STRABISME CONVERGENT LATENT
grande en pareil cas, au moins lorsque la myopie n'est pas très forte, on peut, sans inconvénient, en sacrifier une partie par une lénotomie d'un des droits internes. Cette opération suffira généralement à la correction du strabisme. Si tel n'est pas le cas, et que la partie positive de l'amplitude de convergence puisse encore subir sans dommage une diminution compatible avec le travail soutenu à la distance rapprochée (voy. p. 919), on pratiquera une seconde ténotomie, en s'entourant des précautions que nous avons indiquées.
Les mêmes observations s'appliquent au strabisme convergent relatif des hypermétropes, à celui qui ne se manifeste que dans la fixation rapprochée. L'expérience montre qu'en général la ténotomie ne produit pas alors de divergence dans le regard à distance. Tout au plus se manifeste-t-il une divergence sous la main lorsque la correction de l'hypermétropie est totale (Alf. Graefe). On peut être d'autant moins inquiet que la vision de l'œil dévié est meilleure. Néanmoins, on sera prudent, et si, immédiatement après l'opération, l'œil se trouve dans une divergence supérieure à 6 degrés, on appliquera une suture conjonctivale. On examinera aussi l'amplitude des excursions de l'œil opéré dans le sens de l'adduction, ainsi que la partie positive de l'amplitude de convergence. Il ne faut pas laisser tomber celle-ci au-dessous de 12 am.
Strabisme convergent latent.
Lorsque la tendance à une convergence exagérée ne réussit pas à surmonter le désir de la vision binoculaire, les deux lignes de regard conservent leur direction normale tant que les deux yeux fonctionnent ensemble. Mais, si l'on vient à cacher l'un de ceux-ci, le strabisme empêché par l'instinct de la fusion des images des deux rétines se manifeste aussitôt sur l'œil couvert; ce dernier se dévie en dedans. C'est là ce qu'on appelle le strabisme convergent latent.
On comprend que, comme la déviation manifeste, il se rencontre surtout chez les hypermétropes, notamment chez ceux dont la partie positive de l'amplitude de convergence est forte et la puissance abductrice faible. Le strabisme convergent latent serait cependant, suivant M. Hansen, beaucoup moins fréquent chez les hypermétropes que l'anomalie inverse dans la myopie.
M. Noyés (1), dont l'attention s'est portée particulièrement sur ce sujet, dit avoir observé assez fréquemment le strabisme convergent latent, qu'il appelle insuffisance des droits externes. Suivant cet auteur, il y a insuffisance des droits externes dès que la divergence facultative reste au-dessous de 5 degrés prisme(2). Il en a recueilli 82 cas, coïncidant presque tous avec de
(1) Noyés, On the lests for muscul. asthenopia and on insuff. of ihe ext. recli muscles {Transact. of the 8. session of the internat, med. Congress. Copenhagen, 1884).
(2) Ce chiffre serait même trop faible pour les hypermétropes, dont la faculté de diver-
LANDOLT ET EPERON
MOUVEMENTS DES YEUX
faibles degrés d'amétropie (20 emmétropes, 13 hypermétropes, 19 astigmates). La moitié de ces cas, dont plusieurs présentaient en même temps un certain degré de spasme accommodatif, ont été examinés après atropirtisation. Cette dernière ne paraît pas influer sur la faculté de convergence.
Chez la plupart des malades, l'épreuve des prismes montrait une prépondérance de la convergence de près et de loin ; mais dans d'autres, la partie positive de l'amplitude de convergence paraît avoir été restreinte, et ce n'est que lorsque l'elTet nuisible des prismes abducteurs eut été démontré par l'expérience que l'auteur s'aperçut de l'influence bienfaisante de prismes contraires.
Lorsque le strabisme convergent latent est très prononcé, il peut devenir la cause d'une asthénopie intense. Il précède alors souvent le strabisme convergent manifeste.
On constate facilement la convergence latente par le moyen que nous venons d'indiquer tout à l'heure, l'occlusion d'un des yeux. On peut se servir aussi des prismes, suivant les indications que nous donnerons à propos du strabisme divergent latent. Mais l'ophthalmodynamomètre nous ofl're encore le meilleur moyen de reconnaître si l'accommodation et la convergence sont bien adaptées pour un point donné et s'il n'y a pas prépondérance trop accusée de la seconde sur la première. Il arrivera alors que la série de points lumineux de l'instrument sera vue simple lors de la fixation, mais les points manqueront de netteté ; si la personne en examen s'efforce de les voir nets, elle les verra en diplopie homonyme.
La ténotomie du droit interne est aussi applicable au traitement du strabisme convergent latent. On n'y aura d'ailleurs recours que lorsque l'asthénopie n'a pu être corrigée au moyen de verres convexes, qui, en soulageant l'accommodation, diminuent ainsi l'impulsion à la convergence, ou à l'aide de prismes faibles à sommet interne, qui neutralisent l'excès de cette dernière. On comprend aussi qu'il faudra la doser avec une grande prudence et employer, après la section tendineuse, les moyens restrictifs de son effet que nous avons indiqués.