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PARTIE CLINIQUE (PROPHYLAXIE DE LA MYOPIE

tant plus minutieuses, au point de vue soit de l'hygiène générale, soit de celle de l'organe. Ainsi on allégera autant que possible l'accommodation et la convergence de ces jeunes myopes de degré généralement moyen, chez lesquels l'altération de l'harmonie entre les deux fonctions devient souvent une cause d'asthénopie. Nous indiquerons plus tard les principes qui doivent nous guider dans cette intervention, parce qu'ils sont applicables à tous les myopes, et pas seulement à ceux dont la myopie afTecte un caractère malin.

Lorsqu'aux symptômes mentionnés s'ajoutent des opacités du corps vitré, du cristallin même, les paracentèses de la chambre antérieure, telles que Sperinoles a employées sur une si vaste échelle, peuvent rendre de véritables services. Nous avons pu nous en convaincre dans la clinique du professeur Borner à Zurich, de même que dans notre propre pratique.

On les fait le mieux à l'aide d'un petit instrument que de Graefe a indiqué : une petite lance à arrêt, large de 2°™, longue de 4°""; l'autre extrémité du manche est munie d'une fine spatule en argent, arrondie et recourbée. Si la pointe est bonne, comme elle doit l'être, on pourra l'enfoncer à travers la cornée dans la chambre antérieure, sans saisir l'œil à l'aide d'une pince et sans introduii'e le blépharostat. On écartera les paupières, et on fixera en même temps le globe simplement à l'aide des doigts, comme pour enlever un corps étranger de la cornée. On choisira, pour la ponction, un endroit situé à quelques millimètres du bord cornéen, et on conduira la pointe de façon qu'elle ne vienne pas en collision avec le cristallin. En faisant l'opération délicatement, on pourra entrer et sortir l'instrument sans perdre une goutte d'humeur aqueuse. On laissera échapper celle-ci lentement, goutte à goutte, en appuyant la spatule sur une des lèvres de la plaie. Il est bon de faire le dernier acte de cette opération à quelques reprises avec des intervalles d'une minute au moins, afin de ne pas modifier trop brusquement la tension intraoculaire. On appliquera ensuite un léger pansement sur l'œil, jusqu'au soir. La paracentèse peut être répétée 2 ou 4 fois par semaine. Son effet favorable dans la myopie maligne est dû, comme dans toutes les affections chroniques du tractus uvéal, à la diminution de la tension intra-oculaire et à l'éclaircissement des milieux dioptriques qu'elle produit. Peut-être exercet-elle aussi une action favorable sur la circulation sanguine et lymphatique.

Dans les stades plus avancés, les degrés extrêmes de la myopie, les phénomènes inflammatoires cèdent le pas à ceux de l'atrophie ; le traitement a de moins en moins de prise sur le mal, devient de plus en plus symptomatique. Et cela se comprend. Qu'est-ce que la médecine peut faire pour un œil distendu dans toutes ses dimensions, allongé par un staphylôme profond? Il lui est aussi impossible de rendre leur fonctionnement à la choroïde détruite, à la rétine en ruines, aux fibres optiques à moitié atrophiées, que de ressusciter un mort. Ici on est donc réduit à soigner le malade au jour le jour. Tantôt il ira passablement, et vivotera avec son champ visuel en lambeaux. Il lira même, en promenant ses yeux par saccades le long des lignes, imprudemment des heures entières. Quand il se porte bien en général, il rira du bout

de son nez tacheté d'encre, qui aura frôlé ses lignes fraîchement écrites, et nous montrera tout fier les ohjets menus qu'il distingue, ne fût-ce que le nom de l'horloger gravé sur sa montre, et qu'il a vu déjà tant de fois depuis tant d'années.

Mais le lendemain déjà, sous l'influence d'une mauvaise digestion, ou d'un malaise quelconque, il accourra chez nous, effrayé par des mouches volantes, ébloui par « un champ blanc », inquiété par un sentiment de pression dans l'œil, ou par d'autres phénomènes alarmants. Tout cela se calmera le plus souvent, quand l'état général aura repris son équilibre, sous l'influence bienfaisante du baume de Fioravanti, du baume de vie de Hoffmann ou d'une autre friction miraculeuse du front et des tempes.

11 est d'ailleurs à remarquer que, pour des yeux dans un état si précaire, les moindres incidents prennent une importance beaucoup plus grande que pour des yeux bien portants: la sécrétion muqueuse d'une conjonctivite, qui se répand sur la cornée et ne gêne que peu la vue d'un organe normal, peut réduire facilementde moitié l'acuité d'un œil qui n'en possède qu'un dixième. Le moindre gonflement de la muqueuse, par la pression qu'il exerce sur un globe hypertrophié et la gêne dans les mouvements qui peut en résulter, feront croire au malade que son œil a grossi, qu'il est enflé et dur. C'est pour cela qu'on fait bien d'apporter la plus minutieuse attention à l'état de ces yeux, quelque impuissant qu'on se sente à l'égard de leur mal essentiel.

D'autres fois la vision de notre malade sera plus profondément altérée. Il ne voit plus.du tout, ou seulement indirectement. L'objet vers lequel il dirige son regard disparaît ; il n'en distingue que les alentours, et encore très imparfaitement. L'ophthalmoscope révèle, comme cause de ce scotome central, une hémorrhagie dans la macula. Que faire? Les frictions énergiques sur le front avec la pommade iodée (iodure de potassium 3 grammes, iode pur 0f'',30, vaseline ou axonge 15 grammes, — à l'iodoforme, 1 pour 10) seront-elles assez puissantes pour activer la résorption du sang; l'iode prisa l'intérieur aura-t-il une autre influence que d'amener une certaine irritation des muqueuses et d'altérer la digestion? — Le repos de l'œil sera encore ici le remède par excellence. Peu à peu le sang disparaîtra; sa place sera marquée par une tache blanchâtre, sa matière colorante aura alimenté l'hyperplasie du pigment qui occupe généralement cette région de l'œil. La vue en aura souffert certainement, par suite de la destruction irréparable des éléments rétiniens.

Si le trouble visuel est dû au décollement de la rétine, la situation est plus grave encore. Dans les cas tout récents, on peut essayer la ponction de la sclérotique, au-dessous de la rétine détachée, à l'aide d'un couteau de de Graefe, qu'on retournera un peu dans la plaie, afin de laisser s'écouler le liquide sous-rétinien. Celte petite opération, faite avec ménagement, n'offre aucun danger et a quelques chances de succès lorsqu'elle est suivie d'un pansement compressif et surtout du repos prolongé au lit. Biais c'est cette immobilité dans l'obscurité que beaucoup de malades ne peuvent pas sup-

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