Capsule du cristallin {capsula lentis
La capsule est une membrane diaphane fortement élastique qui délimite complètement en les isolant du dehors l'épithèle et les fibres du cristallin. Près de son bord et de sa surface antérieure la capsule est solidement réunie à la zonule, tandis que sa surface postérieure adhère au corps vitré. Suivant les diverses régions son épaisseur varie. La plus forte épaisseur (11 à 15 fz) se rencontre à la face antérieure et principalement au milieu de la capsule antérieure. Vers les bords, son épaisseur diminue déjà et tombe, vers la face postérieure, au point que la capsule postérieure n'atteint que le minimum de 5-7 près du pôle postérieur.
La capsule est extrêmement élastique, les portions excisées se recoquillent en dehors. Dans sa constitution chimique elle se différencie aussi bien de la substance élastique que de la substance fournissant de la colle du tissu conjonctif, de la première par sa moindre résistance contre les acides concentrés, et par sa dissolubilité en la faisant bouillir pendant plusieurs heures dans de l'eau (Strahl); de la seconde elle se distingue en ceci qu'en laissant refroidir cette dissolution elle ne se prend pas en gélatine, et en outre par sa
GRISTAIXIN.
solubilité dans de la trypsine. Elle se rapproche le plus comme qualité chimique du sarcolemme et de la membrane propre des glandes (Chittenden). A un très fort grossissement, des coupes de la capsule du cristallin paraissent i munies de fines stries parallèles (Valentin). Berger a réussi, en se servant I d'une macération dans une solution d'hypermani^anate de potasse, à fragmenter la capsule dans le sens de ces lignes parallèles. Il est particulièrement facile de détacher, aussi bien de la capsule antérieure que de la capsule postérieure, une lamelle externe qui, à l'exclusion des autres, se trouve en tinuation av^ec la zonule {lamelle zonulairé). Il est plus difficile de reconconnaîtredans la partie intérieure et plus grossie de la capsule une structure lamellaire; pourtant elle s'y trouve aussi indiquée, et on doit se représenter ces diverses lamelles comme agglutinées par du ciment. Aucun élément celi lulaire ne se trouve renfermé dans la capsule même, [l sera question plus loin d'une striature radiée de la lamelle zonulairé provenant de la zonule même.
I On a envisagé la cristalloïde tantôt comme une membrane cuticulaire formée par les cel- ! Iules épithéliales du cristallin (Kessler), tantôt comme purement de la nature du tissu coiijonctif (Lieberkiihn, Serncff, Babucliin, J. Arnold, W, Millier). D'autres investigateurs (Kôlliker)
seplacentàun autre point de vue intermédiaire, les uns n'envisagent (comme Manz exclusivement pour la capsule antérieure) qu'une partie de la cristalloïde comme de formation cuticulaire et réservent le reste comme appartenant au genre de membranes de tissu conjonctif. Ceux qui aiihèrent exclusivement à cette dernière provenance font valoir la structure lamellaire, les qualités dermiques et surtout la provenance embryologique. Car chex les mammifères et chez l'homme le cristallin se trouve entouré d'une membrane vasculaire {capsule vasculaire du cristallin) (fig. 155), membrane dont la substance propre se continue avec celle du corps vitré. Les vaisseaux de cette capsule émanent, en ce qui concerne la surface postérieure du cristallin, d'une artère qui, pendant la vie embryonnaire, représente la continuation de l'artère centrale de la rétine, allant de la papille du nerf optique à la surface postérif*ure du cristallin en traversant le corps vitré {A.capsiilaris s. hyaloidea). Au voisinage de la surface postérieure du cristallin, et un peu excentriquement en bas, l'artère hyaloïdienne se divise brusquement en de nombreuses
SCHWALBE. — ANATOMIE.
petites branches qui se répandent en sens radié le long de la surface postérieure du cristallin vers son bord. Ces branches ont pris avec la substance du corps vitré qui s'étale entre elles, le nom de membrane capsulaire. Arrivées au bord du cristallin, elles se recourbent sur la surface antérieure et prennent de nouveau un parcours radié vers le centre de cette surface antérieure, mais se trouvent, avant de l'avoir atteint, renforcées par de nouveaux vaisseaux radiés, provenant, eux, du bord pupillaire. Ces derniers dénotent en partie leur caractère de vaisseaux veineux et servent, avec de petites veines qui accompagnent Vartère capsiilaire jusqu'à la surface postérieure du cristallin et aboutissent à la veine centrale, à déverser le sang que l'artère capsulaire a fourni à la membrane capsulaire vasculaire. Cette portion de la capsule vasculaire contenant des veines et fermant l'ouverture pupillaire, s'appelle membrane pupillaire (fig. 156, 9). La portion qui relie celle-ci avec la membrane capsulaiie, mais qui, en réalité, en fait partie, est désignée jusque vers le bord cristallinien comme membrana capsulo-pupillaris {fig. 156, 8) Cette dernière et la membrane capsulaire sont une seule et même membrane. — La capsule
F:G. 156. — Coupes schématique horizontale et méridionale à travers un œil embryonnaire. Les parties mêmes de la cupule visuelle présentent des hachures foncées, les enveloppes externes et internes des hachures claires.
1-5. Ophthalmencephalon. — 1. Nerf optique. — 2, Rétine. — 3. Epithèlc. — A. Blaslème de la pars ciliaris retinœ. — 6. Cristallin. — 7-8. Enveloppes internes de la cupule visuelle. — 7. Corps vitré. — 8. Membrane capsulo-pupillaire. — 9-15. Enveloppes externes do la cupule visuelle. — 10. Blastèmc dft l'iris se confondant avec la membrane pupillaire. — H. Chambre antérieure. — 42. Cornée. — 43, Blastèmc de la sclérotique et de la choroïde. — 44. Blaslème de l'enveloppe du nerf optique.
vasculaire du cristallin sert à la nutrition de sa substance propre et implique l'accroissement rapide pendant la vie embryonnaire. Chez le nouveau-né, cette membrane a, dans des conditions normales, complètement disparu ; chez divers mammifères, par contre, elle persiste encore plus ou moins longtemps après la naissance.
Aussi la membrane capsulaire vasculaire représente une enveloppe de tissu conjonctif en continuité avec le tissu du corps vitré et le tissu conjonctif de l'iris (comp. fig. 156j. De cette enveloppe de tissu conjonctif doit, d'après l'opinion des auteurs sus-mentionnés, naître la capsule du cristallin développé. Le fait est qu'il préexiste déjà une fine capsule du cristallin, avant que la surface antérieure de la lentille se soit entourée de celte enveloppe de tissu conjonctif (Kessler, Kolliker). Cette capsule ne peut être envisagée autrement que comme formation cuticulaire; mais il est très peu probable que la cristalloïde postérieure, qui, à part son épaisseur, se comporte absolumentcomnie la cristalloïde antérieure, soit d'une provenance autre. Il faudrait pour cela qu'on puisse démontrer au moins entre ces deux portions une ligne de démarcation, mais rien de semblable n'existe.
CRISTALLIN
II faut donc assigner à la crislalloïde postérieure une provenance identique à celle de la capsule antérieure. Qu'il en soit ainsi, au moins pour une partie de la cristalloïde postérieure, et qu'elle soit de provenance cuticulair e, c'est ce qui résulte du fait de son apparition antérieure à celle de l'enveloppe de tissu Conjonctif. Par cela nous n'entendons pas moins qu'elle ne soit en partie d'origine du tissu conjonctif. Je crois que son union si intime avec la zonule, ainsi que la possibilité d'isoler une lamelle zoiiulaire, s'explique sans forcer les choses, par ce fait qu'on doit envisager ses couches internes comme formation cuticulaire, mais sa couche externe, la lamelle zonulaire, comme dérivant de la capsule vasculaire el embryonnaire du cristallin. Il faudrait aussi rechercher dans cette provenance cuticulaire la raison de cette différence sensible d épaisseur entre la cristalloïde antérieure et la postérieure. La cnpsule antérieure est continuellement renforcée par i'aciivité des cellules invariablement placées derrière elle, tandis que les cellules épitliéliales de la cristalloïde postérieure du petit sac lenticulaire primitif montrent déjà très tôt une tout autre activité, celle de se transformer en fibres cristalliniennes; pour cela elicb peuvent dans une mesure moindre, ou même pas du tout, fournir des matériaux destinés à renforcer la membrane cuticulaire.
En traitant la cristalloïde postérieure avec du nitrate d'argent, on réussit à démontrer, sur sa surface externe, un dessin rappelant la présence d'un épitlièle (Ewart), dans lequel se distinguent des noyaux (Ulrich, Deutschmannj.Ce tracé argentin supra-capsuhiirc manque sur la capsule antérieure, et il faut le rapporter à la couglulinalion avec le corps vitré, attendu qu'il n'est plus démontrable sur la cristalloïde dégagée du corps vitré (Deutschmann).
2. Uépithèle du cristallin {épitlièle de la capsule antérieure).
L'épithèle du cristallin est un épitlièle pavimenteux à simple couche. Chez l'enfant, les cellules qui le composent sont aussi hautesque larges (lOfj^dans les deux dimensions) ; chez l'adulte, au contraire, elles s'aplatissent loriement et prennent, vues sur un plan, une configuration hexagonale, de 19 à 21 ^ de diamètre. Leur corps est grumeleux, assez souvent parsemé de vacuoles; le noyau sphérique renferme un à deux nucléoles. L'isolement des cellules épithéliales s'obtient assez difficilement à l'état frais. En les isolant, on voit que les contours n'en sont pas toujours lisses, mais qu'ils sont munis de pro- { longements plus ou moins longs, simples ou bifurqués (Hosch). Ceux-ci reviennent, autatit qu'on en peut juger, à la surface externe des cellules; par conséquent ils se trouvent sous-jacents à la capsule et, à ce qu'il paraît, placés dans une mince couche albumineuse sous-capsulaire, dans laquelle Deutschmann vit apparaître, en traitant des cristallins frais avec du nitrate d'argent, des dessins rappelant l'endolhèle ; mais ils ne renferment jamais de noyaux. Cette couche albumineuse se continue aussi entre les fibres cristalliniennes et la capsule, c'est-à-dire le long de la capsule postérieure, comme une couche d'une ténuité extrême, et elle donne aussi ici en se servant de la méthode d'argentalion les mêmes réseaux de lignes noii es que sous la capsule antérieure. Pareils dessins réticulés analogues qui se produisent sans argenlation ne doivent pas être rapportés à la délimitation d'attache des fibres cristalliniennes; car, ainsi que le démontre la description du parcours des fibres cristalliniennes, il n'existe pas pareilles attaches dans le cristallin complètement formé.
Vers le bord du cristallin l'état granulé des cellules épithéliales s'accentue
796 SCHWALBE.
— ANATOMIE
davantage. Des coupes méridionales nous apprennent qu'en même temps les cellules deviennent plus étroites et gagnent en hauteur (fjg. 154, 2 et fig. 157 cette dernière d'après O.Becker), et qu'en s'étendant progressivement en hauteur, elles finissent par se transformer en fibres cristalliniennes (près de 3, fig. 154) tournant primitivement leur convexité en dehors (fig. 154, 4) ; mais peu à peu elles s'allongent et finissent par former des arcs à convexité extérieure (voy. plus loin). Sur des sections méridionales, il se produit ainsi une figure en vortex, le vortex marginal du cristallin (vortex cristallinien (1) d'après 0. Becker et autres).
L'allongement des cellules épithéliales dans le vortex marginal se produit tout d'abord de telle manière que la portion de la cellule située entre le noyau et la capsule gagne en longueur. Les noyaux s'éloignent proportionnellement de la capsule en formant alors une zone située à peu près à réquateur du cristallin, zone à convexité postérieure, mais qui bientôt se transforme en dedans en une zone à convexité antérieure. Le tracé en S que forment les noyaux des jeunes fibres, sur des coupes méridionales, est la zone des noyaux du cristallin de Meyer, Varc des noyaux d'O. Becker.
Comme les fibres centrales du cris-
(1) Le nom de vortex cristallinien serait abandonné pour cette disposition, attendu qu'il a été depuis longtemps assigné à un arrangement autre dans la structure du cristallin. Il s'agit de l'émanation en lignes formantvortex des rayonsdu cristallin et placées entre deux rayons du dessin de la soudure (ou de l'étoile) du cristallm (voy. plus loin). Cette disposition est désignée par Huschke, Arnold et autres comme vortex cristallinien et conservera ce nom dans notre description.
CIUSTALLIN.
talliii sont dépourvues de noyaux, l'arc des noyaux n'atteint pas l'axe du cristallin. — Plus le sujet est avancé en âge, moins se trouve développé le vortex marginal ainsi que l'arc nucléolaire.
Entre la surface postérieure de l'épithèle et la face antérieure de la masse des fibres cristalliniennes, c'est-à-dire à la place du creux primitif de la vésicule lenticulaire embryonnaire, se trouve, dans des cristallins frais, une mince couche albuminoïde sous-êpithéliale, qui agglutine l'épithèle et les fibres. Elle présente, après avoir été traitée par le nitrate d'argent, les mêmes lignes noires encadrant des champs polygonaux. La présence de cette couche explique l'apparition d'une gouttelette d'un liquide renfermant des globules d'albumine (humor ou liquor Morgagni) lorsqu'on pique la capsule antérieure. En absorbant l'eau de la substance des fibres, l'espace en fente capillaire, occupé par la couche albuminoïde sous-épithéliale, peut sensiblement s'élargir, ainsi que cela se produit, par exemple, par la congélation (Michel). Par ce fait, la substance propre du cristallin parait mobile, dans sa capsule, au-dessous de laquelle se trouve située une plus grande quantité de liquide. De même, en plaçant des cristallins frais dans de l'acide nitrique à 20 pour 100, on observe pareil retrait de la substance des fibres.