CONSIDÉRATIONS SUR L'OPÉRATION DE LA CATARACTE
l'influence desquelles la cataracte s'est peut-être développée, et du retentissement qu'elles doivent avoir exercé sur la sensibilité de la rétine. Il y a donc tout avantage à opérer les enfants le plus tôt possible, en négligeant les objections soulevées par plusieurs auteurs contre cette pratique, dont les dangers sont aisément prévenus par l'emploi des anesthésiques et du ban deau compressif. Avons-nous besoin d'ajouter que la règle de conduite que nous conseillons est entièrement conforme aux intérêts de l'éducation intellectuelle des jeunes sujets qui nous occupent?
4° Doit-on, en cas de cataracte double et complète, opérer les deux yeux à la fois? — Les principes élémentaires de la prudence indiquent assez qu'il ne faut pratiquer l'opération de la cataracte que sur un œil à la fois lorsque le second œil présente encore une vision, quelque imparfaite qu'elle soit (compte encore les doigts à 0m,50 ou 1 mètre); car il ne faut jamais s'exposer à priver même de ce peu de vision un malade, et les suites que présente alors la première opération et les résultats qu'elle fournit sont, pour le chirurgien, des enseignements précieux, relativement à la règle de conduite qu'il devra suivre pour la seconde. Notre ligne de conduite est alors d'opérer un seul œil et de procéder à l'opération du second lorsque quatre à cinq jours se sont écoulés, et que l'on peut déjà à peu près être certain du bon résultat de l'opération.
Actuellement que l'on est arrivé à tant de sécurité dans l'exécution de l'opération de la cataracte, on ne conserve plus les craintes d'autrefois, d'exposer son malade à perdre, d'un seul coup, tout espoir de recouvrer la vue, ce qui peut arriver après une extraction double, suivie d'accidents tout à fait indépendants de l'opération elle-même, et déterminés par une imprudence du sujet ou des personnes qui l'entourent. Nous opérons donc toutes les personnes atteintes de cataracte double absolument complète sur les deux yeux dans la même séance, leur épargnant les ennuis de deux opérations espacées. On est engagé à pareille conduite déjà par des circonstances secondaires (espace restreint, longs voyages). En outre, chaque clinicien sait combien les conditions de vision sont meilleures pour un opéré de cataracte sur les deux yeux, comparativement à ceux qui n'ont subi l'extraction que d'un seul côté. Chacun sait aussi combien sont rares les malades qui viennent, à un âge déjà avancé, se soumettre aux ennuis d'un déplacement, du décubitus dorsal pendant quelquesjours, de l'émotion de l'opération pour subir l'extraction sur le second œil; il est donc, dans l'intérêt des malades même, indiqué de ne pas se fier à leur engagement formel de se soumettre à l'opération pour le second œil dans un espace de temps donné, mais de les opérer de suite sur les deux yeux, s'ils présentent tous deux les mêmes conditions de réussite, et si l'état général de santé du malade s'y prête.
Une infection sur les deux yeux ne s'observe guère, et les opérateurs les plus occupés sont justement ceux qui ne peuvent citer des cas d'un insuccès
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opératoire double sur les deux yeux opérés à la fois, tandis qu'il ne leur sera guère difficile de trouver pareille mésaventure sur des malades à opérations espacées et chez lesquels on a voulu vainement utiliser l'enseignement qu'avait donné l'insuccès de l'œil premièrement opéré. On voit donc aussi de préférence pratiquer des doubles extractions dans des établissements où l'affluence des cataractés est le plus notable et où l'on est le plus sûr des soins minutieux de propreté des pansements donnés aux opérés.
ARTICLE XIX
RÉSULTATS DES OPÉRATIONS D'EXTRACTION PAR LAMBEAU, PAR SECTION LINÉAIRE PÉRIPHÉRIQUE ET PAR EXTRACTION LINÉAIRE SIMPLE
M. Otto Becker fait dans sa précieuse monographie (loc. cit., p. 404), en parlant des données statistiques, la réflexion suivante: «Tant qu'on ne se sera pas entendu sur la délimitation des images cliniques qui se présentent pendant la guérison des plaies pratiquées pour l'extraction, une statistique exacte restera un pieux vœu. » A notre avis, ce n'est pas de la dénomination variée des phases anormales que parcourt la guérison que dépendra l'utilité définitive d'une statistique, mais bien de l'entente qui se sera établie dans l'exécution opératoire. Car quelle conclusion exacte peut-on tirer de statistiques comme colles que renferme la monographie de M. Otto Becker où M. Rothmond cite parmi 396 extractions à lambeau, 252 opérations normales (63 pour 100) et 144 opérations anormales (36 pour 100), sur ses 186 extractions sclérales, 123 (66,2 pour 100) d'opérations normales, et 63 (33,8 pour 100) d'opérations anormales. M. Snellen renchérit encore sur ce nombre d'opérations à éliminer d'une statistique et présente sur 209 opérations sclérales, 101 opérations normales (c'est-à-dire 48,8 pour 100) et 105 ou 52 pour 100 d'opérations anormales; tandis que M. Knapp a, sur 300 extractions sclérales, cité 77,3 pour 100 (232) d'opérations normales et seulement 22,7 pour 100 (68) d'opérations anormales.
L'usage de l'anesthésie locale, la possibilité de faire uniformément des ouvertures d'une grandeur suffisante et bien déterminée, éliminera, nous le pensons, de plus en plus les cas d'opérations anormales ; on reviendra à l'uniformité des résultats des anciens, tout en ayant sensiblement réduit les revers qu'ils essuyaient. « Il va sans dire, observe M. Becker, que les guérisons impures sont plus rares pour les opérations normales que pour celles à exécution anormale, mais les tableaux démontrent le plus clairement possible que la garantie du résultat définitif n'est nullement impliquée par le cours normal d'une opération. Précisément l'excitus le plus redoutable, la suppuration de la cornée avec phthisis bulbi consécutif, s'observe aussi souvent pour une opération normale qu'anormale ».
Certainement, l'infection étant l'unique cause de la suppuration, elle atteindra, en l'absence des soins de propreté et d'antisepticisme nécessaires, aussi bien l'œil correctement opéré que mal opéré, mais comment vouloir juger