur destruction est on ne peut plus favorable aux luxations de tout genre. Il faut dire encore qu'en se contractant, ils peuvent causer le pincement ou le froissement des membranes synoviales, et que certains mouvements, certains

efforts, deviennent ainsi parfois la cause de phlegmasies

arliculaires fort graves.

Arr. XII. — Vaisseaux.

Aucune artère, aucune veine ne pénètre les surfaces articulaires. Les vaisseaux et les nerfs, qui entrent dans un article, ne se distribuent qu'aux parties molles, aux glandes, à la membrane synoviale, aux ligaments internes, et au périoste. Il suit de là que toute fracture qui ne sépare d’un os que ses parties revêtues de cartilages, est incapable de se consolider, de subvenir à la formation du cal. Le fragment supérieur, dans ce cas, n’est plus qu'un corps étranger, qui se creuse en forme de calotte pour recevoir l'extrémité de l’autre, ou qui s’use mécaniquement, et finit même quelquefois par disparaître tout-à-fait ; mais, comme le périoste ou la portion réfléchie de la capsule et de la synoviale rampent jusqu'à la circonférence du cartilage qui revêt ainsi les têtes articulaires, ce genre de fracture n’a qu'un champ extrêmement rétréci. En effet, toutes celles qui s’opèrent en dehors de la croûte inorganique sont suivies du même travail pathologique que partout ailleurs. Cependant comme le petit fragment est à peu près entière-

Ah

ment privé de vaisseaux propres, il faut avouer que, dans les fractures qui ne sortent pas de la capsule ligamenteuse, le cal provisoire est souvent le seul qui parvienne à se former; en sorte que la consolidation reste véritablement incomplète, n'étant constituée que par une virole inégale de végétations ostéo-calcaires déposées dans l'épaisseur des éléments organiques mentionnés ci-dessus. J’ajouterai que si la brièveté du fragment articulaire le soustrait aux manœuvres du ehirurgien, la solidité des insertions de la capsule fibreuse réduit de beaucoup l'étendue des déplacements de l’autre, et que la forme conique, le peu de longueur de cette capsule, expliquent très-bien comment de telles fractures, quoique non consolidées, n’entraînent pas l’impossibité absolue de marcher.

Après les amputations dans l’article, les muscles, cou- pés très-près de leur racine, n’opposant presque aucune rétraction , ne nuisent ni par leur poids ni par leur mobilité; alors l’inflammation, les fusées purulentes, ne peuvent que difficilement s’établir entre eux, de manière à les disséquer au loin, à les décoller, à les séparer des os, à les remplir d’abcès nombreux. Même pour les articles autour desquels ces organes forment une masse assez épaisse, ils donnent à la surface saignante moins d'étendue qu'au milieu du membre. De là une suppuration moins abondante. Comme la presque totalité de la membrane synoviale et des ligaments est enlevée, comme le fond de la plaie n’est guère constitué que par une tête ou des excavations inertes, douces et susceptibles de se coller aux autres tissus, la surface traumatique de la peau, doublée de sa couche celluleuse, est en réalité la seule qui

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s’enflamme, suppurectfournisse aux frais dela cicatrisation,

Les os n’étant pas sciés, on n’a point à craindre l’action de leur tissu aréolaire sur les fluides hétérogènes de la plaie, non plus que l’inflammation de leurs veines, ni de la moelle, et leur nécrose est ainsi conjurée, Le périoste, restant intact, ne se décolle ni ne suppure, et enlève par cela seul à l'opération une grande partie de ses dangers. Gomme les autres tissus sont en général assez serrés dans les environs , et que les vaisseaux, soit arté-

comme la masse osseuse conservée à l’extrémité du moi-

riels, soit veineux, ne s’y trouvent qu’en petit nombre ;

gnon offre un volume plus considérable que les parties molles, et que celles-ci ne représentent plus cette vaste éponge qui garnit le corps des muscles, la réaction est généralement peu marquée et l’érysipèle assez rare. Tout cela fait, en outre, que les troncs vasculaires, les seuls dont on ait à s'occuper, étant en contact presque immédiat avec les os, sont toujours aisés à découvrir, et que si la compression en devient nécessaire, elle est on ne peut plus facile à exercer. J’ajouterai que la position superficielle de la plupart des articles, et le peu d’épaisseur des parties molles qui les entourent, ou qu'ils renferment, en rendent la séparation, la disjonction aussi prompte que simple, et font, par exemple, qu’un bistouri ordinaire suflirait à la rigueur pour le traverser, pour subvenir à tous les temps de la plus vaste désarticulation. Ainsi, l'anatomie, qu'on avait d’abord invoquée en faveur des amputations dans la continuité, tend fortement au contraire à faire ressortir la prééminence des désarticulations. |

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