‹ Traité complet d'ophthalmologie [electronic resource]Chapitre 238 sur 332 · NERF TRIJUMEAU · texte numérisé non relu

NERF TRIJUMEAU

ayant plus ou moins les caractères de Tamblyopie réflexe. Un regard jeté sur notre tableau bibliographique fera voir que depuis très longtemps les médecins avaient remarqué cette coïncidence.

Il paraît que ce sont surtout les névralgies dentaires de la rangée supérieure qui affectent plus spécialement la vue; la dénomination vulgaire de « dents œillères », appliquée aux canines supérieures, reposerait donc sur quelque chose de réel. Cependant dans les observations publiées, les molaires étaient surtout en jeu. Il s'agit ordinairement de caries dentaires, compliquées quelquefois d'abcès plus ou moins étendus. Lorsqu'il y a réellement amblyopie, on trouvera une ou plusieurs molaires douloureuses à la pression.

Il s'en faut du reste de beaucoup que l'œil soit toujours affecté d'amblyopie lorsque la vision souffre plus ou moins par une rage de dents. Le trouble oculaire le plus fréquent, qui ne manque presque jamais, pourvu que le mal de dents soit un peu intense, c'est un certain degré d'injection ciliaire et conjonctivale, souvent avec des douleurs ciliaires, accompagnées de larmoiement et même de photophobie. Dans plusieurs cas on a noté une crampe (le l'accommodation (Schmit), symptôme analogue à la crampe du muscle orbiculaire des paupières et d'autres muscles de la face qu'on observe dans les mêmes circonstances.

La nature réflexe de ces symptômes oculaires ne saurait être l'objet d'un diOute, et mérite d'être relevée en vue des affections amblyopiques qui comiphquent les névralgies dentaires. On reconnaît là une vaso-dilatation réflexe dans l'œil, des contractions réflexes dans les muscles de la face, et une innervation réflexe des glandes lacrymales. Rappelons encore que dans un mal de dents borné à un seul côté, ce qui est en somme le cas ordinaire, ces manifestations se produisent dans les deux yeux, bien qu'elles soient plus fortes du côté des dents douloureuses. Dans certains cas, ces phénomènes réflexes, fonctionnels, se compliquent de véritables troubles nutritifsdans l'œil, de kératites et de conjonctivites.

Une véritable amblyopie, c'est-à-dire une diminution plus ou moins forte de l'acuité visuelle, peut compliquer la névralgie dentaire. Le plus faible degré de cette amblyopie a tout à fait les caractères de l'asthénopie névroptique, dont nous avons exposé les caractères aux pages 699 et 702. Nous y avons donné un cas de notre observation comme exemple typique de cette alTection, caractérisée avant tout par un manque de résistance de l'appreil nerveux optique à son excitant normal, par ce qu'on appelle ordinairement r « hyperesthésie rétinienne ». Pour peu que l'examen fonctionnel de l'œil prenne du temps, l'amblyopie s'aggrave en quelque sorte sous les yeux du médecin, mais d'une manière passagère; le champ visuel s'obscurcit momentanément, et ses limites périphériques se rétrécissent. L'œil s'injecte, larmoie, etc. Un repos d'un quart d'heure à une demi-heure suffit pour l'aire évanouir ces symptômes.

L'amblyopie peut être plus forte et durable ; le champ visuel alors est |)lus ou moins rétréci. Elle s'aggrave ordinairement lors de chaque exa>-

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pération de la névralgie. Les deux yeux sont atteints; ordinairement celui du côté des dents malades l'est plus que son congénère.

Enfin, on connaît des exemples authentiques d'amaurose complète, soit des deux yeux, soit d'un seul, l'autre étant simplement amblyopique.

Le fond de l'œil se montre normal à Voplithalmoscope. Dans notre cas, nous avons noté un certain degré d'hypérémie, surtout au fort d'un accès névralgique.

Le pronostic de ces affections est très favorable. Jusqu'ici on a toujours observé une restitution complète de la vision, même lorsqu'il y avait forte amblyopie ou amaurose.

Le traitement, qui s'attaque à la cause de l'amblyopie, s'est montré très efficace dans tous les cas observés. Il consiste à diminuer ou à faire disparaître la névralgie. L'avulsion de la dent ou des dents douloureuses est tout naturellement indiquée. On fera des injections hypodermiques de morphine, surtout si la névralgie ne cède pas immédiatement à l'extraction des dents malades. Dans quelques cas ces injections à elles seules ont produit une amélioration notable, et même la guérison complète.

Une excitation des nerfs de l'intérieur du nez (naso-ciliaire) produit les mêmes réflexes sur l'œil (hypérémie, larmoiement, etc.) que les maux de dents. Chez un jeune homme auquel dans l'espace de quelques mois ou avait extrait une douzaine de polypes du nez, j'ai constaté une parésie de l'accommodation et un léger degré d'aslhénopie névroptique.

Enfin, leg otiâtristes signalent un certain degré d'amblyopie comme complication fréquente des affections douloureuses de l'oreille moyenne.

On a beaucoup discuté sur l'amblyopie réflexe par suite de névralgies du nerf frontal et des autres subdivisions du trijumeau qui quittent l'orbite contre son rebord supérieur. Des cas de ce genre ont été publiés déjà au siècle dernier et au commencement du dix-neuvième. Ordinairement il s'agit de névralgies suite de cicatrices qui compriment l'un ou l'autre de ces filets nerveux. Cependant la simple névralgie frontale, idiopathique, a été incriminée aussi.

Les anciennes observations ne semblent pas très concluantes ; elles sont ,> dépourvues du contrôle ophthalmoscopique. Peut-être que dans plusieurs f de ces cas le miroir aurait démontré la présence d'une névrite rétro-bulbaire, [ suite d'une fracture de la base du crâne au niveau du trou optique. Un peu plus loin, à propos de l'amblyopie par contusion de l'œil et de la région de l'œil, nous verrons que les fractures en question sont extrêmement fréquentes à la suite de contusions de la région de l'œil. Une fracture peut très bien ne pas abolir immédiatement la vision, alors qu'elle donne naissance à une névrite dont les effets ne se font peut-être sentir clairement qu'un peu plus tard, alors que la plaie de la peau est déjà cicatrisée.

Une contusion de la région de l'œil peut aussi occasionner des lésions cérébrales, qui à leur tour deviennent cause d'amblyopie. Les annales de la science sont riches en observations de ce genre.

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