DÉCHIRURES ET RUPTURES DE LA CHOROÏDE
(\) Archiv, t. I, 1, p. 6.
RUPTURES DE LA CHOROÏDE
charpente osseuse de la partie supérieure de la face. Aucune balle ne peut traverser le sinus maxillaire, ou fracturer les rebords de l'orbite, sans occasionner une déchirure de la choroïde.
C'est en 1854- que de Graefe (1) aussi orna le premier volume de ses Archives par un exposé des déchirures de la choroïde, et appela l'attention sur ce fait inconnu jusqu'alors, que, sans lésion extérieure du globe de l'œil, la choroïde pouvait se rompre sous l'influence d'un traumatisme contondant.
Depuis cette époque, des compulsions de ces lésions ont été faites par Caillel (2), Knapp et nous-même (3) ; mais actuellement le nombre s'en est accru au point qu'il ne serait même plus possible de tenir compte de ses propres observations. Ce qui est autrement rare, c'est l'examen histologique de pareille déchirure que de Ammon (4) a eu le premier occasion de faire.
Dans la majorité des cas que nous avons eu occasion d'observer, il est assez difficile de se prononcer jusqu'à quel point la rétine transparente a, à part sa couche épithéliale pigmentée, participé à la déchirure. Evidemment la couche épithéliale ne peut pas se déplacer sans que les couches tactiles de la rétine soient lésées, car on connaît le mode particulier d'imbrication des bâtonnets dans les prolongements filiformes des cellules épithéliales pigmentées. Ce qui est certain, c'est que là ne se borne pas toujours la déchirure, mais qu'elle atteint aussi parfois les couches les plus internes de la membrane nerveuse, au point même de permettre au sang choroïdien de s'échapper dans le corps vitré. Ordinairement il ne s'agit que d'une rupture de la choroïde avec détachement et déplacement des couches sensorielles de la rétine.
L'aspect ophthalmoscopique que donnent pareilles ruptures sera absolument difl'érent, suivant qu'on les examine à l'état de plaie déchirée ou de cicatrice. Peu d'heures après la lésion, si un épanchement de sang dans la chambre antérieure et le corps vitré ne trouble pas l'exploration, on voit la rupture sous l'aspect d'une traînée jaune rougeâtre, à bords arrondis et généralement garnis d'un liséré de sang qui se continue souvent dans une flaque mince de sang extravasé et d'un rouge vermeil. Ce qui rend ordinairement difficile de contrôler ces détails, c'est le manque de translucidité des milieux et aussi de la rétine immédiatement après l'accident.
L'aspect de la rupture a généralement déjà changé lorsque les épanchements de sang ont disparu de la chambre antérieure et du corps vitré. La rupture a pris, au lieu d'une coloration jaunâtre, une teinte blanchâtre, et l'on se rend plus facilement compte de la constance de l'emplacement de pareilles bandelettes entre la macula et le nerf optique, concentriquement à l'entrée de ce dernier. Ordinairement la plus grande largeur de la rupture
(1) Archiv de Graefe, t. I, i, p. 219, et t. IV, 2, p. 277.
(2) Des ruptures de la choroïde, thèse de Strasbourg, 1869.
(3) Traité des maladies du jond de l'œil, 1870, p. 199. (i) Archiv de Graefe, t. I, 2, p. 124.
DE WECKER.
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ne dépasse pas un tiers à une demi-largeur papillaire, et comme étendue il est rare qu'elle excède de trois à quatre fois le diamètre de la papille ; la rupture peut montrer sur son parcours des émanations qui s'en détachent à angles droits et, s'effilant en pointe, peuvent s'anastomoser avec d'autres ruptures superposées les unes aux autres. Parfois une des extrémités de la rupture se termine en fourche (voy. fig. 135).
On ne saurait mieux comparer les ruptures de la choroïde, surtout après leur cicatrisation (à laquelle viennent parfois se joindre des cicatrices filiformes appartenant à la rétine), qu'au fendillement d'un vernis répandu sur un corps sphérique.
L'emplacement ordinaire de pareilles ruptures est le voisinage du pôle postérieur de l'œil, la région située entre la macula et l'implantation du nerf optique, autrement dit le segment supéro-interne de l'œil. Parfois les ruptures contournent et avoisinent la papille, mais en se tenant à l'image renversée, presque exclusivement aussi à la partie jnféro-interne. En étudiant les cas, on verra qu'assez souvent la principale rupture se trouve près du pôle postérieur, tandis qu'une seconde se voit du côté de la papille, mais celle-ci infiniment plus petite. Si l'on rencontre fréquemment encore après une violente contusion de l'œil des ruptures en cercle plus ou moins superposées, il est tout à fait rare d'observer une déchirure en ligne droite réunissant la macula et la papille du nerf, ainsi que nous l'avons vu chez un petit garçon de six ans qui avait reçu sur le globe oculaire une balle de terre lancée par un camarade, traumatisme ayant occasionné en même temps une paralysie complète de l'accommodation avec mydriase.
A mesure que la cicatrisation de ces ruptures se complète, elles se contractent et se transforment en traînées blanchâtres qui n'ont jamais l'aspect bleuâtre de la sclérotique. Le sang épanché se résorbe, la cicatrice perd progressivement de son étendue, de façon qu'on peut se convaincre que dans le cas de ruptures multiples seules, les plus marquées restent apparentes, tandis que les plus fines ne sont ordinairement indiquées que par un amas irrégulier de pigment, qui finit par entourer avec un fin liséré les grandes déchirures cicatrisées. On démontrera ultérieurement que les raisons pour lesquelles les cicatrices choroïdiennes ne prennent jamais l'aspect bleu chatoyant de la sclérotique, c'est parce que la lamina fusca, bien plus extensible, glisse sur son feuillet endothélial et échappe à la déchirure.
Comme un exemple de pareille déchirure large nous, citerons le fait suivant :
M. Hubert, mécanicien, âgé de vingt-sept ans, se présente à la clinique avec la lésion suivante de son œil gauche : Il y a trois jours, un lourd fragment d'acier lui est volé contre l'œil, de telle façon qu'il a perforé la paupière dans toute son épaisseur au-dessus du tarse et a coupé la cornée en sens diagonal de dehors en bas. Le malade ne se plaint pas beaucoup de douleurs ; sa vision est réduite au point de ne pouvoir compter que les doigts à un mètre et demi de distance. Il craint beaucoup la lumière. Les premiers jours l'exploration ophthalmoscopique, très difficile à exécuter à cause de la sensibilité du
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malade, ne permit que de constater de fortes opacités dans le corps vitré. Sous l'emploi de l'atropine et du bandeau compressif, l'irritabilité de l'œil se perd rapidement et l'acuité visuelle remonte L'exploration permet alors de constater la présence de
la rupture représentée figure 135. Cette déchirure présentait tout d'abord une teinte jaunâtre, surtout accusée dans les parties déclives de la rupture garnies de larges plaques ecchymotiques, et elle paraissait comme couverte d'un faible nuage (la rétine opacifiée). Mais peu à peu les contours s'en dessinèrent de plus en plus nettement, et le bord inférieur de la rupture s'entoura d'un liséré de pigment noir qui empiétait en partie sur la bande cicatricielle dont la teinte s'était bien plus éclaircie. Au début, pareille déchirure aurait pu se soustraire à l'observation à cause des difficultés de l'examen et de la présence des opacités du corps vitré, tandis que plus tard cette lésion sautait en quelque sorte aux yeux.
Fjg. 135.
Les déchirures, c'est-à-dire les lésions de la choroïde survenues à la suite de l'action directe d'un instrument, d'un corps étranger, se différencient en ce que, ni leur conformation, ni leur emplacement, n'affectent un ordre typique, et qu'ici les cicatrices dentelées et irrégulières peuvent intéresser jusqu'aux couches mêmes de la sclérotique, de façon que la cicatrice, d'une teinte blanche, avec son chatoiement bleuâtre, se trouve le plus souvent rehaussée encore par une abondante accumulation de pigment qu'ont laissée les hémorrhagies qui accompagnent la blessure.
Pour les ruptures, à l'exception d'un cas signalé par M. Sœmisch, où la rupture occupait le voisinage de la région ciliaire, on peut, suivant leur conformation et leur emplacement, invoquer un mode particulier de mécanisme de leur production, qui se rattache évidemment à des conditions analomiques particulières. Aussi M. Ssemisch pense que le passage de nombreuses artères postérieures, qui fixent la choroïde autour du pôle posté-
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rieur, immobilise en cette région la membrane vasculaire, qui, sur les autres points, glisse avec infiniment plus de facilité.
Dès qu'une violente contusion de l'œil force la choroïde à se déplacer, elle résiste en ce point et se déchire. Le mode de fixation de la choroïde, près de la papille, où ses émanations se laissent même poursuivre jusque dans la lame criblée, ainsi que son attache au moyen des vaisseaux qui s'y rendent, doivent évidemment exercer une influence sur la localisation des déchirures. Il doit en être de même pour la partie antérieure du tractus uvéal, comme le prouve le détachement partiel de la partie libre et flottante par une violence contondante. La présence d'épanchements sanguins qui apparaissent soudain derrière le cristallin nous laisse présumer pareille lésion soustraite à l'inspection directe.
M. Knapp (1), tout en ne niant pas l'influence du mode de fixation des diverses parties du tractus sur la manière constante des ruptures de se localiser, croit pourtant que c'est par contre-coup que ces lésions se produisent, à l'instar de ce qui se passe pour les fractures de la boîte osseuse ; et de Arlt (2) fait jouer à la compression contre le coussinet graisseux de l'orbite et sa paroi supérieure, qui laisse ainsi prendre au diamètre équatorial son maximum possible de réduction, le rôle principal. La choroïde, tendue au maximum, finit par se fendiller, et ce fendillement doit se faire en sens vertical à la direction du maximum de distension, par conséquent concentriquement. Le mode de fixation de la choroïde a ici naturellement aussi une importance capitale.
Nous citons en passant l'idée de M. Becker, qui rapporte la configuration et la localisation particulière de pareilles ruptures à un véritable enfoncement du nerf dans le globe oculaire, celui-ci étant projeté contre le nerf par une force propulsive; mais que deviendra donc alors l'explication des déchirures lorsque aucune action directe n'a lieu sur le globe de l'œil, et qu'un simple ébranlement ou déplacement par contraction musculaire peut être marqué pendant le passage d'une balle, par exemple, à travers le sinus maxillaire.
Ce qui influence et détermine la localisation si constante des ruptures dans le voisinage du pôle postérieur, et de préférence dans le segment supéroexterne et postérieur du globe de l'œil, est, suivant nous, à la fois le mode particulier de fixation du tractus uvéal avec la sclérotique, et aussi le mode de suspension du globe oculaire dans l'orbite par les muscles obliques et les muscles droits. Au moment d'un violent choc contre le globe oculaire, ou d'une secousse, tous ces muscles se contractent, et, agissant en sens inverse, exercent un ébranlement dont l'action se concentre dans la région sclérale, où l'on constate le détachement par rupture choroïdienne. On ne saurait donc nullement reproduire, chez des animaux, à insertion difl'érente
(1) Archiv., t. I, p. 31.
(2) Klin. MonatsbL, 1874, p. 382.
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des muscles, de pareilles ruptures, ainsi que M. Hillenkamp l'a tenté chez les chiens et M. Caillet chez les lapins; tandis que la conformation assez analogue de la boîte osseuse permet aisément de reproduire, par contre-coup, des fractures lorsqu'on expérimente sur les animaux.
L'emplacement particulier des ruptures choroïdiennes, la manière dont elles intéressent la rétine, agiront sensiblement sur l'influence qu'elles exerceront sur la fonction visuelle. Ainsi, lorsque la rupture ne traverse pas la région de la macula directement, et n'intéresse pas sérieusement la rétine, on peut, après la cicatrisation, voir se rétablir entièrement la vision (Hersing, Knapp, Hillenkamp, Ssemisch), tandis qu'on observe parfois des déchirures si malencontreusement placées, que justement leur rétraction cicatricielle exerce une influence désastreuse et permanente sur la vision centrale.
Ce qu'il ne faut pas oublier dans le traitement de pareilles lésions, c'est que, à part la déchirure directe de la rétine, il s'agit ici d'une commotion, d'un ébranlement des éléments sensoriels de la membrane nerveuse, qui, elle, peut être favorablement influencée par des stimulants. Dans aucune autre circonstance, des injections de strychnine à la tempe, répétées par séries de dix injections, à trois reprises, avec dix jours de repos, ne montrent une action aussi favorable que cela s'observe pour les anciennes ruptures de la choroïde et les réductions de la vision qu'elles ont déterminées.
ARTICLE XVI
ANOMALIES CONGÉNITALES
De toutes les anomalies congénitales de la choroïde, celle qui mérite le plus d'attention est le colohoma, dont l'aspect singulier peut en imposer à un observateur inexpérimenté pour un état pathologique grave.
De Ammon (1) est le premier qui ait constaté par la dissection que le coloboma, ou fente congénitale de l'iris, peut se prolonger dans la choroïde et même dans la rétine. Cette observation fut plus tard confirmée par MM, Hanover(2), Arlt (3) et Stellwag (4), et les recherches anatomiques furent vérifiées sur le vivant au moyen de l'ophthalmoscope, par de Graefe (5), Stellwag (6) et par Ruete (7), qui donna le premier dessin de cette curieuse
(1) Zeitschrift fur Ophthalmologie, t. I, p. 55.
(2) Bas Auge. Leipzig, 1842, p. 94.
(3) Loc. cit. y 1850, t. II, p. 127.
(4) Zeitschrift der Gesellschaft der Aer&te. Vienne, 1854, Jariig. 9, I, p. 17.
(5) Archiv fur Ophthal.,i. II, A. 1, p. 239.
(6) \yochenblatt per Gesellschaft der Aerzte zu Wien, 1856, n° 50.
(7) Bildliche Darstellungen der Augenkrankheilen. Leipzig, Lieferung. 9, Tab. II
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altération. L'attention s'étant ainsi portée sur ce sujet, on ne tarda pas à se convaincre que dans presque tous les cas de coloboma iridien, on rencontre dans les membranes profondes de l'œil une anomalie analogue et plus ou moins prononcée. Les publications de MM. Liebreich (1^, Nagel (2) et Baeumler (3) réunissent un certain nombre de faits à l'appui de cette coïncidence, et le dernier de ces auteurs s'est appliqué tout particulièrement, dans un travail fort consciencieux, à déterminer les rapports qui existent entre le coloboma de la choroïde et les diverses phases d'évolution par lesquelles passent les membranes profondes de l'œil.
Le coloboma choroïdien se présente toujours sous la forme d'un ovale dont le grand diamètre prolongé diviserait le coloboma de l'iris en deux parties égales. Cet ovale, de couleur blanchâtre, est donc presque toujours situé directement en bas ou en bas et en dedans, et occupe en partie ou en totalité l'espace compris entre le bord antérieur de la choroïde et le nerf optique. Il comprend le plus souvent la papille dans son extrémité supérieure effilée. S'il ne l'atteint pas, il en est séparé par une bandelette mince de tissu choroïdien plus ou moins rudimentaire, vestige d'une réunion tardive des parties correspondantes.
Vers les procès ciliaires, l'ovale offre assez souvent, près du point culminant de sa grosse extrémité, une languette blanchâtre ou très faiblement pigmentée, dont le sommet aboutit au coloboma de l'iris, et qui est limitée latéralement par les rudiments des procès ciliaires. Il peut arriver dans les cas de coloboma choroïdien très prononcé, que les procès ciliaires fassent complètement défaut â l'endroit où l'axe antéro-postérieur du coloboma choroïdien aboutit à la fente congénitale de l'iris; d'autres fois le coloboma de la choroïde et celui de l'iris sont isolés par un pont étroit composé des procès ciliaires incomplètement développés. Alors la partie la plus étroite de la bandelette est couchée dans l'axe que nous avons vu passer au centre du coloboma de la choroïde et de l'échancrure iridienne. Les dimensions de la fente congénitale de l'iris et celles du coloboma choroïdien ne sont pas en rapport direct, car il est probable que le défaut dont la choroïde est le siège peut encore se corriger partiellement à une époque où cela n'est plus possible pour l'iris, arrêté dans son développement par l'absence complète ou presque complète de la portion correspondante du corps ciliaire.
M. Ssemisch a publié un cas de coloboma choroïdien étendu concordant avec un coloboma à pont de l'iris (de Ammon), ou, comme nous l'avons appelé, coloboma annul air e.^ous avons souvent fait voir, à notre clinique, pour les démonstrations ophthalmoscopiques, une ancienne pensionnaire des Quinze-Vingts, qui présentait un coloboma choroïdien double très étendu,
(1) Arckiv fur Ophthalm., t. V, A. 2, p. 241.
(2) Ibid., t. VI, A. 1, p. 170.
(3) Wurz>biirger med. Zeitschrift, 1862, t. III, p. 72.
ANOMALIES CONGÉNITALES
embrassant des deux côtés le nerf optique. Sur Tun des yeux le coloboma est annulaire et correspond absolument au dessin donné par M. Saîmisch (1). Quoique rares, les cas de coloboma choroïdien sans coloboma de Tiris s'observent encore assez fréquemment. J'ai eu occasion d'observer trois sœurs, dont Fiine, âgée de treize ans, présentait, avec une microphthalmie double, des colobomas de l'iris et de la choroïde ; une autre, âgée de onze ans, offrait des colobomas sans anomalies de l'iris, ainsi que des globes oculaires mieux développés; enfm, la plus jeune, âgée de neuf ans, ne montrait plus aucune autre altération qu'un coloboma des nerfs optiques. On voyait, chez ces jeunes personnes, d'une façon éclatante, la dégradation progressive de l'anomalie congénitale, et à mesure que ces anomalies se trouvaient moins accusées, les globes oculaires paraissaient mieux développés.
La coloration du coloboma choroïdien est blanchâtre, et présente le reflet bleuâtre, le chatoiement et les marbrures de la sclérotique irrégulièrement dénudée et ectasiée.
Ses bords sont en général nettement dessinés et bordés d'un pigment foncé qui se dégrade vers le fond de l'œil. A son extrémité antérieure, la choroïde s'amincit quelquefois par degrés, et l'ophthalmoscope permet alors d'y voir des étages de nuances différentes et d'autantmoins foncés, qu'on les examine plus près du centre du coloboma. Ces étages vont non seulement d'avant en arrière sous forme d'escalier, mais on voit aussi des dépressions latérales, celles-ci n'occupant pas toujours toute la longueur du coloboma. Vers l'extrémité postérieure, au voisinage du nerf optique, le bord supérieur est fortement accusé et tranche nettement sur le fond de l'œil; d'ailleurs il correspond souvent au bord supérieur de la papille, qui se trouve être aplatie de haut en bas et former un ovale ou une ellipse couchée transversalement. La section du nerf ne se distingue alors du coloboma que par une teinte rosée ou grise peu intense.
Le coloboma est en rapport avec une ectasie de la sclérotique plus ou moins amincie (désignée comme excroissance scléroticale par Manz), analogue au staphylôme postérieur, et faisant à la surface externe du globe un relief en escalier appréciable à l'ophthalmoscope par suite de la déviation des vaisseaux du coloboma et des différences de coloration qu'on observe dans les diverses parties de ce dernier. En effet, il peut être divisé en deux ou trois segments par des lignes semi-circulaires concentriques à la papille, et représentant les bords des excavations superposées qui constituent le staphylôme sclérotical. Cette ectasie peut s'étendre jusque vers la gaine du nerf optique et s'y prolonger en se rattachant intimement à la gaine du nerf optique.
A part cette ectasie ou excroissance en forme de pois ou de fève que pré- (1) Klinische Monatsbl, t. Y, p. 85, ;ivec pl., 1867.
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sente la partie postérieure des yeux atteints de coloboma, leur conformation antérieure diffère aussi des yeux normaux en ce que la cornée paraît se dévier vers la partie ectatique, et s'effder dans cette direction sous forme de cône. Le kératoscope indique bien nettement cette propension de l'œil à prendre la conformation piriforme, et à laisser sur la cornée, le corps ciliaire et le muscle ciliaire, des traces d'amincissement dans le sens de l'absence partielle de la choroïde.
Il est vrai que la choroïde manque rarement d'une manière absolue dans les parties ectasiées de la sclérotique ; elle y est représentée par une pellicule mince, où les cellules du stroma sont peu pigmentées, et où l'on rencontre de rares vaisseaux qui, comme le montre l'ophthalmoscope, ne suivent pas du tout la même direction qu'à l'état normal et sont très minces.
La rétine n'est pas non plus entièrement interrompue dans ces points; son extrémité antérieure est échancrée, et, suivant la profondeur de l'ectasie scléroticale, l'amincissement dont elle est le siège et les rapports qu'elle affecte avec les membranes sous-jacentes semblent varier. Elle peut, comme le prouvent les dissections de M. Arlt, tapisser l'ectasie dans toute son étendue, ou bien passer au-dessus sans s'y accoler sous la forme d'une pellicule semi-transparente. Le peu de vaisseaux qui s'y remarquent, et le trouble fonctionnel dont cette altération est la cause, donnent à penser que ce rudiment de rétine ne contient guère d'éléments sensoriels. Dans des cas de coloboma très prononcé, la choroïde et la rétine offraient une véritable perte de substance, suivant une fente allongée dans laquelle il ne restait plus sur la sclérotique distendue qu'une couche mince et peu consistante, seul vestige des deux membranes.
Le courant vasculaire de l'image ophthalmoscopique varie suivant l'état de conservation de la rétine. Dans la plupart des cas, quelques vaisseaux se dessinent çà et là sur le fond blanc du coloboma, presque à angle droit avec les nombreux vaisseaux de la papille qui se distribuent aux parties supérieures et intactes du fond de l'œil. Si la pellicule qui représente la rétine n'est pas exactement appliquée sur le fond de l'ectasie, les vaisseaux se montrent interrompus au niveau des replis que nous avons signalés, et, réapparaissant plus loin, semblent émerger de la sclérotique; en réalité aussi, suivant l'emplacement du coloboma, on peut encore voir directement les artères ciliaires postérieurs, perforant la sclérotique, former des anses et des anastomoses multiples; ceux qui passent du coloboma dans les parties normales du fond de l'œil forment, pour la plupart, un coude d'autant plus manifeste que l'ectasie est plus profonde. Ordinairement il est possible pourtant de différencier un réseau plus ou moins pauvre en vaisseaux rétiniens du réseau sclérotical.
L'anomalie congénitale dont nous nous occupons coïncide parfois avec d'autres altérations des parties constituantes de l'œil : avec un cristallin ovoïde, quelquefois échancré, selon M. Stellwag, dans les points de sa circonférence
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qui correspondent au coloboma; avec une fente de la zonule de Zinn; enfin, avec une configuration particulière du corps vitré que l'on a comparée pour la forme à une pêche.
L'étendue du coloboma varie beaucoup : il peut embrasser le nerf optique et la macula; il peut rester distant de l'un et de l'autre, et, comme nous l'avons avec Streatfield signalé tout d'abord, occuper la région de la macula (voy. page 424).
Les altérations congénitales des enveloppes de l'œil dont nous venons de traiter, se rapportent à un arrêt de développement. Comme le prouvent les travaux de Ammon, Schœler, Remak et Kôlliker, la sclérotique, la choroïde et la rétine offrent toutes, à une certaine époque de la vie fœtale, une fente dirig;ée d'arrière en avant, et qui disparaît successivement dans la sclérotique, puis dans la rétine et la choroïde. Dans cette dernière, la réunion commence par l'extrémité antérieure des procès ciliaires, et s'effectue progressivement de haut en bas et d'avant en arrière. Selon M. Nagel, l'ectasie scléroticale serait liée au défaut de simultanéité que l'on remarque dans la réunion des fentes scléroticale et choroïdienne. Pour lui, en effet, le tissu qui vient combler la fente de la sclérotique, alors que celle de la choroïde est encore ouverte, serait incapable de résister suffisamment à la pression intra-oculaire.
Il ressort des travaux exécutés sur le coloboma de la choroïde et la fente scléroticale, que le coloboma du nerf optique observé dans quelques cas rares est une anomalie très analogue aux précédentes quant à son origine ; mais il reste à résoudre une importante question, à savoir, quelles sont les relations précises qui existent entre ces vices de conformation et certaines formes de staphylôme postérieur congénital, persistant et stationnaire (1).
Voici comment M. Manz s'explique à cet égard : « La fermeture de la fente fœtale s'opère dans la direction d'avant en arrière, et les conséquences pour le développement du globe oculaire paraissaient d'autant plus fâcheuses que l'obstacle à l'occlusion se rencontre plus près de l'extrémité supérieure de la fente. Pourtant, même en pareil cas, l'occlusion du restant de la fente peut se faire, ainsi que le démontrent les intéressants exemples de coloboma de la région de la macula. Ordinairement les colobomas sont plus larges et se rencontrent plus fréquemment dans la partie antérieure de l'œil, c'est-à-dire vers l'iris; ce n'est que le corps ciliaire qui, à cet égard, fait exception, ce qui doit être probablement attribué à l'épaisseur particulière des plaques céphaliques qui se superposent au bord antérieur de la vésicule oculaire, opposant ainsi une plus grande résistance à la pression intraoculaire.
I » Comme la fermeture de la fente fœtale a lieu, ainsi que le démontrent
il) Consulter, à cet égard, le travail si consciencieux de M. Van Duyse {Ann. d'ocul, janv., févr. 1884).
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les observations embryologiques, dans le deuxième mois et à peu près dans la septième semaine, c'est-à-dire à une époque où la choroïde aussi bien que la sclérotique ne représentent encore pas de membranes solides, mais entourent la vésicule oculaire sous forme d'enveloppes mollasses se différenciant peu l'une de l'autre, on comprend aisément comment l'occlusion peut se faire en certains points et manquer sur d'autres. Non seulement il peut se former aussi des ponts subdivisant le coloboma en plusieurs compartiments qui se succèdent, ce qui ne serait guère possible, si la pression intraoculaire agissait sur une mçmbrane uniformément formée. Une pareille pression suppose déjà un certain degré de développement du corps vitré ; voici pourquoi aussi les ectasies siégeant dans l'étendue du coloboma doivent être envisagées comme résultant d'un effet qui s'exerce ultérieurement à ce développement.
» Lorsque la fente reste ouverte en majeure partie dans toute sa longueur, alors le globe oculaire est notablement troublé dans son développement, en restant sensiblement réduit dans son volume ou même complètement déformé, ainsi que le prouvent certains cas de Wahlmann. Donc la microphthalmie est, dans beaucoup de cas au moins, en causalité la plus intime avec le coloboma, quoique cela ne doive pas signifier, en général, que d'autres causes ne puissent intervenir pour entraver l'accroissement de l'œil.
» Avec une autre difformité du globe oculaire, le coloboma a des rapports intimes, c'est le staphylôme postérieur de Scarpa. Plusieurs examens ophthalmoscopiques représentent une ectasie circonscrite des parois du globe oculaire, située à distance du plus grand coloboma, et qui correspond comme forme à ce qu'on désigne comme staphylôme postérieur, de même qu'en ce qui concerne ses rapports avec le nerf optique. Seul l'emplacement diffère, attendu que le staphylôme s'adosse ordinairement au bord externe de la papille, tandis que cette ectasie correspond comme position au coloboma restant et avoisine le bord inférieur du nerf optique. Mais aussi cette circonstance, ainsi qu'encore d'autres, conduisent à la supposition exprimée déjà de plusieurs côtés (Huschke, Reich), que le bulbe oculaire fœtal exécute à un moment donné une évolution autour de son axe. »
Le coloboma choroïdien se rencontre un peu plus fréquemment chez l'homme que chez la femme : sur 78 cas, 44 appartiennent, d'après Fichte, à des hommes. Ordinairement le coloboma est bilatéral (51 fois sur les 78 cas), quoique prononcé à des degrés différents. Lorsque le coloboma est unilatéral, il se rencontre de préférence sur l'œil gauche, et c'est aussi cet œil qui montre, dans les cas de coloboma bilatéral, le plus haut degré de développement de l'anomalie. L'hérédité de cette affection paraît exercer une prédisposition à pareilles anomalies.
Quant aux troubles fonctionnels qui accompagnent le coloboma de la
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choroïde, on a pu, surtout lorsque ce dernier était prononcé, constater le défaut d'une portion du champ visuel correspondante à l'ectasie scléroticale. En outre, comme le muscle ciliaire est souvent interrompu ou rudimentaire dans une longueur variable de sa circonférence, l'énergie des fonctions accommodatrices peut s'en trouver diminuée. Enfin, les auteurs signalent parfois une amblyopie et une myopie plus ou moins accusées. Le reflet que présentent les yeux atteints de coloboma iridien a déjà été décrit par Gescheidt (1) ; il est d'autant plus marqué que le vice de conformation de l'iris se complique d'un coloboma choroïdien plus étendu.
L'absence congénitale de pigment dans Viris et la choroïde {albinisme) est une anomalie qu'on a quelquefois aussi l'occasion d'observer. On sait quelle influence ont le teint et la coloration des cheveux sur la quantité de pigment contenue dans le tractus uvéal, et de quelle importance est cette considération pour l'appréciation de la couleur du fond de Toeil. Chez certains sujets, le pigment des cellules épithéliales et celui du slroma de l'iris et de "la choroïde manquent entièrement, sans que pour cela la configuration des cellules soit le moins du monde altérée. La pupille rétrécie off're un reflet rougeâtre ; les albinos sont vivement éblouis par la lumière diffuse du jour (héliophobie), dont les enveloppes translucides de l'œil sont traversées par la lumière qui se réfléchit sur la sclérotique dépourvue du tapis noirâtre qui la double ordinairement.
Ces yeux dépourvus de pigment, ordinairement myopes, offrent une excellente occasion d'étudier comment les procès ciliaires se comportent relativement au bord du cristallin dans les diverses phases d'adaptation de l'œil (Otto Becker).
L'albinisme n'est d'aucune influence directe, soit sur la réfringence des milieux de l'œil, soit sur l'accommodation; mais comme les individus qui en sont atteints sont constamment portés à rétrécir leur champ visuel et à rechercher une demi-obscurité qui les contraint de rapprocher considérablement les objets qu'ils fixent, ils s'accommodent de préférence pour des distances voisines du point le plus rapproché de leur vision distincte. Ces efforts d'accommodation et de convergence peuvent bien, à la longue, être pour quelque chose dans le développement de la myopie qu'on rencontre chez ces sujets. Du reste ils sont quelquefois atteints d'une amblyopie manifeste. M. Arcolio, en Sicile, où, chose curieuse, les albinos sont fréquents, ne trouvait pas de myopie, mais une réduction sensible de l'acuité visuelle (1/3 à 1/20) concordant avec le nystagmus que présentent habituellement de pareils yeux. La particularité que l'on a signalée d'après laquelle les albinos verraient mieux que d'autres personnes, avec une réduction notable de la lumière, la nuit par exemple, ne s'appuie pas sur des données précises.
(1) Journal fur Augenheilkunde von Graefe und. Pli. von. Walher, t. XXII, p. 424.
516 DE WECKER. — MALADIES DE LA CHOROÏDE.
L*albinisme, souvent très prononcé dans Tenfance, s'atténue parfois notablement avec l'âge. Il s'agit ici d'un arrêt de développement que l'œil partage avec la peau et les cheveux (Mansfeld), arrêt que l'évolution ultérieure peut plus ou moins réparer, car le tractus uvéal de tous les enfants (qui généralement ont l'iris bleu) est pauvre en pigment.
L'emploi des lunettes fumées et sténopéiques peut seul diminuer les éblouissements qui accompagnent l'albinisme.
CORPS VITRÉ
ANATOMIE
Par le professeur G. SCHWALB
Au point de vue génétique, il faut comprendre dans la désignation du corps vitré, non seulement la gelée transparente que renferme la membrane hyaloïde et qui remplit le plus grand espace du globe oculaire en dedans de la coque rétinienne, mais aussi, d'après les recherches de Lieberkûhn (63) (1), la capsule du cristallin, ainsi que la collerette delà zonule, hzonulaciliaris. Cette dernière représente dans l'œil adulte une continuation modifiée de la membrane hyaloïdienne dépassant ïora serrata et se rattachant d'une façon particulière à la capsule du cristallin.
Le corps vitré gélatiniforme s'adosse en avant de Vora serrata retinœ encore dans une certaine étendue à la zonula, en étant séparé d'elle, il est vrai, par une sorte de fente capillaire. Cette fente s'élargit vers le bord du cristallin et écarte ainsi la surface antérieure du corps vitré de la zonula. Il se trouve donc autour du bord crislallinien, entre la zonula Zinnii^i la surface antérieure du corps vitré, une fente remplie pendant la vie d'un liquide: c'est le canal de Petit, qui communique avec la chambre postérieure (par suite avec l'antérieure) au moyen de fines ouvertures placées en sens radié entre les fibres de la zonule qui s'étalent librement des crêtes ciliaires au bord du cristallin.
Dans les parties axiales, la surface antérieure de la gélatine du corps vitré s'adosse, par contre, directement à la capsule postérieur du cristallin et n'en peut être séparée que difficilement. En injectant le canal de Petit, ce qui est aisé du côté de la chambre antérieure, on sépare la réunion entre le corps vitré et la surface postérieure du cristallin en une zone plus ou moins large par une couche de liquide qui s'interpose entre eux ; mais au centre de la
(1) Les chiffres se rapportent à la bibliographie ci-jointe.
fossa patellaris cette réunion reste dans ces expériences intacte (Schwalbe, 59 et 60).
Nous ne nous occuperons pour le moment que de la structure histologique de la véritable gélatine du corps vitré, ainsi que de la membrane qui la contient, la membrane hyaloïdienne. La capsule du cristallin et la zonule de même origine seront décrites ailleurs.
Membrane hyaloïde. — La question de l'existence d'une membrane hyaloïdienne propre se confond avec celle d'une membrane limitante interne de la rétine. J'exposerai, lors de la description de la rétine, les raisons qui conduisent à l'acceptation d'une membrane limitante, ou, pour mieux dire, d'une margo limitans retinœ, différente de Vhyaloidea.
Ce que Henle (50) et après lui Iwanoff ont décrit comme limitans hyaloidea, n'est autre chose que Vhyaloidea appartenant non à la rétine, mais au corps vitré, et se continuant en avant directement dans la zonula ciliaris. Toutes les deux sont les parties d'une même membrane qu'on peut séparer, d'après Huschke(16), en une partie postérieure (la véritable hyaloïde) et une partie antérieure ou ciliaire (la zonule).
Lieberkûhn (63) a démontré que l'hyaloïde n'a rien à faire avec la rétine, car elle naît du feuillet germinal moyen, comme couche limitante du corps vitré, le séparant de la vésicule oculaire secondaire. C'est surtout sur l'œil des oiseaux que ce fait est palpable ; car ici l'hyaloïde ne finit pas avec la rétine au bord du pecten, mais lui forme un revêtement complet. Sur l'œil de l'homme et des mammifères en général, il se produit, lorsqu'on Ta placé pendant une journée dans de l'alcool très faible, une séparation constante et très lisse entre la rétine et le corps vitré ; lors de pareilles préparations, on trouve constamment la surface du corps vitré en contact avec Vhyaloidea qui se continue avec la zonule et le cristallin; au contraire, la rétine ne se trouve avec sa surface interne que garnie d'une margo limitans. Que l'hyaloïde reste aisément, sur des yeux frais qu'on vide de leur corps vitré, attachée à la rétine, cela ne signifie rien pour ce qui regarde la question que nous agitons ici, car la séparation n'a pas lieu avec le corps vitré ; constamment une mince couche périphérique de la gélatine du corps vitré reste de même attachée aux membranes ; d'ailleurs cela ne se passe ainsi que pour les corps vitrés des animaux adultes. Sur de jeunes animaux, par exemple chez le veau, qui présente un corps vitré d'une consistance plus notable, l'hyaloïde suit dans des yeux frais le corps vitré qui s'en échappe.
Je suis donc du même avis que Henle (50) et Iwanoff (55), en acceptant l'existence d'une seule membrane entre la margo limitans retinœ et la surface du corps vitré, mais je l'envisage comme appartenant au corps vitré. Iwanoff a observé que pendant le détachement du corps vitré, l'hyaloïde se trouvait nettement séparée de la gélatine du corps vitré par une couche de liquide, et qu'aussi bien l'hyaloïde que le- corps vitré détaché du côté de la couche liquide montraient une surface lisse. La conclusion qu'en tire Iwanoff ne me paraît nullement nécessaire, à savoir, que la membrane restée en pareille circonstance attachée à la rétine doit lui appartenir et qu'il manque au corps vitré une
MEMBRANE HYALOIDE.
enveloppe délimitante; car des surfaces lisses devraient forcément se développer à la suite de processus morbides qui persistent longtemps. Si la surface du corps vitré détaché s'altère à un tel point qu'elle se recouvre d'une couche homogène amorphe, le fait de la disparition des résidus de la gelée du corps vitré attaché primitivement à la membrane hyaloïde et du rétablissement d'une surface lisse du côté externe de l'exsudat n'a pourtant rien de bien extraordinaire.
Dans la région de Vora serrata, l'hyaloïde commence peu à peu à s'épaissir et à changer de structure en devenant zonula ciliaris. A partir de ce point, elle constitue la paroi antérieure du canal de Petit; la paroi postérieure s'identifie avec la surface antérieure de la gélatine du corps vitré qui ne se différencie du contenu liquide du canal de Petit que simplement par une surface plus dense. Un fendillement de la zonula, i^rës deVora serrata, en un feuillet externe qui représenterait les véritables fibres de la zonula, et un interne qui tapisserait la fossa patellaris, n'a pas lieu. Par conséquent, le canal de Petit doit être assimilé aux autres fentes de la gélatine du corps vitré.
Cette description diffère de celles antérieurement données par moi (59 et 60) en ce que je considère actuellement la membrane limitante postérieure du canal de Petit comme un produit factice résultant de l'action des réactifs (soit comme précipitation, soit comme condensation) : je me rallie ainsi à Iwanoff (62); mais je suis forcé de maintenir vis-à-vis de Merkel (61) l'existence du canal de Petit tel que je l'ai décrit. Que la zonula et le corps vitré semblent sur des coupes se toucher, c'est ce qui résulte de la compression forcée qu'ils subissent pendant la section.
Un fendillement près de Vora serrata n'a donc pas lieu. Hannover (18) admettait un fendillement encore bien plus compliqué de la part de l'hyaloïde. 11 devait tout d'abord s'effectuer un fendillement de cette membrane en deux feuillets près de Vora serrata, et le feuillet antérieur se serait divisé de nouveau en deux à la hauteur des procès ciliaires. Le feuillet antérieur représentant la zonula ciliaris, le postérieur formerait avec les deux feuillets nés de la première division un espace en fente situé derrière le canal de Petit, qu'on avait désigné par conséquent comme canal de Hannover. D'après Hannover, il n'atteint que le bord du cristallin, et derrière lui l'hyaloïde serait de nouveau simple. Finkbeiner (33), qui défend l'existence de pareil canal, lui fait même établir une séparation complète entre le cristallin et le corps vitré. D'après Weber (44), il n'est séparé du canal de Petit qu'incomplètement par une couche de fibres zonulaires. Tous les autres anatomistes nient complètement l'existence de ce canal.
L'hyaloïde se présente au microscope sous forme d'une membrane claire et transparente comme du verre, qui fait aisément des plis. Ce n'est que ^râce à ces plis qu'on l'aperçoit sous le microscope, car l'attention est bien moins attirée sur des éléments cellulaires qui lui sont constamment attachés lorsqu'on examine sur le plan. Les plis sont nettement formés et démontrent surtout sa qualité de membrane propre. Pourtant elle est, chez l'homme et les mammifères, intimement liée par sa surface interne à la gélatine du corps vitré ; c n'est que chez les oiseaux et les amphibies qu'elle représente une membrane absolument facile à isoler. La surface externe dirigée contre la rétine est constamment lisse et à contours précis, mais le plus souvent elle est recouverte sur les préparations fraîches par des gouttes transparentes d'une nature particulière. La réaction micro-chimique les fait reconnaître comme de l'albumine qui provient des cônes des fibres les plus radiées, qui
sont dirigées vers l'hyaloïde et dont le contenu s'est échappé. Sur des préparations à l'alcool et à l'acide chromique, ces gouttes forment des plaques coagulées de configuration analogue, et souvent, chez l'homme, les cônes des fibres radiées sont même restés attachés parles émanations réticulées de leurs bords aux cônes sphériques. Alors toute la surface externe de la membrane hyaloïde présente un aspect réticulé.
Au voisinage de Vora serrata, la substance vitreuse de la membrane hyaloïde se trouve traversée par de nombreuses stries très fines, dirigées en sens méridional (0. Weber) (^l). Ces stries prennent naissance à peu près dans la région équatoriale de l'œil en s'accentuant de plus en plus vers le bord de la zonule. C'est d*elles que se forment, dans la partie ciliaire de l'hyaloïde (Huschke), les fibres zonulaires. Pourtant il paraît exister, quant à ce mode de répartition des fines fibres du bord de la zonule au delà du restant du corps vitré, des variations physiologiques, de façon que parfois les fibres se terminent tout près du bord de la zonule, tandis que dans d'autres cas elles s'étalent bien au delà.
Un élément constant de l'hyaloïde est constitué par de petites cellules aplaties et particulières, munies d'un ou deux noyaux et présentant une délimitation très variée et absolument irrégalière d'avec le corps cellulaire. La figure 136 rend compte de leur aspect habituel, ainsi que de leur répartition dans la plus grande étendue de cette membrane. Il se trouve accumulé à l'entour du noyau une masse finement granulée dont les réactions micro-chimiques sont celles des protoplasmas. Cette masse n'a pas de délimitation en dehors ; au contraire elle paraît souvent se perdre, dans la substance vitreuse ambiante et parfaitement transparente, par une dégradation progressive de son épaisseur. Dans d'autres cas, ces cellules présentent un contour plus précis, ont une forme sphérique, ou sont fusiformes, ou encore se montrent avec l'aspect de minces plaques analogues aux premières cellules, mais avec des contours échancrés et aussi munis çà et là de prolongements irréguliers.
^ toutes est commun le mode d'emplacement, de juxtaposition à la mem-
FiG. 130.
MEMBRANE HYALOIDE.
brane liyaloïde, autrement dit dans la couche corticale la plus externe de la substance propre du corps vitré. C'est pour cette raison qu'on les a aussi décrites (Ciaccio) (57) comme cellules subliyaloïdéales. Pourtant il paraît qu'il s'en rencontre aussi constamment quelques-unes isolées sur la surface externe de la membrane vitreuse, entre celle-ci et la rétine (Iwanoff) (-48).
La répartition de ces cellules est absolument irrégulière. On rencontre les plus nombreuses chez l'embryon. Elles sont, par contre, bien moins abondantes chez l'adulte, et en nombre très varié dans les diverses sections de la membrane hyaloïde, et même, dans certaines régions, h des écarts divers, de façon qu'il ne peut être question ici d'une répartition uniforme. Ainsi, par exemple, chez le porc, les écarts de deux cellules flottent entre 8 et 27 f/.; chez le lapin, entre 29 et 390 y.. Il se rencontre de semblables écarts chez l'homme. En outre, il n'est pas rare de rencontrer entassés, dans un étroit espace, des groupes de pareilles cellules. Une comparaison entre les chiff'res relatifs à la répartition des cellules qui occupent les régions antérieures de l'hyaloïde, celles qui avoisiiient Vora serrata, et celles de l'équateur et autour de la papille, montre que les plus nombreuses cellules se rencontrent près de Vora serrata et à l'entrée du nerf optique, et que leur nombre décroît progressivement de ces deux régions vers l'équateur. J'ai fait pareilles énumérations chez le lapin, le porc et le mouton. Chez le mouton, par exemple, je rencontrais dans le champ du microscope (objectif V, oculaire 3), pour la région antérieure, à peu près 20 cellules, dans les régions moyennes jusqu'à 8, et dans les postérieures 10 à 14 cellules subhyaloïdiennes.
L'explication de cette répartition si diverse ainsi que de ce changement de forme se trouve dans le fait signalé par IwanoA* (48), d'après lequel ces éléments sont doués de mouvements amiboïdes. Pourtant je m'écarte de la manière de voir d'Iwanoff, qui regarde ces cellules formatrices du corps vitré comme chargées de la sécrétion du mucilage. D'après mes observations propres, basées sur des expériences qui seront décrites plus loin, ces cellules ne sont autre chose que des corpuscules sanguins incolores, qu'on rencontre, dans les corps vitrés morts et conservés, sous les formes les plus variées à l'état de coagulum. Leur déplacement explique leur répartition variée, tandis que leur accumulation dans les parties antérieure et postérieure du corps vitré se rapporte au plus proche voisinage, de leur source que représentent les vaisseaux du corps ciliaire et de la papille. En concordance avec ces faits nous rencontrons aussi, dans la zonule proprement dite, un plus grand nombre de semblables cellules.
Ces éléments lymphoïdes que nous venons de décrire sont les uniques cellules que nous rencontrons dans la membrane hyaloïde. Un epithèle comme Huschke (16), Hannover (11), Pappenheim (14), Finkbeiner (33), Ritter (48) et Coccius (46) l'ont décrit, n'existe pas. 11 se composerait de grandes cellules hexagonales aplaties, que Finkbeiner décrit même de grandeur variable suivant les diverses régions, en leur ajoutant les cellules de la ;)ars ciliaris retinœ. Pendant que ces divers auteurs distinguaient encore, à part l'épithèle, une membrane vitreuse, Brucke (19) se prononça déjà avec plus de circonspection, en ce sens qu'il disait que la membrane vitreuse lui paraissait née de la con-
fluence des cellules épithéliales pavimenteuses et hexagonales. Incontestablement oh a décrit les choses les plus variées comme épithèle de l'hyaloïde; on prenait les cellules subhyaloïdiennes pour les noyaux des cellules épithéliales, les dessins réticulés des plaques qui proviennent delà rétine pour le corps cellulaire. C'est ainsi que s'expliquent aisément^ suivant mon opinion, les diverses indications des auteurs concernant l'épithèle de l'hyaloïde. Iwanoff (48) attire l'attention sur ces diverses formations comme sources d'erreurs, et se prononce aussi catégoriquement contre l'existence d'un épithèle.
En outre, Iwanoff mentionne de grandes cellules plates particulières, munies d'un noyau rond et de bords dentelés, qu'il a parfois rencontrées chez des enfants et des adultes sur la surface externe de l'hyaloïde. Il les rapporte au réseau sanguin aréolaire, qui se trouve chez l'embryon à la surface externe du corps vitré. Chaque fois que j'ai rencontré des éléments cellulaires à la surface externe de l'hyaloïde, ils ne se différenciaient en rien des corpuscules lymphoïdes, oîi ils représentaient les résidus des corps protoplasmiques à noyau renfermés dans les cônes des fibres radiées.
Pappenheim (14), Bowman (21), Finkbeiner (33), décrivent la membrane hyaloïde comme composée en totalité de fibrilles, et Ciaccio (57) fait émaner d'elle de nombreuses fibres fines dans la substance du corps vitré, et rapporte à ce fait la cohésion interne de la gélatine du corps vitré avec l'hyaloïde. Je n'ai rien pu apercevoir de pareille structure fibrillaire: A l'état frais, cette membrane est homogène ; après durcissement dans la solution de Millier, elle est finement pointillée.
Les fibres méridionales qui apparaissent au voisinage de la zonule sont envisagées par Weber (41) et Blix (54) comme les résidus de vaisseaux oblitérés. Cette opinion repose sur l'interprétation fausse que le réseau de vaisseaux sanguins qu'on rencontre chez l'embryon, à la périphérie, appartiendrait au corps vitré (comparez aussi Lieberkiihn (63), p. 366). Comme H. Millier (44) l'a démontré et Iwanoff (48) confirmé, ces vaisseaux appartiennent plutôt à la rétine et s'y confondent ultérieurement. Aussi les vaisseaux persistants de l'hyaloïde des amphibies et des poissons sont homologues aux vaisseaux rétiniens, suivant Huschke (16) et H. Miiller (44). Ils se caractérisent, d'une part par des excroissances protoplasmiques qui se transforment ultérieurement en nouveaux vaisseaux, d'autre part par les gaines périvasculaires qu'Iwanoff (51) a décrites. Sous ce dernier rapport, ils concordent aussi avec les vaisseaux de la rétine.
Structure de la gélatine du corps vitré {humor vitreus). — Le contenu de l'espace que circonscrit l'hyaloïde est une gélatine vitreuse, dont la consistance, la richesse en eau et la composition chimique varient sensiblement, suivant les diverses espèces de mammifères et chez l'homme. Chez l'embryon, le tissu de l'humeur vitrée est plus dense, plus résistant que chez l'animal adulte, et cette diminution de consistance semble se rapporter ici essentiellement à l'augmentation de l'eau qui entre dans sa composition. La différence de consistance des corps vitrés de jeunes animaux et de sujets âgés est encore très remarquable: ainsi, par exemple, le corps vitré du veau est toujours plus consistant que celui du bœuf. C'est probablement aussi à une plus grande richesse en eau qu'il faut attribuer le moins de consistance du corps vitré de l'homme comparativement à celui du mouton et d'autres mammifères.
Mais ce n'est pas seulement la différence dans la quantité d'eau que renferme le corps vitré qui le différencie chez les divers animaux. Chez une partie, Vhumeur vitrée se caractérise par ses qualités visqueuses, filamenteuses (homme, poissons), tandis qu'il représente chez d'autres une gélatine gluante et compressible (par exemple, le chien, le bœuf). Ces variations doivent se rapporter à la constitution chimique. Le corps vitré de l'homme et des poissons renferme de la mucine, tandis que cette substance paraît
faire absolument défaut dans l'humeur vitreuse du chien et du bœuf; de même chez le mouton, on ne peut rencontrer que de faibles traces de mucine. Par contre, ces corps vitrés libres de mucine se caractérisent par une plus grande richesse en albumine. Néanmoins cette quantité est toujours peu élevée : ainsi le corps vitré, relativement riche en albumine, du veau n'en renferme, d'après les analyses de Lohmeyer (32), que 0,136 pour 100.
Dans 100 parties de la gélatine du corps vitré du veau, Lohmeyer trouva: eau, 98,640 ; albuminate de soude, 0,136; graisse, 0,0016, masses extractives, 0,3200; chlorure de soude, 0,7757; chlorure de potassium, 0,0605; sulfure de potassium, 0,0148; phosphate de chaux, 0,0101; phosphate de magnésie, 0,0032; phosphate de fer, 0,0026, et craie, 0,0133.
D'autres analyses ont été faites parBerzelius (5), Frerichs(20) : d'après leurs recherches, la quantité d'eau flotte entre 98,4-0 et 98,63 ; de même, dans ces analyses, le chlorure de soude et les substances extractives représentent la partie essentielle des masses solides. Les données de Berzelius se rapportent au corps vitré du bœuf. Ni lui ni Frerichs ne font particulièrement mention de la mucine. Lohmeyer également ne l'indique pas, et Ciaccio (57) en nie la présence. En opposition à ces assertions qui se rapportent à des examens de corps vitrés du bœuf et du veau, je dois confirmer l'indication de Virchow (22) sur la présence de la mucine dans le corps vitré, toutefois avec cette modification que j'ai bien rencontré de la mucine dans le corps vitré de l'homme, mais non dans celui du bœuf et du chien. Il est vrai que je n'ai pas fait de recherches quantitatives. La diversité d'opinions sur le contenu du corps vitré en mucine s'explique donc simplement par le fait que le corps vitré des divers animaux et celui de l'homme offrent une composition très différente.
D'après Millon, le corps vitré contient aussi de l'urée. Cette indication se trouve confirmée par Wohler, niée par Lohmeyer (32). Après avoir nourri les animaux avec du krapp (garance), Berzelius a constaté une coloration rouge du corps vitré.
Il était déjà connu aux anciens anatomistes qu'en transportant le corps vitré sur un filtre, la majeure partie en dégouttait sous forme d'un liquide transparent, tandis qu'il ne restait sur le filtre même, après avoir enlevé l'hyaloïde, qu'un faible reste d'une substance visqueuse et membraneuse. Il résulte de ce fait qu'il ne faut pas envisager l'humeur vitreuse comme un simple liquide, mais lui attribuer une composition complexe. Indubitablement il faut donc différencier ici une partie consistante et une partie liquide {vitrina ocularis). Lohmeyer (32) s'est efforcé de rechercher, pour l'œil du veau, les rapports de ces deux substances, et n'a trouvé que 0,021 à 0,07 de résidus solides. Le liquide renferme les sels et matières extractives; en outre, il renferme quelques traces d'albumine; on n'a pas encore exactement déterminé la composition chimique du résidu consistant. On peut, d'après Lieberkûhn (62), rendre la substance gélatineuse du corps vitré absolument libre de tous les sels et de l'albumine dont il se trouve imprégné, lorsqu'on place le corps vitré frais dans une grande quantité d'eau distillée, et qu'on renouvelle cette eau tant qu'on y obtient encore, avec l'acétate de plomb, un précipité. La substance gélatineuse reste encore parfaite-
ment transparente par l'addilion d'alcool et d'autres réactifs ; mais, en y ajoutant de plus grandes quantités d'alcool absolu, elle se rétracte sous forme d'une membrane absolument transparente, qui se gonfle de nouveau dans l'eau.
En ce qui concerne la répartition de la substance solide dans le liquide du corps vitré, les opinions des auteurs ne concordent guère, surtout dans ces derniers temps. Depuis les recherches de Demours(l), ce qui paraissait le plus simple pour expliquer la consistance particulière de la gélatine du corps vitré, c'était d'admettre la présence de membranes qui traverseraient le corps vitré dans les directions les plus variées, en subdivisant le corps vitré en section renfermant son liquide particulier. Voyant que par une petite piqûre de l'hyaloïde on pouvait évacuer peu à peu toute la vitrma, on fut forcé d'admettre une communication de tous ces espaces en « cellules » . Demours se servit le premier, pour la démonstration de ces espaces, de la méthode de congélation. Il trouva ainsi tout le corps vitré traversé par des paillettes de glace, plus grandes à la périphérie, plus petites dans la région de la fossa patellaris; de la surface de cette dernière il réussit à détacher, avec une aiguille à cataracte, une fine pellicule.
De semblables observations ont été faites par Zinn (2) et Délie Ghiaje (10). Le premier attire déjà l'attention sur ce fait que le corps vitré congelé montrait à la périphérie une cassure écailleuse, qu'il se détachait de sa surface postérieure des écailles qui présentaient un arrangement concentrique, analogues à celles de l'oignon. Une superposition concentrique de couches semblables fut aussi démontrée par Pappenheim au moyen d'une autre méthode, en traitant le corps vitré avec du carbonate de potasse. Brûcke (19),HanQ0vers (18) et Finkbeiner (33) arrivèrent par divers chemins à admettre des membranes qui affectionnent chez les mammifères un arrangement concentrique, tandis que, d'après Hannover, elles se grouperaient en sens radié autour d'un axe dirigé de la papille vers la surface postérieure du cristallin.
Bientôt pourtant on acquit la conviction que toutes ces membranes décrites, ou se rapportaient à des précipités qui s'étaient faits en couches superposées, comme celles de Pappenheim ou Brûcke, Finkbeiner, qui se forment partout en sens parallèle à la surface de la section de la substance vitreuse [Bowman (21), Doncan (30)], ou résultaient, comme celles de Hannover produites par l'acide chromique, d'une rétraction de la gélatine du corps vitré dans des directions déterminées [Doncan (30)]. Nulle part une pellicule bien délimitée et capable de se plisser ne peut être démontrée, partout la délimitation était irrégulière et traversée par des précipités. De même dans le corps vitré frais, on n'a pas jusqu'à présent réussi à démontrer la présence de membranes; seulement comme revêtement d'un canal central, il se trouve une tendre pellicule élastique, ainsi qu'on le verra plus loin.
11 ne faut donc pas nous représenter la substance propre du corps vitré
que renferme l'hyaloïde, d'après les recherches des anciens, comme contenue dans des cellules ou des membranes disposées en éventail; nous n'avons affaire qu'à un seul espace rempli de la gélatine et traversé par le canal central. Comment est alors réparti dans un pareil espace le liquide du corps vitré? Évidemment nous n'avons pas affaire à un kyste contenant simplement ce liquide, car le corps vitré ne se subdivise pas en deux substances lorsquel'hyaloïde est encore conservée, de façon qu'on pourrait rapporter le résidu a membraneux » exclusivement à l'hyaloïde ; ou une partie quelconque enlevée de l'intérieur du corps vitré ne laisse pas, après l'écoulement de sa partie liquide, une petite quantité d'une substance visqueuse. On est donc forcé d'admettre une confusion intime de la substance solide du corps vitré et de la vitrine, dont on ne peut, il est vrai, nullement se rendre compte à l'examen microscopique. Car, sous le microscope, le tout paraît absolument homogène, abstraction faite des éléments fibrilleux et cellulaires sus-décrits. Aucune division ne se laisse apercevoir.
Cela n'empêche pourtant pas que la gélatine ne renferme des espaces qui contiennent le liquide. Pour les parties centrales du corps vitré, Doncan (30) a rendu probable la présence de pareils espaces en se servant des recherches entoptiques. D'après lui, ils se trouveraient dans la partie postérieure du corps vitré à un écart de 1/3 à 4 millimètres de la rétine, s'étendant principalement en sens vertical (jusqu'à 3 millimètres). Aussi derrière le cristallin on rencontrerait, surtout dans une direction oblique de pareilles lacunes renfermant du liquide. Ces observations concordent avec le fait que les parties du corps vitré humain voisines de l'axe sont plus liquides que celles des couches corticales; tandis qu'au contraire ce noyau paraît précisément chez certains animaux plus consistant. Mais, aussi dans les parties périphériques, l'existence de pareils espaces en fente situés dans la gélatine du corps vitré est rendue probable. Les faits suivants plaident dans ce sens :
1. Sur des yeux congelés, le corps vitré qu'on enlève en bloc du globe oculaire peut, dès que la dégélation commence, s'effeuilleter en fines lamelles de glace qui se détachent de la surface et qui sont concentriquement disposées pour ce qui concerne le centre oculaire; à sa surface se trouve ce que Brûcke (17) a désigné comme substance pelliculeuse. Ce fait, que j'ai pu confirmer, paraît n'admettre comme explication que -la disposition d'espaces concentriques du corps vitré, dont le contenu liquide se congèle. Ces coques de glace se ramollissent tout d'abord à leur surface et se détachent en dégelant. Dans l'intérieur du corps vitré congelé, on ne peut plus démontrer un semblable arrangement en couches concentriques; on trouve, pendant le dégel, les petits fragments irréguliers de glace répartis dans les directions les plus diverses.
2. D'après les recherches de Stilling (56), la présence de fentes concenj triques dans les couches corticales du corps vitré est confirmée, quoique ses I recherches prêtent le flanc à des contradictions. Stilling a observé que des
î solutions (bleu de Prusse, carmin) qu'on laisse tomber par gouttes sur un
corps vitré divisé par moitié dans la région équatoriale, non seulement pénètrent en suivant la direction du canal central, mais remplissent aussi encore un certain nombre de sillons circulaires et concentriques de la substance corticale qui s'étendent à 2 et 3 millimètres dans l'organe, de façon à donner une image, comme la représente la figure 137, rendue d'après un dessin de Stilling. Sur des sections particulièrement réussies Stilling, a vu aussi dans la masse centrale des lignes colorées. Elles partent du canal central; vers le milieu de la coupe, une de ces lignes qui arrive au centre se subdivise en deux pour se terminer en se bifurquant (figure en tricorne de Stilling, fig. 137).
FiG. 137.
Section équatoriale du corps vitré d'un mammifère (porc, mouton), d'après Stilling. — c, canal central avec figure en tricorne. Les lignes concentriques de lapériphérie indiquent les sillons qui se sont remplis après avoir fait tomber du liquide colorant dans la substance corticale. (Dessin schématique.)
Stilling interprète toutes ces lignes comme l'entrée d'espaces en fente qui, dans la périphérie, traversent la gélatine du corps vitré, circonscrivent des espaces concentriques en forme de coquille, et montreraient par contre, dans le noyau homogème, un arrangement radié, révélé par la ligure en tricorne. Il réussit aussi à démontrer les espaces concentriques de la masse corticale par des coupes dirigées à travers l'axe oculaire ; ils paraissaient, au voisinage du pôle postérieur, aboutir tous au canal central, tandis qu'ils se terminaient dans la région de Vora serrata (fig. 138).
Fig. 138.
Coupe à travers l'axe du corps vitré d'un mammifère, d'après Stilling. — c, canal central. — l, cristallin. — L'écorce est indiquée par des fentes concentriques.
Stilling distingue donc une écorce traversée par des fentes concentriques, et un noyau homogène qui, à partir de Vora serrata, ne possède plus d'enveloppe corticale, de façon que la surface antérieure du corps vitré est exclusivement représentée par le noyau. Contre ce mode d'interprétation de Stilling on peut opposer qu'il est impossible, en faisant une section dans le
sens équatorial ou axile, de garantir, même en prenant les plus subtiles précautions, le corps vitré d'un fendillement artificiel, attendu que les parois du globe oculaire ne sont pas rigides, et que pareils plis doivent déjà se former en transformant la section oculaire en une demi-sphère rigide renfermant le contenu de l'œil. En procédant d'après Stilling, c'est-à-dire en ne sectionnant le corps vitré qu'après l'avoir retiré du globe oculaire avec l'iris, le cristallin et le corps ciliaire, pareilles déchirures se produisent encore plus facilement, et devront forcément se montrer si l'on ne s'en préserve pas par la présence d'un hémisphère uniforme.
Indubitablement la figure en tricorne résulte de pareil fendillement. Je ne voudrais pas juger d'une manière aussi catégorique pour ce qui regarde les fentes concentriques de la masse corticale, quoique je n'aie pas réussi jusqu'à présent à obtenir une image analogue à celles de Stilling. En outre, je ne parvins pas par des injections, en piquant la gaîne plaie du nerf optique, à injecter dans le corps vitré d'autres espaces que le canal central. Par contre, j'ai obtenu dans un cas, en piquant le corps vitré du bœuf, de remplir par l'injection deux espaces parallèles à la couche corticale sous forme de coques, dont la plus superficielle s'étendait jusque vers la région de Yora serrata, la plus interne ne présentant qu'une étendue moindre. Ceci démontre évidemment qu'il se trouve dans la substance corticale du corps vitré des espaces en forme de coquille et concentriques, dans lesquels le liquide injecté se meut plus librement que dans les parties avoisinantes.
3. Iwanoff (55 et 61) a réussi à démontrer sur de fines coupes de corps vitrés durcis dans le liquide de MûUer une déhiscence des couches de la substance périphérique en des lamelles concentriques séparées les unes des autres par des fentes analogues. Il distingue donc aussi une substance corticale en couches et un noyau homogène; mais il soutient contre Stilling l'opinion que les lamelles, en devenant de plus en plus minces et en se condensant, recouvrent aussi le noyau en avant.
4. De même les images que Hannover (18) décrit sur les yeux des mammifères s'expliquent le mieux en admettant une structure en couches concentriques de l'écorce du corps vitré. Il observa, sur des yeux qui pendant longtemps a^-akiit séjourné dans une faible solution d'acide chromique, une structure lamellaire et concentrique toute particulière, qui s'accusait surtout dans les parties périphériques. Il envisageait les diverses feuilles comme des cloisons membraneuses préformées qui entoureraient des sacs fermés et qui, se recourbant en avant dans la région du corps ciliaire, prendraient derrière le cristallin une direction parallèle située dans un même plan, ainsi que le montre le dessin de Hannover (fig. 139). Incontestablement nous n'avons affaire ici dans ces images qu'à des parties rétractées de la substance du corjis vitré. Lorsque les diverses lamelles de la subslance corticale se ratatinent sous l'action de l'acide chromique, il s'ensuit que les fissures entre elles s'élargissent et donnent aussi naissance aux membranes concentriques de Hannover.
Toutes ces indications se rapportent, à l'exception peut-être de celles d'Iwanofî, exclusivement aux yeux d'animaux. Jusqu'à quel point le corps vitré humain partage-t-il cette structure ? Ceci n'est pas suffisamment démontré. Je suis forcé, manquant de matériaux frais, de décider cette question, soit en suivant la méthode de Stilling, soit d'autres.
Sur des yeux humains qui ont été longtemps conservés dans la solution de Mûller, j'ai trouvé au contraire le dessin que la figure 140 représente d'après une section éqaatoriale. Il part d'une couche corticale compacte un nombre de cloisons radiées qui vont se terminer vers le centre du corps vitré d'une manière indistincte dans une masse centrale. A peu de distance de
i'écorce se présente encore un second anneau concentrique. Cette image rappelle beaucoup les dessins donnésparHannover(18) d'une coupe équatoriale du corps vitré humain, sauf que sur son dessin on ne peut reconnaître une couche corticale distincte, et que le nombre des rayons est indiqué comme étant de 180, tandis que je n'en compte que 37. Bov^man (21) a obtenu de semblables images qu'il a judicieusement comparées à des tranches d'orange, et cela sur des corps vitrés d'un fœtus de neuf mois dont les yeux avaient longtemps séjourné dans une faible dissolution d'acide chromique ; tandis que sur des yeux d'adultes (figures 3 et 4 de Bowman), traités d'après la même méthode, il pouvait apercevoir une écorce striée et un noyau à raies radiées. Ce dernier renfermait souvent une cavité irrégulière qui se présentait d'une
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manière analogue sur mes propres préparations, et qui trouve simplement son explication dans des déchirures produites par la coupe.
Des résultats absolument analogues, à savoir une striation concentrique de Il'écorce et des parties centrales radiées, Gerlach (^8) les a obtenus en employant de faibles solutions d'acide chromique ; Smith (53) en se servant de l'acide carbolique. Si l'on réunit toutes ces observations et qu'on en tire les déductions semblables pour le corps vitré de l'homme d'après les images que fournit l'acide chromique, ainsi qu'on Ta fait plus haut pour les autres cas, en voyant les résultats concorder avec tous les faits observés, il nous faut aussi pour l'homme admettre une écorce semblable, à structure conj centrique et à fissures correspondantes. Mais, tandis que pour les animaux il j existe une substance centrale condensée, celle-ci présente chez l'homme une trame lâche et facilement destructible. La gélatine du noyau se fendille sous l'influence de l'acide chromique en sens radié et se rétracte en un certain nombre de cloisons radiées qui s'attachent près de l'axe qui renferme le ] canal central. Ici nous rencontrons une substance solide en bien moins I grande quantité qu'à la périphérie, fait qui concorde parfaitement avec la j plus grande liquéfaction des parties centrales du corps vitré. Des recherches ultérieures sur des yeux frais auront à démontrer si sur le corps vitré frais de fines fissures radiées correspondent au fendillement radié du noyau.
Brucke (15) se servait, pour démontrer Texistence de membranes dans le corps vitré, d'une solution concentrée de saccharate de plomb. Ses recherches antérieures sur la diffu- -sion ont démontré que lorsque deux liquides séparés par une fine membrane se précipitent, le précipité se produit tout d'abord sur la membrane et dans celle-ci même. Se basant sur ce fait, il voyait dans le corps vitré ayant séjourné pendant quelque temps dans la solution sus-mentionnée se produire une fine striation laiteuse, dont les couches externes couraient parallèlement à la rétine, les internes à la surface postérieure du cristallin.
Avec raison, Bovvman (21) objecte à Briicke que ces images ne démontrent rien, attendu qu'un semblable arrangement en couches par des lignes blanches se produit con- ; stamment d'une façon parallèle sur la coupe de la préparation placée dans du saccharate de plomb. Je me suis, ainsi que Doncan (30), rendu compte de la justesse de l'objection de Bowman. Non seulement il se produisait des lignes parallèles à la coupe, mais souvent, <comme la figure 11 de Bowman le représente sur un segment antérieur et ainsi que je l'ai observé sur un fragment postérieur, il apparaît des lignes dirigées obliquement vers la surface qui, à mon avis, s'expliquent simplement par les ruptures de la substance du corps vitré. La solution ne tarde pas à paraître à travers les fentes et à agir d'une ^manière analogue, comme elle fait sur la coupe même.
Les indications de Hannover (18) sur la structure du corps viLré des mammifères et de l'homme ont déjà été discutées longuement plus haut; il suffit donc de citer que cet auteur a indiqué chez le cheval, à part les poches concentriques du corps vitré, plus tard ■encore de nombreuses cloisons fines élevées en sens oblique et placées entre deux membranes principales, subdivisant ainsi un pareil espace en une multitude de petites divisions. 11 a aussi, chez d'autres vertébrés, décrit de semblables membranes. Chez les oiseaux, elles affectent à la périphérie un arrangement concentrique, tandis que dans les parties centrales elles s'étalent en éventail à partir des deux faces du pecten. En outre, le corps vitré de la grenouille présente un arrangement en couches ; il en est de même de la tortue, chez laquelle on compte six ou sept lamelles concentriques. Aussi chez les poissons, il se montre une structure concentrique indiquée par de nombreux feuillets minces affectant une direction parallèle à la surface postérieure du cristallin et au plan de la rétine, j Bowman (21) n'arriva pas à trouver chez les oiseaux (en se servant de l'acide chromique) de pareilles lamelles concentriques; il n'a vu partir du sommet du pecten vers Yora ser-
rata et le cristallin que des fibres opaques. 11 obtint de même des résultats différents à' ceux de Hannover chez les poissons ; tandis que Leydig (24), en traitant avec l'acide chromique le corps du Chimera monstrosa, y rencontra des poches concentriques à la face postérieure du cristallin.
Nous avons déjà exposé que les membranes décrites par Hannover, et qui se rapportent au ratatinement du corps vitré, ne doivent pas être envisagées comme de véritables membranes. De même les membranes sacciformes que Finkbeiner (33) préparait en traitant le corps vitré frais avec du sublimé, et qu'il cite à l'appui de l'opinion de Hannover, ne sont que des pseudo-membranes provoquées par des précipités. Il en est de même, ainsi que C. 0. Weber (4î) le fait observer, pour la structure en coquilles que prend le corps vitré en le conservant dans une solution de nitrate d'argent. Du reste, que d'aucune manière la présence de membranes ne peut être démontrée dans l'intérieur du corps vitré, cela ressort des affirmations positives de KoUiker (31, Doncan (30), C. 0. Weber (41), Blix (54) et Iwanolî(61).
Tandis que Briicke et Hannover n'ont réussi à démontrer dans les membranes obtenues par eux que de fins grains microscopiques, Bowman (21) les décrit comme composées d'un réseau de fibres dont les nœuds des mailles renfermeraient « des granulations nucléolaires ». — D'après Finkbeiner (33) et Ciaccio (40), ces membranes auraient encore une structure bien plus complexe. Finkbeiner les décrit composées de trois couches, d'une couche fibreuse garnie des deux côtés d'un épithélium, tandis qu'il admet bien aussi leur structure épithéliale, mais veut qu'elles se soient développées des cellules du tissu cellulaire du corps vi*tré embryonnaire. Les indications de Finkbeiner et de Ciaccio sont erronées, car nulle part on ne rencontre dans la substance même du corps vitré des cellules épithéliales.
Le canal central du corps vitré. — Dans l'œil développé des mammifères et de l'homme, le corps vitré est traversé par un canal rempli d'un liquide transparent qui se dirige de la papille du nerf optique vers la surface postérieure du cristallin ; ce canal est désigné sous le nom de canal hyaloidien. Il commence de la papille par une partie faiblement dilatée (area Martegiani), qui se rapetisse alors en un canal cylindrique de 2 millim. d'ouverture (chez le porc et l'homme), et se termine finalement juste derrière la cristalloide postérieure. Comme l'entrée du nerf a une position excentrique, forcément le canal central doit courir excentriquement.
Stilling (52), auquel nous devons la démonstration de ce canal, se servait pour cela d'une solution colorée (carmin) qu'il laisse dégoutter sur des corps vitrés détachés de leur membrane près du point correspondant à la papille du nerf optique. Aussi, sur des yeux partagés près de l'équateur, le canal central se laisse démontrer aisément par la solution colorée qu'on laisse tomber par gouttes sur la section. Cette démonstration est surtout facile sur des yeux de porc.
J'ai, moi aussi, usé des méthodes de Stilling pour préparer le canal hyaloidien, mais j'ai en outre réussi à le remplir d'une autre manière (64). Par le même procédé dont je mo sers pour remplir les canaux périvasculaires de la rétine en injectant du bleu de Prusse ou de la térébenthine Alkanine sous la gaine piale du neri optique, on obtient aussi facilement un remplissage très réussi du canal central, de façon que cette démonstration prouve en même temps la connexion du canal hyaloidien avec les voies lymphatiques du nerf optique.