V AL DE Y EH
mais qu'on peut, elle aussi, subdiviser en deux/ouches différentes, savoir : une couche voisine de l'espace lymphatique, et dans laquelle, au moins près de la sclérotique, prédominent les fibres circulaires, et une couche interne la plus voisine des fibres du nerf qui, elle, renferme des fibres fines et longitudinales.-Cette dernière couche représente, en quelque sorte, le névrilème du nerf optique.
De chacune de ces trois couches, ou des quatre, si l'on subdivise la dernière décrite, des fibres se rendent dans la sclérotique. Dans cette membrane, on peut, à proximité de l'entrée du nerf optique, distinguer une couche externe, dans laquelle prédominentjes fibres équatoriales, et une interne, plus riche en traînées méridionales, et qui paraît sensiblement plus solidement tissée et plus résistante. La gaine externe du nerf optique se rend directement dans la couche externe de la sclérotique. Immédiatement avant de se réfléchir dans la sclérotique, cette gaîne se laisse aisément subdiviser en plusieurs feuillets; il ne s'en rencontre peut-être pas aussi régulièrement quatre que l'indique Michel (197), mais on en obtient assez souvent trois ou cinq feuillets.
La gaîne interne (piale) s'étend de la même façon d'une manière continue dans la couche interne et solide de la sclérotique, et cela principalement avec sa couche de fibres circulaires qui change ainsi peu à peu la direction de ses fibres en traînées méridionales. La couche la plus interne, celle du névrilème, se rend en partie dans la couche la plus interne de la sclérotique ; mais, en majeure partie, elle fournit les fibres des faisceaux de la lame criblée. Pourtant il n'est pas exact de nier, comme le veut Wolfring (319), toute participation des autres portions de la gaîne et de la sclérotique à la formation de la lame criblée et de ne laisser dériver ses trabécules qu'exclusivement du névrilème propre du nerf optique. 11 m'a été possible, à différentes reprises, de voir des traînées de fibres partir des couches internes de la sclérotique pour se mêler aux faisceaux de la lame criblée, observation qu'a pu aussi faire Schwalbe.
L'espace lymphatique intervaginal s'étend chez les divers individus différemment loin en avant, ordinairement encore assez loin pour s'insinuer sous forme de fente étroite sur un court parcours entre les deux couches sclérales, l'interne et l'externe. Parfois, il pénètre aussi assez loin dans la région scléroticale propre. Les trabécules de conformation particulière qui le traversent se rattachent, sans choix propre, aux deux feuillets scléroticaux, et cela peu à peu entre les traînées de fibres de ces derniers. Les gaîne§ endothéliales de ces trabécules ne sont nullement partout non interrompues, ainsi que cela a été soutenu particulièrement par Schwalbe. Cet auteur trouve aussi dans tous les espaces lymphatiques du globe déjà décrits, que les cellules endothéliales sont intimement réunies entre elles, formant ainsi des membranes qu'il appelle « pellicules endothéliales », de façon qu'en dilacérant les préparations on n'obtient que des fragments de membranes et presque jamais des cellules isolées. Michel et Leber lequel, le premier,
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a décrit les gaines endothéliales des trabécules de l'espace intervaginal, ne sont pas l'un et l'autre fixés pour résoudre tout de suite la question de la continuité de ces gaines. Panas (347) décrit les trabécules des espèces lymphatiques du nerf optique comme composés d'une double couche, l'une interne, formée d'un tissu conjonctif, l'autre, corticale, d'une masse vitreuse. Il indique l'endothèle comme étant en continuité, ainsi que Schwalbe, Key et Retzius l'ont fait.
Les premières recherches exactes sur le passage de la gaîne du nerf optique dans la sclérotique ont été faites par Donders (59) et E. Jaeger (123). Ce dernier expose surtout les rapports de l'espace intervaginal avec la sclérotique. Des éclaircissements sur la constitution de cette région, allant jusqu'aux moindres détails, ont été récemment fournis par Schwalbe (265), Axel Key et fle<sius(328), Michel (197) elWolfring(319). Pour ce qui regarde les travaux de ce dernier auteur, je fais observer que je n'ai jamais vu chez l'adulte un nombre quelque peu important de corpuscules lymphatiques entre les faisceaux du nerf optique. Leuckart (Organologie, in Graefe-Saemisch, Ilawlbuch, t. II, p. 194) indique que chez certains animaux, entre autres la tortue, des fibres de la sclérotique se rendent à la choroïde. Schwalbe, de son côté, fait passer une faible portion de la gaîne piale dans le tissu choroïdien, mais on exposera de préférence tous ces détails, en traitant de l'histologie du nerf optique. La plus complète description des gaines du nerf optique et de son passage dans les menbranes de l'œil a été donnée par Kuhnt (369). J'en saisis le fait que l'auteur de ce travail confirme ma description de la gaine piale comme composée de deux couches, une externe et circulaire, et une interne longitudinale. Quant à la membrane suchoroïdienne, qui comprend aussi la lamina fusca des auteurs, elle est composée, d'après la description de Schwalbe, abstraction faite des vaisseaux, de minces lamelles élastiques couvertes de tous côtés de cellules endothéliales. Les lamelles se trouvent constituées d'une substance fondamentale hyaline que Schwalb déclare être identique avec la substance fondamentale du tissu connectif ou avec le ciment interfibrillaire, et dans laquelle reposeraient encore des fibres élastiques et des cellules pigmentaires. Henle (106) note, comme parties constituantes de la membrane supra-choroïdale de l'homme, deux sortes de cellules : d'incolores et de pigmentées. Il dit des premières (loc. cit., p. 616), qu'on les rencontre aussi bien isolées que réunies en groupes ressemblant à des fragments d'un épithélium. Les cellules, réunies en groupes, seraient anguleuses; les isolées, sphériques ou elliptiques en partie, ne dépasseraient pas en grandeur le noyau qu'elles renferment; celles du plus grand volume auraient un peu plus que le double de cette grandeur, etc. Il est évident que Henle a aussi déjà décrit les cellules endothéliales de Schwalbe, tout en n'appréciant pas leur importance. Axel Key et Retzius (126 et 328) parlent d'un endothèle de l'espace périchoroïdien à plusieurs couches. Les cellules pigmentaires de la membrana suprachoroidea qui, par leur aspect varié et leurs nombreuses émanations ramifiées, comptent parmi les formes cellulaires les plus remarquables et les plus intéressantes de l'organisme, ont été aussi décrites par Henle, avec une précision digne d'être notée, et je puis confirmer la présence, chez l'homme, de cellules presque indemnes de pigment qui, comme formes et caractères, se rattachent à ces cellules pigmentées.
L'enveloppe dure du globe montre dans la série des espèces diverses variétés histologiques dignes de remarque que nous ne voulons qu'effleurer ici. Tous les mammifères, à l'exception des monotrèmes, ont une sclérotique exclusivement composée de tissu connectif dont les éléments histologiques sont sensiblement les mêmes, c'est seulement, pour ce qui regarde la richesse en pigment, ainsi que l'épaisseur de la membrane et son union plus ou moins intime avec la choroïde, qu'il se présente des différences notables. Comme étant très riche en pigment, il faut citer la sclérotique des chevaux, des bœufs, des cochons d'Inde. Particulièrement dense et solide,
WALDEYER. — ANATOMIE MICROSCOPIQUE.
se montre la sclérotique des cétacés et des bœufs, tandis que le cheval laisse voir sur un œil de grandeur presque égale une enveloppe bien plus mince. En général, l'épaisseur de la sclérotique décroît en raison directe de la grandeur du mammifère; ainsi, par exemple, chez la souris, la sclérotique paraît à peine plus forte que la choroïde. Ici la désignation de « membrane oculaire blanche » n'est plus applicable, car la membrane pigmentaire se voit partout à travers la sclérotique, même si celle-ci est plus ou moins pigmentée. Relativement intime, se montre la réunion de l'uvéa avec la sclérotique chez le porc et chez la souris, tandis qu'elle est lâche chez l'homme, le bœuf et le cheval.
Les oiseaux portent vers la périphérie antérieure de leur sclérotique généralement un anneau osseux recouvert sur ses deux surfaces de tissu connectif fibrillaire. Chez certaines espèces, il se rencontre encore un second anneau osseux postérieur. Chez les Batraciens anoures , la sclérotique est à substance fondamentale cartilagineuse , tandis que chez quelques batraciens à queue (la salamandre par exemple), la sclérotique est, suivant les indications de Leydig (172), purement composée de tissu conjonctif. Les sclérotiques cartilagineuses sont couvertes d'un revêtement interne et externe de tissu conjonctif. Les reptiles se rapprochent par l'apparition d'un anneau sclérotical osseux, plus ou moins ferme des oiseaux. Langhans (155) nous rapporte que dans la classe des poissons il se rencontre de nombreuses différences histologiques pour ce qui concerne la structure de la sclérotique. Je renonce à entrer en pareils détails, attendu qu'ils n'ont pas, jusqu'au moment où l'on ne connaîtra pas en même temps les rapports de la sclérotique à l'orbite et aux muscles, etc., de valeur particulière; ce sont ces rapports et leur appréciation qui permettront peut-être d ese rendre compte de la diversité de structure histologique de la sclérotique.
C'est bien chez Zinn (321) que nous trouvons les premières indications sur la fine structure de la sclérotique. Il admet la présence de nombreuses lamelles qui s'entre-croisent, et parle aussi de fibres dont serait constitué le tissu scléral. Aussi le passage de cette membrane dans la cornée est explicitement décrit, en rapportant assez complètement la littérature ancienne.' Henle (105) se borne à quelques courtes observations, parmi lesquelles il faut noter qu'il a rencontré à la surface interne de la sclérotique des traînées fibrillaires qui se faisaient remarquer par leur résistance à l'acide acétique. Le parcours des fibres a surtout été étudié par Valentin (298), Pappenheim (221), Erdl (74) et Lœwig (179). C'est chez Briicke (31) que nous trouvons les premières données sur les rapports des fibres équatoriales et méridionales. L'histologie comparée a été traitée par H. Millier (215), Leydig (172) et Langhans (155). Il a été fait mention plus haut des travaux de Schwalbe Michel et Wolfring sur les zones limitantes de la sclérotique.
Hannover (tJ35) a récemment décrit, sous le nom de cordon sclérotical (funicuîus scierotkus) un faisceau de fibres de tissu connectif qui se distingue nettement des autres fibres de la sclérotique. Il a la forme et à peu près l'épaisseur d'un fil, et il traverse la sclérotique dans la direction d'avant en arrière. Commençant à l'endroit de la fovea de la rétine, il se dirige de là en arrière, en bas et en dedans, à travers l'épaisseur de la sclérotique, la plupart du temps en ligne droite, parfois cependant en ligne légèrement courbe ou ramifiée. On reconnaît sa présence par une petite fossette, visible à la surface interne et externe de la sclérotique. — Quelquefois on trouve des traces de vaisseaux dans le cordon. Il est nettement visible dans l'œil du nouveau-né. Hannover le constata aussi dans l'œil
CORNEE ET SCLEROTIQUE.
de quelques singes. — Ce même auteur le considère comme le reste de la t'ente oculaire, oblitérée, dont la trace peut ainsi être retrouvée dans la sclérotique.
La région du bord scléro-cornéen est, sous bien des rapports, anatomiquement et physiologiquement, une des plus importantes du globe de l'œil. Toutes les membranes oculaires changent en ce point plus ou moins complètement de structure et de disposition. C'est ici que se trouve l'appareil musculaire de l'accommodation; ici est placé le cercle d'insertion de l'iris; ici le cristallin trouve, quoique indirectement, son attache; c'est encore cette région qui se signale par un arrangement particulier des vaisseaux et par un passage très considérable de nerfs se rendant à l'iris et à la cornée. On peut donc, à juste titre, en partant de cette région, subdiviser l'œil en deux grandes parties, en globe antérieur et globe postérieur. Même au point de vue embryologique, cette division a une certaine raison d'être, attendu que par l'inversion du cristallin ces différences sont essentiellement établies.
Nous avons ici successivement à étudier : 1° la transition de la substantiel propria cornex en tissu connectif propre de la sclérotique ; 2° le passage de la conjonctive sur la cornée ; 3J la portion postérieure du bord cornéen avec les parties périphériques de la membrane de Descemet, le réseau à mailles de Fontana (l'espace de Fontana), le canal de Schlemm, ainsi que l'insertion du muscle ciliaire et les dispositions histologiques de la Caméra oculi anterior.
BORD CORNÉO-SCLÉRAL.
1° La transition de la sclérotique en cornée est, pour ce qui regarde le tissu fondamental cellulaire des deux membranes, continue et directe. Les faisceaux de tissu cellulaire de la sclérotique passent sans interruption ni séparation avec leurs fibrilles dans les faisceaux, ou les fibrilles de la sclérotique; les espaces lymphatiques, ainsi que les canalicules de la cornée et de la sclérotique, communiquent directement les uns avec les autres à la limite des deux membranes. Les cellules scléroticales ne se différencient particulièrement en rien des cellules cornéennes. Il n'existe de changements dans le parcours et dans le détail de l'arrangement des faisceaux de fibres, ainsi qu'on peut le constater, autant qu'il me parut, que pour ce qui concerne la forme des espaces et des canalicules, des modifications insignifiantes, mais qui n'ont aucune importance relativement à l'union des deux membranes. Pour la plupart, ces différences ont été indiquées (voy. p. 57); elles ne peuvent, certes, pas établir une différence histologique entre les deux membranes. Il ne se trouve donc pas ici, soit au point de vue macroscopique, soit dans l'état microscopique, une limite précise; sous un faible grossissement, se dessine un contour un peu indécis d'une largeur relativement grande qui, sur une coupe méridionale, prend une direction médiolatérale. G est ce contour indécis (voy. fig. 25) qui indique la ligne de
WALDEYER. — ANATOMIE MICROSCOPIQUE.
démarcation, c'est ici que les fibrilles scléroticales passent dans le parcours plus régulier des fibrilles de la cornée, et les espaces lymphatiques se serrent un peu plus.
D'après Rollett (250), un passage direct des fibres scléroticales en fibres cornéennes ne serait pas probable. Sur des préparations injectées, par ponction de la cornée, l'injection allant jusque vers le bord scléro-cornéen, et les pièces étant débarrassées ensuite de la masse injectée, on verrait le tissu cornéen d'apparence spongieuse s'amincir en faibles feuillets qui s'imbriqueraient dans d'étroites couches plus denses de tissu sclérotical. En outre, la constitution chimique, différente des deux membranes, ferait, en ayant recours au double procédé de teinture avec le carmin et l'acide picrique, que la cornée apparaîtrait jaune et la sclérotique rouge, distinction qui rendrait peu probable une transition directe. D'un autre côté, Rollett admet que des coupes, ainsi que des préparations par dilacération, donnent l'impression du passage non interrompu des fibres. Je crois qu il faut s'appuyer ici surtout sur les données embryologiques et sur ce que nous offrent les préparations par dilacération. Les premières nous démontrent une origine commune de la moyenne partie de la substance propre de la cornée et de la sclérotique; les secondes laissent voir le passage continu des fibres de la région cornéenne dans la sclérotique, et inversement. Bien entendu que ces fibres ne parcourent pas toute l'étendue des deux membranes à la fois, mais cela n'est nullement nécessaire pour démontrer leur unité, ce qui nous importe seulement de prouver ici.
2° Pour ce qui concerne le passage de la conjonctive bulbaire sur la cornée, il ne peut tout d'abord pas exister de doute que l'épithélium cornéen ne soit la continuation directe de celui de la conjonctive. Juste à la limite de la cornée, l'épithélium paraît un peu plus élevé et mieux développé ; mais le nivellement s'opère des deux côtés d'une manière tout à fait insensible. La membrane basale antérieure se termine dans cette région tout à fait progressivement en s'effilant et en prenant de plus en plus un aspect fibrillaire. On n'en trouve plus de trace au delà du bord cornéo-scléral, mais il est facile de constater que les fibres dans lesquelles se dissocie la membrane basale se rendent directement dans les couches conjonctivales un peu plus denses qui sont juxtaposées à l'épithélium et qu'on désigne par tunica propria de la conjonctive. Les fibres du tissu conjonctival lâche ne se délimitent pas non plus d'une manière nette, mais envoient des fibres qui se continuent exactement sous la membrane anhiste antérieure de la cornée. Il est aisé de détacher avec une aiguille à cataracte ces couches antérieures de la cornée humaine de la substance propre sous-jacente et de la soulever en d'assez larges lambeaux; mais ces lambeaux ne se détachent pas du limbe conjonctival, autrement dit de la conjonctive scléroticale dans laquelle ils se continuent de la façon que nous venons d'exposer. Cette disposition se voit encore bien mieux sur la cornée du porc ; ici la partie antérieure de la cornée qui se trouve en connexion directe avec la conjonctive se différencie même souvent assez nettement des parties sous-jacentes par une constitution histologique différente (des espaces lymphatiques plus vastes et une texture fibrillaire plus accusée). Cette couche supérieure peut aussi très aisément être détachée de la substance propre de la cornée qui se trouve réunie à la sclérotique et prend par la coloration au carn in une teinte remarquablement différente.
J'ai déjà plus haut insisté brièvement (p. 1), au point île vue embryologique, sur l'existence d'une couche conjonctivale, autrement dite cutanée, de la cornée.
Dans les travaux récents sur cette membrane, ce sont surtout Jul. Arnold (8) et Kolliker (135, 136) qui se prononcent pour la continuation directe de la partie de tissu connectif de la conjonctive sur la cornée, et insistent sur la présence d'un « feuillet particulier de la conjonctive » appartenant à la cornée, « couche sous-épithéliale » de Jules Arnold, et qui n'est autre chose que ce que nous avons décrit plus haut. Le fait rapporté par Jules Arnold, qu'on peut isoler la couche sous-épithéliale de la cornée et la maintenir en continuité avec la conjonctive scléroticale sur de minces coupes qu'on chauffe faiblement ■dans de l'acide nitrique dilué, nous engage, aussi bien que les particularités exposées plus haut, à regarder les couches les plus externes de la cornée comme la continuation histologique de la conjonctive; toutes les parties de la conjonctive passent en se réduisant sur la cornée. Du reste, je ne saurais citer un seul exemple dans l'histologie, où des tissus similaires, se trouvant adossés ou superposés, se termineraient par une délimitation nette sans passer l'un dans l'autre. Au point de vue de l'embryologie, de l'anatomie comparée et de l'histologie générale, cette question présente encore un certain intérêt. Rollelt ne se rallie pas à cette manière de voir et ne veut pas admettre une conjonctive cornéenne.
3° Gomme offrant plus de difficultés pour l'exposition, il faut signaler les parties périphériques de la membrane de Descemet, ainsi que les tissus qui s'y rattachent : le réseau de trabécules caverneuses dans l'encoignure de l'iris, et les espaces assez étendus qu'il renferme, le canal de Schlemm et celui de Fontana.
L'angle aigu, qui est formé par le détachement de l'iris des parois oculaires, qui prend une position frontale, angle placé entre l'iris et la jonction scléro-cornéenne, représente une région particulièrement intéressante que nous désignerons dorénavant, pour abréger, par « angle iridien ». Si nous appelons la partie périphérique de l'iris qui s'attache au corps ciliaire, « racine de l'iris », il se rencontre dans l'angle iridien : 1° la racine de l'iris ; 2° la partie fondamentale du tissu cellulaire du corps ciliaire ; 3° la musculature de l'accommodation ; 4° les parties les plus postérieures et les plus périphériques de la cornée et de la membrane de Descemet, ainsi que leur endothèle; 5° la sclérotique. Au point de jonction de toutes ces parties se développe, par la confluence de leur substance fondamentale et connective propre, un tissu caverneux particulier qui, suivant son plus ou moins grand développement, remplit et arrondit plus ou moins l'angle iridien. La membrane de Descemet, se dissociant par un changement particulier de sa texture, passe entièrement dans ce tissu caverneux, mais on ne saurait prétendre que celui-ci est de préférence formé par la membrane de Descemet, car aussi bien le tissu cornéen propre, que la sclérotique, qu'enfin le tissu fondamental et connectif du corps ciliaire et de la racine de l'iris, toutes ces parties envoient de tous côtés des fibres dans l'amas de trabécules qui compose le tissu caverneux en question.
Comme Henle (106) et principalement Schwalbe (265) l'ont récemment démontré, la masse fondamentale de ce tissu caverneux est composée de
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trabécules aplatis, élastiques, qui prennent parfois, et cela principalement vers la membrane de Descemet, le caractère de lamelles fenêtrées. Si nous étudions particulièrement la part que prennent les tissus environnants à la
FlG. 25. — Section méridionale à travers le bord cornéo-scléral d'un homme d'environ trente ans. — Conjonctive sclérotique, cornée avec leurs régions limitantes : muscle ciliaire, iris, procès ciliaires, tissus de l'angle iridien avec ie canal de Schlemm et les lacunes homologues de l'espace de Fontana. (Hartnack, III, tube rentré).
A. Épithélium conjonctival et cornéen. — B. Conjonctive scléroticale. — C. Sclérotique. — D. Membrane supraclioroidea. — E. Région du muscle ciliaire. — F. Tissu de la choroïde et des procès ciliaires. — G. Tapetum nigruin et pars ciliaris retinœ. — H. Corne'e (substance propre). — I. Iris. — K. Faisceaux méridionaux du muscle ciliaire. — L. Faisceaux équatoriaux du muscle ciliaire. — M. Faisceau du muscle ciliaire qui s'attache en arrière à la sclérotique (homologue du M. Cramptonianus des oiseaux). N. Tissu de l'angle de l'iris. —0. Angle de l'iris. — P. Racine de l'iris. — t. Lamelle anhiste anté-
CORNÉE ET SCLÉROTIQUE
formation de ce réseau de trabécules, ce sont, suivant mes propres recherches chez l'homme, les tendons élastiques et le tissu cellulaire intra-muscu laire du muscle ciliaire, très fortement développé chez l'homme, comme on le sait, qui y contribuent de préférence. Comme le montre la figure 25, toute la partie méridionale du muscle ciliaire passe avec son tendon dans ce tissu trabéculaire, de façon qu'il repose en quelque sorte avec une large base sur ce muscle. Aucun autre des dessins dont nous disposons ne donne une idée exacte de cette disposition.
Schwalbe (265) a démontré que le tissu de l'angle iriclien renferme deuxtraînées de faisceaux en forme d'anneau, faisceaux qu'une coupe méridionale sectionne obliquement. Cet auteur les désigne comme anneaux délimitants antérieur et postérieur. L'anneau antérieur (voy. fig. 25, n° 9, et fig. 25, n° 10)naît immédiatement à la périphérie, près delà partie verruqueuse de la membrane de Descemet, à laquelle s'attachent les trabécules les plus externes du soi-disant lig. iridis pectinatum , dont il sera question tout à l'heure. Cet anneau est composé de fibres qui naissent dans la substance homogène de la portion postérieure de la membrane de Descemet, prennent une direction circulaire. L'anneau délimitant postérieur (fig. 25, n° 10) se trouve situé vers l'angle postérieur, près du canal de Schlemm, et est formé par la réunion des plaques élastiques percées qui se trouvent au voisinage du canal et forment en partie sa paroi interne. Par suite de cette réunion, il se formejune masse solide et épaisse, dans laquelle se montrent aussi bien des fibres de tissu connectif que des fibres élastiques. C'est à cet anneau postérieur que sont, suivant Schwalbe, attachées les fibres du muscle ciliaire.
La membrane de Descemet, en se dissociant vers la périphérie en plaques et fibres élastiques, prend une seconde et principale part à la formation du réseau trabéculaire dont nous traitons. Une quantité égale de fibres est aussi envoyée par les parties juxtaposées de la cornée. Les fibres de la sclérotique, au proche voisinage du canal de Schlemm, sont, de leur côté, aussi en continuation directe avec le réseau trabéculaire, et il est remarquable qu'en cet endroit se montre dans la sclérotique un nombre surprenant de fibres circulaires (voy. fig. 25, n°7). Chez l'homme, l'iris, en perdant son pigment, n'entre que pour une part relativement minime dans la constitution de ce réseau trabéculaire. Tout à fait restreint est le concours que prête à sa formation le
rieiire de la cornée. — 2. Membrane de Descemet avec l'endothèle de la chambre antérieure; celui-ci se continue d'une manière non interrompue sur le tissu de l'angle de l'iris et la surface indienne. — 3. Des lacunes d'une certaine étendue dans le tissu trabéculaire de l'angle iridien. Homologue des espaces de Fontana. Les trabécules juxtaposés allant vers l'angle iridien et qui séparent ces lacunes de cet angle sont les prolongements iridiens de Rollett. — 4. Canal de Schlemm, garni d'endothcle. — 5. Vaisseaux qui s'ouvrent dans le canal de Schlemm. — 6. Vaisseaux sanguins du plexus ciliaire de Leber. — 7. Forts faisceaux équatonaux de la sclérotique à l'entour du canal de Schlemm, faisceaux garnis de vastes espaces lymphatiques qui communiquent avec ceux de l'angle iridien. — 8. Faisceaux de la sclérotique coupés obliquement. — 9. Anneau terminal antérieur du muscle ciliaire (libres coupées transversalement). — 10. Anneau terminal postérieur (insertion des faisceaux méridionaux du muscle ciliaire). — H. Coupe transversale de vaisseaux sanguins conjonctivaux et scléraux. — 12. Coupe transversale d'une artère ciliaire.
corps ciliaire, car la racine de l'iris et le muscle ciliaire, allant à la rencontre
l'un de l'autre, séparent en quelque sorte le corps ciliaire de ce réseau.
Pour ce qui concerne les rapports de l'iris avec ce réseau à trabécules caverneuses, il faut y revenir, attendu qu'on rencontre ici des variétés sensibles. Chez le bœuf, le cheval, le porc et d'autres animaux, on voit partir du tissu iridien des trabécules pigmentées et isolées les unes des autres, qui se rendent à la surface postérieure de la membrane de Descemet, pour s'y perdre insensiblement. Sur des préparations empruntées à des yeux de cheval, que Mihalkovics a faites à l'Institut anatomique de Strasbourg, on a pu voir que la membrane de Descemet formait sur la partie des trabécules
Fie. 26. — Région du passage de la membrane de Descemet à l'angle iridien : verrues, anneau limitant antérieur, trabécules de l'angle iridien (prolongements iridiens), endothèle de la chambre antérieure. (Préparation prise sur un homme d'environ trente ans. Hartnack, IV, tube rentré.)
I. Région de la membrane de Descemet, portant des verrues entremêlées de cellules endothéliales altérées. — 2. Même région sans cellules endothéliales. — 3. Cellules endothéliales de forme ordinaire. — /*. Anneau circulaire (fibres équatoriales). — 5. Prolongements de l'iris. — 6. Cellules endothéliales sur les prolongements de l'iris.
qui lui était proche une véritable couverture en forme de gaîne; ce sont les prolongements que Rollett et Iwanoff ont désignés comme « prolongements iridiens ». La gaîne de ces trabécules se perd insensiblement sur l'iris. Ces forts prolongements indiens forment en quelque sorte un système de palissades, placé au-devant du réseau trabéculaire et caverneux à mailles étroites de l'angle iridien, et laissent entre eux des espaces assez larges et vastes, les soi-disant espaces de Fontana. Je partage l'opinion de Schwalbe, qu'on a tort de parler ici, chez le cheval, d'un véritable canal, le canal de Fontana, car un pareil canal circulaire clos, situé dans la section interne du tissu de l'angle iridien, n'existe en réalité pas; à sa place se trouve une série d'espaces plus ou moins larges entre les prolongements iridiens de Rollett. Il en est autrement chez l'homme. De forts prolongements iridiens ne se montrent pas ici comme
CORNÉE ET SCLÉROTIQUE. 73 chez les animaux susmentionnés. Par contre, il se trouve dans la partie du tissu trabéculaire le plus proche de la chambre antérieure des trabécules plus fortes et pigmentées, qui naissent de. la racine indienne et qui ne vont que jusque vers l'anneau terminal antérieur. Ces trabécules n'atteignent jamais la membrane de Descemet, à proprement parler. Ce sont ces trabécules de plus fort calibre auxquelles on a donné, depuis Hueck (115), le nom de « Hcj. pectinatum iridis », nom qui est tout à fait superflu, si l'on ne veut pas l'étendre à tout le tissu caverneux de l'angle iridien. Parfois ces trabécules de plus fort calibre et leurs mailles plus larges, qui sont l'analogue de l'espace de Fontana des animaux, font complètement défaut, et le tissu trabéculaire à fines mailles constitue par lui-même la limite externe de la chambre antérieure. Dans quelques cas, j'ai pourtant, aussi chez l'homme, pu découvrir sur des coupes méridionales un ou deux de ces trabécules plus forts munis de leurs larges mailles, ce qui aurait alors correspondu à un espace de Fontana.
Aussi bien qu'il existe en arrière, vers la limite qui regarde la chambre antérieure, un système d'espaces particulièrement conformés, les espaces de Fontana que nous venons de décrire, aussi bien on rencontre du côté opposé à la surface antérieure près de la sclérotique, et en partie même dans celle-ci, un second canal qui, il est vrai, est généralement simple. Ce canal, qui appartient au tissu sus-décrit, est le « canal de Schlemm ». Schwalbe (265) décrit la configuration de ce canal de telle façon qu'il existerait près du bord scléro-cornéen une rainure circulaire, « la rainure sclérale de Schwalbe; » cette rainure étant, du côté du muscle ciliaire et de la membrane de Descemet, couverte par le tissu trabéculaire et caverneux sus-décrit qui appartient à l'angle iridien, se transformerait en canal qui serait le canal de Schlemm. On peut, en général, se rallier àcette interprétation, pourtant il ne faudra pas perdre de vue que toute trace d'une pareille rainure peut parfois faire défaut, et que le long des deux bordures le tissu scléral peut affecter le même caractère trabéculo-caverneux, comme le présente le tissu de l'angle iridien, même les deux tissus se confondant, et qu'enfin la paroi antérieure du canal de Schlemm qui, elle, est exclusivement formée par la sclérotique, peut avoir la structure caverneuse. Évidemment, l'image d'une occlusion, au moyen d'un pont, facilite l'interprétation, mais elle peut aisément induire en erreur, en faisant supposer qu'il s'agirait de deux tissus tout à fait différents.
Je dois faire ressortir ici qu'en principe, le canal de Schlemm n'est pas, pour ce qui concerne sa formation, différent des espaces deFontana. Tous les deux consistent dans des lacunes du tissu de l'angle iridien de diverses grandeurs, seulement placées en des endroits différents. L'un peut tout à fait faire défaut, comme par exemple chez l'homme, où l'on ne trouve pas habituellement d'espaces de Fontana bien développés, et chez le porc qui, ainsi que Schwalbe l'a démontré, n'a pas de canal de Schlemm. Ajoutons que les deux espaces sont très changeants dans leur forme, pour ce
WALDEYER. - ANATOMIE MICROSCOPIQUE.
qui concerne en particulier le canal de Schlemm, et peut être remplacé par un système de plusieurs lacunes qui se succèdent ; ordinairement même on rencontre dans le parcours du canal un pont plus ou moins large de tissu solide.
Autant que je puis voir, et contrairement aux observations de Schwalbe, le canal de Schlemm se trouve encore tout à fait dans la sclérotique et ne touche pas la cornée. Sur une coupe méridionale (fig. 25), il présente le plus souvent la forme d'un espace triangulaire aplati, parfois aussi celle d'une fente ovoïde à extrémités faiblement effdées. Sur de pareilles coupes on rencontre très souvent un vaisseau qui aboutit dans la paroi antérieure et est placé presque à angle droit vers le canal. Ce vaisseau marche directement vers les veines profondes de la sclérotique, et doit être regardé comme étant de leur marche, attendu qu'il se remplit avec elles. Je n'ai pas pu, plus que Schwalbe, découvrir des valvules dans ce vaisseau.
Il se présente d'autres coupes de vaisseaux assez régulièrement placés un peu en avant et en dehors du canal de Schlemm, et cela sur des coupes méridionales et en nombre variable. Ces vaisseaux se remplissent aussi par des injections veineuses, et. présentent, du reste, la structure des veines. Je prends ces vaisseaux, ainsi que le fait Schwalbe (265), pour le plexus ciliaire viencux, décrit par Leber (161, 162). Cet auteur considère, ainsi qu'on le sait, le canal de Schlemm même, comme appartenant à ce plexus veineux, comme vaisseau sanguin circulaire de fort calibre. Je ne saurais, à l'instar de Schwalbe, me rallier à celte interprétation, et cela pour des raisons que nous allons exposer. Suivant les dessins de H. Mùller (208), on trouve, chez le faucon, à la place du canal de Schlemm, une large fente qui, à l'instar d'une gaîne lymphatique, entoure un vaisseau circulaire.
Enfin, il existe dans la littérature, sous la dénomination : eirculus venosus Hovii, un plexus d'espaces vasculaires de cette région, dont l'interprétation n'est pas bien définie. Brùcke (31) a pourtant démontré que, suivant la description de Hovius, ces espaces n'ont rien de commun avec le canal de Schlemm ou de Fontana; que, au contraire, le plexus de Hovius en serait toujours séparé par le muscle ciliaire, et ne représenterait autre chose qu'une couronne d'anastomoses des branches antérieures des vasa vorticosa. A cet égard, on fera bien de comparer la description que donne Zinn (321).
Si l'on poursuit l'endothélium de la chambre antérieure, on voit que celui-ci se rend de la membrane de Descemet sur les prolongements iridiens garnissant ceux-ci complètement d'une gaîne. De là partent des cellules plates qui pénètrent, ainsi qu'on peut surtout bien le voir sur des préparations à l'hématoxyline, en s'adossant toujours aux trabécules du tissu de l'angle iridien jusque dans les plus petites lacunes de ce tissu. Ces espaces, comme toute bonne préparation, et surtout les injections que nous aurons encore à décrire l'enseignent, vont en décroissant se confondre vers la cornée, la sclérotique, l'iris, le muscle ciliaire et le corps vitré avec les
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canaux du suc de ces divers tissus, espaces qui finissent par ne plus renfermer qu'une seule cellule. Nous n'appelons plus alors ces cellules cellules endothéliales, mais on leur donne le nom de sclérales, cornéennes, etc. Il n'existe pas d'exemple plus frappant de la transition des canaux du suc en de vastes cavités garnies d'endothèle, que ce tissu, de l'angle iridien et ses connexions avec les tissus ambiants.
Le canal de Schlemm est aussi garni de cellules endothéliales plates, qui ont, comme l'a démontré Schwalbe (2G5), un dessin chagriné particulier. Comme les parois du canal sont constituées par des plaques perforées, ce canal s'ouvre aussi par des voies de communication ayant l'aspect de pores vers le tissu de l'angle iridien ; et comme ce tissu communique par ses lacunes directement avec la chambre antérieure , ce canal doit en dernier lieu aboutir à cette chambre. En réalité, le canal de Schlemm se remplit constamment, ainsi que cela a été constaté la première fois par Schwalbe, ét, comme je puis le confirmer, par des injections de la chambre antérieure, et cela même sous une faible pression. Par contre, je n'ai pu l'injecter, même ayant réussi à bien remplir les veines cornéennes et conjonctures, ainsi que celles du corps ciiiaire sans exlravasation, en agissant du côté de l'artère ophthalmique et de la vena cava superior. Jamais, du reste, je n'ai pu, sur des yeux humains ou d'animaux, rencontrer des corpuscules sanguins dans le canal de Schlemm. Suivant ces données, ainsi qu'en se rapportant à l'exposé anatomique des espaces de Fontana et du canal de Schlemm, je n'hésite pas de ranger le canal de Schlemm dans le système de lacunes du tissu de l'angle iridien et de le classer ainsi dans l'appareil lymphatique, ainsi que Schwalbe l'a fait dans son travail si souvent cité par nous. Je me rallie de cette manière aussi à la déduction que Schwalbe tire de ce fait, que, au moyen du canal de Schlemm, il est établi, chose remarquable, une communication de la chambre antérieure avec les veines de la sclérotique, attendu que les veines, comme nous l'avons vu, aboutissent au canal de Schlemm (voy. fig. 25, n° 5), et qu'elles se remplissent constamment du côté du canal de Schlemm, lorsqu'on fait une injection par la chambre antérieure.
L'humeur aqueuse aurait donc, d'après ma manière de voir, deux principales voies d'écoulement: l'une, par le système canaliculaire ou par le ciment des tissus voisins, dont la communication est établie par la continuité des espaces lymphatiques avec ceux du tissu caverneux de l'angle iridien; l'autre, par le canal de Schlemm et le concours des veines sclérales. En ce dernier lieu, il doit très probablement exister des appareils valvulaires qui rendent impossible le retour du sang veineux dans le canal de Schlemm. Pourtant, je n'ai pas plus que Schwalbe réussi à découvrir, aux vaisseaux communiquant avec ce canal, des valvules. Schwalbe a insisté avec raison sur l'importance d'un pareil arrangement dans l'écoulement de l'humeur aqueuse pour le maintien de la tension normale dans la cornée.
Le système de lacunes de l'angle iridien a, suivant ce que nous venons de
dire, à peu près les mêmes rapports qu'ont les petits espaces séreux du tissu cellulaire qu'on rencontre çà et là comme annexés à de plus grandes cavités séreuses, ainsi que, par exemple, près de beaucoup de bourses muqueuses à parois trabéculaires. La comparaison entre les cavités du cœur et les treillis de ces parois trabéculaires peut aussi trouver place ici. De même que le sang entre dans les lacunes trabéculaires du cœur, l'humeur aqueuse pénètre dans le tissu caverneux de l'angle iridien.
L'endolhèle de la membrane de Descemet se continue au delà des trabécules de l'espace de Fontana sur la surface de l'iris, et complète ainsi le revêtement endothélial de la chambre antérieure qui chez l'adulte n'est interrompue que par la pupille et forme ainsi un sac presque clos. Près du bord pupillaire l'endothèle de la face antérieure touche le véritable épithèle de la face postérieure de l'iris. Ce contact ne s'établit que plus tard par la disparition de la membrane pupillaire, et nous avons ici un de ces endroits rares du corps humain où il y a contact direct entre un endothèle et un épithèle. Au point de vue embryologique, ces deux couches cellulaires sont absolument à différencier.
Eu égard à la réunion qui existe entre l'appareil musculaire de l'accommodation, d'une part, et la cornée, la sclérotique et le tissu de l'angle iridien, d'autre part, je me vois forcé ici de dire aussi quelques mots de cet appareil. La portion circulaire du muscle ciliaire (fig. 25, L), découverte par H. Mùller, n'a pas de rapport direct avec les parties du globe oculaire qui nous intéressent ici; mais il n'en est pas ainsi des fibres méridionales. Nous avons déjà fait remarquer que leurs tendons élastiques passent dans le réseau trabéculaire de l'angle iridien, et principalement dans cette partie que Schwalbe (265) a décrite comme anneau terminal postérieur. Le muscle est séparé de la sclérotique par le tissu lâche qu'on désigne sous le nom de lamina fusca. Suivant H. Mùller (211), quelques faisceaux isolés du muscle accompagneraient les artères ciliaires jusque dans leurs canaux scléroticaux correspondants.
Il faudra, suivant la découverte de Crampton (54), qui a été, depuis les recherches de Brùcke (32), Donders (61), H. Mùller (208, 209, 210), Mannhardt (188), de Hùtlenbrenner (116 a), Rollett et Iwanoff (125), soumise à bien des controverses, admettre chez les oiseaux plusieurs portions des fibres musculaires méridionales. Je puis parfaitement me prononcer en faveur de la description exacte de Rollett et Iwanoff, qui concorde très bien avec celle de H. Millier. Suivant ces auteurs, il faut, eu égard à l'origine et aux attaches, distinguer trois parties musculaires méridionales, savoir : I, la portion externe s. Cramptoniana (le musculus Çramptonianus des auteurs) située entre le réseau trabéculaire de l'angle iridien et les parties voisines de la cornée et de la sclérotique, principalement l'anneau osseux de cette dernière ; II, la portion intermédiaire s. Donders-Mùlleriana placée entre le réseau trabéculaire mentionné et la choroïde ; III, la portion interne s. Briickiana (Tensor choroideœ des auteurs) placée entre la sclérotique et
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la choroïde. Parfois, j'ai aussi rencontré chez l'homme (voy. fig. 25, M) des faisceaux de fibres méridionales qui couraient entre le réseau de trabécules et la sclérotique, faisceaux qui seraient alors l'homologue du muscle Cramptonianits des oiseaux.
Hovius décrit son circulus venosus dans un ouvrage sur le mouvement des liquides dans l'œil (Tractatus de circulari humorum motu in oculis, Lugd. Batav., 1716 et 1740). Il a, ainsi que Briicke l'a démontré, représenté dans cet ouvrage le canal de Fontana, et l'a envisagé comme une voie séparée du circulus venosus. Plus tard, on a confondu le canalis Fontanœ que Fontana (79) a décrit dans son ouvrage connu sur le venin de la vipère, avec le canal de Scldemm. Il en est ainsi, par exemple, chez Lauth, qui, dans son Manuel d'anatomie, 1829, et Neues Handbuch der prald. Anatomie, Stuttgart et Leipzig, 1835, t. I, p. 322), revendique la priorité d'une première description exacte de ce canal, qui, suivant son dessin peu utile, n'est en réalité autre chose que le canal de Schlemm, mais qu'il désigne comme canal de Fontana. Récemment encore, Pelechin (22-1) a commis la même erreur. La puhlication de Schlemm (259) date de l'année 1830. Hueck (115 a) a introduit en 1841 pour l'œil du hœuf l'expression de ligamentum pect natum, mais entend évidemment par là ce que récemment Rollett et Iwanoff (125) ont décrit comme prolongements de l'iris. A part cela, Hueck décrit comme canalis Fontanœ anterior, médius et posterior, trois canaux distincts, dont, comme l'a démontré Briicke (31), le premier seul correspond au canal que Fontana a décrit, tandis que les autres ne représentent que des lacunes plus ou moins grandes et instables du tissu de l'angle iridien, car on ne réussit pas, ainsi que l'ont montré Rollett et Iwanoff, à retrouver ici régulièrement plusieurs canaux. C'est Briicke (31, note, p. 52) qui réduit ici à leur véritable nombre les canaux décrits dans cette région et établit nettement la distinction entre canalis Fontanœ et canalis Sclilemmii, mais ses efforts n'ont pas été suffisamment appréciés, ainsi que le prouve l'exemple de Pelechin et la description confuse qu'on trouve dans beaucoup de manuels publiés depuis ce temps. Ce n'est que depuis le remarquable travail de Rollett et Iwanoff (125) sur cette région du globe oculaire, travail auquel Schwalbe (265) s'est rallié dans des principaux points, qu'on a acquis une appréciation saine de la disposition anatomique de cette région. Le principal mérite de Rollett et d'Iwanoff réside dans la démonstration du fait que ce qu'on désigne comme canal de Fontana n'est pas un simple canal, mais un système de lacunes traversées par de nombreux trabécules, et que le ligament pectine de l'iris correspond à une partie de ce réseau trabéculaire, réseau particulièrement développé dans le bœuf et le porc. Ces auteurs ont en outre prouvé que la chambre antérieure communique directement avec les interstices de ce réseau trabéculaire, ce qui, du reste, avait déjà été prouvé par H. Millier (208) en injectant la chambre antérieure. Par ces démonstrations, les indications de Flemming (76), qu'il existerait une lamelle non interrompue de la membrane de Descemet passant au devant de l'angle iridien pour se rendre à l'iris en isolant cet angle de la chambre antérieure, ont été réfutées. Rollett et Iwanoff ont fourni, parmi d'autres détails encore, la démonstration de l'existence de l'anneau terminal antérieur de Schwalbe. — Parmi les auteurs qui ont fait des recherches sur cette région, il faut encore citer Reichert (239), Kblliker (135, 136), Van Reecken (238), Cramer et Helmholtz (Archiver Ophtkalm., t. I, « le ligamentum pectinatum et son influence sur l'accommodation »), Lôwig (178, 179), Haase (93) et Henle (106). Reichert décrit le premier la dissociation de la membrane de Descemet en fibrilles. Lbwig, qui a travaillé sous la direction de Reichert, fait déjà mention de ce fait que les fibres de la membrane de Descemet se réfléchissent dans le tissu de l'iris et que l'endothèle se continue sur le tissu trabéculaire. Haase s'occupe surtout de savoir si ce tissu est de nature connective ou élastique, lui-même croit qu'il s'agit d'un tissu connectif particulièrement modifié et très résistant. Autant que j'en puis juger par moi-même, il faut considérer avec Henle (qui le premier a exactement décrit les plaques perforées), Bowman et Schwalbe, que le tissu de l'angle iridien est aussi bien composé de fibres et plaques de tissu connectif, que de fibres élastiques qui se montrent juxtaposées et se transforment les unes dans les autres. Briggs (345) et Konigstein (378) nient que la membrane de Descemet se dissocie en fibres rentrant comme partie importante dans la constitution du tissu iridien. Briggs trouva dans les plus impartants prolongements iridiens du lapin les mêmes gaines que je viens de décrire chez le cheval, mais en outre, que l'axe fibrillairc de pareil prolongement, axe qui provient du tissu iridien, ne
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se continue pas dans la membrane de Descemet à son point de naissance, mais] que ce n'est que la gaine qui s'y confond. L'axe, par contre, traverse la membrane de Descemet pour se confondre avec le tissu propre de la cornée. Briggs et Konigstein croient donc que la membrane de Descemet ne participe à la formation du tissu trabéculaire de l'angle iridien que par la constitution de revêtements en forme de gaines. Ait (368), au contraire, s'associe à la manière devoir de Reichert et Schwalbe,et donne un bon dessin du tissu caverneux de l'angle iridien, quoique ce dessin ne corresponde pas à tous les cas.
Le travail le plus complet sur le sujet qui nous occupe est celui de Schwalbe (265). C'est lui qui démontra le premier la communication régulière et large de la chambre antérieure avec le système de lacunes 'de l'espace de Fontana, et insista sur l'importance de cette disposition, tandis que Rollett et Iwanoff n'avaient admis en cet endroit que de rares points de communication. C'est Schwalbe qui fixa la connaissance des dispositions du canal de Schlemm avec l'espace de Fontana, en montrant l'homologue du canal de Schlemm chez le bœuf et le porc sous forme de petites lacunes qui existent dans le réseau trabéculaire de l'angle iridien à un endroit correspondant à ce canal. Nous devons à Schwalbe une démonstration précise de la soi-disant rainure sclérale ainsi que de la terminaison de la membrane de Descemet (anneau terminal antérieur et postérieur). Gerlach (Zusatr II), auquel les indications de Schwalbe ont été évidemment inconnues, a récemment de nouveau décrit l'anneau élastique postérieur, et une seconde fois exposé en détail ses rapports avec l'implantation de l'iris. Il donne sur des coupes méridionales à cet anneau constant une configuration prismatique. Mais le point le plus important est cette constatation que la chambre antérieure communique avec le canal de Schlemm et par celui-ci avec les veines sclérales, constatation qui engage Schwalbe à déclarer le canal de Schlemm un espace lymphatique, mais qui est en communication avec les vaisseaux sanguins. La raison pour laquelle, dans les conditions normales, le sang n'entre pas dans la chambre antérieure, consisterait, d'après Schwalbe (abstraction faite d'un appareil valvulaire), en ce qu'il existe de nombreuses voies dérivatives autres'pour le sang veineux, et que par conséquent les veines en communication avec le canal de Schlemm n'entrent en jeu que sous une pression anormalement exagérée. Ici Schwalbe se trouve en contradiction flagrante avec Leber qui, même après avoir pris connaissance des recherches de Schwalbe, maintient son opinion antérieure, à savoir, que le canal de Schlemm serait un vaisseau sanguin. Leber se trouve ainsi en accord avec Iwanoff et Hollett. Au lieu d'un simple canal de Schlemm, Leber trouve, ainsi que Rouget (252), généralement un plexus de vaisseaux (plexus ciliaire de Leber). En faveur de sa manière de voir, Leber cite la possibilité d'injecter le canal, et le fait qu'on rencontre du sang dans ce canal chez les pendus (Iwanoff et Rollett). Ajoutons que Fr. Arnold (7) indique qu'on peut injecter le canal par les artères, mais jamais par les veines, et que Sappey (Traité d'anatomie, 2e édit., t. III, p. 722) a réussi à remplir toutes les veines ciliaires antérieures avec du mercure en injectant' par le canal de Schlemm. — Pour moi, on ne pourrait admettre comme probant qu'un fait, c'est si l'on réussissait à montrer et à rendre visible du sang chez le vivant dans le canal de Schlemm. Pour des raisons anatomiques que j'ai exposées plus haut, je dois me ranger à côté de Schwalbe. Les points sur lesquels nous différons par des détails, que j'ai crus devoir ajouter à sa description, ressortent, en comparant nos travaux. De plus amples renseignements sur le canal de Schlemm et de Fontana se trouvent chez Fr. Arnold et Pelechin (224).
Depuis les recherches de Schwalbe (265) et celles plus récentes de Michel (197), Alex. Key (328) et G. Retzius, nous savons que la sclérotique ne possède pas plus que la cornée de véritables vaisseaux lymphatiques avec des parois propres : deux espaces lymphatiques, exactement décrits p. 61 etsuiv.), sous le nom d'espace périchoroïdal et d'espace de Tenon, limitent cette membrane, l'un à sa surface externe, l'autre à sa surface interne. L'espace de Tenon s'étend, en général, du point d'entrée du nerf optique à* la rainure cornéenne. D'après Schwalbe, son extrémité postérieure serait, chez le porc, à 4-5mm de la paupière ; chez le cheval, encore un peu plus éloignée de celle-ci. L'espace périchoroïdal, chez le lapin' et chez l'homme, présente la plus grande
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largeur en avant, près de la chambre antérieure. Chez le porc, cet élargissement antérieur est plus limité. A ces deux espaces lymphatiques s'associent ceux déjà décrits dans les gaines du nerf optique (supra-vaginal et intervaginal), ainsi que le système des lacunes de la sclérotique.
Les injections nous enseignent quel chemin suit la lymphe dans ces espaces. L'espace périchoroïdal communique d'abord avec celui de Tenon au moyen des l'entes lymphatiques qui entourent, comme d'une gaine annulaire, \esvasa vorticosa. Ces sinus périvasculaires au voisinage de la surface scléroticale se concentrent derrière les veines.
J'ai pu constater, comme Schwalbe, qu'une injection poussée dans l'espace périchoroïdal pénètre par cette voie dans celui de Tenon. Si cette injection a été continuée un certain temps sous une haute pression, elle remplit aussi les lacunes de la sclérotique. Une solution alcaline de térébenthine ou bien l'extrait éthéré de noix d'anacardium dissous dans la térébenthine sont les liquides qu'on emploiera de préférence. On voit alors apparaître sur la surface de la sclérotique une grande quantité de petits points colorés, et une coupe de cette membrane examinée au microscope laisse voir le système des lacunes rempli d'un liquide rouge ou rouge brun, tout comme on le constate après les injections faites directement dans le tissu scléral (Michel). Cette dernière manière d'injecter prouve aussi que les lacunes de la sclérotique s'ouvrent dans ces deux grands réservoirs lymphatiques : l'espace périchoroïdal et celui de Tenon.
Pas plus que Schwalbe, je n'ai pu injecter d'autres cavités lymphatiques du bulbe par l'espace périchoroïdal. Mais on peut remplir ce dernier par l'espace intervaginal (subvaginal). La masse injectée y arrive alors par les lacunes de la sclérotique, mais ne suit pas la route inverse.
Une injection peut passer de l'espace subvaginal (intra-vaginal) dans l'espace supra-vaginal et dans celui de Tenon. La communication entre les deux premiers espaces susnommés a lieu, ainsi que l'a démontré Michel, à travers la gaine externe du nerf optique par des fentes lymphatiques. Les deux espaces supravaginal et de Tenon sont, ainsi qu'il a été dit pges. 52, u 13 s ; île ! même grande voie lymphatique. De l'espace de Tenon on peut pareillement injecter l'espace périchoroïdal (Schwalbe).
Quelle voie suit la lymphe pour sortir de la chambre antérieure : c'est ce qu'il est difficile de dire. Ainsi que nous l'avons mentionné plus haut, les injections démontrent l'union qui existe entre cette chambre antérieure et le système veineux de la sclérotique. Quant à l'existence d'une voie d'écoulement normale, elle reste très douteuse. Ce qui me paraît le plus vraisemblable, c'est que le liquide de la chambre transsude peu à peu à travers les lacunes de la cornée, de la sclérotique et du muscle ciliaire : le tissu caverneux du ligament suspenseur de l'iris doit à ce propos être pris en considération. Comparez aussi ce qui est dit pages 18 et 19.
D'après les recherches de Schwalbe, les courants lymphatiques dont il a été question plus haut se déversent par l'espace supra-vaginal dans la cavité
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lymphatique cérébral connue sous le nom d'espace subdural. Jusqu'à présent on ne leur connaît pas d'autre voie d'écoulement.
Les nouvelles recherches d'Axel Key et de G. Retzius (328) et les plus récentes de H. Schmidt (262), Michel (197) et de Wolfring (319) nous ont appris l'existence à côlé des espaces sus- et sous-vaginal d'une troisième cavité lymphatique. Celle-ci, que je désignerai sous le nom d'espace périneural, se trouve entre la gaîne interne de l'optique et la substance propre de ce nerf. D'après Axel Key et Retzius, il ne communiquerait pas avec l'espace subdural, mais bien avec l'espace subarachnoïdal de la boîte crânienne. Wolfring a montré que les voies lymphatiques contenues dans le nerf optique et dans les mailles de la lame criblée peuvent être remplies par cet espace. Schmidt et Michel ont pu aussi remplir ces mêmes voies par l'espace subvaginal, ce qui démontre qu'il existe une communication entre ce dernier et l'espace périneural et, en dernière analyse, entre les trois espaces qui entourent le nerf optique et ses gaines. Je n'ai fait moi-même aucune recherche à ce sujet.
En résumant ce qui a rapport aux lymphatiques de l'œil, il importe d'abord de faire remarquer qu'ici l'écoulement de la lymphe se fait par un système de fentes et de grands espaces, et non par des vaisseaux lymphatiques, comme cela a lieu habituellement. Le bulbe sous ce rapport ressemble au cerveau dont il est embryogéniqtiement une dépendance, du moins chez les vertébrés. Nous pouvons, avec Schwalbe, distinguer deux courants lymphatiques : un antérieur, l'autre postérieur. L'antérieur embrasse les paupières, la conjonctive et la cornée, aussi les parties voisines de la sclérotique ; il possède pour les paupières et la conjonctive une voie d'écoulement ordinaire (des vaisseaux), dont le trajet n'est pas entièrement élucidé, et un espace lymphatique, la chambre antérieure, qui communique avec les veines ; peut-être aussi a-t-il encore dans les lacunes de la cornée et de la sclérotique les vaisseaux de l'iris et du muscle ciliaire d'autres voies d'échappement.
Le courant lymphatique postérieur est immédiatement en rapport avec le cerveau. Nous avons ici affaire à un système de fentes, de canaux et à des espaces. Ces derniers : périchoroïdal, de Tenon, supra et subvaginal et périneural, communiquent plus ou moins directement les uns avec les autres et débouchent tous par l'entremise des espaces périneural, subvaginal et supravaginal, ou dans l'espace subarachnoïdal ou dans le subdural. A partir de là l'écoulement de la lymphe se fait par de nombreux détours, à la manière ordinaire.
Les connaissances que nous possédons sur les lymphatiques de l'œil sont de date récente. Fr. Arnold, qui a donné les premières notions positives sur les lymphatiques de la conjonctive, considère déjà comme une cavité séreuse entre la sclérotique et la cornée l'espace désigné récemment par Schwalbe, sous le nom de périchoroïdal. Puis suivent les publications de Sappey, Kôllikcr(135, 136), His (113-116), Teichmann (286), Saemisch (254), Lightbody (173), V. Thanhoffer (284) et W. Krause (146, 148), qui toutes ont rapport à la conjonctive et à la cornée. Kôlliker décrit entre le limbe et le bord
cornéen, chez un jeune chat, à côté des vaisseaux sanguins, d'autres vaisseaux plus larges se dirigeant vers la cornée et présentant ou des extrémités effilées ou des sinuosités renflées dans lesquelles il a trouvé des cellules semblables aux corpuscules lymphatiques avec un fluide plus clair. Plus tard Mis a rétrouvé des éléments semblables.
Ces vaisseaux, tels que les a décrits et représentés Kolliker, peuvenl bien, d'après mes injections, être considérés comme des vaisseaux lymphatiques (voy. fig. 3, p. 23). Saemisch a vu dans la cornée de la souris et du rat des formations utriculaires entremêlées avec les nerfs et formant un réseau; il n'était pas toujours possible d'établir la manière dont se faisait cette union. Saemisch, qui incline à croire que ce sont des vaisseaux lymphatiques, ne se prononce pas cependant affirmativement. Nous avons plus baut, à propos de la description des nerfs de la cornée, mentionné quelle signification Hoyer donne à ces éléments. Les recherches de de Recklinghausen, comme les travaux de Teichmann, dont il a été déjà tenu compte, ont été d'une très-grande importance, non seulement pour les lymphatiques en général, mais particulièrement pour ceux, de la cornée et de la conjonctive. Je dois ici revenir sur ce fait établi par de Recklinghausen à cause de sa connexité avec le sujet dont nous nous occupons, à savoir que les canaux qui font communiquer les lacunes entre elles et dans l'intérieur desquels il a démontré l'existence de troncs nerveux peuvent être considérés comme des canaux lymphatiques.
D'après une note de son ouvrage bien connu (p. 68), Teichmann paraît avoir démontré par des injections l'union qui existe entre les lymphatiques qui entourent les nerfs de la cornée et le système de lacunes de cette membrane. Cependant il ne s'explique pas d'une façon bien précise à ce sujet.
Il a été déjà question, d'une manière très explicite, de ces canaux plus grands, tapissés d'endothélium, capables d'être injectés, que Thanhoffer, et Krause regardent comme des vaisseaux lymphatiques. Sappey nie énergiquement la présence des lymphatiques dans la cornée. (Voy. pages 722-723 de son Traité a" anatomie descriptive, t. III.)
Nos premières connaissances exactes sur l'appareil lymphatique de l'œil, si intéressant et si particulier, datent des recherches approfondies de Schwalbe, qui ont été confirmées et étendues par Axel Key, G. Retzius, ensuite par Michel Schmidt, Manz (191) et Wolfring. J'ai pu corroborer sur leurs points principaux ces travaux, qui ont été déjà appréciés, pour la plus grande partie, dans le courant de cet ouvrage.
Les connexions indiquées par Schwalbe entre les espaces lymphatiques du cerveau et ceux du bulbe appellent des recherches ultérieures ; la grande importance de ces rapports est suffisamment démontrée par le retentissement, sur le bulbe, des processus intracrâniens. Je citerai ici, pour mémoire, les considérations de Sichel fils (271), les observations et les expériences par les injections de Schmidt, Manz, Forlanini (80) et Michel. Schmidt a pu seulement injecter par l'espace subdural l'espace subvaginal, ainsi que le réseau lymphatique qu'il a décrit dans la lame criblée, et il n'a trouvé aucune com-
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mimication entre cet espaee subdural et celui de Tenon, non plus qu'avec l'espace périchoroïdal et les lacunes intrasclérales.
Manz et Forlanini n'ont pas confirmé le réseau de la lame criblée de Schmidt. Michel a vu, chez l'homme, le réseau s'injecter, mais rarement, et seulement après que les lacunes de la sclérotique étaient remplies. Wolfring n'a pu injecter le système lymphatique de la lame criblée, ni par le cavité de l'arachnoïde (espace subdural ou subarachnoïdal), ni par l'espace subvaginal; il a, au contraire, fréquemment réussi en poussant l'injection immédiatement sous la gaine interne de i'optique, et il arrivait en même temps à produire un réseau lymphatique régulier dans l'intérieur du tronc nerveux. Pendant que les vaisseaux sanguins pénètrent dans les faisceaux de tissu conjonctif qui séparent les faisceaux nerveux, les lymphatiques s'arrêtent à la surface de ces derniers et les entourent d'un réseau de mailles.
Afin d'obtenir de bonnes coupes de la cornée et de la sclérotique, je les fais durcir dans le liquide de Millier. On doit avoir soin, afin que les membranes conservent leurs rapports normaux et leur tension normale, de mettre les bulbes entiers dans le liquide, qu'ils reposent sur le fond du vase, que la liqueur durcissante soit en grande abondance et qu'elle soit renouvelée deux et trois fois dans l'espace de huit jours. Après quatorze ou dix-huit jours de macération, ils sont lavés dans l'eau et plongés dans l'alcool pur. On pratique les coupes des membranes quand on extrait les bulbes de ce dernier liquide.
On réussit à bien préparer toutes les parties de la cornée avec le chlorure d'or et de soude et le chlorure d'or et de potasse. J'ai suivi ici la méthode bien connue deCohnheim, et j'ai essayé les modifications nouvellement introduites par Hénocque, Klein, Hoyer et Ranvier dans cette préparation. Je prescris, à cet égard, les moyens recommandés dans les manuels de technique microscopique, notamment dans l'ouvrage bien connu de Frey. Les cornées traitées par l'or' fourniront de bonnes préparations, soit en coupes, soit en surface, si on a soin de déchiqueter les membranes en lamelles, à l'aide d'une aiguille à cataracte. Comme colorants, on emploiera de préférence, pour la cornée et la sclérotique, l'hématoxyline.
La meilleure méthode d'examen pour la cornée consiste à préparer cette membrane fraîche dans son humeur aqueuse, ainsi que cela a été fait par de Recklinghausen, Kiihne et Engelmann. Je procède de la façon suivante : Après avoir, avec des ciseaux ou une lance, coupé la cornée en un seul ou plusieurs morceaux, je les transporte avec l'humeur aqueuse sous un mince couvre-objet muni d'un anneau de papier satiné : toute pression est ainsi évitée, et j'entoure le tout d'une bordure d'huile, afin de prévenir l'évaporation. Protégée de cette façon, la cornée peut rester de vingt-quatre à trente-six heures sans s'altérer notablement.
La méthode par l'imprégnation d'argen a cet avantage, sur lequel appuie de Recklinghausen, que les éléments se conservent dans l'état où ils sont au moment de l'imprégnation. 11 ne faut jamais, pour avoir, avec cette méthode, une bonne préparation, plonger dans le bain d'argent une cornée détachée du bulbe, mais le bulbe lui-même tout entier. Chez les petits animaux, tels que la grenouille, on y met toute la tête, les paupières ayant été préalablement enlevées. Pour chasser l'épithélium, je préfère le procédé de de Recklinghausen, c'est-à-dire l'emploi de vapeur de l'eau bouillante. Il faut avoir soin alors, dès„ que l'épithélium est légèrement trouble, de l'enlever avec un pinceau trempé dans l'humeur aqueuse. Quand la substance propre de la cornée montre les plus légers troubles, l'imprégnation d'argent ne sera suivie d'aucun bon résultat. Ce qui nous reste à dire de ce procédé, est suffisamment connu par les traités sur la matière.
Je m'en tiens à ces quelques remarques ; il n'entre pas dans mon intention d'énumérer ici toutes les méthodes d'examen concernant, la cornée, la sclérotique et les paupières, d'autant que nous possédons suffisamment de traités
BIBLIOGRAPHIE
sur ce sujet. Je n'ai parlé que des procédés que j'ai moi-même expérimentés, et de ceux que je pouvais considérer comme les moins connus.
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