‹ Traité complet d'anatomie chirurgicale, générale, et topographique du corps humain, où anatomie considérée dans ses rapports avec la pathologie chirurgicale et la mèdecine opératoireChapitre 135 sur 173 · IV. — Toutes les fois que l’œil devient rouge, on peut · texte numérisé non relu

IV. — Toutes les fois que l’œil devient rouge, on peut

être sûr que la conjonctive est le point de départ du mal, si le réseau vasculaire est large et mobile, bleuâtre, couleur minium ou violacée, plutôt que vermeil ou d’une teinte rose vif, si surtout ce réseau est d'autant plus foncé qu’on l’observe plus loin de la cornée. Il y a kératite au contraire, c’est-à-dire inflammation de la cornée, chez tous les malades qui offrent une couleur plus profonde, impossible à déplacer, occupant le cercle antérieur de la sclérotique, quelquefois assez légère pour qu’on ait quelque peine à la distinguer, et qui se perd ou diminue considérablement à quelques lignes de la cornée. Cette rougeur, à rayons fins et parallèles, qui est vive, à teinte de carmin, de vermillon ou d’un rose pâle et qui s'étend facilement du côté de la cornée, indique par cela même une maladie étrangère à la conjonctive et sert de prélude à la plupart des altérations dont la membrane vitrée de l'œil peut être le siége. Si la prunelle est en même temps déformée , trop resserrée ou trop dilatée, on peut ajouter que l'iris est lui-même menacé d'inflammation, et que les parois de la chambre antérieure courent aussi quelque risque. Ges caractères sont d’ailleurs si tranchés pour quiconque sait les apprécier, que leur combinaison n'empêche nullement de les reconnaître dans les ophthalmies les plus graves et les plus compliquées. C'est ainsi, par exemple, que chez un sujet affecté en même temps d’inflammation de la cornée, d’inflammation de la conjonctive et de phlegmasie des diverses couches des paupières , on les retrouve tous de manière à pouvoir les isoler sans trop de difhiculté. Le réseau de la couche muqueuse se distingue sur l'œil par sa teinte livide plus

prononcée en arrière, par sa mobilité et ses tortuosités, de l’anneau vermeil, fixe et profond, de la sclérotique, qu'il semble voiler en croisant ses différents rayons. La même chose se voit sur la conjonctive palpébrale, puisqu'ici la vascularisation va également en décroissant pour la membrane muqueuse, et en augmentant pour les follicules à mesure qu’on se rapproche du bord libre des paupières, puisqu'elle y présente la même fixité et la même

mobilité que sur l'œil proprement dit.

E. — Les déductions thérapeutiques à tirer de pareïlles observations me paraissent dignes de quelque intérêt.

«… C’est au grand angle de l’œil, puis au pourtour de l'or-

bite et non à la tempe ni derrière les oreilles, qu ’il convient d'appliquer les sangsues, quand on veut obtenir un dé-

-gorgement veineux dans les ophthalmies.

La fixité du mal sur le bord des paupières et dans les glandes de Meïbomius, fait que les médicaments sous forme de pommade mis en contact avec les parties valent mieux que les collyres secs ou liquides. Ges derniers moyens sont préférables au contraire dans les inflammations de la conjonctive, à cause de la souplesse et de la mobilité des tissus altérés. « |

Il n’y à que les substances d’une absorption ou d’une

& imbibition facile, comme les préparations d’opium, de bella-

done , etc., qui, à titre de topique, puissent être de quelque

* secours dans les inflammations profondes de la cornée, at-

tendu qu’alors le réseau vasculaire injecté est à l'abri de tout contact avec les collyres ordinaires. La même particularité fait que la cautérisation de la conjonctive, soit palpébrale, soit oculaire, n’a que peu de prise sur les

ophthalmies dites rhumatiques , c’est-à-dire sur celles de la sclérotique et de la cornée ; que l’excision de cette membrane ou de ses vaisseaux n’est utile, dans les taches ou les ulcères du devant de la pupille, que si l’affection se trouve entretenue par le plan muqueux plutôt que par le

plan sous-fibreux des artères ; qu’en détruisant toute com-

munication entre ces deux ondres de canaux, l’excision de la conjonctive peut cependant favoriser la résolution des maladies les plus superficielles de la cornée.

La profondeur du système vasculaire affecté, neutralisant presque tout l'effet des topiques, explique la ténacité des inflammations de la coque de l'œil. C’est dans ces sortes d’ophthalmies que les médications générales et indirectes, que les purgatifs, les mercuriaux, les révulsifs, sont quelquefois avantageux. Ne pouvant agir sur les vaisseaux injectés eux-mêmes , il y avait à espérer qu’on en favoriserait le dégorgement en attirant les fluides avec force par les artères nasales, lacrymales, etc. , dans les paupières. Pour obtenir ce résultat, je me suis servi, d’abord avec hésitation et une extrême réserve , ensuite avec hardiesse, d'un moyen dont le nom seul effrèyera peutêtre, mais qui n’en deviendra pas moins d’un grand secours dans la pratique. Ge moyen est un vésicatoire volant sur le devant de l'orbite et sur toute la peau des paupières. Je n'ai rien trouvé de si puissant ni de si eflicace dans les ophthalmies aiguës qui menacent de troubler la transparence de la cornée ou de la chambre anté-

rieure ‘.

4 Voy. Journal des Connaiss, méd. ch., t. 2 et 5,

ie

$ 7.—Du squelette de l'orbite.

À. — Le périoste de l'orbite, lame fibreuse assez compliquée, se divise en deux feuillets, et semble venir de la dure-mère. L'un de ces feuillets, servant d’enveloppe au nerf optique, se perd dans la sclérotique. L'autre, tapissant les os, se renverse sur eux à la base de l’orbite. Paraissant produire le ligament palbébral d’une part, il se confond avec le périoste du front de l’autre.

B.—La paroi supérieure, ou lavoüte, de l'orbite est formée par la portion orbitaire du frontal, excepté dansson dixième postérieur où se rencontre la petite aile du sphénoïde. Percée obliquement en avantet en dehors par le trou opttque que traverse Le nerf de ce nom, ainsi que l’artère ophthalmique, cette voûteesttellement minceet fragile, qu’elle pourrait être brisée dans l’extirpation de l'œil par la pointe: du bistouri, si on agissait sans précaution. Son peu d’épaisseur fait que le cautère actuel ne peut être appliqué là sans danger : la dure-mère et le lobe antérieur du cerveauseraient alors vivement irrités. Elle fait aussi que les instruments qui pénètrent dans le haut de l'orbite donnent souvent lieu à des accidents graves, à la mort même; qu’une balle , une baguette de fusil, une épée , peuvent pénétrer par là dansle crâne et faire périr les sujets. Chez un étudiant en droit, mortà l'hôpital dela Faculté, en 1824 ,uneballe, introduite par cette voie avait traversé ensuitetoute l’étendue du ventricule cérébral pour tomber dans l’une des fosses occipitales supérieures.

C.— La paroi inférieure de l'orbite, plane, formée en avant et en dehors par l'os de la pommette, puis, dans le

reste de son étendue, par le plafond du smus maxillaire, et, tout-à-fait en arrière, par l’apophyse orbitaire de l'os palatin, a deux sutures qui adhèrent ässez fortement au périoste et reçoivent des veines émissaires peu distinctes. Comme elle est creusée dans ses deuxtiers postérieurs par la gouttière sous-orbitaire, où se trouvent le nerf , l'artère et la veine du même nom, ses blessures peuvent donner lieu à des accidents névralgiques fort graves. Étant trèsmince , et correspondant au sinus maxillaire , elle fait que les tumeurs de cette dernière cavité compriment promptement l'œil , et tendent, dès qu’elles ont acquis un certain volume, à le repousser au dehors. I en résulte aussi que les instruments piquants arrivent facilement dans ce sinus; que, dans l’opération de la fistule lacrymale, on a vu plusiéurs fois la pointe du bistouri, portée trop en arrière ou en dehôrs, y pénétrer également, et que des chirurgiens, croyant alors être dans le canal nasal, y ont placé leur canule.

D.—La paroi orbitaire interne, placée dans la direction de l’axeé antéro-postérieur de la tête, est formée par l'os üunguis, par la face plane de l’ethmoïde, et, en arrière tout-à-fait, par une petite portion du sphénoïde. Ses sutures n'offrent rien de particulier, si ce n’est la suture frontoéthmoïdale, dans le trajet de laquelle se rencontrent les tous orbitaires internes, par où le nerf et l'artère ophthalmiques envoient des rameaux dans les cellules de l’ethmoide, dans la dure-mère, et dans le nez. L’os nouveau que M. E. Rousseau croit avoir trouvé dans l'orbite résulte d’une division anormale de l’os unguis.

E, — La paroi externe de l'orbite, formée par los ma-

RÉGION ORBITAIRE. 51 laire en avant, par la grande aile du sphénoïde en arrière, solide , résistante , correspond à la fosse temporale. Elle est séparée de la voûte par la fente sphénoïdale , qui renferme en dedans, où elle est plus large , le pédicule des muscles droits supérieur et inférieur ; les nerfs moteur commun, pathétique , ophthalmique et moteur externe, la veine lacrymale. Un instrument tranchant pourrait aisément pénétrer par là dans le crâne, et blesser le lobe moyen du cerveau. |

F. — La fente sphéno-maxillaire sépare les régions externe et mférieure de l'orbite. Moins compliquée que la précédente, elle est remplie par de la graisse, du tissu cellulaire dense et comme fibreux, le nerf et les vaisseaux sous-orbitaires. Elle permettrait facilement aux corps étrangers de pénétrer dans les fosses zygomatique et ptérygo-maxillaire. Si, dans l’extirpation de l'œil, le bistouri s’y engageait ilpourrait blesser l'artère maxillaire interne, le nerfmaxillaire supérieur, le ganglion de Meckel, etc.

G.—Labase de ces quatre surfaces forme le cercle orbitaire , qui, mousse et arrondi dans sa moitié interne, forme un bord plus ou moins tranchant dans sa portion externe. Aussi doit-on, pour extirper l'œil, en longer la paroi interne avec le bistouri, en pénétrant par le grand angle, arriver à l'angle temporal, en suivant sa demi-circonférence inférieure, puis reporter l'instrument dans le premier point, pour en faire autant par le demi-cercle supérieur, plutôt que de commencer en dehors. On court ainsi moins risques de voir la pointe de l'instrument s’introduire dans les fentes sphénoïdale et sphéno-maxillaire, La première

incision ne fait, d’après ce procédé, que séparer la con-

jonctive palpébrale de l’oculaire , le muscle petit oblique et le tissu cellulaire qui unit les muscles à l'orbite. Dans la seconde on coupe le tendon du grand oblique , une couche de tissu cellulaire, un peu plus dense qu’en bas; puis la glande lacrymale est séparée de sa fossette, sion a prissoin de rapprocher assez le bistouri des os. L’œil alors ne tient plus dans le sommet de cette cavité que par un pédicule , composé des quatre muscles droits, du grand oblique , de l'élévateur , des vaisseaux ophthalmiques , du nerf optique, et de tous les autres nerfs.

On voit par la forme conique de l'orbite que les diverses : tumeurs qui peuvent s’y développer doivent tendre à pousser l'œil vers la face ; mais le gonflement du tissu cellulograisseux qui le remplit, ne pouvant manquer de produire le même effet , explique comment certaines exophthalmies sont beaucoup moins graves qu’on ne se l’imaginerait d’abord. Les rapports de ce tissu cellulaire avec les nerfs et les vaisseaux nombreux, qui viennent d’être indiqués , expliquent à leur tour la réaction violente de ses inflammations et leur terminaison par suppuration. Sa continuité avec la fosse temporale ou zygomatique par la fente sphénomaxillaire , avec la cavité crânienne par la fente sphénoïdale , montre comment le pus qu’il produit, ou les dégénérescences qui peuvent y naître, sortent de l’orbite pour se prolonger ou fuser au dehors, et comment des affections semblables , nées dans les environs , parviennent à s'yengager , etc,

DU MENTON. 391 Ant. IV. — Du Menton.

Bornée en haut par la rainure labiale, et en bas par la région sus-hyoïdienne, la région mentonnière, partie inférieure de la face, fait une saillie qui varie suivant le sexe, l’embonpoint, l’âge surtout, et qui offre assez souvent, au milieu, une fossette pendant l'élévation de la lèvre inférieure, ou une dépression comme bifurquée dans le point qui correspond à la symphyse.

$ 1. — Plus épaisse que dans les régions précédentes, la peau du menton revêt là plupart des caractères de celle du crâne, c’est-à-dire qu’elle est dense , serrée, très-adhérente. Perpendiculairement traversée par les poils nombreux qui l’ombragent chez l’homme adulte, et qui constituent la barbe, elle renferme des follicules séb acés en assez grande quantité, mais peu développés. En s’enflammant, ses cryptes donnent naissance à la dartre pustuleuse du menton, au sycosis ou à la mentagre, qu’entretient la nécessité de se raser aussi bien que la présence des poils. $ 2. — Peu abondant, le tissu cellulaire ne forme point ici de couches sous-cutanées. Confondu avec les muscles, il ne tient à la peau que par des filaments courts et ser rés. En arrière, entre les muscles et l’os seulement, il en existe une certaine quantité de distinct. Ses vésicules adipeuses sont assez nombreuses ; Mais d’une finesse

extrême. Gomme leur volume n’augmente Jamais d’une

manière bien prononcée, l’embonpoint du menton proprement dit ne peut guère varier.

C'est dans le tissu cellulaire le plus rapproché de la peau,

Page 1