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Les fibres cristalliniennes

Les fibres du cristallin sont des rubans hexagonaux prismatiques dont la largeur diminue à mesure qu'on s'éloigne des couches externes vers le centre du cristallin. Tandis que dans les parties centrales leur longueur correspond à peu près à celle de l'axe du cristallin, les fibres des couches périphériques ont à peu près 1/3 de moins que la longueur d'un méridien dirigé d'un pôle à l'autre (mesurant 12 millimètres); elles ont donc 8 millimètres de longueur. On se rend aisément compte, sur des coupes, de la configuration hexagonale prismatique des fibres, coupes qu'on choisit le mieux dans un plan équatorial. On reconnaît alors (fig. 158, B) que ces fibres sont aplaties de telle façon que les deux côtés larges se trouvent dirigés en dehors et en dedans ; les côtés étroits, par contre, s'aiguisent en angle se dirigeant dans le sens de lignes en arcs concentriques au centre du cristallin. Les angles que forment les côtés allongés de la fibre avec les côtés étroits sont obtus. Ni la largeur, ni l'épaisseur des fibres, n'est la même dans les diverses couches du cristallin. Gomme la largeur, l'épaisseur aussi diminue dans ces couches à mesure qu'on va de la périphérie vers le centre du cristallin. Tandis que les plus périphériques ont une largeur de 10 à 12 et une épaisseur de 4,5 à 5,5 p., ces mêmes dimensions sont, pour les fibres internes, de 7 à 8 (jl de largeur et de 2,5 [k d'épaisseur.

Il résulte de ces diverses dimensions qu'une fibre cristallinienne peut

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présenter un aspect très divers lorsqu'on l'isole, et cela suivant qu'on ia regarde du côté large ou du côté étroit. Vues de plan, les fibres paraissent plus ou moins coume des rubans (fig. 158, A); vues sur la crête, elles se présentent, par contre, comme d'étroites fibres, qui présentent en outre, à

Fig. 158. — Fibres cristallinieiines 350/1.

A. Fibres cristalliuiBaiies du bne if munies de bords dentelés, d'après Kolliker. — B. Section transversale à travers les fibres du cristallin de l'homme, d'après Kolliker. — G. Fibres de la région équatoriale du cristall n humiin, d'après Heiile. — l>a plupart des libres se voient sur la crête; seulement, à 2 et à A, elles sont vues de face. — 1. Noyaux des fibres.

l'endroit où se trouve le noyau de la fibre, un léger renflement (fig. 158, G, 1), tandis que dans le sens de la largeur de la fibre le noyau ne modifie en rien le contenu. Pareil noyau se trouve dans toutes les fibres, à l'exception des centrales. Il est ovale, grand, muni de nucléoles, et correspond au milieu de la longueur de la fibre.

Ces fibres ne possèdent pas une membrane chimiquement différente du

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contenu très riche en albumine. Ce qui a été décrit comme une membrane est une couche corticale un peu plus condensée, se perdant peu à peu dans la masse centrale plus mollasse, (^elle-ci s'échappe aisément par pression de !a fibre, et se présente sous forme de globule d'albumine, tandis que l'autre partie de la fibre reste comme masse tubuleuse (soi-disant tube lenticulaire). I On a, à diverses reprises, décrit une strialion transversale des fibres); elb; peut résulter des causes les plus diverses : les prolongements des arêtes d'une fibre vue de ce côté, une ondulation de la fibre vue de face sur le plan, produisent le pliénomène de pareille slriation. En tout cas, celle-ci ne se rapporte pas à une particularité de la structure interne de la fibre, telle que la produirait l'alternance de couches à substances d'une réfringence différente, comme cela a lieu pour les muscles à stries transversales. Les I fibres sont plutôt dans toutes leurs parties à double réfraction; rien n'existe en elles qui se rapporterait à un pouvoir contractile.

Les fibres du cristallin sont des éléments passifs qui, grâce à leur substance mollasse etplaslique, s'adaptentaux changements de forme qu'entraîne i la vision de près et de loin. Quant à leur structure intime, il existe une dif- ] férence entre les fibres de la périphérie et celles du centre. Les périphé- 1 riques sont plus riches en eau, plus mollasses, les centrales contiennent moins d'eau, sont plus denses. Cette consistance plus considérable des fibres centrales, ainsi que leur manque de noyau et leur plus fort aplatissement, fait songer qu'on a affaire dans le centre du cristallin à des transformations analogues à celles qu'on rencontre à la surface de l'épiderme, c'està-dire à une cornifîcation. Comme il n'est nullement possible de rencontrer de la kératine dans l'intérieur du cristallin, cette manière d'envisager les fibres centrales comme transformées en kératine ne peut être admise.

Les fibres du noyau et des couches moyennes du cristallin se différencient enfin encore par leurs prolongements comparativement aux fibres lisses de la périphérie. Ces prolongements peuvent partir aussi bien des arêtes aiguës qu'obtuses, et sont généralement des pointes très fines, qui donnent à la fibre vue de profil ou de face un aspect dentelé de leurs lignes de démarcation (comp. fig. 158, A). Aux arêtes aiguës de la fibre, ces pointes se trouvent assez souvent un peu élargies et aplaties. Les arêtes obtuses peuvent toutes les quatre être garnies de prolongements en dentelures, mais ordinairement on n'en rencontre que sur deux arêtes obtuses, diagonalement placées et se présentant, vues sur le plan, de manière à garnir la fibre de deux séries de points qui courent parallèlement au bord de la fibre. Les prolongements de deux fibres voisines ne s'engrènent pas à la manière de dents, mais ne se touchent qu'avec leurs pointes, d'une manière analogue à ce que font les prolongemenis de cellules à piques ou en brosse de l'épiderme. Ce n'est que chez les poissons que les prolongements dentïlés d'une fibre s'engrènent dans les incurvations de deux prolongements d'une fibre voisine. Ici il arrive même parfois que les dents sont encore garnies de petites dents (Henle, chez l'esturgeon).

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Abstraction donc de ce qui se passe chez les poissons, la dentelure des bords des fibres ne contribue pas sensiblement à leur réunion. Ce qui les rattache est plutôt un ciment mollasse, accumulé en moindre quantité entre les côtés plats des fibres que le long de leurs arêtes étroites. On peut en faire la démonstration sur des cristallins frais traités avec de faibles solutions de nitrate d'argent; le ciment se présente alors sous forme de lignes brunâtres ou noires qui délimitent les diverses fibres. Par l'ébullition, en outre, par la macération dans des acides (1), dans de l'alcool à 1/3, de la solution de Mûller, du nitrate d'argent à 1 : 800, le ciment se dissout ou plutôt se détache par coagulation. Il devient alors facile d'isoler les fibres. Comme le ciment se trouve en moindre quantité entre les plans des libres que le long de leurs arêtes, et que celles-ci s'imbriquent solidement avec celles de

FiG. 159. — Déhiscence en feuillets d'un cristallin traité par de l'alcool dilué,

d'après Arnold.

1. Partie centrale du cristallin (nucleus lentis). — 2. 2. Lamelles de la substance corticale.

deux fibres voisines, la dissociation de la fibre s'effectue plus aisément le long de leurs plans larges, tandis qu'elles peuvent encore rester solidement attachées par leurs arêtes. On obtient alors, par la macération, une dissociation du cristallin en lamelles concentriques imbriquées en feuillets comme les enveloppes d'un oignon (fig. 159, 2). Les fibres du noyau opposent à cette déhiscence un obstacle plus considérable que les parties périphériques. Il serait donc possible que la dentelure des fibres ne soit pas sans exercer quelque influence sur la solidité plus intime dans la réunion des fibres entre elles.

En se servant du procédé de macération que nous venons de décrire pour l'isolement des fibres, il se produit constamment, à partir des pôles du cristallin, des fentes qui, dans la majorité des cas (chez la plupart des mammifères, chez le fœtus et le nouveau-né), représentent une figure à trois rayons,

(1) Acide chlorhydrique 1 : 200 à 1: 100 (Morrigia) ; le mélange de Wittich de chlorhydrate dépotasse et d'acide nitrique (Fubini); l'acide sulfurique dilué (0. Becker); acide nitrique 20 pour 100.

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autrement dite ïétoile du cristallhi (fig. 1G0, A et B partant dec). Les trois rayons {radii lentis) de l'étoile du cristallin forment entre eux un angle de 120 degrés. Chez le nouveau-né, un des rayons de la surface antérieure est diri2:é verticalement en haut, les deux autres en bas et latéralement (fig.l60,B).

Sur la surface postérieure les rayons ont subi un déplacement de (30 degrés; ici un des rayons est dirigé en bas et les deux autres en haut et sur les côtés (fig. 160, A). Les plans qui passent par ces rayons ont donc dû subir progressivement, dans l'intérieur de la substance du cristallin, une torsion qui, à la surface postérieure, acquiert son maximum de 60 degrés. Chez l'adulte, on reconnaît encore, dans l'intérieur du cristallin même, l'étoile à trois rayons de l'enfant; mais, dans les couches externes, il s'est ajouté de

Fig. 160. — Représenlatioii schématique du parcours des fibres du cristallin et de la disposition de l'étoile cristallinieune chez le fœtus et le nouveau-né.

A. Aspect de la surface postérieure. — B. Aspect de la face antérieure. — G. Aspect que présente le cote; c signifie dans les trois figures le centre de l'étoile suivant le pôle antérieur ou postérieur. Les cliillres 1-6 représentent 6 fibres du cristallin situées à écarts égaux dont le parcours est indiqué par les trois figures.

nouveaux rayons qui transforment l'étoile en une constellation de six rayons et même plus (fig. 161). Ici aussi, les étoiles antérieure et postérieure ne se correspondent pas, car le plus souvent les rayons d'une surface cristallinieune tombent au milieu de l'intervalle des rayons de la surface opposée. Parfois même toute régularité en pareille disposition fait défaut.

L'apparition de l'étoile du cristallin, ainsi que sa déhiscence en lamelles et fibres, se rapporte à la destruction du ciment, dont la distribution correspond, à l'état frais, aux fissures que fait naître la macération sus-mentionnée. Celle-ci forme donc, sur les surfaces antérieure et postérieure du cristallin, dans le cas le plus simple, une figure à soudure {soudures cristalliniennes) à trois rayons; chez l'adulte se voit une figure plus compliquée, dans laquelle les fibres les plus superficielles se rencontrent, tandis que dans les parties plus profondes, Vétoile à soudure ou à ciment sert aux extrémités des fibres plus profondément situées comme point d'attache. En

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se servant des procédés de macération sus-décrits, on détruit ou du moins on détaciie le ciment, ce qui donne lieu à la formation de fentes qui s'écartent par -suite de la déhiscence des extrémités des fibres cristalliniennes. Ces fentes se remplissent en partie d'une masse graisseuse, masse désignée comme substance étoilaire, qui, à part les résidus du ciment, se compose de globules albuminoïdes (globules cristalliniens) échappés des extrémités des fibres. Ils peuvent s'aceumuler principalement près des pôles du cristallin.

En ce qui concerne le parcours des fibres du cristallin dans les diverses couches, des coupes méridionales nous apprennent tout d'abord que la plupart des fibres forment des arcs à convexité externe qui se dirigent d'un point des faces cimentaires de l'étoile située au-devant de l'équateur, se renden t à un point du système lenticulaire placé en arrière du plan équatorial

FiG. 161. — Figure en étoile de la surface antérieure du cristallin de l'adulte. D'après Arnold, 6/1.

1.1. Fibres cristalliniennes à parcours méridional formant entre les rayons de l'étoile les vortices du cristallin. — 2. "1. Rayons de l'étoile ou soudure des fibres. — 3. Centre de l'étoile rempli de substance étoilaire.

(fig. 160, C). Ces arcs à convexité externe ont, bien entendu, dans les diverses zones du cristallin, une courbure et une longueur différentes. Leur longueur décroit de la périphérie vers le centre du cristallin. En ce qui concerne leur courbure, les fibres externes correspondantes aux méridiens des surfaces présentent une incurvation plus accentuée par rapport à l'équateur, incurvation qui s'efface progressivement vers les couches moyennes, de manière que, près de la limite de la région nucléolaire, les fibres finissent par circonscrire presque un arc sphérique. Dans le noyau même, ces arcs se raccourcissent de plus en plus vers l'axe et s'allongent progressivement dans le sens de cet axe. Qu'en dépit de la plus forte courbure des fibres périphériques situées dans des plans équatoriaux, il ne se produise pas de fissures dans ces parties, cela s'explique peut-être par l'épanouissement des fibres qui renferment dans la zone équatoriale des noyaux.

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Cette description de l'arrangement des fibres du cristallin explique suffisamment l'effeuillettement en pelure d'oignon par lamelles concentriques qui se produit à la suite des procédés sus-mentionnés. Il s'ensuit encore que, ni sous la capsule antérieure, ni sous la postérieure, il ne doit se trouver des attaches de fibres; au contraire, on voit que les fibres, la capsule étant vue de face, courent toujours en sens parallèle à sa surface externe, qui est séparée, bien entendu, de la capsule antérieure par son épithèle.

Un seul point de la coupe méridionale montre une disposition sensiblement différente des éléments juxtaposés à la capsule : c'est le bord équatorial du cristallin. Dans ce point se produit l'allongement progressif des cellules épitbélialesenfibrescristalliniennesdontil aétéquestion (fig. 154, 3) ; ici se touchent donc les points d'implantation élargis des fibres encore courtes du cristallin (fig. 154,-4) en avant, la surface interne de l'épithèle derrière la capsule. En outre ici, la courbure est différente, car ici le côté convexe des fibres cristalliniennes formées par des fibres courtes est dirigé en dedans; ce n'est que peu à peu que les fibres s'allongent et montrent finalement par un allongement rapide la courbure caractéristique des fibres complètes, dont la convexité regarde en dehors.

Pour ce qui concerne les rapports des fibres avec les faces de soudures de rétoile, on peut dire, en règle générale, que les fibres affectent un parcours méridional; en outre, les fibres d'une même couche présentent une même longueur. Ces dispositions admises, et en tenant compte des changements de rapports des rayons de l'étoile suivant qu'il s'agit de la face antérieure ou postérieure du cristallin, un seul et unique mode d'attacher des fibres à l'étoile est possible : de toute nécessité, les fibres qui émanent de la région polaire de la face antérieure du cristallin (fig 160, B, 6) trouvent leur terminaison aux extrémités libres des rayons de la face opposée du cristallin (iig. 160, A, 6); les fibres naissant des extrémités libres des rayons (fig. 160, B, 1) doivent, par contre, atteindre leur surface agglutinante près du pôle postérieur (fig. 160, A, 1).

Dans le cas où le parcours des fibres de la face antérieure à la face postérieure du cristallin serait en tous points exactement méridional, une fibre qui atteindrait le pôle cristallinien couperait exactement l'angle compris entre deux rayons étoilaires en deux, et formerait donc avec ses rayons (l'étoile étant à 3 rayons) un angle de 60 degrés. Cet angle décroîtrait d'autant plus que la fibre trouverait un point agglutinant plus près de l'extrémité du rayon pour devenir = 0 près de l'extrémité même du rayon. En réalité pourtant, les attaches des fibres montrent tout le long du rayon étoilaire la tendance à former un angle le plus ouvert possible, presque droit (comp. fig. 160, A et B, 2-5). Car les fibres se recourbent peu avant leur attache, de telle façon que les extrémités des mêmes fibres de la moitié antérieure se recourbent en sens opposé, par rapport aux extrémités de pareilles fibres appartenant à la moitié postérieure. On peut donc parler d'une courbure en S des fibres (fig. 160, C, au-dessous de 6), mais on ne doit pas oublier que la portion du

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milieu de la fibre est dirigée en sens méridional el dépasse de beaucoup comme longueur les extrémités incurvées de la fibre.

L'incurvation des fibres, près des surfaces d'agglutination des étoiles, détermine dans le voisinage des régions de l'étoile, un dessin tout particulier qu'on a désigné comme vorteœ lenticulaire {vortexlentis){(î§. 161,1), car du milieu de l'intervalle, entre deux lignes de l'étoile, les fibres divergent sous forme d'un vortex. — L'accolement de la fibre à la surface agglutinante de l'étoile s'opère au moyen d'un faible renflement de l'extrémité de la fibre. La substance de la fibre paraît dans ce renflement plus mollasse et plus chargée d'eau. On y observe fréquemment la formation de vacuoles et de globules d'albumine qui s'en échappent.

Comme dans tous les autres épithèles, de même dans celui du cristallin , le ciment imprégnable doit être envisagé comme étant chargé du transport du liquide nutricier qui s'épanche dans le cristallin. Il n'existe pas d'autres voies ou interstices dans la trame cristallinienne chargée du rôle de voies nourricières (soi-disant voies inter-fibrillaires de de Becker). Résumons : où se montre, d'après l'exposé qui en a été fait, le ciment, on le rencontre : 1° comme couche sous-capsulaire placée entre l'épithèle et la cristalloïde antérieure, ainsi qu'entre les fibres cristalliniennes et la capsule postérieure; 2° comme couche sous-épithéliale entre l'épithèle et les fibres cristalliniennes, c'est-à-dire dans l'espace embryonnaire primitif du sac lenticulaire ; 3'^ comme ciment de la figure étoilaire du cristallin ; 4° entre les différentes fibres mêmes.

M. 0. Becker a décrit récemment entre les fibres du cristallin des interstices fusiformes dirigés méridionalcment dans le sens de leur longueur et renfermant un contenu grumeleux. Les libres avoisinantes présentent des incurvations correspondantes à ces interstices.

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