‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 25 sur 147 · DE WEGKER. — ULCÈRE PROFOND INFLAMMATOIRE · texte numérisé non relu

DE WEGKER. — ULCÈRE PROFOND INFLAMMATOIRE

fréquemment à la perforation et à acquérir une étendue et une profondeur plus considérables, il serait bien difficile d'établir une distinction entre cet ulcère perforant et l'ulcère simple par absorption. Évidemment il existe entre ces deux variétés des formes intermédiaires ou mixtes dont la classification ne peut en quelque sorte être établie qu'après la terminaison de la maladie.

Vétiologie de cette variété d'ulcère est assez obscure. Nous la voyons dans de nombreux cas se développer chez des personnes qui ont à différentes reprises souffert de kératites superficielles, ou qui portent depuis leur enfance de légères cicatrices de kératite phlycténulaire. Tandis que l'ulcère par absorption se rencontre de préférence chez des enfants et déjeunes sujets, on a plus souvent occasion d'observer l'ulcère profond asthénique sur des personnes ayant dépassé la quarantaine. Souvent on voit se produire ces ulcères (surtout les marginaux) sur les deux yeux à la fois, en même temps ou successivement, et occuper des parties tellement symétriques qu'on est porté à croire qu'un défaut d'innervation soit la cause première de la maladie, quoiqu'il n'existe pas d'anesthésie des cornées malades.

Le traitement doit surtout avoir pour objet d'accélérer la marche traînante de la maladie et d'arriver à la reconstitution la plus prompte et la plus complète de la perte de substance.

Tenant surtout compte du fait que la réparation s'opère bien plus activement après la perforation, on tâchera de substituer à une rupture intempestive du fond de l'ulcère (avec dilacération de celui-ci et enclavement de l'iris), une ouverture artificiellement pratiquée. Cette indication se trouve d'autant plus formellement posée, qu'il s'agit d'une ulcération centrale avec formation de kératocèle qui, abandonné à lui-même, prend un temps extrêmement long à arriver à la guérison et expose, par la rupture spontanée du fond aminci de l'ulcère^ à la production d'une fistule cornéenne.

On adjoindra aux paracentèses répétées l'usage du bandeau compressif, des fomentations chaudes et on ne se décidera à l'emploi d'un traitement irritant que lorsque le fond de l'ulcère sera presque rentré dans le niveau de la surface cornéenne. L'emploi des lotions avec une infusion de graines de jéquirity peut donner des résultats excellents en abrégeant très notablement la durée de l'affection qui guérit alors avec bien moins d'opacités.

b. Ulcère profond inflammatoire (sthénique).

Comme nous l'avons déjà dit, ce n'est pas le degré d'irritabilité de l'œil qui différencie cette variété d'ulcère, car nous pouvons rencontrer cette forme inflammatoire sur des yeux où ne s'observent guère de symptômes d'irritabilité et des douleurs considérables. Un tel ulcère peut donc dénoter, dans son évolution et sa marche ainsi que par le peu de tourment qu'il occasionne au malade, un état de torpeur considérable et pourtant révéler le caractère inflammatoire et de sthénicité.

Ce qui accuse la véritable nature de ce genre d'ulcération, c'est que son entourage et son fond présentent des signes inflammatoires manifestes, qu'ils sont troubles, infiltrés de leucocytes et qu'une quantité variable de tissu nécrosé adhère en ces points. Ce caractère peut être plus ou moins uniformément réparti sur toute l'étendue de l'ulcère, il persiste aussi longtemps que dure la période de progression, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'une couche épithéliale vienne le recouvrir, signalant ainsi la phase de réparation.

Ces symptômes inflammatoires ne se localisent pas seulement autour de l'ulcère, mais rayonnent sur le voisinage, et des symptômes d'iritis, l'accumulation d'une quantité variable de pus dans la chambre antérieure, sous forme d'hypopyon, s'observent communément. Toutefois cette irradiation, lorsqu'elle se limite à la partie antérieure du tractus uvéal, n'implique pas l'apparition de symptômes irritatifs accusés, et l'on peut voir encore, avec une chambre antérieure à demi remplie de pus et la formation de nombreuses synéchies, les douleurs ciliaires, la photophobie, le larmoiement et le blépharospasme faire plus ou moins défaut.

Il est de fait que ce genre d'ulcère détermine souvent plus de tourments pour le malade, lorsqu'il est à son début, détruisant la superficie de la cornée, que lorsqu'il envahit les parties profondes, et qu'un œil peut montrer des symptômes d'irritation moindres à mesure que l'état s'aggrave.

Il serait impossible de donner, sur la conformation, sur le siège et sur le mode de propagation de ces ulcères, des indications précises, vu la grande variabilité qu'ils présentent; ils aboutissent généralement à la perforation, laissant une cicatrice d'autant plus apparente, que l'étendue de l'ulcère était plus considérable.

Au point de vue étiologiquey il est surtout à noter que ces ulcérations se développent souvent à la suite de traumatismes, et que ce sont encore principalement les yeux qui ont passé par des processus inflammatoires superficiels, montrant des cicatrices ou présentant encore une vascularisation, qui sont le plus souvent atteints. Pareils ulcères se développent aussi aisément sur des yeux afî'ectés de véritable pannus granuleux, incomplet, quoique la vascularisation de la cornée soit, en quelque sorte, une garantie contre une destruction étendue. La transformation d'abcès en de tels ulcères s'observe de même assez souvent, et ceux-ci peuvent parfois revêtir un caractère neuro-paralytique (ulcères des vieillards, des varioleux, etc.). L'étiologie est donc aussi variée que la forme, l'étendue et la marche que peuvent prendre ces sortes d'ulcères.

Le pronostic dépend essentiellement des données étiologiques et des symptômes inflammatoires concomitants du côté de la conjonctive, qui peuvent plus ou moins entraver l'intervention thérapeutique. Quoique ces ulcères offrent encore une plus grande tendance que la forme indolente précédemment décrite à aboutir à la perforation, ils impliquent un pronostic bien moins sérieux que la forme infectante encore à décrire, attendu qu'ils n'ont que peu de propension à s*étendre considérablement en surface et, en embras-

DE WECKER. -

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