SECTION DEUXIÈME
Partie rétrécie du corps, placée entre la tête et le thorax , le cou varie presque à l'infini pour la longueur, suivant l’'embonpoint et la constitution des sujets. Gros et trèscourt chez quelques-uns, il est, au contraire, grêle et très-long chez beaucoup d’autres. Si le premier cas ne tient pas à l’embonpoint seul, il coïncide ordinairement avec la disposition apoplectique. Le second se remarque souvent chez ceux qui sont prédisposés à la phthisie. Fortement élargi transversalement en bas pour se continuer avec les épaules, il descend moins, par la même raison, sur la poitrine en arrière qu'en avant; mais sa portion libre , remontant beaucoup plus loin, à cause de la face, dans le premier sens que dans le second , rétablit ainsi V’équilibre sous ce point de vue. [l n’en résulte pas moins que les lésions du tiers inférieur de sa région antérieure , et du tiers supérieur de sa région postérieure, son beaucoup plus difficiles à panser au moyen des bandages circulaires que sur les points correspondants de la région opposée. Le moelleux de ses contours, dans l’enfance et chez la plupart des jeunes femmes, permet à peine d’en apercevoir les inégalités ; tandis que chez l’homme adulte on distingue une série de dépressions et de saillies à sa
surface. On y trouve en effet une dépression sus-sternale , une dépression thyro-maxillaire, une dépression sternoparotidienne, une dépression sus-claviculaire, une dépression sterno-cléidienne, une dépression sous-occipitale , une saillie laryngienne, une saillie sterno-mastoïdienne , une saillie trapézoïdienne, etc. , qui peuvent toutes servir d'indices dans quelques opérations chirurgicales.
L'une d'elles, celle qui appartient au muscle sternomastoïdien, en est la preuve. Se portant en diagonale, du sternum qui est en avant, jusqu’à l’occiput qui est en arrière ou de côté, ce muscle a d’ailleurs besoin d’être indiquée ici, parce que, appartenant à plusieurs régions à la fois, il serait difficile de l’accorder à aucune en particulier. La bifurcation de son extrémité inférieure est annoncée à l'extérieur par une excavation qui tombe assez exactement sur le tronc de la carotide primitive. Aussi M. Sédillot' at-il proposé de pénétrer par À pour lier cette artère. C’est lui qui limite la fosse sus-claviculaire par son bord postérieur, et la dépression sterno-parotidienne par son bord antérieur, Ses rapports avec les principaux vaisseaux et nerfs du cou indiquent toute l'importance que doivent lui accorderles chirurgiens. Commeil est perforé un peu au-dessus de sa partie moyenne par le nerf spinal, on voit comment il peut être influencé par les maladies de ce cordon. Croisée presque dans le même point par la veine jugulaire externe , sa face cutanée deviendrait , sans cela, le lieu d’élection pour la saignée
or
1 Bibliothèque med. t, 2, p. 65, 1829.
du cou. Le relief qu’il forme de chaque côté est un obstacle à ce que les instruments portés en travers arrivent facilement aux vaisseaux dans le suicide. Seulement je. ferai remarquer que, reporté en arrière en même temps que les artères sont poussées en avant par le renversement de la tête, il perd alors de sa valeur au lieu d’en acquérir davantage , comme le croit M. Gerdy'. En y joignant le bord dutrapèze et la clavicule, il protège de la même manière les vaisseaux sous-claviers et l’origine du plexus brachial. Son insertion sur l’apophyse mastoïde explique le mouvement de rotation qu’il imprime à la tête en agissant d’un seul côté, et la déviation faciale qui caractérise le caput-obstipum ou torticolis. Sa contraction étant la cause de cette affection, fait que si elle était permanente, on pourrait à la rigueur en obtenir la guérison par la section: complète du muscle *, en supposant que la crainte d’une rétraction consécutive ne fût pas là pour arrêter l’opérateur,
Du reste, le cou se divise assez naturellement en trois régions, une région antérieure, une région sus-claviculaire ou latérale, et une région postérieure.
4 Anatomie des Formes, p. 54.
2 Richerand, Leçons orales, 1824.
RÉGION SUS-HYOÏDIENNE. 17
Li. CHAPITRE PREMIER. 2.4
à PARTIE ANTÉRIEURE.
La portion antérieure du cou comprend l’ensemble des organes placés au-devant de la portion cervicale du rachis. Ony voit la fossette sus-sternale, 1a saillie laryngée, la saillie sterno-mastoidienne. La fossette sus-sternale, se prolongeant dans la région parotidienne, et formant ainsi, de chaque côté, une gouttière, large et assez profonde en haut, superficielle et à peine distincte au milieu, prend le nom de gouttière sterno-mastoidienne. Entre le larynx et la mâchoire, se remarque la gouttière thyro-maæillaire, placée en travers, et dont le fond appuie sur l’os hyoïde. Ges divers objets subdivisent le devant du cou en deux régions secondaires, une première, supérieure, sousmaxillaire ou sus-hyoïdienne, qu’on pourrait appeler aussi région sous-linguale, et une seconde, inférieure , moyenne, ou sous-hyoïdienne.
, AT, 1%, — Région sus-hyoïdienne.
“Limitée en haut par la base de la mâchoire et la paroi inférieure de la bouche; sur les côtés par le bord antérieur du muscle sterno-mastoïdien ; plus large dans le milieu, la région sus-hyoïdienne se continue d’ailleurs avec la région parotidienne. Le plan oblique qu’elle forme de haut en bas ,et qui s'élève ou s’abaisse , suivant les mouvements
Ét 27
qu’exécute la langue , ou suivant les divers sujets, se transforme, chez quelques personnes, en un relief très-prononcé, une saillie en demi-lune, séparée de la mâchoire par une rainure plus ou moins profonde, et qui constitue ce qu’on appelle le double menton. Chez un malade que nv'a fait voir M. Sédillot, ce relief se prolongeait en forme de goître énorme jusque sur les côtés de la nuque, mais à l’état de véritable maladie. Les saillies environnantes expliquent suffisamment, du reste, pourquoi les instruments, lacorde des suicides, de même que la plupart des bandages du cou, tendent toujours à se fixer là, às’yrendre de tous les autres points.
S1.—Fine, mince, très-extensible chez les enfants et les femmes, plus épaisse chez l’homme adulte à cause de la barbe qu’elle supporte, la peau de la région sus> HyGBnne présente assez souvent des rides transversales qui ne s’effacent point, quelle que soit la position de la iête, et qui dépendent du muscle peaucier, autant peutêtre que des mouvements de la mâchoire, quoi qu'en dise M. Gerdy'. Les follicules y sont plus nombreux et plus gros que dans les autres régions du cou, mais moins qu’à la face. Aussi les affections pustuleuses, les tannes, les loupes, y sont-elles assez communes. J’y ai vu un lipome plus volumineux que le poing.
$ 2.— La couche sous-cutanée se compose ici de trois lames. Formée par un tissu cellulaire filamenteux, dans lequel se trouvent des cellules adipeuses ordinairement très-fines, mais qui peuvent devenir fort grosses et qui
1 Anatomie des Formes, p. 67.
RÉGION SUS-HYOÏDIENNE, 419 constituent dans ce cas la saillie sous-mentale dont il a été question plus haut, la première réunit intimement à la peau le muscle thoraco-facial, et fait que, dans ses contractions, ce dernier organe entraîne avec Jui l'enveloppe cutanée. La seconde lame est constituce par les peauciers , qui laissent entre eux, sur la ligne médiane, un petit espace triangulaire à base inférieure. La troisième,
formée par un tissu cellulaire lamelleux , unie d’une ma- nière assez lâche à l’aponévrose cervicale sur laquelle elle
glisse aisément, adhère plus fortement au pannicule charnu, dont elle suit d’ailleurs les mouvements. C’est au-dessous d'elle que se trouvent les veines jugulaires antérieures. Sa texture lâche fait que le pus, qui s’y rassemble facilement en foyer, peut, par la même raison, fuser aisément en bas et produire promptement un décollement considérable. Aussi doit-on, dès que la fluctuation est évidente, ouvrir ces abcès parallèlement aux fibres du peaucier. La grande souplesse de cette couche fait encore que les tumeurs qui l'ont pour siége, peuvent acquérir un très-gros volume, sans désorganiser la peau , et qu’elles conservent, en stnéral, beaucoup de mobilité.
$ 5. — Simple lame celluleuse chez quelques sujets,
l'aponévrose sus-hyoïdienne est, chez d’autres, d’une tex-
ture fibreuse très-prononcée, Se continuant avec celle de
la parotide et du masséter en arrière, elle s'attache en avant à la base de l’os maxillaire. Elle recoit, avant de se
confondre avec le fascia cervicalis sur l'os hyoïde, une lame assez forte du ventre antérieur du digastrique. Sur
les côtés et en arrière, elle se dédouble. Son feuillet antérieur déscend seul dans la région sous-hyoïdienne. Le
Â20 DU ÉOU,
postérieur, qui forme d’abord une gaîne aux glandes sous: maxillaire et sous-linguale, finit par se perdre dans la paroi inférieure de la bouche en donnant des lames moins serrées qui s'engagent entre les muscles de la langue. |
L'étude de l’aponévrose sus-hyoïdienne est importante, surtout à cause des différences qu’elle entraîne dans le développement des maladies qui ont leur siége entre sa surface externe et la peau, et celles qui se forment derrière ou au-dessus. Les abcès qui se manifestent dans ce dernier sens ont en effet une certaine tendance à se porter vers la bouche ou le pharynx, par suite de la résistance que leur oppose l’aponévrose en avant. La fluctuation y est long-temps obscure.par la même raison quand on les examine par l'extérieur, quoique le foyer soit assez considérable. La forme lamellée de ce fascia fait qu'il se résout facilement en tissu cellulaire , et donne l'explication des variétés d'épaisseur qu'il présente.
& 4. —Les muscles sus-hyoïdiens, destinés aux mouvements du larynx et de la mâchoire inférieure, appartiennent encore plus spécialement à la langue.
À. — Le digastrique, dont le ventre antérieur remonte obliquement de l’os hyoïde aux fossettes sous -mentales , en contact en dedans avec son semblable, recouvert en avant par l’aponévrose, cachant en arrière une partie du muscle mylo-hyoïdien, forme une arc séparé de l'os maxillaire par un espace qui varie à chaque instant pendant l'élévation et l’abaissement du larynx ou de la mächoire, espace toujours rempli par la glande sous-maxil | laire. Son ventre postérieur, remontant dans la région parotidienne, est placé entre l'artère maxillaire externe,
RÉGION SUS-HYOÏDIENNE. 421 qui est en dehors, le nerf hypo-glosse, et l'artère linguale, qui sont en dedans.
B. — Le stylo-hyoidien, se bifurquant pour laisser passer le tendon du précédent, fournit une expansion à l’aponévrose cervicale, et se fixe sur l’os hyoïde. Le mylohyoidien , recouvert par le digastrique, est séparé de la membrane buccale par la glande sublinguale et le nerf myloïdien. En dedans, un prolongement de la glande sousmaxillaire et le nerf hypo-glosse, le nerf lingual de la cinquième paire , et l'artère linguale, l’empêchent d’être en contact immédiat avec le génio-glosse et l’hypo-glosse ; mais tout-à-fait en avant, il touche le génio-hyoïdien, qui, formant une petite colonne étendue des apophyses géni au corps de los hyoïde, semble n’être que le faisceau le plus inférieur du génio-glosse.
G. — L'hyo-glosse est percé par l'artère linguale à quelques lignes au-dessus de son attache à l'os hyoïde , de manière à en recouvrir une pelite portion en arrière , tandis qu'elle en est ensuite recouverte.
Espace mylo-hyoidien. —Le muscle hyo-glosse est d’ailleurs séparé de la mâchoire par la fin du muscle stylo-hyoidien et le tendon du digastrique, de manière à circonscrire un espace triangulaire, dont le côté interne est formé par le muscle, le supérieur par la mâchoire, l’inférieur par l’aponévrose, et qui, se perdant en arrière dans la région parotidienne, se prolonge en avant vers la langue, entre les muscles mylo-hyoïdien et génio-glosse.
D. — Le stylo-glosse, petit faisceau épanoui derrière le précédent, se trouve entre la veine jugulaire , l'artère carotide interne et les nerfs qui sortent par le trou dé-
chiré postérieur placés en dedans, la carotide externe, les artères et veines fasciale, linguale, le nerf hypo-glosse et la cinquième paire qu’on voit en dehors.
E.—Le génio-glosse, le plus volumineux et le plus: important de tous, est attaché par sa pointe aux apophyses géni. Ses fibres vont, en divergeant ou en formant une sorte d’éventail, se terminer à toute l’étendue de la face inférieure de la langue. Ayant pour fonction principale de porter la base de la langue en avant, en même temps qu'il élève le larynx et le tire dans le même sens, il fait qu'après l’amputation de la mâchoire ses mouvements peuvent être empêchés; d’où un des principaux obstacles à la réussite complète de l'opération,
$ 5. Artères. — On trouve en arrière une petite portion des deux artères carotides.
À. — Etant en dehors de l’interne, la carotide externe est croisée de ce côté par les muscles digastrique et stylohyoïdien, le nerf hypo-glosse, la glande parotide et l’'aponévrose. En arrière, on voit la veine jugulaire interne, etles branches anastomotiques du nerfgrand sympathique avec les premières paires cervicales. En dedans, elle est séparée de la carotide interne par l'artère pharyngée inférieure, les muscles stylo-glosse et stylo-pharyngien. L'interne se trouve ici dans les rapports qui ont été indiqués à l’occasion des régions pharyngienne et parotidienne.
B. — La faciale ou maxillaire externe suit la direction d’une ligne qui, de l’extrémité postérieure de la grande corne de l’os hyoïde, irait au- devant du masstter. Elle est torlueuse et recouverte par le digastrique, le stylo-
RÉGION SUS -HYOÏDIENNE. 425
hyoïdien, la veine faciale, la glande sous -maxillaire surtout, avant de se recourber sur le bord de la mâchoire, et de fournir la sous-mentale , qui longe l’attache du mylo-hyoïdien, pour s’anastomoser avec l'artère semblable du côté opposé, en passant entre ce muscle et le ventre antérieur du digastrique. Gette dernière branche, la seule qu’on doive nécessairement diviser dans l’amputation de la mâchoire, est rarement assez volumineuse pour donner lieu àune hémorrhagie de quelqueimportance. La ligature en serait d’ailleurs facile. Avant de lui donner naissance, l'artère faciale fournit un nombre variable de rameaux volumineux qui plongent aussitôt dans la glande sous-maxillaire ou les ganglions lymphatiques.
Assez superficielle, l'artère faciale peut être ouverte dans un grand nombre de blessures et d'opérations. Aussi sa ligature devrait -elle | ami toute opération
“ayant pour but d’extirper les tumeurs , quoique peu volumineuses , situées profondément sous la mâchoire. On la découvre sans peine entre la corne de l'os hyoïde et la glande sous-maxillaire. Il suffit, pour y parvenir, de faire une incision qui s’étende de ce dernier organe jusqu'au-devant du muscle sterno-mastoïdien, en suivant la ligne indiquée plus haut. On aurait à diviser la peau , le peaucier, l’aponévrose , dont l'artère n’est séparée que par du tissu cellulaire , et quelquefois la veine faciale entre la glande sous-maxillaire et le muscle digastrique.
G.— La linguale est située un peu plus bas que la précédente, et sur son côté interne. Avant son passage dans le muscle hyo-glosse , elle est croisée par le nerf de la neuvième paire. Jusque-là ses rapports avec les muscles sont
424 __ DU cou, les mêmes que ceux de la faciale. En s’avançant entre l'hyo-glosse et le génio-glosse, elle est longée en bas et en dehors par le nerf hypo-glosse. Après avoir donné la sous- | linguale, elle se termine en prenant le nom de ranine. Dans son trajet, depuis l'os hyoïde jusqu’à la partie supérieure du muscle hyo-glosse; elle ne fournit que des petites. branches peu importantes, et quelquefois la sub-mentale. {suit de là que, pour ÿ appliquer une ligature, dans diverses maladies de la langue, et notamment à l’occasion du fungus hæmatodes, l'incision devrait se rapprocher un peu plus de la ligne horizontale que de la partie antérieure du masséter, - ; afin que son extrémité antérieure tendit à gagner lementon. | La ligature devrait être aussi placée à quelques lignes audessous de la glande sous-maxillaire. Alors on pourrait saisir l'artère derrrière l’hyo-glosse, en écartant le nerf qui la croise, ou bien > ce muscle lui-même, en divisant ses fibres , qui forment une couche très-mince sur le” vaisseau. Au reste, il suffit, pour ne jamais la confondre” avec la maxillaire externe, de remarquer que cette dernière passe au-dessus et en dedans de la glande, tandis que la linguale se trouve plus bas. Les procédés imaginés depuis par MM, Manec : et Mirault ? viennent toutà-fait à l'appui des remarques qui précèdent.
$ 6. — Grosses et plus nombreuses que les artères , dont. elles ne suivent pas exactement la direction, les veinessont, en général, moins sinueuses, La faciale surtout doit été S remarquée sous ces différents rapports. D'abord placée en » A
! Ligat. des artéres, etc., in-fol, Paris, 1832,
? Mém, de l’Acad, roy, de Méd., t, 4, 1835,
RÉGION SUS-HYOÏDIENNE, 4a5 … dehors, puis en arrière de l’artère du même nom , elle s’en écarte en descendant, et va se rendre dans Ja jugulaire interne, Gette veine, qui plonge ordinairement sous l’aponévrose, en venant de la région génienne dans la région sous-maxillaire , se porte quelquefois , au contraire, entre de fascia du cou et le peaucier. Elle forme alors ce que l'on a nommé jugulaire antérieure. Néanmoins, il faut noter que cette jugulaire antérieure peut exister, quoique la faciale suive son trajet habituel, Les autres veines de la région , entourant, en général , les artères, se jettent toutes dans la jugulaire interne,
- $ 7: —Les ganglions lymphatiques sont très-nombreux dans la région sus-hyoïdienne. Plusieurs se rencontrent en arrière, en dehors et en avant des carotides. D’autres entourent la glande sous-maxillaire. Il y en a deux ou trois au-dessus de cette glande, qui sont appliquées sur les vaisseaux fasciaux. On en voit enfin quelques-uns entre le muscle mylo-hyoïdien, la mâchoire, le digastrique et l'aponévrose. Ces divers ganglions recevant les lymphatiques du pharynx, de tout l’intérieur de la bouche, ainsi que ceux de la face, se gonflent à l’occasion d’un grand nombre de maladies aiguës ou chroniques. Ils méritent par conséquent la plus grande attention. Leur développement peut faire découvrir des lésions qu’on n’eût pas soupçonnées dans les organes qui leur envoient des vaisseaux blancs, Les plus reculés ont fait croire plus d’une fois à l'existence d’un anévrisme. On a souvent pris ceux qui avoisinent la glande maxillaire pour cette glande ellemême, lorsqu'on la croyait fortement gonflée. Les plus antérieurs , Étant assez étroitement serrés contre l'os par
l’'aponévrose, ont été regardés comme des cancers adhé-. rents, auxquels on.n’osait pas toucher.
A cette occasion, je puis dire avec Colles', Burns”, que la plupart des extirpations de glande sous-maxillaire citées jusqu'ici doivent être rapportées à des ablations de ganglions lymphatiques. Dégénérés en fongus hématodes, et se prolongeant jusqu’au pharynx, au-dessus du larynx, ils formaient, chez un homme mort en 1830 à la Pitié, une tumeur livide, douée de tels battements, non de soulèvement simple, mais bien d'expansion, qu'il eût été difficile de ne pas la prendre pour un anévrisme,
Au mois d'octobre 1823, on admit à l'hôpital de l'Ecole de Médecine une jeune personne, pour y être traitée d’une tumeur grosse comme un œuf de poule, très-dure, située sous l’os maxillaire, dans le lieu correspondant à la glande de ce nom. M. Bougon en pratiqua l’extirpation, et l’on put croire que la glande salivaire avait été enlevée ; mais un examen plus attentif permit de voir qu’elle avait simplement été repoussée en dedans, et que la tumeur qu'on venait d’emporter était formée par plusieurs des ganglions désorganisés de l’espace mylo-hyoïdien.
Chez un jeune homme, où ils formaient une masse du diamètre de trois pouces, leur extirpation, opérée en décembre 1832, à la Pitié, laissa une telle cavité entre la mâchoire et le pharynx qu'il était facile de voir les batte- . ments de la carotide au fond, de la faciale en dehors, et de la linguale en dedans dela plaie. Une dissection soignée |
1 Surg. Anat. Dublin, 1811, p. 157.
» Sury. Anat, of the Head and Neck, p. 625 et suiv.
RÉGION SUS-HYOIÏDIENNE. 427
n'en permet pas moins de les enlever sans de graves dangers. Dans le cas que je viens de citer, par exemple, je n’appliquai aucune ligature, et le tamponnement a suffi pour arrêter l'hémorrhagie. J’ai pratiqué la même opération dix fois depuis, et toujours avec succès. La veine jugulaire antérieure, quelques branches de l'artère faciale, sont à peu près les seuls vaisseaux qu’il soit presque impossible de ne pas blesser.
$S8.—Renfermée dansun sac fibreux, prolongement dela gaîne parotidienne et du feuillet postérieur de l’aponévrose, la glande sous-maxillaire se continue souvent avec la glande parotide en arrière. En avant, elle se bifurque pour embrasser le bord postérieur du muscle mylo-hyoïdien. Remplissant la presque totalité de l’espace prismoïde indiqué en parlant du muscle hyo-glosse, elle touche l’aponévrose sus-hyoïdienne en dehors ou en bas, et peut être sentie sous la peau. La veine faciale est aussi quelquefois appliquée sur elle dans ce sens. En dehors eten haut, elle appuie sur la face interne de lamâchoire. C’estpar là qu'elle reçoit l'épanouissement du nerf myloïdien. En dedans, elle n’est séparée du muscle mylo-hyoïdien que par une lame celluleuse, le nerf lingual et l’hypo-glosse. Enfin, c’est à sa partie postérieure, interne et supérieure, que se trouve l'artère faciale, qui en est tellement rapptochée, chez certains sujets, qu’elle est pour ainsi dire enveloppée dans ses granulations. La linguale ne lui est jamais collée, et se trouve toujours vis-à-vis de la face interne de son bord inférieur, dont elle est bientôt éloignée par l’épaisseur du muscle hyo-glosse, Limitée en bas par l’anse du digastrique, elle suit tous les mouvements que ce muscle imprime
au larynx. Il faut donc, quand: on veut la rendre aussi saillante que possible, renverser fortement la tête en arrière. Il en serait de même pour son extirpation. Ce que j’ai dit des ganglions Iÿmphatiques doit faire douter que cette opération ait réellement été pratiquée. Néanmoins comme la glande sous-maxillaire est pour ainsi dire enkystée, il serait possible, après avoir fait la ligature de l'artère faciale, et même sans cela, de l’extraire sans blesser les organes qu’il est important de ménager.
Le canal de W'arthon se trouve entre les muscles mylohyoïdien etgénio-glosse, montant vers la glande sublinguale et les côtés du frein. Les deux nerfs principaux de la langue Je suivent au-dessus et au-dessous dans une certaine étendue. De ses trois tuniques, la plus résistante est celle qu’il reçoit de l’aponévrose. C’est sa dilatation qui constitue la grenoullette, et ses rapports montrent que, s’il est vrai qu'on puisse, sans danger, emporter par la bouche une large portion de cette tumeur , il n’en serait pas de même par la région sous-maxillaire.
$ 9- Verfs. — On en trouve ici de profonds et de superficiels. L’hypo- glosse, qui, d’abord placé en dehors de la carotide externe , en dedans et au-dessus des muscles stylo-hyoïdien et digastrique, passe ensuite sous la glande maxillaire, croise l’artère linguale , et remonte sur la face externe de lhyo-glosse, au-devant duquel il fournit de nombreux filets, pour se perdre enfin dans la langue. Ge tronc, qui fait communiquer la cinquième paire avec la huitième , par ses rameaux sus-hyoïdiens et glossiens , qui établiten second lieu quelques rapports entre ses branches et le plexus cervical par le moyen du rameau descendant
RÉGION SUS-HYOÏDIENNE. 429
de la neuvième paire, serait facilement mis à découvert dans presque toute son étendue, et notamment dans la direction d’une ligne demi-circulaire , qui descendrait du bord antérieur du sterno-mastoïdien, à partir du niveau de angle de la mâchoire, pour aller sur le corps de l’os hyoide. L'incision devrait suivre alors la courbe qui sépare du muscle digastrique de la demi-circonférence inférieure de la glande sous-maxillaire.
La branche linguale du trifacial descend au-dessous de la membrane muqueuse de la bouche, au-dessus de la glande sous-maxillaire, entre la partie supérieure du muscle hyo-glosse, dont elle esttrès-rapprochée, et la face interne de la mâchoire , dont elle est éloignée par l'organe salivaire. Arrivé devant le musclebasio-glosse, cenerf s’enfonce dans le génio-glosse, pour aller aux papilles ; mais auparavant il s’est anastomosé , d’une part, au-dessus de l'organe sécréteur, avec les rameaux myloïdiens du nerf dentaire inférieur, et, de l’autre, avec l’hypo-glosse, avant de plonger dans les fibres charnues, en dedans du conduit de Warthon. Si sa division devenait nécessaire, il faudrait aller le chercher derrière la mâchoire , car cela serait à peu près impossible par la région que nous examinons.
On voit encore à la partie postérieure quelques filets du glosso-pharyngien, et surtout le pneumo-gasirique et le nerf ganglionnaire qui descendent entre les carotides et la jugulaire interne.
Les nerfs superficiels sont donnés par le pletus cervical et la branche inférieure du facial. Les uns restent appliqués sur la face externe de l’aponévrose ; les autres rampent plus particulièrement dans la couche celluleuse in-
terne du peaucier. Nombreux et renfermés dans un tissu dense, ils expliquent la vive sensibilité de la peau dans cette région , et les douleurs violentes, ainsi que les acci: dents nerveux qui en accompagnent quelquefois les inflammations. Étant presque inévitablement lésés dans l'extirpation des tumeurs sous-maxillaires, ils rendent compte de la déviation de la lèvre inférieure que j'ai observée deux fois alors, à moins que cet accident ne tienne à la section du muscle peaucier.
$ 10. —Entre les muscles, le tissu cellulaire est très-fin. Sous l’aponévrose, il est lamelleux, et renferme des vésicules adipeuses. La glande sous-maxillaire en renferme une assez grande quantité, qui enveloppe chacune de ses granulations, entre lesquelles on remarque les prolongements: filamenteux de son aponévrose. C’est lui qui fournit la suppuration lorsqu'elle se manifeste dans l'organe salivaire. Il en est de même de la parotide et de toutes les glandes : du même genre. Cette particularité tient à ce que le tissu glandulaire ne paraît pas susceptible de s’enflammer primitivement. Se continuant avec celui des côtés du pharynx ou de la langue, plus abondant latéralement et en arrière qu'au milieu, il explique comment la suppuration profonde des tonsilles peut se faire jour au-dessous de l'angle maxillaire, de même que l’aponévrose sus-hyoïdienne oblige souvent les dépôts à se porter dans Ja rainure sterno-parotidienne , s’ils ne peuvent gagner du côté du menton. Sa souplesse fait aussi que les amygdales
1 Gariot, Maladies de la Bouche, ete.
RÉGION SUS-HYOÏDIENNE. 451
gonflées sont, en général, faciles à sentir en dedans du ligament stylo-maxillaire.
$ 11.— Le squelette de la région sus-hyoïdienne n'existe pas à proprement parler. On ne peut faire entrer dans sa composition que l'os hyoïde et la moitié inférieure de la face interne de l’os maxillaire. Le premier, presque rudimentaire chez l’homme, tandis que dans les autres vertébrés il forme un os très-compliqué, se prolonge quelquefois jusqu’à l’apophyse styloïde , par le moyen du ligament stylo-hyoïdien, alors ossifié, le plus ordinairement. Sa petite corne, renfermant en général plusieurs grains osseux, pourrait être fort utile pour découvrir les artères maxillaire et linguale, qu’elle protége, jusqu’à un certain point, ainsi que les autres vaisseaux profonds, contre l’action des agents traumatiques.
Le manque d'appui et la grande mobilité de l’os hyoïde ne le mettent point à l'abri des fractures. M. Lalesques', M. Auberge”, en ont donné la preuve. On le croit même susceptible de luxations * ; mais les observations qui en ont été rapportées sont loin d’être concluantes.
… L’oshyoïde, donnant attache à presque tous les muscles abaisseurs de la langue ou de la mâchoire, et élévateurs du larynx, fait qu’une blessure transversale au-dessus de lui, deviendrait extrêmement dangereuse, à part même l'hémorrhagie. Il convient de remarquer qu’une plaie de ‘ Journal hebdomad, de Méd,et de Chirurg.
2? Rev. méd., t..3, P. 6.
? Bullet, de Therapeut., t, 10, p. 91.