LIQUÉFACTION DU CORPS VITRÉ. — SYNCHYSIS SIMPLE ET ÉTINCELANT
Le synchysis simple s'observe presque constamment dans des inflammations chroniques du corps vitré qui en occupent une vaste étendue, el intéressent de préférence la région du corps ciliaire et les parties avoisinanle> de l'entrée du nerf optique. Les phénomènes nutritifs étant, par suite de ces inflammations, tout d'abord fortement stimulés, il en résulte une bien plus grande activité de l'immigration des cellules lymphoides. Cette immigration excessive a tout d'abord un effet mécanique destructif par l'activité du déplacement de ces cellules immigrées, et celles-ci, en se transformant successivement, après s'être gorgées de liquide, en physaliphores, et en se dissolvant, entraînent forcément la dissolution du milieu qu'elles occupaient. Lorsque
(I) Archiv fur Ophthalm., t, IX, 2, p. 101.
LIQUÉFACTION DU COUPS VITRÉ. 561 celte dissolution est complète, nous pouvons avoir une liquéfaction sans le moindre changement de transparence; est-elle au contraire incomplète, une parlie des cellules immigrées ont-elles acquis un certain degré de développement? elles se déposeront dans les parties les plus déclives du milieu liquéfié, et nous apparaîtront avec une course vertigineuse lorsqu'on fera exécuter à [l'œil le moindre déplacement.
j Nous aurons, en parlant du décollement du corps vitré, à distinguer entre la liquéfaction plus ou moins ample de ce milieu et sa rétractation et sa conjdensation par suite d'une accumulation de liquide entre l'hyaloïde et la jrétine ou entre le corps vitré et la zonule; lorsqu'une étendue peu considérable située dans la partie postérieure de l'œil (au voisinage d'un staphylôme postérieur), ou à proximité du cristallin, se montre seule le siège d'une -liquéfaction, que des opacités se déplacent dans un espace relativement restreint, on doit réserver son diagnostic entre décollement et liquéfaction partielle du corps vitré; au contraire, si dans les parties centrales de l'œil, des j opacités exécutent dévastes excursions, on n'aura guère à craindre d'en conclure une véritable liquéfaction du milieu.
Le décollement du corps vitré se rencontre de préférence dans les cas où , il y a simultanément distension des enveloppes de l'œil, surtout de la sclérotique. Cela s'observe donc pour la sclérectasie postérieure ainsi que pour la sclérectasie antérieure. Dans certaines formes de scléro-choroïdite entraiinant une ectasie antérieure partielle, il se place aussi une couche de sérosité entre le corps ciliaire et le corps vitré, mais avec la différence, relativement à ce qui se passe pour la partie postérieure, que la membrane hyaloïde qui se j transforme en zonule ne quitte pas la choroïde et subit seule des déplace- [ments indirects par suite de la distension sclérale et par suite des déviations que lui imprime le cristallin, qui perd son support naturel, lec orps vitré, qui, lui, est refoulé en arrière et de côté. Ces déviations du cristallin peuvent ! donner lieu à un détachement progressif de la zonule, et à des subluxations et luxations plus ou moins complètes du cristallin.
Il n'est donc nullement indifférent, au point de vue du pronostic, de poser jle simple diagnostic de synchisis lorsqu'il s'agit d'un décollement du corps ! vitré. Car, si nous pouvons, chez certains sujets, constater la présence d'une [.liquéfaction totale du corps vitré que nous révèle le mode suivant lequel s'y [meuvent des opacités peu volumineuses, nous voyons, au contraire, que ni le décollement postérieur, ni le dé'collement antérieur du corps vitré n'est supporté pendant un laps de temps prolongé sans entraîner des suites j fâcheuses pour l'œil. Cette confusion entre le synchisis simple et le décollement si facile à commettre et si difficile à éviter, explique pour l'initié comment deux maladies, en apparence identiques, sont si différentes d'importance pour le malade qui en est porteur.
Ainsi on verra que la liquéfaction généralisée avec la présence d'opacités plus ou moins nombreuses ne fait au fond pas changer notablement les conditions physiologiques d'un œil, mais il en est autrement lorsque le corps
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vitré se décolle et se condense pour se détacher. Ainsi, dans la partie postérieure, ce décollement, étant progressif, peut entraîner, par le détachement successif de la membrane hyaloïde de la rétine, une déchirure de celle-ci, si ce détachement se fait un peu plus brusquement, et le liquide sus-rétinien peut alors s'insinuer entre la membrane nerveuse pour donner lieu à un décollement rétinien. Les mêmes conséquences fâcheuses sont à craindre d'un décollement trop brutal, pendant une secousse de l'œil, de l'hyaloïde qui forme la zonule. Le cristallin ainsi dégagé se dévie, se porte vers la zone de filtration et les conditions fâcheuses du glaucome se trouvent établies.
Nous reviendrons en traitant du décollement du corps vitré sur l'avantage qu'il y aurait, au point de vue du pronostic, à pouvoir nettement différencier le décollement et le ramollissement du corps vitré. Dans tous les cas où spontanément on voit se produire des subluxations et luxations du cristallin, on doit penser à une rétraction du corps vitré avec traction sur la zonule.
Autrefois on considérait la trémulation de l'iris comme un signe indiscutable du ramollissement du corps vitré, tandis qu'il est avéré actuellement que cette trémulation indique seulement que l'iris a perdu plus ou moins complètement son support naturel, la surface antérieure du cristallin. Le cristallin exécute-t-il avec l'iris un mouvement de vacillernent ? alors on peut en conclure que l'espace du canal de Petit s'est démesurément élargi, étendu vers le pôle postérieur du cristallin, soit par ramollissement du corps vitré, soit, ce qui est plus fréquent, par rétraction de ce milieu. Dès que l'iris n'a pour s'adosser que le corps vitré, il tremblote même lorsqu'une exagération de consistance du corps vitré se rencontre simultanément. De l'absence du tremblotement de l'iris, en cas de défaut du cristallin, on ne pourrait tirer aucune autre conclusion que celle que le diaphragme iridien a perdu son indépendance en ce qui concerne la cristalloïde antérieure restée dans l'œil, qu'il s'est soudé avec cette membrane (comme cela arrive si fréquemment après l'extraction de la cataracte) et que l'iris est tendu et immobile à l'instar de la cristalloïde antérieure.
Un signe non moins fallacieux pour se prononcer sur le degré de densité du corps vitré est le ramollissement, Vhypotonie de l'œil. Nous voyons que la tension est justement très exagérée dans les cas de glaucome chronique où l'on rencontre souvent un corps vitré liquéfié; au contraire, la rétraction et la condensation des couches antérieures de ce milieu, la traction exercée ici sur le corps ciliaire et le tissu trabéculaire péricornéen, entraînent trèsouvent un excès de filtration des liquides avec diminution de tension. La mollesse excessive de l'œil, les débuts d'une phthisie essentielle, loin de permettre de conclure à un ramollissement, nous engagent plutôt à admettre la condensation des couches antérieures du corps vitré.
Le signe le plus précieux pour le diagnostic reste donc toujours la rapidité de déplacement d'opacités, qui s'effectue non dans les couches extérieures, mais dans- les parties centrales, autrement dit dans toutes tes
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directions. Nous rencontrons le prototype de pareils ramollissements chez des personnes très âgées.
Le synchisis sénile ne présente rien de grave, se rencontre fréquemment avec le gérontotoxon cristallinien, l'atrophie choroïdienne péripapillaire et un manque d'élasticité particulier de la sclérotique. Ce sont des yeux prédisposés à des difficultés d'excrétion, autrement dit à des troubles glaucomateux. Ces difficultés concordent avec une augmentation notable d'épaisseur des membranes vitreuses, avec un état verruqueux marqué de la laine vitreuse de la choroïde à l'entour de la papille, ainsi que de la membrane de Descemet, principalement vers sa terminaison près du ligament pectiné. Le ramollissement seul concorde donc avec une dureté notable du globe oculaire.
2. Une variété de ramollissement sénile est le synchisis étincelani, variété où probablement les cellules immigrées en se décomposant dans le corps vitré ramolli y déposent leurs éléments de décomposition, principalement les particules graisseuses. Le synchisis scintillant est une maladie qui a vivement attiré l'attention des premiers observateurs, tandis qu'actuellement ayant constaté qu'il s'agit d'une altération sénile, qu'exceptionnellement on rencontre chez des personnes moins âgées, ayant surtout acquis la conviction que comme le synchisis sénile, dont il constitue une variété rare, il n'offre guère de gravité, celte altération curieuse, comme image ophthalmoscopique, a beaucoup perdu de son attrait.
Les liquides de l'œil laissent assez souvent déposer des cristaux sur les lambeaux capsulaires après une extraction de cataracte où bien dans les lésions traumatiques du cristallin, mais bien moins souvent ces cristaux s 3 déposent dans un œil intact en apparence. Parfait Lendron (1) a signalé le premier la présence de cristaux de cholestérine dans le corps vitré que J.-A. Schmidt avait déjà indiqués dans le cristallin, mais ce n'est que Baker et Stout qui, il y a quarante ans, ont confirmé, par la recherche microscopique, la présence de ces cristaux que Malgaigne avait supposé séjourner dans le corps vitré.
Ce sont Siebel et Desmarres (2) qui ont fait connaître, avec plus de détails, celle maladie qui, une fois décrite, ne se montrait guère si rare qu'on le supposait, car en 1852 on en avait déjà réuni 23 observations (Schauenbourg) (3). D'après notre expérience on rencontre dans 1,2 pour 100 des cas cette maladie, ordinairement chez des personnes ayant dépassé la soixantaine et de préférence chez des hommes. J'ai à plusieurs reprises constaté cette affection chez des hommes ayant dépassé quatre-vingts ans ; il en était ainsi chez le père d'un de mes élèves, un Italien, qui, avec un œil gauche farci de cristaux, présentait un état normal de vision de ce côté.
Lorsqu'on rencontre l'affection chez des sujets jeunes, alors la raison en
(1) Revue médicale, 18-28, t. V, p. 203.
(2) Voy. la Bibliographie.
(3) L'eber Choleslerinbilduny in menschl. Auge. Erlan^m, 1852.
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est encore ordinairement une aclion traumatique, essentiellement des blessures du cristallin qui s'est trouvé déprimé dans le corps vitré. En l'absence de pareille cause, ainsi que de toutes lésions appréciables des membranes enveloppantes de l'œil, on a été porté à faire coïncider cette altération avec des affections du foie (la formations de calculs), mais sans qu'on ait pour cela d'autre preuve h l'appui que le raisonnement tbéorique.
A la suite de blessures du cristallin, où une partie de celui-ci a été projetée dans le corps vitré et une communication directe établie pour un certain temps entre les chambres de l'œil, la formation de cristaux de cholcstérine peut s'observer simultanément dans les deux chambres et l'on peut en rencontrer des masses considérables qui flottent dans la chambre antérieure. J'ai examiné en 1874 un garçon de café qui avait reçu six ans auparavant un coup sur l'œil gauche. La vision avait été complètement abolie de ce côté, aussi le malade ne venait-il qu'à cause de la défiguratiou que lui causait l'organe blessé. La chambre antérieure de cet œil légèrement irrité était remplie d'un liquide rouge jaunâtre, dans lequel se soulevait au moindre déplacement de l'organe une poussière d'or. L'œil était-il en repos? la couche présentait alors, par suite du dépôt des cristaux sur la membrane de Descemet; absolument l'aspect d'un fragment d'avenlurine (verre d'or de Venise). Depuis cette observation, j'ai aussi rencontré pareil état avec un cristallin intact, mais légèrement opaque, chez un Espagnol, âgé de quarante-huit ans, atteint de décollement de la rétine, chez lequel la ponction n'avait amené qu'une amélioration passagère. Chez ce malade, les cristaux tlottaieni dans une humeur aqueuse absolument transparente.
A l'ophthalmoscope, le synchisis scintillant peut se présenter de différentes façons. Parfois on ne rencontre les cristaux déposés que dans certaines couches et fixés sur des sortes de membranes comme les paillettes d'un voile (Coccius) (I), et ce sont ici de préférence les couches inférieures qui présentent ces membranes étoilées. Dans le plus grand nombre des cas, les cristaux se meuvent librement dans une très grande étendue du corps vitré atteint de ramollissement sénile. On obtient la plus jolie image ophthalnioscopique, si on observe pareil corps vitré à l'image renversée avec un fort verre convexe (-(- 18 ou -f- 20) et en éloignant progressivement l'oculaire de l'œil examiné, de façon à parcourir les différentes couches du corps vitré, examiné ainsi successivement à l'image renversée. Le corps vitré se présente ainsi comme un globe rouge de cristal, très large après dilatation de la pupille, parsemé d'innombrables brillants, représentés par deux genres différents de cristaux : les uns très petits, d'un aspect d'argent pur, sont représentés par la tyrosine, les plaques plus volumineuses ayant un chatoiement coloré et se trouvant souvent réunies en masses sont les cristaux de cholestérine. Aucun autre élément floconneux ne se rencontre dans un cas absolument pur de synchisis scintillant. Le siège de prédilection de ces cristaux sont les couches les plus voisines du cristallin et du corps ciliaire, de façon qu'en dilatant la pupille on peut voir voltiger ces cristaux même à l'inspection directe avec l'éclairage du jour. Il est bien moins fréquent de rencontrer dans les couches postérieures voisines de la rétine ces cristaux
(\)Klin. Monalsblatter, 1864, sept.-déc.