‹ Traité complet d'ophthalmologie [electronic resource]Chapitre 106 sur 332 · PARTIE CLINIQUE (HYPERMÉTROPIE TYPIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (HYPERMÉTROPIE TYPIQUE

hypermétropes divergent toujours relativement aux lignes visuelles, et qu'ils sont en divergence absolue lorsque ces dernières sont parallèles entre elles. Un hypermétrope qui présente de grands angles y positifs peut donc avoir l'air de diverger, sans être atteint de strabisme. L'observateur, en efîet, juge de la direction des yeux d'après celle des cornées, qu'il voit, et non suivant celle des lignes visuelles, qu'il ne voit pas.

Ce strabisme divergent apparent est assez fréquent chez les hypermétropes. Il n'atteint cependant que rarement des degrés très élevés (9°) (4), et on le distingue très aisément d'un strabisme vrai. On n'a qu'à faire fixer un objet rapproché, en cachant un des yeux examinés. Si, au moment où, découvrant celui-ci, on cache l'autre œil, le premier n'a pas besoin d'exécuter un mouvement de convergence pour fixer l'objet, sa ligne de regard est bien dirigée, il n'y a pas de strabisme.

Le strabisme divergent réel, en effet, est rare parmi les hypermétropes, i surtout parmi ceux de cette catégorie. Au contraire, le strabisme convergent est, chez eux, très fréquent.

Comme nous venons de le dire, Donders pense que la grandeur de l'angle y disposerait déjà ces yeux à la convergence parle fait que, toutes choses égales d'ailleurs, les lignes de regard convergeraient lorsque les yeux se trouvent au repos, dans leur position d'équilibre, qui correspond à peu près au parallélisme des axes cornéens. Quoi qu'il en soit, l'angle y n'est certainement pas la cause principale du strabisme convergent des hypermétropes.

Aussi Donders explique sa production d'une façon infiniment plus satisfaisante par le rapport qu'il a constaté entre l'accommodation et la convergence. Nous savons que les deux fonctions sont liées entre elles de telle sorte qu'à un degré donné de convergence correspond toujours un degré à' peu près égal d'accommodation, et inversement.

ôr, si l'emmétrope met en jeu autant de dioptries d'accommodation que la distance de l'objet exige d'angles métriques de convergence, l'hypermétrope est obligé de demander en plus à son accommodation un nombre de dioptries égal au degré de son amétropie.

Tant que ce degré ne dépasse pas la cote positive de son amplitude d'accommodation relative, c'est-à-dire la cote dont il peut augmenter son accommodation sans changer sa convergence, la vision bi noculaire et nette est possible. C'est le cas pour les hypermétropes de degré faible et assez jeunes encore pour disposer d'une bonne accommodation. Mais, lorsque l'hypermétropie dépasse certaines limites, il n'est plus possible de mettre d'accord les deux fonctions qui président à la vision binoculaire et nette; l'individu, ne dirigeant pas ses deux yeux simultanément sur l'objet fixé, n'est plus en état de joindre à cette convergence nécessaire pour voir simple, la cote d'accommodation nécessaire pour voir avec précision.

(I) Donders, p. 248, édil. angl.; p. 208, édit. alleiii. — Landolt, art. Strabisme, in. Dirt. encyclopéd. des sciences mécl.. par Deehambre, p. 223-220, 1882.

Cette dernière ne saurait être obtenue que grâce à un degré de convergence plus considérable. Mais alors il n'y a plus de vision binoculaire, il y a un excès de convergence, c'est-à-dire strabisme convergent.

En effet, les hypermétropes d'un certain degré se trouvent tous nécessairement dans cette alternative : voir binoculairement, mais d'une manière indistincte, ou voir avec netteté, au détriment de l'association des deux yeux.

Par exemple, un hypermétrope de 5 dioptries a besoin, pour fixer un objet à 1/4 de mètre, qui exige 4 ain. de convergence, de 5-\-4: = 9 d d'accommodation. — Si, pour ce -degré de convergence, la partie positive de son amplitude d'accommodation relative n'est que de 2 D, il ne peut pas voir nettement, étant insuffisamment adapté. — Pour réaliser les 3 D qui lui manquent, il est obligé de faire, de chaque œil, un effort de convergence d'environ 3 am. de plus. Ses deux lignes de regard ne seront donc plus dirigées simultanément sur l'objet situé à 1/4 de mètre. Il tournera la tête ou déplacera l'objet de façon que celui-ci se trouve sur la ligne de regard de l'un de ses yeux, en abandonnant à l'autre le soin de la totalité de la convergence nécessaire. Si, dans notre exemple, l'œil droit est dirigé sur l'objet, l'œil gauche se trouverait dans une convergence pathologique de 2x3=6 am., ce qui, si l'objet se trouve à 1/4 de mètre, lui donnerait une convergence totale de 4 -(- 6 = 10 am.

Malgré cette inégalité de convergence, l'accommodation ainsi gagnée ne s'en répartit pas moins d'une façon égale sur l'œil droit (l'œil qui fixe, dans notre exemple) et sur l'œil gauche (en convergence exagérée). Tous deux, en effet, reçoivent des centres nerveux la même somme d'innervation; senioment, dans l'œil gauche, elle se porte exclusivement aux muscles adducteurs, tandis que, dans l'œil di'oit, elle se distribue d'une façon uniforme aux muscles adducteurs et abducteurs, maintenant ainsi l'œil immobile dans son état de fixation.

Nous ne prétendons pas que les choses se passent avec cette exactitude mathématique, comme le feraient supposer les chiffres. Ceux-ci ne servent qu'à rendre un exemple frappant, à l'instar des lignes d'une figure schématique.

Mais le principe est absolument vrai. Donders a déjà fourni les preuves à l'appui, et nous pouvons les constater tous les jours. Si nous jouissons d'une vision binoculaire parfaite, fixons un objet rapproché; cachons un œil, par exemple le gauche, et plaçons subitement devant le droit un verre concave. Cet œil ne changera pas de direction, et continuera à voir nettement. Mais l'effort d'accommodation qu'il est obligé de faire pour neutraliser le verre négatif s'impose en même temps à l'autre œil, et provoque, sur ce dernier, un strabisme convergent d'un degré en rapport avec la force du verre concave. Ce strabisme est facile à constater objectivement, et se manifeste subjectivement par une diplopie homonyme, aussitôt qu'on enlève le diaphragme de l'œil couvert.

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