ACCOMMODATION. — PARTIE PHYSIQUE
premier, c'est parce que la surface correspondante est devenue plus convexe.
La troisième image (c) enfin ne semble pas changer de place; mais elle devient un peu plus petite. La surface postérieure du cristallin, si elle ne s'est pas déplacée, a donc un peu augmenté de courbure.
L'épaisseur du cristallin doit évidemment augmenter d'une quantité égale à l'avancement de sa surface antérieure lorsque, sous l'influence de l'adaptation à courte distance, ses surfaces augmentent de convexité.
Tous ces phénomènes sont plus faciles à observer lorsqu'au lieu d'une simple flamme dont les contours ne sont pas nets, on prend, comme objet, par exemple deux carrés lumineux. Ils sont découpés dans un écran couvert d'un verre dépoli et fortement éclairés par derrière au moyen du gaz ou delà lumière électrique. Les reflets des surfaces dioptriques de l'œil, dans le regard à distance et dans le regard de près, sont alors représentés par les figures 66, A et B, où les lettres ont encore la même signification que précédemment.
Chaque surface réfléchit deux images, correspondant aux deux objets, et la dislance entre les deux images correspond à la grandeur de l'image réfléchie. Cette grandeur est facile à mesurer à l'aide de l'ophthalmoraètre.
FiG. 66.
A, état de repos. — B, état d'accommodalion. — a, reflets cornéens, invariables; 6, reflets de la surface antérieure du cristallin, plus petits, et par conséquent plus rapprochés l'un de l'autre pendant l'accommodation (B) et plus rapprochés de ceux de la cornée; c, reflets de la surface postérieure du cristallin, les moins lumineux conservant leur position pendant l'accommodation et devenant à peine un peu plus petits dans ce cas.
Lorsqu'un œil passe de la fixation de l'objet le plus éloigné à la fixation de l'objet le plus rapproché qu'il puisse voir nettement, il a évidemment fourni tout le changement d'adaptation optique, c'est-à-dire d'flccowmorfaf iow dont il est susceptible, et nous pouvons dire, en résumant ce que nous venons d'exposer :
V accommodation de l'œil est produite par un changement de forme du cristallin, en vertu duquel la surface antérieure de ce dernier se porte en avant et devient plus con vexe, tandis que la surface postérieure augmente peu en convexité et ne change pas de place.
Aucune autre modification n'a été observée dans l'appareil dioptrique ni dans la longueur de l'œil ; et, d'autre part, Knapp (1) a prouvé, par des mensurations directes, que le changement de courbure que subit le cristallin suffit pour expliquer toute l'accommodation dont un œil est susceptible.
Rappelons encore les données numériques des changements qui se produisent dans l'appareil optique de l'œil pendant l'accommodation :
Dans iin œil adapté à l'infini, le rayon de courbure de la surface antérieure du cristallin est de 10 millimètres, et celui de la surface postérieure du cristallin de 6 millimètres; la distance de la surface cornéenne à la surface antérieure du cristallin est de 3,6 millimètres, à la surface postérieure de 7,2 millimètres.
Lorsque l'œil est accommodé à 135 millimètres (5"), ces valeurs deviennent les suivantes :
Le rayon de la surface antérieure du cristallin devient égal à 6 millimètres, celui de la surface postérieure à 5,5 millimètres. La surface antérieure se rapproche de 0,4 millimètre de la cornée, la postérieure ne change pas de place; l'épaisseur du cristallin augmente de 0,4 millimètre.
Historique. — L'histoire de l'accommodation est très intéressante à étudier. Elle constituerait à elle seule un véritable cours d'optique appliquée. Toutes les hypothèses ont été émises et discutées pour expliquer ce phénomène. On a étudié tout ce qui , dans la forme de l'œil, dans ses surfaces réfringentes et dans sa force dioptrique, pouvait varier et amener le résultat produit par l'accommodation. Le caractère de ce livre ne nous permet malheureusement pas de tenter cette curieuse excursion dans le temps passé; mais ceux de nos lecteurs qui s'y intéressent trouveront l'histoire des théories de l'accommodation traitée dans l'ouvrage de Helmholtz, p. 118 de l'original, 163 de l'édition française.
Nous nous bornons à indiquer le chemin parcouru depuis que nous connaissons l'explication véritable de ce phénomène, jusqu'à son développement complet.
Le premier qui attribua à un changement de forme du cristallin les variations de réfraction nécessaires pour adapter l'œil semble avoir été le père Scheiner (1619) (2). Ensuite vinrent Descartes (1637) (3), Pemberton (1719) (4), Camper (1746) (5), Hunter (1794)(6).
(1) Knapp, Arch. f. Ophth., VI, 2, p. 1-52, 1860.
(2) Chrisiophorus Scheiner, Oculus , hoc est : fundamentum opticum, etc. Oenipont (Innspruck), 1619.
(3) Cartesius, Dioptrice, Lugduni Batavorum (Leyde), 1637.
(4) Pemberton, De facultate oculi, etc. Lugduni Batavorum, 1719.
(5) Camper, Dissertalio physiol. de quibusdam oculi partibus, Lugd. Bat., 1746.
(6) Hunter, Philus. Transactions, 1794, p. 21.