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CONSIDÉRATIONS SUR L'OPÉRATION DE LA CATARACTE

n'est pas, pour cela, dévié, et, s'il l'est, ce n'est pas d'une manière apparente. Ce déplacement est alors ordinairement si minime, qu'il ne se révèle à l'opérateur qu'en ordonnant au sujet de fixer de près un petit objet, pendant qu'il voile alternativement l'un des yeux avec un verre dépoli. Généralement, en ce cas, des prismes, placés en divers sens devant l'œil opéré, ne déterminent pas de diplopie.

Nous n'avons pas besoin de faire ressortir les avantages considérables que l'opéré tire de l'élargissement de son champ visuel et l'amélioration de son orientation. Aussi ne doit-on pas traiter cette question, s'il faut ou non opérer un œil cataracté, l'autre jouissant d'une" vision parfaite, comme s'il ne s'agissait que d'une « opération d'un but cosmétique » (0. Becker, Graefe-Saemisch, p. 467). Défait, ce but cosmétique personne ne le négligerait lorsqu'il peut être atteint si facilement chez un sujet n'ayant pas encore la vingtaine, par l'extraction d'une cataracte molle, à travers une simple incision linéaire. Mais, abstraction faite de ces cas, on tiendra aussi avec raison compte du milieu dans lequel vit et se meut le sujet chez lequel se pose la question d'une opération unilatérale de cataracte avec vision parfaite de l'autre œil. Combien, dans des grands centres, celui qui aura un champ visuel correspondant aux deux yeux sera-t-il moins exposé aux accidents de la circulation pédestre et équestre que celui qui n'a qu'un seul œil ! Combien les ouvriers, dans les manufactures à force motrice, sont-ils moins exposés avec un champ visuel de dimensions normales que lorsqu'ils n'ont que la vision d'un seul œil? Enfin, à combien de personnes n'enlève-t-on pas un poids considérable que leur occasionne la crainte constante d'être privées de la vue de leur seul œil, en leur en donnant un second même, si celui-ci ne doit, pour un certain temps ou même pour toute leur vie, n'être qu'un « œil de réserve » ?

Dans tous les cas, l'opportunité de l'opération est avérée lorsque le second œil devient manifestement le siège d'une opacité cristàllinienne à marche progressive. Nous croyons tout à fait irrationnel d'attendre, en pareille circonstance, pour attaquer la cataracte, que la cécité de l'autre œil soit tellement avancée que le sujet ne puisse plus se conduire. Il nous semble bien préférable de pratiquer l'opération à l'époque à laquelle le malade tombe forcément sous la dépendance de son entourage, c'est-à-dire lorsqu'il lui devient impossible de lire avec l'œil qui lui reste. En choisissant juste le moment avant que le malade se sente tomber dans celte tutelle forcée, son esprit n'est pas aussi fâcheusement affecté par la décadence progressive de sa vue; car on sait quelle influence exerce cette prostration morale sur l'état général de la santé.

2° Faut-il, dans tous les cas, attendre la maturité de la cataracte pour procéder à V extraction? — Le vieux préjugé, en vertu duquel on s'est abstenu, jusque dans ces derniers temps, d'extraire tout cristallin dont les éléments n'étaient pas atteints presque totalement de transformation cata-

DE WEGKER. — MALADIES DU CRISTALLIN

racteuse, a privé bien des vieillards de la joie de recouvrer la vue. Il existe, en effet, un bon nombre de cataractes séniles dont la marche est tellement lente que, vouloir attendre, pour les extraire, qu'elles soient parvenues à maturité, ce n'est rien moins que remettre à jamais l'opération. Du reste, l'extraction de la cataracte sans ouverture de la capsule, l'extraction à lambeau simple et combinée, surtout lorsqu'on ne marchande pas la grandeur du lambeau, sont des méthodes applicables aux cataractes séniles incomplètes, et l'on peut, dès à présent, avancer qu'en règle générale, tout sujet atteint de cataracte incomplète double doit être soumis à l'opération, dès que le trouble de sa vue est assez avancé pour l'empêcher de se livrer à ses occupations journalières, de lire et surtout de se conduire. (Pour ce qui concerne la maturation de la cataracte, voyez l'appendice de l'historique de l'Extraction à lambeau, p. 998.)

3° Quels\inconvénients y a-t-il à reculer, pour un-temps plus ou moins long, l'opération de la cataracte? — Tandis que l'expérience journalière démontre qu'un œil d'un enfant exclu de l'acte de la vision binoculaire, et qui n'est pas employé isolément, tombe, par cela même, assez rapidement dans une amblyopie marquée, alors que l'obstacle qui s'oppose à ce qu'il participe, pendant la fixation, à la vision binoculaire, ne réside pas dans un défaut de transparence de ses milieux, c'est ordinairement le contraire qui s'observe quand l'exclusion de l'œil est le résultat de la présence d'une cataracte simple sur un œil déjà complètement développé. La présence d'une cataracte sur un œil en croissance, le privant des impressions rétiniennes (autres que la lumière diffuse), rend cet œil d'autant plus amblyope que cette privation date d'une époque plus rapprochée de la naissance de l'enfant.

L'existence de l'écran opaque que constitue, eu arrière de l'iris, le cristallin cataiacté, chez l'adulte, et l'absence consécutive d'image rétinienne (image que l'œil n'est pas, en conséquence, contraint de supprimer par un effort instinctif), expliquent, jusqu'à un certain point, la persistance de la sensibilité de la rétine, même après un temps relativement énorme, puisqu'on l'a vue conservée après un espace de quarante et même de soixante ans (Serre, Dubois, Zehender, de Graefe, Knapp). Nous avons opéré deux cataractes dont la formation remontait chez l'un des malades à soixante-trois ans, chez l'autre à soixante-cinq ans et le résultat en a été satisfaisant. Par contre, chez les jeunes enfants atteints de cataracte congénitale double, ou sur les sujets chez lesquels les opacités cristalliniennes se sont développées dans une extrême jeunesse, le défaut fonctionnel de la rétine, coexistant avec une croissance rapide de l'œil, a les effets les plus fâcheux. Ordinairement alors, les opérations pratiquées à une époque un peu plus avancée de la vie (quinze, vingt ans) ne fournissent que des résultats fonctionnels fort peu satisfaisants.

D'ailleurs, il est bon de tenir compte aussi, dans ces derniers cas, pour interpréter ce fait exceptionnel, des altérations profondes de l'œil sous

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