NERF TRIJUMEAU
Enfin, une force contondante qui agit sur l'œil peut agir directement sur l'appareil nerveux intra-oculaire, et occasionner une amblyopie, quelquefois très forte, mais nullement de nature réflexe. (Voy. Anesthésie rétinienne par contusion de l'œil, à propos des maladies de la rétine.)
On le voit, les causes dûment constatées d'amhlyopie par suite d'une «ontusion de la région de l'œil sont nombreuses. Aussi pendant très longtemps a-t-on été très sceptique à l'égard de l'amblyopie réflexe par suite de névralgie frontale traumatique, due notamment à une cicatrice comprimant le nerf frontal.
L'existence de cette amblyopie semble cependant bien démontrée aujourd'hui. On connaît plusieurs exemples d'amblyopie ou même d'amaurose ayant coïncidé avec des douleurs névralgiques du nerf frontal (cicatrices, etc.), et qui offraient des exacerbations parallèles aux exacerbations de la névralgie; de plus elles ont cédé à un traitement efficace de cette dernière.
Deux cas observés par von Beer sont déjà très démonstratifs. Cet auteur a guéri l'amaurose par des incisions profondes au niveau de l'échancrure susorbitaire, faites dans le but de diviser le nerf. Il s'agissait de cicatrices en ■cet endroit, douloureuses à la pression.
Th. Leber a récemment publié un cas du même genre, examiné avec toutes les ressources de l'opbthalmologie moderne, et qui ne laisse plus persister de doute. Un garçon de onze ans, frappé à la région de l'œil gauche, sans qu'il y eût eu une plaie véritable, fut affecté de photophobie, de blépharospasme et de diminution considérable de l'acuité visuelle aux deux yeux. Quinze jours après l'accident, Leber nota : crampe des muscles de la face ; sensibilité très grande à la pression du nerf sus-orbitaire ; un certain degré de congestion rétinienne (dilatation des veines et des artères); vision à droite 15/200, champ visuel rétréci un peu en bas. A gauche, compte les doigts à 4 pieds, champ visuel sensiblement rétréci ; chromatopsie légèrement altérée, voit le rose en bleu ; diplopie croisée. Une première injection hypodermique de morphine produisit une amélioration sensible de tous les symptômes, et après trois injections (une par jour), l'acuité visuelle était redevenue presque normale. La guérison fut complète après quinze jours; le courant constant fut employé vers la fin.
Nous pourrions allonger cette liste de citations, sans rien ajouter à la démonstration de l'existence d'une amblyopie réflexe par névralgie du nerf sus-orbitaire. — La lésion du nerf, qui est le point de départ, ne doit pas exister au niveau du bord orbitaire ; elle peut intéresser les nerfs en question dans toute l'étendue du cuir chevelu frontal. — Chose à noter, la réaction pupillaire à la lumière était conservée dans des amblyopies à peu près amaurotiques, dans lesquelles le regard ne suivait plus les les déplacements d'une lumière.
De même que dans les cas de névralgie dentaire, l'amblyopie existe seulement du côté affecté de névralgie, ou bien elle est plus forte de ce côté ;
NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
elle peut même y aller jusqu'à l'amaurose, alors que l'autre œil est simplement amblyopique.
Leber a constaté dans le cas de son observation une hypérémie de la papille optique. Néanmoins il suppose que la cause prochaine de l'amblyopie est la forte et douloureuse excitation du nerf sus-orbitaire, qui empêcherait les excitations du nerf optique d'arriver jusqu'à l'organe de la conscience, conformément à la théorie dite d'arrestation, esquissée à la page 703.
Le traitement de ces amblyopies et amauroses paraît être des plus efficaces ; le rétablissement assez rapide d'une vision normale est la règle, si l'on parvient à guérir la névralgie : par les narcotiques, surtout les injections hypodermiques de morphine. Leber s'est bien trouvé d'aider l'action de la morphine par l'emploi du courant constant. S'il y a une cicatrice, une tumeur, etc., qui compriment le nerf, il faudra débrider celle-là et enlever celle-ci.
Ce ne sont du reste pas que les subdivisions extra-oculaires du nerf trijumeau qui peuvent devenir le point de départ d'une amblyopie réflexe. Les nerfs sensibles de Vœil peuvent jouer le même rôle; de Graefe, Schirmer et Leber ont observé, surtout chez des enfants, des amblyopies très prononcées, et même de l'amaurose, survenant brusquement au fort d'une photophobie avec blépharospasme, ordinairement dans une affection phlycténulaire. El l'amblyopie ayant disparu avec la photophobie (et le blépharospasme), il y a lieu de croire qu'il y a entre les deux une relation de cause à effet, et que nous sommes là encore en présence d'une amblyopie ou amaurose réflexe. On a songé (de Graefe) à expliquer l'amblyopie par une anémie rétinienne résultant de la compression oculaire par les paupières. Mais d'après ce qui précède, cela est peu probable. Tout nous porte à admettre que c'est une véritable amblyopie réflexe, que la photophobie en est la cause, et non pas le blépharospasme.
Du reste, à en juger d'après des observations personnelles encore incomplètes, ce qu'on appelle communément photophobie ne consisterait pas toujours uniquement en des sensations douloureuses. Très souvent il y aurait une amblyopie réelle, et même un rétrécissement du champ visuel; en d'autres termes, un état analogue au faible degré d'asthénopie névroptique.
Nous verrons plus loin (voy. Amblyopie traumatique) que l'amblyopie par compression prolongée de l'œil a des caractères différents, et consiste eu un scolome central.
Amblyopie causée par des vers intestinaux. — Les anciens auteurs rapportent un certain nombre d'observations d'amblyopies ayant guéri après que les malades eurent été débarrassés de vers intestinaux, quelquefois en grand nombre, surtout des Ascarides, plus rarement des Tœnias. Nous manquons d'observations récentes, faites avec les ressources de l'ophlhalmologie moderne. On penche cependant aujourd'hui à admettre le bien