C. Optoiuèti'cs basé.s sur la lunette de Clnlilée
La lunette de Galilée ou hollandaise se compose d'un verre concave (oculaire) fort, e( d'un verre convexe (objectif) plus faible.
En variant la dislance entre les deux lentilles, on donne aux rayons qui traversent ce système une direction variable. iNous avons expliqué l'effet produit sur la direction des rayons lumineux par cette combinaison de lentilles au premier chapitre (p. 67).
Si les deux verres sont appliqués tout à fait l'un contre l'autre, l'action de la lentille négative, qui est la plus forte, l'emporte ; les deux réunies agissent comme un verre concave ; les rayons émanés d'un objet très éloigné qui ont rencontré l'objectif parallèlement sortent de l'oculaire en divergeant.
Lorsqu'on éloigne la lentille convexe, on peut considérer son action comme devenant de plus en plus forte. Elle détruit donc de plus en plus celle du verre concave. Les rayons émanés de la lunette sont de moins en moins divergents. A un moment donné, les deux lentilles se neutralisent entièrement ; les rayons sortent parallèles comme avant leur entrée dans le système. — Lorsqu'on continue à éloigner l'objectif, l'action du verre positif l'emporte sur celle du négatif, les rayons émergents convergent, et cela d'autant plus que l'objectif est plus écarté de l'oculaire.
On a donc ici encore un moyen très simple pour faire varier la direction des rayons lumineux. Chaque lunette de spectacle peut en somme être considérée comme un optomètre. On n'a qu'à graduer le tube de l'instrument, et, suivant qu'un œil exige un raccourcissement plus ou moins considérable de la lunette pour voir à distance, sa réfraction est plus ou moins forte.
De Graefe a été un des premiers à se servir du principe de la lunette de Galilée pour déterminer la réfraction de l'œil (2).
Mais son instrument laissait beaucoup à désirer, surtout au point de vue de la grandeur des images rétiniennes qu'il fournit. Cette dernière était tel-
(1) Clinique ophtli. du D' Badal, p. 18. Paris, 1878. ■ (2) V. Graefe, Voneigung zweckinaessiger Leseglaeser und eines binoculaeren Refractionsmessers (Klin. Monatsbl., t. 111, p. 392) ; voy. aussi cet ouvrage, t. I, p. 682. j
DÉTERMINATION DE LA UÉFRACTION STATIQUE. "m
lement variable qu'on ne pouvait pas mèine approximativement déterminer l'acuité visuelle. Snellen (1) a diminué cet inconvénient en rendant le grossisj sèment produit par la lunette aussi faible que possible. Les différences dans la grandeur des images rétiniennes d'yeux de réfraction différente deviennent j alors également moindres. Pour arriver à ce résultat, il a combiné deux len- I tilles très fortes ( — 40 D et -f- 20 D) qui, avec une excursion très faible.
FiG. 93.
donnent des effets de réfraction très variés. Plus les lentilles de la lunette e Galilée sont fortes, plus le grossissement est faible. Pour amener, autant que possible, le malade à détendre son accommodation, l'auteur conseille de déterminer la réfraction et l'acuité visuelle des deux yeux simultanément. C'est pour cela qu'il a monté les verres de son optomètre dans un cadre de lunettes, si bien qu'ils forment pour ainsi dire un optomètre double ou binoculaire (fig. 93).
(1) Voy. vol. I de cet ouvrage, p. G83.
2iO
D. Optoinèti'cs basés sur la Innctto astronomique .
La lunette astronomique a également servi en optométrie. Elle se compose, comme on sait, essentiellement de deux lentilles convexes. La lentille objective forme, à son foyer, une image renversée des objets éloignés. Cette image est observée à travers l'oculaire, qui la grossit comme une loupe. L'objet étant très éloigné, on peut considérer comme constante et infinie la distance qui le sépare de l'objectif. L'image reste donc invariablement au foyer de cette lentille, et se meut avec elle quand on l'éloigné ou la rapproche de l'oculaire. Elle joue à l'égard de celui-ci le même rôle qu'un objet dont on varierait la distance. L'oculaire et cette image réelle forment donc un optomètre analogue à ceux composés d'une seule lentille convexe, que nous avons considérés tout <à l'heure.
Si l'image se trouve au foyer de la lentille oculaire, la distance qui sépare les deux lentilles étant ainsi égale à la somme de leurs distances focales, l'œil reçoit des rayons parallèles. Si elle se trouve au-delà du foyer de l'oculaire (écartement des deux lentilles plus grand que la somme de leur distance focale), les rayons sont rendus convergents, et cela d'autant plus que l'objectif est plus éloigné de l'oculaire. — Si l'image tombe entre l'oculaire et son loyer (écartement des deux lentilles moindre que la somme de leurs distances focales, mais plus grand que la distance focale de l'oculaire), les rayons sortent de l'oculaire en divergeant. La divergence augmente à mesure qu'on rapproche l'oculaire de l'objectif, c'e^-à-dire de l'image qu'il produit.
C'est ce principe que M. Hirschberg(l) a appliqué àla construction d'un optomètre. Il a combiné une lentille convexe de 40, 5°"" avec une autre de 27°"" de distance focale. Ces deux lentilles sont montées dans des tubes qui glissent i'un dans l'autre comme ceux d'un télescope, el sont mis en mouvement pa une crémaillère. L'auteur obtient une variation de réfraction comprise enlre une myopie de 12,33 et une hypermétropie de 12,33 dioptries, en faisant varier la distance entre les deux lentilles de 60,5 à 82 = 21,5""". Cet espace du tube oculaire est divisé en demi-millimètres, ce qui permet la détermn nation de la réfraction à une demi-dioptrie près.
Les avantages de la lunette astronomique consistent en ce que son champ est plus étendu que celui de la lunette de Galilée. L'image qu'elle fournit étant réelle, peut être mesurée directement, et la mise au point contrôlée au moyen d'un réticule. De plus, on peut se servir de tous les objets-types voulus pour l'optométrie à l'aide de ce principe, attendu que l'objet n'est pas lui-même mobile dans le tube de l'instrument, comme dans les optomètres à lentille convexe unique. L'objet est formé par l'image réelle des échelles typographiques ordinaires, placées à une distance de quelques mètres. Oiï
(1) Hirschberg, Beitraege zur practischen Augenheilkunde, II, 1877, p. 4.
DÉTERMIiNATlON DE LA RÉFRACTION STATIQUE. Ui
n'a qu'à prendre soin de les suspendre à l'envers, parce que l'image est renversée.
L'inventeur fait ressortir encore un avaatage tout particulier de sou optomètre. En retournant la lunette, de sorte que l'objectif devienne oculaire et l'oclilaire objectif, l'instrument reste optomètre, mais ses constantes optiques mt changé. Pour obtenir la même direction des rayons émergents, il faut donner aux lentilles une autre distance réciproque. Ainsi, dans l'exemple précédent, une myopie de 12,33 D correspond à un écartement de 54"" ', une hypermétropie de 9,25 D, à 108"°'". L'emmétropie seule conserve 67,5""" dans Jes deux cas.
L'instrument contient une division ou une échelle à part pour chacune des deux positions. En faisant alors successivement deux déterminations, dans l'un et dans l'autre sens, on peut contrôler les réponses du malade, qui doivent s'accorder dans les deux cas.
Le grossissement de l'instrument varie avec les distances réciproques des deux lentilles. Aussi l'auteur a-t-il soin d'ajouter à son optomètre un tableau de réduction, qui permet de trouver la valeur réelle de l'acuité visuelle apparente donnée par son appareil.
Tous les principes d'optométrie se prêtent évidemment à la construction d'optomètres doubles. On n'a qu'à combiner deux instruments, un pour chaque œil, et à leur donner un écartement variable. M. Hirschberg a mis cette idée en pratique pour son optomètre, et cela de façon qu'il fût applicable à tout écartement des yeux.
Il nous semble cependant difficile de déterminer la réfraction et l'acuité visuelle simultanément sur les deux yeux. Comment contrôler ce que voient l'un et l'autre œil séparément, et jusqu'à quel degré la vision supérieure de l'un vient en aide à l'adaptation imparfaite de l'autre? La méthode suivant laquelle on obtient le parallélisme des lignes visuelles dans le sté- I réoscope est basée sur un principe tout à fait différent. Ici on présente les objets-types à l'œil examiné seul, tandis que l'autre est dirigé sur une surface unie, blanche ou noire, qui n'a de l'échelle typographique que le cadre. C'est la fusion des cadres des deux champs qui maintient les yeux en parallélisme, et il n'est pas possible de se tromper sur l'œil qui voit, comme avec un optomètre double.
Tous les optomètres simples, ou monoculaires, ont le grave inconvénient, ■souvent signalé déjà, de troubler le résultat de la détermination par l'effort I d'accommodation qu'ils provoquent. On trouve presque toujours, avec ces j instruments, la réfraction beaucoup plus élevée qu'elle n'est en réalité. 1 C'est, en effet, une observation bien connue que, chaque fois qu'on engage I une personne non habituée aux expériences (comme la grande majorité de nos malades) à regarder dans un instrument d'optique, elle fait involontairement un effort d'accommodation. C'est là la principale cause de la
fatigue produite par l'usage des lunettes de spectacle, des microscopes et des loupes. Dans aucune autre condition du travail, les yeux ne devraient se fatiguer moins qu'avec ces instz"uments, attendu qu'ils permettent, par leur mise au point, de donner aux rayons lumineux toute direction voulue, et particulièrement celle qu'ils auraient en provenant du punctum remotum de l'œil. L'emmétrope peut rendre parallèles les rayons sortant de sa loupe; le myope peut rendre divergents ceux qui viennent de très loin ; l'hypermétrope peut se procurer toujours des rayons convergents.
Tous ces yeux devraient donc voir sans aucun effort d'accommodation. Néanmoins ils accommodent, et souvent très fortement. La preuve en est que la plupart des personnes non exercées voient très petit dans ces instruments d'optique. Lorsqu'on engage un élève en microscopie ou en ophthalmoscopie, — car l'appareil dioptrique de l'œil n'est autre chose qu'un microscope simple, --à dessiner les objets qu'il voit, avec la grandeur dont ils lui apparaissent, on obtient souvent des dessins d'une petitesse ridicule. J'ai vu, dans mes cours d'ophthalmoscopie, les élèves dessiner des papilles du nerf optique qui ne dépassaient pas le diamètre d'une tète d'épingle. Ce fait s'explique de la façon suivante (1) : l'instrument optique donne à l'œil une image rétinienne, sans le renseigner sur la grandeur de l'objet auquel elle correspond. La grandeur que l'œil attribue à l'objet dépend de la distance à laquelle il le rapporte, ou à laquelle il projette son image rétinienne. Plus cette distance est grande, plus l'objet paraît grand, et inversement.
Cette distance de projection dépend, pour un œil non exercé, surtout de l'état d'accommodation. S'il fait un* effort d'accommodation comme s'il fixait un objet à 15"", l'image rétinienne est projetée à 15''", et l'objet n'est que moitié aussi grand que si l'œil le supposait à SO"^™ et s'adaptait en conséquence. Donc, si un œil voit très petit dans un microscope, ou une loupe, ou dans un autre œil, nous concluons qu'il fait un effort d'accommodation exagéré.
Nous avons d'ailleurs la preuve directe du spasme du muscle ciliaire, provoqué par l'usage des optomètres, lorsque nous comparons la réfraction ainsi trouvée avec celle que nous obtenons à l'ophthalmoscope, ou après atropinisation de l'œil. Il y a presque toujours une différence notable entre les résultats des deux méthodes, et une différence plus grande que celle que donne la méthode optométrique à l'aide des simples verres de lunettes.
E. Optomètres baltes sur la mesure des cercles de diffusion.
Les méthodes optométriques que nous venons de passer en revue sont basées sur ce principe : chercher directement le verre ou la combinaison
(1) Comparez Landolt, Le grossissement des images ophlhalmoscopiques. Paris, 1874. et On the enlargement of ophthalmoscopic images, in British. Med. Journ., jànv. 1880.
optique qui corrige l'amétropie, qui rend l'œil amétrope emmétrope. C'est le verre qui rend nettes les images rétiniennes d'objets placés à grande distance, ou, ce qui revient au même, d'objets émettant des rayons parallèles.
Or, de ce que nous avons exposé sur l'amétropie, au cbapitre précédent, il résulte qu'on doit pouvoir la déterminer encore par d'autres méthodes. Ainsi, au lieu de corriger Vamétropie et de rendre les images rétiniennes nettes, laissons-les indistinctes, et déterminons les diamètres des cercles de diffusion.
Nous savons que, plus un œil est amétrope, plus est grand le cercle de diffusion que forme, sur sa rétine, un point lumineux placé à grande distance (p. H8 et 115). Si nous parvenons à mesurer le diamètre du cercle de diffusion, nous aurons donc encore un nouveau moyen pour déterminer l'amétropie, ou l'adaptation de l'œil en général.
Ceci est possible, et a été réalisé au moyen de certains appareils que nous pourrons ranger sous la dénomination ^
HF Optomètres basés sur r expérience de Scheiner.
Lorsqu'on regarde un petit objet pour lequel l'œil n'est pas adapté, à travers des ouvertures qui ont entre elles un écartement moindre que le diamètre de la pupille, l'objet apparaît multiple, chaque ouverture donnant naissance à une image sur la rétine. C'est ce qu'on appelle l'expérience de Scheiner.
Voici comment on se rend le mieux compte de ce phénomène : on place, aussi près que possible devant l'œil, un diaphragme (carte de visite) percé de plusieurs trous d'épingle. Prenons-en deux, qui soient plus rapprochés l'un de l'autre que ne le sont les deux extrémités d'un diamètre pupillaire, et plaçons-les de telle sorte que tous les deux se trouvent devant la pupille. A travers ces deux ouvertures, regardons une tète d'épingle, placée à une distance à laquelle nous voyons nettement, par exemple à la distance de la lecture. Nous verrons l'épingle telle quelle, un peu plus sombre, parce qu'il n'y a qu'une partie de notre pupille qui donne accès à la lumière qui provient de cet objet. Mais, si nous rapprochons l'épingle en-deçà (ou l'éloignons au-delà, si nous sommes myope) de la distance à laquelle nous voyons nettement, par exemple à i""" devant l'œil, nous la voyons double. Les deux images s'écartent d'autant plus l'une de l'autre que l'objet s'écarte davantage de la distance où nous sommes adaptés. Le phénomène est facile à expliquer.
Soient DD (fig. 94) le diaphragme, A et B les ouvertures, 0 un point de l'objet. Ce dernier émet des rayons lumineux dans toutes les directions. Sans le diaphragme, un cône lumineux aurait pénétré dans l'intérieur de l'œil et aurait été réuni en une image o. Le diaphragme intercepte la plus grande partie de la lumière, et ne laisse entrer dans l'œil que les rayons qui peuvent pénétrer à travers les ouvertures A et B. Au lieu d'un grand cône lumineux,