FEMININ
un œil.
de
ux yeux.
Certes, ce tableau s'appuie encore sur un trop petit nombre d'observations. Pour quelques-unes de ces affections, le rapport admis par Mooreii est au moins douteux. Il en est ainsi du décollement rétinien. D'autres affections, qui certainement ont le rapport incriminé, paraissent ne pas s'être présentées à Mooren dans le courant de cette année. De ce nombre est même l'amblyopie hystérique, une des plus importantes à ce point de vue.
Les affections oculaires accompagnées d'altérations visibles et qui d'après ce tableau sont le plus manifestement et le plus souvent la conséquence d'affections des organes sexuels chez la femme sont : l'hypérémie du nerf optique, la névrite optique, la névro-rétinite, l'irido-choroïdite (au moins
AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE. 715
pour ce qui regarde ses exaspérations), les kératites profondes avec ou sans iritis, l'episclérite, l'herpès cornéen, etc.
Nous avons tenu à rappeler ici ces faits, parce qu'il ne saurait y avoir de doute que ces affections se trouvent liées à des anomalies dans les organes génitaux, et que partant une dépendance analogue devient chose au moins possible pour les affections amblyopiques qui vont nous occuper. Le comment plus intime de cette dépendance ne nous est pas beaucoup mieux connu pour ce qui regarde les altérations visibles de l'œil que pour les amblyopies, sans altérations visibles.
Êtiologie. — Les affections des organes sexuels féminins qu'on incrimine le plus souvent comme cause d'amblyopie sont surtout de nature chronique, plus ou moins douloureuses.
Les ovarites, surtout chroniques, sont très souvent dans ce cas, même quand elles ne s'accompagnent guère d'affections de l'utérus ni de symptômes douloureux bien marqués. Souvent il faut, pour en reconnaître l'existence, pratiquer un examen externe et interne soigné ; une douleur sourde à la pression externe est quelquefois le seul signe révélateur.
Il y a ensuite la paramétrite et les métrites chroniques; les endométrites fournissent également leur contingent. Les affections aiguës de la matrice ne sont que rarement dans ce cas.
Les flexions, les versions et les descentes de la matrice, les atrophies de l'organe, en un mot, toutes causes quelconques d'anomalies de la menstruation, les excoriations, l'allongement et le rétrécissement du col, et jusqu'à l'établissement de la ménopause, peuvent retentir sur l'appareil nerveux optique.
Dans le vagin et dans la vulve, nous avons à signaler des causes très nombreuses, dont le siège de prédilection est toutefois l'orifice vulvaire. En général, toute cause d'irritation chronique à l'entrée de la vulve doit être regardée comme suspecte. Nous avons ainsi les excoriations si fréquentes à l'orifice vulvaire et aux lèvres, par suite de causes très diverses, les éruptions d'acné, les ulcérations par suite de flueurs blanches, ou même simplement par suite d'un défaut de propreté, ulcérations qui peuvent persister quand leur cause a disparu.
Les affections de ce genre laissent quelquefois après elles des excroissances peu apparentes, mais qui entretiennent dans leur voisinage une irritation durable, revenant par accès. — En général, l'influence nuisible de toutes ces causes d'excitation à la vulve est renforcée par l'arrivée de règles, au point que dans l'intervalle de deux menstruations l'examen local peut ne pas donner de résultat bien marqué.
Un endroit de prédilection des excroissances papillaires est l'orifice du canal de l'urèthre; elles peuvent ne consister qu'en une induration du pourtour de cet orifice, ou bien acquérir des dimensions considérables
Signalons aussi le prurigo des parties génitales.
liQ NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
Une cause des plus fréquentes des excoriations vulvaires réside dans l'onanisme, source abondante d'amblyopies réflexes chez les jeunes filles. Nous avons à signaler ici un cercle vicieux qui enchaîne bien de malheureuses existences. L'onanisme répété fréquemment provoque une sensibilité extrême des parties, surtout du clitoris et des petites lèvres qui s'hypertrophient ou non ; qu'il y ait ou non excoriation de ces parties, elles deviennent tellement sensibles que le moindre attouchement est très douloureux, el que la marche devient difficile. Ces démangeaisons continuelles poussent de leur côté à l'onanisme, dont la pratique exaspère, à son tour, l'irritation locale. Ailleurs des exulcérations primitives ont amené les malheureuses à la masturbation, mais le cercle vicieux et fatal n'en existe pas moins. Même quand il n'y a pas d'excoriations locales, la masturbation fréquente retentit de la manière la plus fâcheuse sur le système nerveux dans son ensemble, et sur l'appareil nerveux visuel en particulier. En même temps la nutrition de l'organisme dans son ensemble languit; il se produit de l'anémie, de la chlorose, de l'amaigrissement, etc., qui à leur tour peuvent devenir cause d'amblyopie.
Le sexe masculin fournit du reste aussi son contingent d'amblyopies par suite de masturbation, surtout les élèves des athénées, des collèges. L'affection est toutefois plus fréquente chez les filles.
C'est surtout vers l'âge de la puberté qu'on rencontre cette amblyopie; on sait que la masturbation est surtout fréquente à ce moment, et qu'elle est surtout nuisible au jeune organisme en pleine croissance et en voie de subir une évolution physiologique des plus importantes. J'en ai rencontré cependant des cas dans un âge plus avancé, notamment chez un jeune homme de vingt-deux ans. On trouvera ordinairement que les sujets amblyopiques se livrent avec une énergie extrême à leur vice ; ils avoueront qu'ils pratiquent l'onanisme deux, trois et jusqu'à six fois par jour.
Les causes d'amblyopie précédemment énumérées s'accompagnent fréquemment de symptômes hystériques plus ou moins prononcés, depuis le simple état nerveux jusqu'aux formes graves d'hystérie et d'hystéroépilepsie. L'hystérie est alors symptomatique, au même titre que l'amblyopie. Il est cependant bien avéré aujourd'hui qu'au moins certaines formes d'amblyopie peuvent accompagner les cas d'hystérie dite essentielle, qui ne sont nullement sous la dépendance d'affections des oi'ganes génitaux. De plus, la faiblesse nerveuse, conséquence fréquente d'une constitution délabréee par les influences nuisibles les plus diverses, et qu'on ne range pas dans la catégorie des affections hystériques, peut également donner Heu à des amblyopies ayant les allures des amblyopies réflexes produites par des altérations des organes génitaux. — Quelques cas d'amblyopies signalés chez les nourrices paraissent également rentrer ici.
Nous avons cru devoir rattacher ici les cas d'amblyopie développés sur le terrain de l'hystérie essentielle ou d'une simple faiblesse nerveuse, bien que leur nature réflexe soit problématique. Nous faisons aussi rentrer ici
AMBLYOPIE HVSTÉUIQUE. 717
les amblyopies qui dans le sexe masculin sont quelquefois liées à un état nerveux ou à de l'hystérie véritable. Des amblvopies du mémegenrc s'observent quelquefois dans cet état de faiblesse générale chez les convalescents de maladies graves, comme le typhus. De fortes émotions morales, comme la frayeur, peuvent également être le point de départ d'amblyopies ayant beaucoup d'analogie avec l'amblyopie hystérique.
Il résulte de cette liste étiologique que ce sont les femmes, et surtout les jeunes individus qui sont atteints de l'amblyopie en question. Les autres affections amblyopiques se rencontrent de préférence dans le sexe masculin, et de plus à un âge plus avancé.
Symptômes. — Rien n'est plus variable que la forme clinique sous laquelle se présente l'amblyopie hystérique. C'est une affection essentiellement polymorphe, dont les différentes espèces ont été décrites à part et sous des noms différents. Il est possible que certaines de ces amblyopies reconnaissent une pathogénie à pari, et finiront par être rangées définitivement sous des rubriques spéciales. Bon nombre d'entre elles affirment cependant leur lien de parenté en ce que chez le même patient elles se transforment l'une dans l'autre.
Nous allons passer en revue successivement les diverses formes, en commençant par les moins graves.
Le plus souvent, l'affection se présente sous la forme d'amblyopie pour laquelle nous avons proposé le nom iVasthénopie névroptique, et qui est décrite par les auteurs tantôt sous le nom d' « hyperesthésie rétinienne » avec tendance à la fatigue rétinienne, tantôt, surtout lorsque l'amblyopie est très prononcée, sous le nom d' « anesthésie rétinienne spontanée».
Nous empruntons à Wilbrand un cas typique de cette espèce.
Une femme de trente-quatre ans, grêle de corps, mariée depuis douze ans, est réglée normalement. Elle avait été toujours bien portante, lorsqu'il y a de cela quelques années un rhumatisme articulaire aigu, plus tard une diphthérie avec avortement détériorèrent sa constitution. Depuis lors elle accuse les symptômes suivants : Accès de migraine, tantôt à droite, tantôt à gauche; douleurs lancinantes au niveau des os pariétaux, hyperesthésie du cuir chevelu. Elle est oublieuse et doit annoter les faits dont elle veut se souvenir; elle perd quelquefois le fil de ses discours. Palpitations cardiaques et sentiments d'angoisse. Humeur très changeante; ordinairement elle est déprimée; pleure souvent. De temps en temps elle entre dans des états hypnotiques, reste immobile en un coin sans remarquer ce qui se passe autour d'elle. Illusions et hallucinations acoustiques; sensible à l'égard des bruits. La patiente a souvent un mauvais goût dans la bouche, bien que la langue ne soit pas chargée; elle sent toutes sortes de mauvaises odeurs.
Dans les deux globes oculaires une douleur lancinante ; éblouissemenis en présence d'une lumière intense, surtout de celle d'une lampe. La malade voit souvent des taches noires ti'ès nombreuses, qui disparaissent
NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
lorsqu'elle déplace le regard ; elle voit survenir brusquement et disparaître de même un nuage, de la fumée qui couvre les meubles de l'appartement. Lorsqu'elle essaye de lire, de travailler à la main, les objets s'entremêlent après quelques minutes et disparaissent tout à fait. Elle a souvent eu de la diplopie.
Névralgies intercostales; fourmillements et démangeaisons dans le visage; engourdissements des doigts ; quelquefois des soubresauts dans les bras el dans les jambes. La patiente est toujours fatiguée, accuse continuellement des douleurs lombaires. Le soir elle ne parvient pas à s'endormir et pendant des heures se roule dans le lit. Crampes et borborygmes dans les intestins. Souvent elle urine beaucoup et boit copieusement.
L'examen des divers organes du corps ne révèle rien d'anormal. Sur les deux yeux une hypermétropie de moins d'une dioptrie ; acuité visuelle el accommodation normales. Pupilles anormales; iris réagissant promptemenl à la lumière. Fond de l'œil normal. Les deux conjonctives un peu hypérémiées.
L'exploration du champ visuel par contre donna un résultat remarquable. A chaque nouvelle détermination faite à quelque temps d'intervalle, le premier méridien relevé avait une étendue normale, le second restait déjà en dessous de la normale, dans le troisième, le champ était manifestement rétréci, plus encore dans le quatrième, et ainsi de suite. Le résultat était le même, qu'on commençât en haut, en bas, à droite ou à gauche, après avoir jiccordé aux yeux un repos d'une vingtaine de minutes.
Dans le cas présent, il n'y avait pas d'affection locale des organes génitaux. Wilbrand relève l'absence d'une telle affection dans la plupart de ses observations. Souvent le champ visuel est plus ou moins rétréci dans son ensemble, mais au fond il s'agit toujours de la même affection, car là encore les méridiens déterminés successivement se rétrécissent de plus en plus pendant l'examen fonctionnel. — L'acuité visuelle centrale peut aussi être diminuée d'emblée, quelquefois d'une manière très prononcée. Ce sont surtout les cas de ce genre qui sont décrits depuis longtemps sous le nom d' « anesthésie rétinienne ». Les formes les plus bénignes passent du reste souvent aux formes plus graves, et vice versa.
Nous avons vu à la page 707 que l'amblyopie réflexe, par névralgie dentaire, peut se présenter sous la même forme caractéristique, et nous inclinons à croire que cette asthénopie névroptique se trouve au fond de la plupart des amblyopies réflexes en général et des amblyopies hystériques en particulier. Des observations ultérieures en fourniront probablement la preuve pour la plupart des nombreuses amblyopies hystériques décrites par les auteurs, qu'elles soient liées ou non, soit à des affections des organes génitaux, soit à la masturbation. Voici du reste les principaux symptômes présentés par ces sortes de malades.
Du côté de l'acuité visuelle et du champ visuel, il faut relever la facilité avec laquelle l'organe visuel se fatigue, et la forme particulière du cbami»
AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE. 719
visuel. Dans les cas prononcés, ce dernier est fortement rétréci; l'acuité visuelle peut être diminuée dans une forte mesure, au point que les malades ne se guident qu'à peine. A la page 700, nous avons relaté un cas de ce genre. La vision s'abaisse rapidement, pour peu que les malades appliquent l'organe visuel ; des nuages passagers recouvrent les objets, et de véritables scotomes, même centraux, passagers ou plus ou moins durables, peuvent être observés. La chromatopsie est diminuée proportionnellement à l'amblyopie et au rétrécissement du champ visuel; elle peut être abolie dans les cas extrêmes.
Ordinairement les deux yeux sont affectés, mais l'un dans une plus forte mesure que l'autre.
De Graefe a observé des cas où les phosphènes lumineux par pression pouvaient être provoqués sur les parties rétiniennes insensibles à la lumière objeclive. Le contraire a été constaté maintes fois (Schweigger, Landolt).
La réaction pupillaire à la lumière peut être conservée dans des cas d'amaurose complète (Mendel).
Ordinairement une diminution de l'éclairage ne diminue pas la vision dans la même mesure que pour des yeux normaux. La vision peut même s'améliorer dans une demi-obscurité, et par le port de lunettes obscures. Tel est surtout le cas dans les formes moins prononcées, d'asthénopie névroptique par excellence. De là vient le nom d' « hyperesthésie rétinienne » sous lequel ces formes morbides sont ordinairement décrites. Par contre un fort éclairage, surtout artificiel, produit souvent des phénomènes d'éblouissement, accompagnés de blépharospasme, de douleurs ciliaires, de photopsies, etc.
Ce n'est pas seulement l'appareil nerveux optique qui est sujet à cette fatigue facile. Les nerfs moteurs de l'œil sont dans le même cas. L'accommodation est assez souvent diminuée, ce qui donne lieu à de l'asthénopie accommodative, dont les symptômes ont quelque analogie avec l'asthénopie névroptique. D'autres fois il y a crampe du muscle ciliaire. Les plaintes assez fréquentes de la diplopie, l'observation plus rare d'un certain degré de ptosis, dénotent un certain degré de parésie des nerfs oculo-moteurs. — Assez souvent la moindre application de l'œil provoque une crampe du muscle orbiculaire des paupières. Ce symptôme fait partie de toute une catégorie de manifestations morbides, relevant d'une augmentation du pouvoir réflexe, et qui chez ces sortes de malades sont bien connues dans les organes les plus divers : larmoiement, diurèse abondante, crampes dans les muscles le plus divers, etc.
L'anomalie de l'appareil nerveux optique fait partie également d'une série de phénomènes analogues (douleurs de tête, etc.) répandus à travers tout le corps. Les hyperesthésies peuvent également faire place à des paralysies très diverses, soit à des anesthésies, soit à des paralysies motrices.
Relevons encore plus particulièrement, dans la longue série des plaintes de ces malades, la photophobie, les photopsies, les palpitations cardiaques,
720 NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
des accès de dyspnée, la fatigue générale et la lourdeur dans les niembres, etc.; bref, tous les symptômes hystériques, notamment l'absence de toute énergie intellectuelle. Dans les cas relevant de la masturbation, on trouvera les yeux cerclés, le regard fuyant, inquiet, de la répulsion pour tout travail corporel ou intellectuel, etc.
Uexamen ophthalinoscopique ne dénote rien d'anormal dans un grand nombre de cas, surtout lorsque l'affection n'est pas très prononcée et qu'elle est de date récente. On trouve cependant très souvent un degré plus on moins prononcé d'hypérémie de la papille, et quelquefois de la rétine. A la longue la papille se trouble légèrement et voile la lame criblée, se décolore ou prend nn ton grisâtre. Dans les cas d'amblyopie considérable et de rétrécissement durable du champ visuel, la décoloration grise de la papille mène quelquefois à la longue à l'atrophie véritable. On a vu survenir aussi une véritable névrite ; mais il y a lieu de se demander si elle n'est pas due à une nouvelle cause morbifique.
Marche, durée, terminaison. — Un détail caractéristique dans celte symptomatologie, ce sont les variations rapides et notables qui surviennent dans l'intensité des manifestations morbides. Au début, le champ visuel est par exemple intact. Quelques mois plus tard, il est fortement rétréci, pour reprendre un peu plus tard. Cela continue ainsi avec des alternances de mieux et de mal, pendant des mois et des années. Ordinairement l'affection débute par la forme légère; dans beaucoup de cas les choses restent en cet état pendant des années ; assez souvent il survient, même très tôt, des exaspérations, ordinairement passagères. Les cas dans lesquels des processus inflammatoires ou atrophiques viennent compliquer la situation sont très rares. Une amblyopie considérable dès le début constitue l'exception.
Le pronostic est en somme favorable. La névrite ou une atrophie très prononcée du nerf ne surviennent que dans des cas exceptionnels. Les affections qui datent de nombreuses années guériront si l'on parvient à enlever la cause; et on y parvient souvent lorsqu'une affection des organes génitaux est le point de départ. Les amblyopies très avancées, accompagnées d'une hypérémie ou même d'un trouble de la papille optique, peuvent guérir ou au moins devenir stationnaires. L'amélioration se produit même lorsqu'il y a une dyschromatopsie prononcée. Lescasde ce genre constituent donc une exception à la règle d'après laquelle la dyschromatopsie dans les affections amblyopiques est un signe néfaste.
Il résulte de ce qui précède que l'importance pratique de l'amblyopie hystérique est considérable, d'une part, parce que l'intervention du médecin exei'ce souvent sur elle l'influence la plus heureuse, et d'autre part, parce que son abstention laisse, dans des cas rares il est vrai, la porte ouverte à la cécité absolue et irrémédiable.
Voici encore la relation de quelques cas typiques. A la page 700, nous avons exposé l'histoire d'une amblyopie très avancée, qui s'est terminée
AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE. 72t
favorablement. Dans le cas suivant, emprunté à Mooren, le trouble visuel n'atteint que la forme hyperesthésique (asthénopie névroplique?). — Une femme de vingt-six ans, grêle, ne sait plus appliquer sa vision pendant dix minutes, et cependant son acuité visuelle est normale. Dans le temps, elle voyait bien de loin; peu à peu elle est devenue myope. Mais ni l'atropine instillée longtemps, ni les verres négatifs ne remédient à la situation. L'hyperesthésie rétinienne devient telle que la patiente ne sait plus aller en société. Ces plaintes datent de l'époque du mariage. Deux couches ont été des plus douloureuses, et suivies d'une convalescence longue. — A l'examen local, on sent dans le paramètre droit un exsudât dur. adhérent au corps de la matrice et s'étendant dans le ligament large. — On fait deux fois par jour des injections tièdes, et chaque soir on introduit un tampon de ouate à l'iodoforme. A l'intérieur, du bromure de potassium ; dans l'œil, de l'atropine. Après cinq semaines l'amélioration était telle que la patiente avaae repris ses occupations habituelles; l'état généml s'était beaucoup amélioré, et la patiente se réjouissait « de pouvoir de nouveau regarder les gens en face ».
Mooren cite entre autres le cas d'une demoiselle de vingt-quatre ans, adonnée à la masturbation depuis sa quinzième année. D'année en année,, une asthénopie accommodative et une hyperesthésie rétinienne avec photophobie s'aggravèrent dans une mesure inquiétante. L'amblyopie s'accompagnait de phénomènes nerveux qui allèrent jusqu'à une dyspnée inquiétante. — Le clitoris, de dimensions anormales, était peut-être le point de départ de tout le mal. Les petites lèvres étaient flasques.
Empruntons encore à Arens l'observation d'une malheureuse, âgée de vingt-trois ans, livrée à la masturbation à un très haut degré. Vers l'époque où elle commença à s'adonner à son vice, il se développa une espèce d'hyperesthésie rétinienne (asthénopie névroptique?); le mal s'aggravait à la suite de chaque excès. Finalement, la malade finit par ne plus compter les doigts qu'à un pied de l'œil droit, dont le champ visuel était du reste normal (à gauche il y avait cataracte congénitale). Elle se plaignait de cardialgie, de bourdonnements d'oreilles, de douleurs dans les reins, etc. Les parties sexuelles, clitoris et petites lèvres, très sensibles et douloureuses au toucher. — La cessation, pendant quelque temps, de la masturbation, améliora considérablement la vision.
C'est surtout dans les cas d'amblyopie par suite de masturbation que les rechutes sont à craindre, parce que bien peu de ces malheureux, garçons ou fdles, déploient l'énergie nécessaire pour résister à leur penchant.
KOPIOPIE HYSTÉRIQUE
Foerster a décrit sous le nom de kopiopie hijstérique une l'orme particulièrement tenace d'asthénopie névroptique, à laquelle SchenkI a donné plus
DE WECKER ET LANDÛLT. III. ~ 46
récemment le nom de douleur oculaire hystérique, et qui paraît avoir été décrite plusieurs fois, notamment par Donders sous le nom d'accommodation douloureuse, et par Nagel sous celui d'hyperesthésie du muscle ciliaire. L'affection nous paraît rentrer dans le tableau de notre aslhénopie névroptique; seulement elle se distingue par une ténacité extrême. D'après i Foerster, les malades ne se plaignent pas tant d'une diminution de lai vision, que de sensations douloureuses et d'un degré prononcé de photo- 1 phobie.
Les douleurs siègent autour de l'œil ou dans l'œil lui-même; elles senti brûlantes ou tensives; elles naissent sans cause appréciable, ou bien par toute application de la vision, s'exaspèrent par la fatigue corporelle et les émotions morales déprimantes. Elles durent plusieurs heures, mêmeunei journée entière ; n'ont pas les caractères de la douleur sus-orbitaire ; les points douloureux font notamment défaut.
La photophobie est surtout intense avec l'éclairage artificiel. i
Sans cause appréciable, il survient une amélioration de plusieurs jours, j puis une exaspération empêchant toute application des yeux, surtout àj l'époque des règles chez les femmes. j
Les malades, femmes ou hommes, accusent de plus les symptômes hysté- j riques les plus divers.
L'acuité visuelle semble être normale dans l'immense majorité des cas. ,
La maladie est surtout fréquente dans le sexe féminin. Cependant les i hommes en sont assez souvent atteints. Personnellement nous en connais- I sons trois exemples. Parmi les femmes, ce sont surtout les demoiselles d'un i certain âge, ou des femmes mariées stériles. Rarement on entend ces | plaintes de la part de filles vers l'âge de quinze à vingt ans.
D'après les recherches de Freud et de Foerster, la kopiopie hystérique j serait toujours liée chez les femmes à une forme de pararaétritedite chronique \ et atrophique, qui mène à une atrophie cicatrisante des tissus environnant la matrice, tissus qui sont si riciies en nerfs. Schenkl l'a rencontrée deux fois en rapport avec des tumeurs ovariques.
Cette affection est incurable. Elle finit par disparaître d'elle-même, mais [ ordinairement après avoir torturé le malade pendant des années et des p années. Les femmes en sont ordinairement débarrassées vers la soixantième année, quand la matrice et tous les organes génitaux sont dans un état d'involution complète.
AMBLYOPIE DANS L HYSTERO-KPILEPSIE
Charcot et ses élèves ont analysé avec prédilection une forme d'amblyopie, liée à certaines formes d'hystérie très intense, ou d' «hystéroépilepsie», comme ils disent. Cette amblyopie n'est pas tant caractéristique en elle-même ; elle est toujours de nature anesthésique, avec rétrécissement
AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE
lu champ visuel, surtout d'un œil ; mais ce qui lui donne un cachet pariculier, c'est qu'elle se montre toujours dans les formes graves d'hystérie, ccompagnées de convulsions, d'hémianesthésie et de paralysies motrices, luis en ce qu'elle semble liée toujours à une ovarite chronique. Les symtômes hémianesthésiques dénotent une affection de certaines parties du erveau, qui peut-être est également le point de départ de l'amblyopie. lelle-ci semble donc s'éloigner, au point de vue de la pathogénie, des mblyopies hystériques précédemment décrites, et on pourrait tout aussi lien la décrire comme une forme morbide à part.
L'hystéro-épilepsie de Charcot est caractérisée par des manifestations lystériques et par des attaques ayant certains caractères de l'hystérie et l'autres de l'épilepsie. Les attaques sont précédées d'une aura de longue lurée, procédant surtout du bas-ventre ; elles peuvent être modifiées, et [uelquefois coupées par une pression exercée sur l'un ou l'autre ovaire. )n constate ce qu'on appelle le point ovarique, avec douleur plus ou moins )btuse, souvent spontanée, mais qui toujours peut être provoquée par ;ompression de l'un ou l'autre ovaire. Il y a de l'anesthésie et de l'analgésie dans la moitié du corps correspondant à l'ovaire douloureux, et les )rganes des sens supérieurs sont plus ou moins obtus du même côté.
Landolt et Gharcot, entre autres, ont examiné la fonction visuelle dans es cas de ce genre. Landolt distingue quatre catégories ou degrés dans 'amblyopie :
1° La vision est normale du côté sain. Pour l'œil du côté du point ovarique, il y a rétrécissement du champ visuel, au moins pour les couleurs; 'acuité visuelle y est diminuée.
2° Dans un stade plus avancé, la vision et la chromatopsie sont amoin- Iries des deux côtés ; les deux champs visuels sont rétrécis, mais celui du côté du point ovarique à un degré plus prononcé.
3° L'amblyopie est très forte et il y a achromatopsie ; quelquefois il y a élargissement des vaisseaux rétiniens, et exsudation séreuse dans la rétine.
4° Une fois Landolt a constaté une atrophie partielle du nerf optique.
La métalloscopie et la métallothérapie exercent une influence marquée 3ur l'amblyopie aussi bien que sur les auti'es phénomènes anesthésiques (Burq). La chromatopsie reparaît par l'application des métaux sur l'œil; si l'on enlève les plaques appliquées sur l'œil, elle reparaît. Lorsque l'achromatopsie a disparu depuis quelque temps, grâce à une amélioration de l'hystérie, elle reparaît par l'application des plaques (Charcot). — Les hystériques ont des hallucinations visuelles qu'elles projettent du côté anesthésié (Charcot).
L'amblyopie hystéro-épileptique acquit surtout une grande importance théorique lorsque Charcot eut basé sur elle son schéma du parcours central des fibres du nerf optique. L'hémianesthésie concomitante paraît devoir âtre attribuée à une affection du tiers postérieur de la capsule interne, qui renferme également les radiations optiques allant à l'écorce cérébrale En
724 NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
supposant donc, ce qui était assez plausible, que l'amblyopie soit due à la même affection de la capsule interne, il fallait admettre qne les fibres d'un^ nerf optique se terminent toutes dans le même hémisphère cérébral, ou au moins passent par la même capsule interne; car lors des premières explo-i rations, on n'avait trouvé du côté des yeux que de l'amblyopie avec réfré-î cissement du champ visuel sur un seul œil (du côté anesthésié). — Nous; avons fait voir précédemment que ce schéma du parcours central des' fibres optiques ne peut pas correspondre à la réalité, et que les faits d'amblyopie hystéro-épileplique demandent une autre explication, qui du reste nous fait encore défaut. D'abord Landolt trouva bientôt que la vision sur l'œil du côté non anesthésié n'était pas tout à fait normale, pour peui que le cas soit un peu prononcé. Ensuite, nous connaissons aujourd'huij un nombre respectable d'observations d'amblyopies hystéro-épileptiques ayant présenté les caractères d'une hémianopie homonyme plus ou moins prononcée. Ces cas viendraient donc à l'appui de notre manière de voir sur le parcours central des fibres optiques, qui du reste est étayée de^ preuves beaucoup plus solides que celles qu'on pourrait tirer des cas^ d'hémianopie hystéro-épileptique. ^
Des cas d'hémianopie hystéro-épileptique ont été publiés par Rosenthal,^ Sturge, Galezowski, Ferré, Westphahl, etc. Cette hémianopie ne paraît jamais être typique. Souvent elle est homonyme, mais la ligne de démarcation n'est pas droite, et peut ne pas passer par le point de fixation,; D'autres fois elle est hétéronyme, temporale (Rosenthal). Ceci sufTiraitj pour lui ôter tout poids dans la discussion sur le parcours central des i fibres optiques. Mais il y a plus, la lacune du champ visuel est plus étendue et plus complète du côté anesthésié du corps. L'acuité visuelle n'est jamais ; normale; elle peut être très défectueuse du côté anesthésié. — Les scotomes hémianopiques peuvent d'ailleurs être absolus; souvent ils ne sont quej relatifs, c'est-à-dire que le malade y remarque encore quelque chose. Lesj phosphènes par pression sont tantôt conservés et tantôt abolis au niveau j des scotomes. — Il est rare qu'à la suite d'attaques répétées il n'y ait paSj achromatopsie totale sur l'œil le plus amblyopique, et dyschromatopsie par-^^ tielle, pour le rouge, le vert et le violet par exemple, sur l'œil le moins /l affecté. Lors du passage d'un courant électrique fort, les malades voient apparaître en obscur leurs scotomes.
Ferré a fait une remarque qui, si elle venait à se confirmer, aurait quelque importance au point de vue du diagnostic. D'après cet auteur, il y a insensibilité de la conjonctive dans les cas d'hémianopie hystéro-épileptique, ce qui n'a pas lieu dans les hémianopies ordinaires, par exemple dans celles par lésion d'une bandelette optique.
Les amblyopies hystéro-épileptiques sont des maladies de très longue durée ; elles s'amendent et s'aggravent avec les autres symptômes de l'hystéro-épilepsie. La vision ne paraît guère courir le danger de s'éteindre tout à fait, et les es les plus graves sont susceptibles d'une amélioration notable,
AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE
jinou de guérison, si on parvient à modérer ou à enrayer l'affection hystérique qui est au fond.