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TRAITEMENT MÉDICAL DE LA CATARACTE

altérations qui peuvent simplement consister dans une déhiscence avec interposition du liquide nutricier entre les fibres, et l'idée acceptée que ces altérations reposent sur un état de santé général modifiable par la diète et un traitement général, laissent bien concevoir l'espoir de pareilles guérisons.

Ce qui est indiscutable, c'est le fait de Ed. de Jâger (1) [voyez aussi les cas de M. Brettauer (2)], qui, parmi plusieurs malades, cite particulièrement deux disparitions de troubles du cristallin, dont l'un siégeait dans les couches corticales antérieures, l'autre dans celles avoisinant le pôle postérieur; mais il s'agissait de personnes jeunes, d'un homme de vingt-cinq ans, tenu quatre ans en observation, et d'une femme de quarante-deux ans dont le cas fut suivi pendant douze ans. Quoique notre ami insistât à cette occasion sur ce que jamais pareil fait n'avait pu être constaté par lui pour une véritable cataracte sénile, il déclara lui-même que les troubles de ses propres cristallins, qui se développèrent chez lui à l'âge de soixante-deux ans, furent arrêtés, grâce à un traitement approprié, que, chose fort curieuse, il ne révéla à aucune des personnes de son entourage, et sur lequel j'ai moimême vainement cherché à me renseigner auprès de ses enfants.

Ce que nous avons observé sur deux vieillards atteints de cataracte morgagnienne chez lesquels une attaque de glaucome nécessita l'iridectomie (voy. p. 702), et chez lesquels toute la partie liquide de la cataracte se résorba dans une capsule non lésée par l'opération, nous fait présumer que, dans des conditions de ramollissement très étendu d'une majeure partie du cristallin, une guérison spontanée peut exceptionnellement se présenter, et que les observations de quelques auteurs dignes de confiance (Warnatz) ne doivent pas être rejetées. Ainsi la monographie de M. 0. Becker (p. 309) renferme une observation communiquée par M. Brettauer, où l'on constata, chez un homme qui, à l'âge de trente-cinq ans, fut opéré d'une cataracte liquide de l'œil droit, la disparition presque complète de la cataracte sur le gauche, notée douze ans après, lorsque le malade vint pour faire changer son verre à cataracte. Le sac capsulaire ne renfermait pas, comme chez nos malades, un petit noyau transparent, mais une masse gélatineuse garnie de cristaux de cholestérine. Avec un verre -f- 6, la vision était presque un demi.

Reprendre pour ces cas, lorsque le malade se refuse absolument à une intervention chirurgicale, non les essais stériles de Tavignot avec l'huile phosphoréc, mais l'emploi des courants continus auxquels on veut reconnaître une action résolvante aussi puissante, serait justifié d'autant plus qu'on a revendiqué encore récemment pour leur emploi la disparition de faibles opacités dans le cristallin et un arrêt dans l'évolution de la transformation cataracteuse. Pour ce qui concerne cette dernière supposition, rien ne prouve que notre thérapeutique soit incapable de se montrer active, quoique l'illusion soit ici bien facile, car il est démontré que des altérations séniles, surtout lorsqu'elles se présen-

(1) Spontané Heilung von Trùbungen in cler menschlihcen Linse {Zeitschr. f. prakt. Ikilk., n°° 31 et 32, 1861).

(2) Congrès d'Heidelberg, séance de 1885.

DE WECKER. — MALADIES DU CRISTALLIN

tent sous forme de gérontoxon, peuvent exister depuis quinze et vingt ans sans progresser. Nous voyons des malades avec des feuilles de consultations portant le diagnostic de cataracte commençante, qui affirment n'avoir, depuis un semblable espace de temps, subi la moindre réduction dans l'acuité de leur vision, trop élevée pour avoir eu besoin de leur annoncer une déperdition à laquelle ils n'assistent souvent pas.

A part la résorption de cataractes en majeure partie émulsionnées, quel est celui qui, connaissant la nature des altérations pathologiques qui constituent la cataracte, pourrait accepter que les fibres du cristallin étant une fois détruites, leur membrane d'enveloppe disparue et leur contenu émulsionné, ces éléments soient susceptibles de recouvrer leur intégrité et, par suite, leur transparence (1)? On en pourra dire autant du ratatinement des fibres cristalliniennes et de leur ratatinement dans la sclérose du noyau qui, constituant l'état extrême des modifications séniles, n'est certes pas plus propre à se dissiper que les autres altérations séniles de l'organisme humain. Ajoutons encore qu'au surplus, pour rendre à un pareil cristallin sa transparence, il faudrait posséder des moyens de modifier avec beaucoup d'énergie la nutrition de cet organe, c'est-à-dire la circulation des parties antérieures du tractus uvéal qui, ainsi activée, procurerait peut-être à la lentille des matériaux de nutrition plus abondants.

Pour atteindre ce but, les évacutions d'humeur aqueuse, fréquemment répétées par une ouverture périphérique de la cornée, telles que les ont conseillées déjà en 1729 Hecquet et en 1740de Villards, évacuations queM. Sperino a reprises (2), nous paraissent encore les tentatives les plus rationnelles. Malheureusement cette méthode a trois défauts signalés : elle est fort peu efficace, très lente à agir, et constitue elle-même un mode d'intervention chirurgicale auquel répugnent de se soumettre les personnes qui ne veulent pas d'opération. Tels sont les motifs de la froideur que cette méthode a rencontrée dans le public et dans le corps médical, en dépit des résultats fort curieux signalés par M. Sperino, et que grâce à l'emploi de la cocaïne on pourrait de nouveau reprendre dans le but de mieux connaître les conditions physiologiques de nutrition du cristallin. Il est vrai pourtant que les déplacements du cristallin à la suite de chaque ponction, les manœuvres d'évacuation, le maintien des paupières écartées constituent une sorte de massage des masses corticales qui auraient ici le résultat opposé à ce qu'on poursuit actuellement en Allemagne.

Nous faisons grâce au lecteur de l'histoire des traitements de cataracte qui ont pris pour base certaines préparations d'iode et de mercure aux-

(1) Il faudrait, pour cela, que la régénération de la presque totalité des éléments du cristallin puisse se faire. On comprend encore de pareilles espérances, lorsque le développement de l'opacité est à son début et ne consiste pas encore dans la destruction des fibres, mais dans un simple écart de certaines couches périnucléolaires, par suite d'un retrait irrégulier du noyau.

(2) Études cliniques sur l'évacuation répétée de l'humeur aqueuse dans les maladies des yeux. Turin, 1862, p. 421.

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