CHAPITRE III PARTIE CLINIQUE
Il est parfaitement logique, juste et pratique de classer les différents états de réfraction de l'œil en hypermétropie, emmétropie et myopie. Dans celte classification, l'emmétropie représente la réfraction normale, moyenne, l'amétropie, la réfraction qui s'écarte de cette mesure-étalon, l'hypermétropie, en y restant inférieure, la myopie, en la dépassant.
Mais, au point de vue clinique, on aurait tort de considérer l'emmétropie comme le seul état physiologique de l'œil, état qui serait flanqué de droite et de gauche de deux types pathologiques, l'hypermétropie d'un côté, la myopie de l'autre.
Il ne faut pas croire qu'aussitôt qu'un œil n'a pas son foyer principal sur la rétine, il doive inspirer de l'inquiétude et réclame une correction optique, voire même des soins médicaux. Non. Nous avons déjà vu que, pour les besoins de la pratique, on a notablement élargi le cadre de l'emmétropie. Tandis qu'en s'en tenant à la définition physique, on n'honorerait de ce nom que les yeux adaptés aux rayons parallèles, on admet en réalité dans ce groupe tous ceux dont le foyer conjugué antérieur n'est pas en-deçà d'une distance positive ou négative de 5 mètres.
Comme nous pratiquons nos examens optométriques à la distance de 5 mètres, il s'ensuit que notre emmétropie est, en réalité, une myopie de 0,2 dioptrie. Gomme, de plus, nous considérons comme emmétrope tout ! individu qui refuse un verre convexe ou concave de 0,25 D (le plus faible que contienne la boîte d'essai), il s'ensuit aussi que nous admettons l'emmétropie là où il peut y avoir en réalité une myopie allant jusqu'à 0,37 D, ou que nous considérons déjà comme hypermétrope une personne myope de 0,08 D. En effet, dans le premier cas, si la myopie dépasse 0,37 D, la vision sera améliorée par un verre concave de 0,25 D, car, avec ce verre, les cercles de diffusion produits sur la réline sont moins grands que ceux qui se produiraient sans correction. Dans le second cas, si la réfraction est inférieure à 0,08 D, l'individu verra mieux (sans accommodation) avec un verre convexe de 0,25 D, qui rend les cercles de diffusion produits par les objets-types à 5 mètres plus petits qu'ils ne le seraient réellement \ sans verre.
! Notre emmétropie oscille donc dans les limites d'un quart de dioptrie.
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Ceux qui n'ont recours, dans l'optométrie, qu'aux verres — 0,5 et -|- 0,5 D lui donnent même une amplitude d'une demi-dioptrie.
Si nous avons étendu ainsi la définition de Vemmétropie, nous aurons à élargir encore davantage la conception de Vœil normal. En effet, il serait surprenant et contraire aux habitudes de la nature, que, dans la formation de nos yeux, elle ne se fût jamais trompée d'un millimètre dans la longueur de l'œil, ou d'une fraction de millimètre dans le rayon de courbure des surfaces réfringentes. Et il n'en faut pas davantage pour faire varier de plusieurs dioptries l'état de réfraction de l'œil (voy. le tableau de la page 132). La régularité optique, pour être parfaite, exigerait une exactitude mathématique qu'on ne rencontre guère dans la réalité.
Un certain écart de cette régularité n'implique donc pas nécessairement un défaut dans la conformation anatomique ou le fonctionnement physiologique de l'organe. Et de fait, la plupart des yeux légèrement hypermétropes et légèrement myopes sont parfaitement sains. Leur acuité visuelle, après correction, ne diffère nullement de celle des emmétropes purs, ce qui permet de conclure à une organisation irréprochable de leur appareil ^erveux. Les fonctions des muscles intrinsèques et extrinsèques s'exécutent d'une façon non moins normale, et l'accord entre les deux yeux, la vision binoculaire, ne laisse rien à désirer. De plus, jusqu'à un âge assez avancé, l'accommodation suffit pour corriger un certain degré d'hypermétropie. Si bien que, du moins dans la vision à grande distance, les personnes qui sont atteintes de cette anomalie ne s'en douteraient généralement pas, si l'heure de porter des lunettes pour lire ne sonnait un peu plus tôt pour elles que pour d'autres.
Ce petit inconvénient n'existe pas pour les myopes. Il est vrai que, par contre, ils ne voient pas si bien au loin que les emmétropes. Une myopie faible suffit déjà pour raccourcir notablement la portée de la vue. Mais il est également vrai qu'on n'a que rarement besoin du maximum de l'acuité à distance. Très peu de professions l'exigent, comme celles de garde-côtes, de pilote, de chasseur, etc. Au surplus, il se développe, dans des yeux myopes depuis l'enfance, une faculté étonnante de tirer profit des images rétiniennes imparfaites qu'ils obtiennent. Ces myopes, de degré faible toujours, ne se trouvent nullement gênés dans la vie habituelle. Us reconnaissent facilement les personnes à plusieurs mètres de distance, ils lisent les noms des rues, et parviennent même quelquefois à devenir d'assez bons tireurs à l'œil nu.
La myopie légère n'exige l'intervention du clinicien que dans la minorité des cas, lorsqu'elle affecte une allure progressive ou maligne, que nous apprendrons à connaître. Mais, à ce titre, l'emmétropie peut quelquefois réclamer également le secours de la thérapeutique, lorsqu'elle constitue une étape dans le développement morbide d'un œil qui d'hypermétrope tend à devenir progressivement myope. Mais alors ce n'est pas la réfraction proprement dite qui est la première en cause ; ce n'est pas la myopie ou