‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 104 sur 147 · DÉPLACEMENT DU CRISTALLIN (LUXATION, ECTOPIE · texte numérisé non relu

DÉPLACEMENT DU CRISTALLIN (LUXATION, ECTOPIE

On doit considérer le cristallin comme déplacé ou luxé toutes les lois que l'axe antéro-postérieur de cette lentille forme avec l'axe correspondant de l'œil un angle manifeste, ou s'en écarte d'une manière sensible. Il nous faut, en conséquence, admettre ici deux sortes de déplacements. Dans le premier, le centre du cristallin conserve sa situation normale, et cet organe n'exécute qu'un simple mouvement de bascule; dans le second, au contraire, le centre de la lentille quitte sa position et le cristallin se dévie, avec ou sans inclinaison de son axe. C'est seulement aux faits de ce dernier groupe, il est vrai, que s'applique d'une manière rigoureuse le terme de luxation, les autres déplacements que nous venons de signaler n'étant, en quelque sorte, que des luxations incomplètes {subluxations).

On a différencié les luxations acquises de celles qui sont congénitales en désignant ces dernières comme ectopies, terme d'autant moins heureusement choisi que les luxations congénitales, ne représentant ordinairement que de simples déviations (déplacements latéraux), n'ont donc rien de commun avec ce qu'on désigne en pathologie anatomique par le terme d'ectopie.

Que le déplacement du cristallin soit acquis ou congénital, il concorde constamment avec une anomalie soit pathologique, soit congénitale du ligament suspenseur du cristallin, c'est-à-dire de la zonule. Il est donc tout indiqué, avant d'aborder les luxations (ou ectopies) cristalliniennes, de s'occuper d'abord des altérations de cette portion antérieure de la membrane hyaloïde, altérations dont la présence ne se révèle, au point de vue clinique, justement que parle changement de position du cristallin qui suit de près leur évolution.

A. — Altérations morbides de la zonule {Ramollissement, dissolution, épaississement).

Pour pouvoir bien comprendre les altérations morbides dont la zonule peut devenir le siège, il est absolument urgent de se rappeler les dispositions anatomiques suivantes :

1° Que la partie libre de la zonule, le ligament suspenseur du cristallin n'est que la continuation directe de la membrane hyaloïde et que, par conséquent, elle doit participer aux altérations séniles et morbides dont l'en veloppe propre du corps vitré peut devenir le siège.

2" Qu'en se continuant directement dans la cristalloïde dont elle constitue très probablementla lamelle zonulaire (voy. p. 793), elle forme corps avec la cristalloïde postérieure, qui représente la terminaison antérieure de l'enveloppe du corps vitré; donc toutes les altérations morbides de cette enveloppe retentissent et peuvent s'irradier sur la zonule.

3" Comme la partie adhérente de l'hyaloïde, de même la cristalloïde postérieure et la partie flottante de la zonule se trouvent en contact direct avec la gelée du corps vitré. Seulement, près du bord cristallinien, le corps vitré ne s'avance pas jusque vers ce bord; de même il ne s'enfonce pas dans les vallées les plus déclives des processus ciliaires. Ici se trouvent donc des fentes capillaires, qui, d'une part, constituent le canal de Petit et, d'autre part, les recessus de la chambre postérieure de Kuhnt. Ces fentes sont délimitées en dehors par l'hyaloïde, en dedans par la gelée du corps vitré. Tout agrandissement de ces fentes par détachement ou décollement de la substance propre du corps vitré, doit donc forcément modifier les conditions de solidité et de résistance de la partie libre de l'hyaloïde, autrement dit de la zonule.

Il ressort clairement de ces trois considérations les conséquences suivantes : que ce sont principalement les maladies du corps vitré et de son enveloppe propre qui retentiront sur l'intégrité de la zonule et le rôle qu'elle a à remplir comme ligament suspenseur du cristallin. Ce sont, en particulier, les décollements de la substance propre du corps vitré de son enveloppe, qui auront les conséquences les plus fâcheuses sur les rapports normaux des cristallins, sa fixité et ses conditions physiologiques de nutrition.

L'anatomie de cette région nous explique encore une autre coïncidence d'altérations morbides du ligament suspenseur du cristallin avec les affections glaucomateuses en particulier. Nous venons de voir que c'est surtout le décollement de la gelée du corps vitré qui porte atteinte à l'intégrité de la zonule. Ce décollement peut s'effectuer soit par le retrait du tissu propre du corps vitré ou, ce qui est infiniment plus fréquent, par l'interposition d'un exsudât déversé du tractus uvéal et qui se place entre la substance propre du corps vitré et son enveloppe. Ce sont donc essentiellement les

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