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PARTIE CLINIQUE (ÉTIOLOGIE DE LA MYOPIE MALIGNE

forme myopique du globe n'est pas simplement la copie de celle du crâne, mais aussi le résultat d'une ectasie pathologique de son pôle postérieur, du staphylôme avec les altérations qui l'accompagnent.

Les yeux ainsi déviés du type myopique normal sont extrêmement fréquents, et semblent indiquer que la conformation myopique du globe développée à l'image du crâne renferme en même temps le germe de la progression, c'està-dire de la myopie maligne. Il est parfaitement admissible que, dans les cas mentionnés, la configuration du crâne n'aurait occasionné qu'une myopie normale, moyenne, mais que celle-ci a été dépassée par suite de causes accidentelles qui nous échappent encore. Nous en sommes réduits à accuser une insertion particulière des muscles, ou une autre cause favorisant l'ampliation excessive du globe, ou une choroïdite diminuant la résistance du pôle postérieur. D'autre part, ce sont précisément les cas de myopie maligne avec dolichocéphalie qui semblent indiquer que, si la choroïdite peut devenir la cause de l'ectasie du globe, elle en est peut-être souvent aussi la conséquence.

Quoi qu'il en soit, nous connaissons jusqu'à présent deux facteurs principaux qui peuvent amener la myopie : les troubles de nutrition des membranes de l'œil et la conformation du crâne. Ces deux facteurs peuvent se combiner ensemble. Or tous deux sont éminemment héréditaires. Nous l'avons établi déjà en ce qui concerne le premier ; personne ne le contestera pour le second.

S'il est donc possible que la myopie typique se transmette de génération en génération, sans cependant qu'elle se reproduise constamment d'une manière fatale, par la raison que nous avons exposée p. 290, la disposition à la myopie maligne n'est pas moins héréditaire. Mais il n'est pas nécessaire qu'elle se développe. L'individu peut y échapper, grâce à une constitution exceptionnellement heureuse, et surtout lorsque les circonstances déterminantes font défaut.

Si nous considérons la parenté qui existe entre la myopie typique et la myopie progressive, on ne s'étonnera pas non plus si, parmi les descendants d'une famille ou d'une tribu de myopes types, il se rencontre parfois un cas de myopie maligne.

Au point de vue de l'hérédité, nous pouvons donc distinguer les formes suivantes de myopie :

1° Myopie héréditaire et congénitale.

2° Myopie héréditaire, au point de vue de la disposition, mais acquise par suite de circonstances qui favorisent son éclosion.

Si nous admettons, comme cela arrive sans doute, que l'individu puisse présenter spontanément et sans hérédité les particularités physiques dont la myopie est la conséquence, nous aurons :

3° Une myopie congénitale non héréditaire.

Enfin une seconde forme de myopie non héréditaire est celle que nous avons vue se produire à la suite d'affections des membranes du fond de l'œil, soit accidentelles, soit altribuables à des causes débilitantes. C'est

i" La myopie acquise non héréditaire.

Nous nous trouvons ainsi parfaitement d'accord avec M. Horner (1), qui a établi le premier d'une façon bien nette les quatre catégories mentionnées de myopie. Nous nous félicitons de cet accord, car rarement on a vu un champ plus favorable à l'étude de la myopie que ne l'est la clinique de Zurich exploité par un observateur aussi compétent que le maître que nous venons de citer.

Ce schéma n'exige plus qu'une seule explication. C'est celle de la manière dont peut se développer la myopie acquise. C'est l'étude des causes qui, sur le terrain déjà préparé par l'hérédité ou par une prédisposition spontanée, font éclore et progresser la myopie.

Causes déterminantes de la myopie.

Parmi ces causes, il faut mentionner avant tout le travail oculaire à courte distance.

Cette idée se présente tout naturellement. Nous avons considéré même la myopie normale comme un phénomène d'adaptation de l'organe au travail de près. Si, sous l'influence de ce dernier, la myopie normale peut se produire dans la suite des siècles, il n'y a rien d'étonnant à ce que sa forme bâtarde naisse, chez l'individu, dans les mêmes circonstances, en admettan* toutefois la prédisposition.

De plus, le travail oculaire à courte distance exige de l'organe des effor bien plus grands que la vision au loin. La plus simple expérience peut en convaincre même le plus profane, en lui prouvant combien la fatigue se produit vite dans la fixation d'un objet rapproché. Il n'y a donc l'ien d'illogique à attribuer à ce genre de vision une influence morbifique sur l'organe.

Enfin la statistique semble au moins parler dans le même sens, en démontrant un nombre plus considérable de myopes parmi les personnes qui travaillent de près et d'une façon continue que chez d'autres.

Nous avons déjà mentionné le nombre toujours croissant des myopes à mesure qu'on s'élève dans les classes des écoles. Cette progression s'explique facilement par le fait de l'augmentation de l'âge, qui, comme nous l'avons vu, s'accompagne d'une tendance générale à l'augmentation de la réfraction. Mais elle est en rapport aussi avec l'accroissement du nombre des heures de travail. C'est ce qu'a établi M. Erismann dans sa statistique. Cet auteur a trouvé :

Chez les écoliers occupés pendant 2 heures par jour 17 p. 100 de myopes.

(1) Horner, Klin. Momtsbl., p. 458, 1875.

PARTIE CLINIQUE (CAUSES DÉTERMINANTES DE LA MYOPIE). 417 M. Seggel (I), en examinant 1600 soldats, a trouvé :

Parmi les paysans 2 p. 100 de myopes.

— journaliers 4 — —

— artisans 9 — —

— négociants, imprimeurs, etc. 44 — —

— volontaires d'un an 58 — —

Ces derniers se recrutent, comme on sait, parmi les jeunes gens qui ont fréquenté des écoles supérieures, ou ont fait au moins des études plus longues que les autres.

M. Tscherning (2) trouve la myopie, parmi la population mâle du même âge, distribuée comme suit :

Journaliers, paysans, marins..

Artisans divers

Artisans à travail rapproché.. .

Artistes, ingénieurs, architect.

Négociants

Professions libérales

Nombre total.

Mijopes.

Pour 100.

M. Buschbeck (3) a étudié l'action du travail visuel à courte distance chez des enfants occupés à enfiler des aiguilles dans les ateliers de tricotage mécanique. Ces enfants, qui en même temps fréquentaient l'école, ont fourni un contingent de myopes supérieur de 5,4 pour 100 (garçons et lillcs) à celui de leurs condisciples étrangers à cette occupation. Le nombre des myopes augmente chez eux avec leur ancienneté dans le métier. L'auteur a soin de faire remarquer que ce dernier n'est cependant contraire à l'hygiène sous aucun autre rapport.

On pourrait peut-être également citer à l'appui de cette hypothèse le fait constaté par tous les observateurs, que la myopie est plus fréquente dans les lycées que dans les écoles industrielles, les premiers exigeant généralement un travail plus prolongé que les dernières. M. Cohn compte 3U à 55 pour 100 de myopes au lycée (Gymnasium), 20 à 40 pour 100 à l'école industrielle (Realschule).

La vision à courte distance peut provoquer l'éclosion de la myopie et favoriser sa progression, dans les yeux prédisposés, de diverses façons : d'abord parla convergence qu'elle nécessite et la compression musculaire que celle-ci produit. Ce point n'est pas douteux, car, dans l'état de repos absolu, sous l'influence d'un aneslliésique, d'une syncope, de la mort, les yeux se mettent en divergence. Ce ne sont pas seulement les droits internes qui se contractent et pressent sur l'œil lors de la rotation des yeux en dedans ; nous avons vu que les droits externes, tendus en même temps, le compriment également. Au surplus, il ne saurait y avoir de doute que les muscles de l'œil n'agissent peut-être jamais isolément. Tous se tendent certainement plus ou moins, quand bien même la résultante de leur action commune serait contraire au sens de leur action isolée. Cette contraction simultanée est d'ailleurs nécessaire pour que l'œil, maintenu dans sa position uniquement par les muscles et la capsule de Xénon avec ses attaches, tourne, comme cela est démontré, autour d'un centre immobile. Une autre preuve s'en trouve dans

(1) Seggel, Bdir. àrztl. Intelligenzblatt, p. 33, 1878.

(2) Tscherning, Arcli. f. Oplilli., XXIX, 1, p. 201, 1883,

(3) Buschbeck, Vierteljahrschr. f. gericlitl. Medicin, etc. janvier 1881.

DE WECKER ET LANDOLT. lll. — 27

la dépression qu'on constate sur des globes fortement myopes au niveau des droits supérieur et inférieur, et dans la petitesse relative du diamètre vertical de l'œil, constatée par Donders. Nous avons expliqué plus haut comment la compression du globe peut amener le siaphylôme postérieur et les altérations du fond de l'œil qui l'accompagnent.

Un autre facteur important à considérer dans le travail à courte distance est Y accommodation. Son rôle dans la production de la myopie a été exagéré par les uns, trop peu apprécié par les autres. Après avoir constaté que la plupart des jeunes myopes étaient atteints d'un spasme d'accommodation, dans ce sens que leur réfraction déterminée subjectivement se montrait sensiblement plus élevée qu'elle ne l'était en réalité, on a voulu voir dans l'accommodation le principal agent producteur de la myopie. On a eu tort certainement, et la preuve à l'appui qu'on a tirée de la statistique n'était surtout pas soutenable. Car tous les yeux, et non pas seulement les myopes, ou ceux qui le deviendront plus tard, ont dans leur jeune âge une tendance à exagérer leur réfraction par une contraction spasmodique du muscle ciliaire. Ce spasme n'est d'ailleurs pas plus intense chez les myopes que chez d'autres personnes. Il diminue et disparaît avec l'âge, et peut exister pendant des années, sans amener la moindre trace de myopie.

Mais, si ce spasme presque physiologique est bien supporté par des yeux normalement constitués, il est permis d'admettre que, dans des yeux prédisposés, il puisse devenir une des causes déterminantes de la myopie (1).

Il est, en effet, incontestable, que l'effort d'accommodation devient très souvent à lui seul une cause de fatigue et d'asthénopie. Pourquoi ne pourl'ait-il pas entraîner des altérations capables de produire la myopie dans des yeux prédisposés, ou contribuer au moins à l'augmenter?

On a donc certainement eu tort de nier toute influence de l'accommodation sur la production de la myopie. Au surplus, le raisonnement par lequel on a cru avoir poussé cette hypothèse à l'absurde, porte absolument à faux. On a dit que, avant de faire augmenter la réfraction dans des yeux myopes, l'accommodation devrait rendre d'abord myopes les hypermétropes, qui la fatiguent bien plus que les gens à vue courte, ces derniers en ayant peu ou pas besoin.

D'abord, c'est une erreur profonde, à notre avis, de croire que tous les yeux s'adaptent ou cherchent à s'adapter toujours aux objets sur lesquels ils sont dirigés. Très souvent ils ne regardent pas, c'est-à-dire ne fixent pas attentivement, en un mot, ne cherchent pas à obtenir des images rétiniennes nettes. C'est ce qui arrive surtout dans le regard vague. Mais beaucoup d'occupations, bien qu'elles ne puissent se passer de l'intervention de l'organe visuel, n'exigent cependant pas une vision absolument irréprochable, et s'exercent certainement souvent en dépit d'une adaptation imparfaite. Tout hypermétrope ou emmétrope peut se surprendre à chaque instant

(1) Schiess, Hosch, Chisolm et autres.

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