ACCOMMODATION. — DÉFINITION
Cependant l'observation de tous les jours nous montre que le même œil peut voir nettement à des distances très variées. Seulement, nous iie voyons pas simultanément d'une manière distincte un objet éloigné et un objet rapproché; nous voyons ou l'un ou l'autre. En nous approchant, par exemple, d'une fenêtre garnie d'un rideau en mousseline, nous pouvons voir tantôt les (ils du rideau, tantôt les objets situés hors de la fenêtre, mais jamais les deux ensemble. Ou encore, si nous tenons le doigt entre notre œil et un livre, nous voyons nettement, tantôt le doigt et tantôt le texte du livre, mais jamais les deux à la fois.
Il en résulte que des images nettes doivent se former sur la couche sensible de la rétine pour des objets très différemment éloignés. Mais, en même temps, l'état de l'œil doit avoir changé, puisqu'il ne voit pas à courte distance lorsqu'il est adapté au loin, ni au loin lorsqu'il est adapté à des objets rapprochés.
Or nous savons qu'étant donné un système dioptrique quelconque, et un écran sur lequel celui-ci doit produire des images, comme l'appareil dioptrique de l'œil sur la rétine, l'image est nette seulement pour une seule et même distance de l'objet.
Si l'objet se rapproche du système, son image s'en écarte, et l'écran ne reçoit qu'une image diffuse. Pour obtenir une image nette, il faut que l'écran s'éloigne également du système dioptrique, ou bien que la force de ce système augmente suffisamment pour réunir les rayons sur l'écran, malgré le rapprochement de l'objet du système. Si donc le même œil voit un objet à 100 mètres aussi distinctement qu'un autre situé à :20 centimètres, il faut, ou que sa rétine puisse changer de place, ou que son système dioptrique puisse changer de force réfringente.
La première hypothèse n'est pas admissible. Il faudrait pour cela que l'œil pût faire varier sa longueur dans l'espace d'une fraction de seconde, et la faire varier considérablement. En effet, nous l'avons vu, pour s'adapter de l'infini à 75 millimètres, l'œil devrait s'allonger de 4 millimètres. Ce chiffre représente la différence de longueur entre un œil emmétrope et un œil myope par allongement de l'axe, dont le punctum remotum est situé k 75 millimètres (13, 3 D).
L'œil ne possède pas d'appareil capable de produire un tel changement de longueur. Il faut donc que le système dioptrique de l'œil varie, lorsque l'objet de fixation change de distance. Il faut que la force réfringente augmente, lorsque ce dernier se rapproche, diminue lorsqu'il s'éloigne. C'est, en effet, ce qui se produit.
On appelle accommodation la faculté que possède l'œil de donner k son appareil dioptrique la force nécessaire pour voir nettement des objets situés k des distances différentes. Cette accommodation est produite par un changement de convexité du cristallin.
Voici sur quelles expériences est basée l'explication du phénomène de l'accommodation :
On sait que les miroirs convexes produisent des images diminuées et droites des objets situés en avant d"eux. Les miroirs concaves produisent des images renversées de ces mêmes objets. Ces images sont d'autant plus petites que la courbure des miroirs convexes ou concaves est plus forte, que son rayon est plus petit.
On peut s'en convaincre facilement à l'aide de quelques lentilles biconvexes de différentes courbures. La surface tournée vers l'observateur forme un miroir convexe, l'air contigu à la surface opposée forme un miroir concave. En tournant le dos à une fenêtre, on en voit immédiatement les deux images produites par les deux surfaces de chaque lentille, l'une droite, située en arrière de la lentille, due à la surface convexe, l'autre renversée, plus petite et plus rapprochée, due à la surface concave de l'air. Ces images sont d'autant plus petites que les lentilles qui les produisent sont plus fortes, c'est-à-dire que leurs surfaces sont plus courbes.
Or, lorsqu'on donne à un œil une direction déterminée, en lui faisant fixer un objet, et qu'on place à côté de lui une forte lumière, de telle sorte que la ligne menée de la lumière à l'œil forme un angle de 30 degrés environ avec la ligne visuelle, et qu'on regarde l'œil de l'autre côté, également sous un angle de 30 degrés avec la ligne visuelle, on voit apparaître dans la pupille trois petites images de la lumière, comme l'indique la figure 64, A. Ce sont les images de réflexion fournies par la cornée, la surface antérieure et la surface postérieure du cristallin, ou plutôt la surface antérieure du corps vitré qui est appliquée à la surface postérieure du cristallin (1).
L'image a, située le plus du côté de la flamme, est l'image fournie par la cornée. Elle est la plus lumineuse, parce que la différence d'indice de ré-
(1) Los figures 6i sont faites d'après celles de Dondcrs (Anomalies, etc., p. 13, édit angl., p. 12, édit. allem.), mais rectifiées, les images a et 6 droites, c renversée.
ACCOMMOUATIOiN. — PARTIE l'HYSKjUE.
fraction entre l'air et Ja cornée ou l'humeur aqueuse est plus grande que celle entre l'humeur aqueuse et le cristallin, ou le cristallia et le corps vitré. Elle est la moyenne comme grandeur, parce que la courbure de la cornée est la moyenne .des trois. L'influence exercée sur les deux autres images par la réfraction par les milieux dioptriques n'est pas assez grande pour changer entièrement les rapports de grandeur des images réfléciiies. La figure 65 (1) montre la formation de ces images de réflexion. AA' est
FiG. 65.
l'axe de la cornée, que nous pouvons supposer ici confondu avec la ligne visuelle, c'est-à-dire avec la direction que nous avons donnée à l'œil. C représente la cornée, L, le cristallin. Considérons, pour le inoineni, seulement la ligne pleine, en négligeant la ligne pointillée. En f se trouve la lumière, en 0, l'observateur.
Soit ir le plan sur lequel l'observateur voit ces images de réflexion, fournies par les différentes surfaces de l'œil.
Les rayons émanés de la flamme sont réfléchis par le sommet de la
(1) Donders, Anomalies, etc., p. U, édit. angl. et allem.
cornée suivant la ligne 1. L'observaleur voit donc en a l'image de la flamme rénéchie par la cornée. La surface antérieure du cristallin réfléchit les rayons suivant la ligne 2, et l'image correspondante apparaît en b. La surface postérieure du cristallin réfléchit la flamme dans la direction 3, et son image apparaît en c (1).
L'image b, située au milieu des trois, est due à la surface antérieure du cristaliin. Elle est la plus grande, parce que la surface réfléchissante qui la produit esl moins convexe, lorsque l'œil fixe un objet très éloigné. Elle est, de plus, un peu grossie par le ménisque formé par la cornée et l'humeur aqueuse.
Enfin l'image c de la surface postérieure du cristallin, la plus rapprochée de l'observateur, est la plus petite et la moins lumineuse, parce qu'elle <ist due à la surface la plus courbe et que la lumière, avant d'y arriver et avant de sortir de l'œil, a traversé des couches assez épaisses des milieux réfringents. De plus, cette dernière image est renversée, parce qu'elle est fournie par une surface concave. Par cette raison aussi, elle est animée de mouvements inverses de ceux communiqués à la flamme.
La figure 64', A et les lignes pleines de la figure 65 montrent la position et la formation de ces images de réflexion pendant que l'œil fixe l'objet le plus éloigné qu'il puisse voir distinctement, en d'autres termes lorsqu'il est adapté à son punctum remotum, lorsqu'il est au repos.
Si on rapproche l'objet de fixation, dans la direction primitive de la ligne visuelle (AA'), aussi près que possible de l'œil, mais sans que celui-ci cesse de le distinguer nettement, on observe les changements suivants dans les images de réflexion (fig. 64, B) :
L'image (a) de la cornée ne varie pas.
L'image (6) de la surface antérieure du cristallin se rapproche de celle de la cornée, et devient plus petite. Ceci prouve que la surface antérieure du cristallin s'est rapprochée de la cornée. On n'a qu'à considérer la figure 65, et on verra de suite que, si l'image de réflexion de la flamme, au lieu d'apparaître en b, se trouve en b', c'est-à-dire, lorsqu'elle pénètre dans l'œil de l'observateur suivant la ligne 2', la surface qui la réfléchit doit être plus avancée. C'est la ligne pointillée qui a remplacé, dans ce cas, la ligne pleine. D'autre part, si l'image est plus petite dans le second cas que dans le
(1) Il va sans dire que l.i cornée seule réfléchit les rayons directement, comme cela est indiqué par la figure. Ceux qui pénètrent dans l'œil, pour être réfléchis par la surface du •cristallin, sont déviés à leur entrée et à leur sortie de la cornée par l'humeur aqueuse, et ceux qui arrivent jusqu'à la surface postérieure du cristallin subissent en plus la réfraction par cette lentille, qu'ils traversent deux fois. Cette réfraction est négligeable dans la représentation schématique des reflets des surfaces de l'œil. Mais elle ne l'est pas lorsque, pour obtenir la position des surfaces cristalliniennes, il s'agit de déterminer l'endroit réel où se produit la réflexion, ni quand de la grandeur des images réfléchies on veut tirer les conclusions sur la courbure de ces deux surfaces. Aussi la réfraction de l'humeur aqueuse et du cristallin complique-t-elle assez la détermination de la forme des surfaces cristalliniennes, comme nous l'avons vu du reste dans notre chapitre de l'ophlbalmométrie.