‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 59 sur 147 · CANAL CENTRAL DU CORPS VITRÉ · texte numérisé non relu

CANAL CENTRAL DU CORPS VITRÉ

De quelle manière se termine le canal central au voisinage de la capsule postérieure du cristallin, c'est ce qui n'est pas encore suffisamment démontré. Sur mes préparations, la masse injectée s'arrondissait tout près du cristallin et montrait parfois un faible renflement en massue.

Le point où s'opère la terminaison ne paraît pas non plus constant; d'après Stilling, cela n'aurait pas lieu derrière le centre de la face postérieure du cristallin, mais cette terminaison serait excentrique, de façon que le parcours du canal ne formerait pas avec l'axe optique un angle aigu, mais courait parallèlement à cet axe.

Le canal central est garni d'une membrane vitreuse apparente dont les plis sont k tout moment aisément reconnaissables, et qui paraît finement* striée. Çà et là on rencontre à sa surface des cellules granuleuses aplaties d'une façon irrégulière qui, peut-être comme les cellules subhyaloïdiennes, se rapportent à des globules de sang incolore. Cette membrane du canal central paraît, dans Varea Martegiani, se continuer directement dans l'hyaloïde et correspond évidemment à cette partie de l'hyaloïde des oiseaux que recouvre le pecten. Lieberkûhn (62) a décrit sur les yeux des embryons une semblable membrane comme délimitant l'espace qui contient l'artère hyaloïdienne.

La largeur du canal central est, d'après Stilling (52 et 56), différente dans les yeux des divers animaux. Tandis que le canal est relativement large (2 millimètres et plus) chez l'iiomme, le porc, le lapin, le cheval, le cerf, le chevreuil, il est très étroit chez le mouton et ne mesure que 1/2 à 1 millimètre. Il se présente aussi des variations individuelles : ainsi chez le bœuf, il devient tantôt plus large, tantôt plus étroit. Il est moins large chez les enfants que chez l'adulte, ne présentant que 1/2 millimètre au lieu de 2 pour le dernier. Le canal hyaloïdien des anciens anatomistes, que Cloquet(4) a le premier mentionné, ne correspond pas au canal central du corps vitré développé que Stilling (53) a découvert. Cloquet n'entendait par son canal que l'espace que traverse chez l'embryon V artère hyaloïdienne, tandis que chez l'adulte pareil canal faisait absolument défaut (comparez Huschke (16), p. 735 et 736). De mên^e d'autres auteurs plus récents font mention, comme Hannover (25) et Finkbeiner (33), d'un pareil canal embryonnaire. Le premier entend par canal l'espace occupé par l'artère hyaloïdienne et duquel rayonnent les cloisons radiées. Il ne l'a jamais rencontré ouvert chez l'adulte. D'après Finkbeiner, au lieu d'un canal ouvert se trouve un cordon qui se composerait d'une enveloppe finement striée et transparente et d'une partie centrale fibrillaire et nucléolaire. Il a vu dans un cas, sur l'œil du bœuf, se diviser pareil cordon près de la papille en deux parties qui s'élargissaient en ampoules, s'insérant par des ouvertures rondes à la papille. D'après Finkbeiner, les sacs membraneux qui traverseraient le corps vitré participeraient aussi à la formation des parois de ce cordon central.

Indubitablement il existe une faible dilatation du canal près de la papille. Cela se reconnaît surtout facilement sur l'œil du bœuf, où s'élève encore du niveau de la papille un corps blanchâtre en bourrelet pour remplir le commencement du canal hyaloïdien (H. Millier) (36). Déjà Zinn (2) a décrit en ce point un enfoncement en entonnoir. Martegiani (3) y insiste davantage, et lui donne d'après son propre nom celui (ïarea Martegiani (comparez Huschke (16), p. 735). Ordinairement le diamètre de cet enfoncement correspond à peu près à celui de la papille; d'après Stilling (56), il le dépasserait de 2 niillimètres chez le porc, tandis que suivant lui Varea Martegiani serait à peine indiquée chez le mouton; par contre, elle est bien visible chez le cheval, le porc et le chat.

Le mode de terminaison du canal en avant n'est pas encore suffisamment démontré. Ordinairement je l'ai vu se terminer d'une manière arrondie. Stilling (comp. fig. 138) le laisse passer dans la fente située entre le corps vitré et le cristallin, sans insister davantage. Michel (64) obtint dans certains cas, sur l'œil du porc, un remplissage simul-

tané du canal central et du canal de Petit en injectant par ponction de la chambre antérieure .

Cliez l'embryon, le canal central renferme Yartère hyaloïdienne, qui s'étale ensuite dans la fossa patellaris en un réseau. Assez souvent cette artère persiste encore pendant quelque temps après la naissance, comme chez le porc (Stilling) (56), le veau et le cheval (H. Millier) (36); chez ce dernier, on voit même parfois toute la répartition des vaisseaux sur la capsule postérieure du cristallin (Lieberkûhn) (62). Aussi a-t-on à pUisieurs reprises observé la persistance de Vartère hyaloïdienne (par Meisner (1), Sa^misch (2), Wecker (3). Chez le bœuf, se rencontre d'une manière constante, comme contenu de Varea Martegiani, une procidence blanchâtre en cône, partant de la papille et d'où se laisse poursuivre au loin vers le cristallin un prolongement filiforme. Ce cône et ce prolongement filiforme sont entourés, d'après H. Millier (36), d'une gaine amorphe. Le cordon montre à l'examen microscopique une striation longitudinale et des noyaux rangés le long du cordon [comparez aussi Finkbeiner (33)]. Par contre, le cône renferme dans un stroma amorphe ou finement strié une très grande quantité de noyaux entassés. Klebs(42) décrit une semblable accumulation de noyaux qui appartiennent à de petites cellules rondes, dans l'excavation physiologique du nerf optique humain; ils se perdraient latéralement sans délimitation précise dans l'hyaloïde, et représenteraient la région de la racine commune de l'hyaloïde et du corps vitré. Les observations de H. Millier faites sur l'œil du bœuf contredisent formellement cette manière de voir de Klebs,

Fibres et cellules du corps vitré. — Le corps vitré complètement développé paraît, à l'examan microscopique à l'état frais, parfaitement transparent et homogène ; les éléments histologiques semblent y faire absolument défaut. Par contre, on réussit toujours à démontrer la présence de cellules dans le corps vitré de l'embryon; mais aussi un examen attentif nous les montre dans le corps vitré développé. Les cellules sont dans ce dernier seulement peu répandues comparativement à la grande quantité de substance propre et sont ordinairement difficilement aperçues à l'état frais.

Il en est de même des éléments fibrillaires qu'on décrit dans la gélatine du corps vitré. A l'état frais, on n'en reconnaît ordinairement pas de traces (Lieberkûhn) (62). Vainement je me suis ainsi efforcé d'obtenir le plus souvent, au moyen des réactifs ordinaires (liypermanganate de potasse, etc.) qui nous servent pour isoler les fibrilles du tissu cellulaire, ces éléments du corps vitré. Dans un seul cas j'ai pu démontrer dans un corps vitré humain, sans l'emploi des réactifs, des traînes fibrillaires. Il s'agit de corps vitrés qu'on a placés pour des raisons encore à expliquer dans le sac lymphatique dorsal de la grenouille et qui y avaient perdu par absorption une grande qiiantilé d'eau. Par contre, chez le mouton et le porc, la démonstration de fibrilles échoua de toutes manières.

Lieberkûhn (63) fait encore mention d'un autre genre de fibrilles dans le corps vitré ; ce sont les résidus de vaisseaux embryonnaires qui ne se rencontrent qu'isolés et parfois, en certains endroits, décomposés en grains fins.

D'après les recherches d'Iwanoff (62), il se trouve d'une façon consfanle

(1) Zeitschrift fùr rationelle Medicin, 3 Rech, I Bd., 1857, p. 262.

(2) Klin. Monatsblàtter fûr Augenheilkimde, iSQd,

(3) Ibid., juillet 1869.

FIBRES DU CORPS VITRÉ

dans la région de Vora serrata des faisceaux de fines fibrilles qui se rendent en cet endroit à la surface du corps vitré et parcourent, nue fois en contact avec la membrane limitante, comme fibres zouulnires, la zoiiula en avant. Quoique je me sois rendu compte de l'existence de ces fibrilles dans la région de Vora serrata, ']e n'ai pourtant nullement pu me convaincre que les fibres de la zonula prennent toutes leur unique origine dans de pareilles traînées fibrillaires.

A l'exception des fibrilles de la région de Vora serrata, ces éléments, ainsi que les fibres, constituent des éléments excessivement, peu répandus; ceux qui le sont moins encore sont les fibres que Lieberkûhn a décrites et (pii paraissent en outre, suivant leur provenance, être tout autrement constituées, comme les traînes fibrillaires décrites par Iwanolf et moi. Pendant que les premières sont très probablement de nature élastique, -les dernières ont évidemment beaucoup d'analogie avec les fibrilles du tissu cellulaire. Elles se rencontrent en plus grande quantité dans le corps vitré de l'embryon, voici pourquoi sa substance paraît finement striée et plus résistante que celle de l'adulte (de Witticli) (29).

Tout autres sont les réseaux de fibrilles qui se montrent à l'élat pathologique, principalement au début de la suppuration, et qui apparaissent en grandes traînées dans la gélatine du corps vitré (0. Weber). D'après mes recherches, ce sont des éléments très résistants qui rappellent les fibres élastiques et qu'on peut comparer avec les fibres particulières qui, à l'état pathologique, apparaissent dans la névroglie du nerf optique (1).

Toutes les autres indications sur l'existence de fibrilles, de quelque nature qu'elles soient, qu'on trouverait dans le corps vitré, reposent sur des images provoquées par des réactifs et qui ne peuvent en aucun cas être interprétées comme préexistantes. Il en est ainsi de l'affirmation de Giaccio (57), qui pouvait, après avoir employé de l'acide chromique ou de l'alcool, démontrer la présence de fins réseaux fibrillaires, qu'il identifie avec ceux décrits antérieurement par Bowman (21) dans le corps vitré embryonnaire. Pourtant Bowman décrit dans les points nodaux de ces réseaux fibrillaires de petits renflements sphériques comme « nuclear granules ». Ce ne serait, d'après Ciaccio, que l'eflét optique de sections de fibres qui se recourbent pour se rendre dans un autre plan. Déjà Lieberkiihn (63) a attiré l'attention sur ce fait, que beaucoup de réactifs, principalement l'alcool et l'acide chromique, provoquent l'apparition de fibrilles. D'après mes propres observations, la forme des dépôts que provoque l'emploi de l'acide chromique ou de l'alcool est telle que de fins corpuscules se trouvent épars entre de petits corps bacilliformes. Ces derniers se trouvant répartis dans les sens les plus divers, il en résulte comme des réseaux fibrillaires. L'examen avec de très forts objectifs les fait apparaître en morceaux n'ayant aucun contact les uns avec les autres; ils se placent souvent en zigzag mutuellement, et paraissent identiques à ce que Merkel (34) a décrit comme fibres en zigzag, « fibres fulgurantes », dans des yeux pathologiques.

Aussi le fin réseau que décrit Blix (54.j dans les points nodaux où se rencontreraient des cellules fusiformes ou étoilées sans noyau doit probablement se rapporter aux produits artificiels que Bowman et Ciaccio ont énumérés.

Dans les travaux d'auteurs plus anciens, nous voyons aussi fréquemment indiquée la structure fibrillairc du corps vitré. Ainsi Huschke (16) décrit des faisceaux fibrillaires qui rayonnent de la membrane hyaloïde dans le corps vitré, mais dont la démonstration ne peut èti e

(1) Michel, Ueber eine Hiiperplasic des Cniasma und des rechten Nervus opticus bei Elephantiasis (Arcliir fur Ophihalm., xix, 3).

faite qu'après durcissement dans du sublimé ou du carbonate de potasse. Pappenheim (14), ayant vu dans des corps vitrés conservés dans le carbonate de potasse une structure fibrillaire, suppose qu'il s'agit de tubes remplis de liquide.

Nous avons déjà mentionné qu'on réussit moins facilement à démontrer, dans le corps vitré frais et développé, la présence de cellules que cela ne se peut pour le corps vitré embryonnaire, mais que, incontestablement pourtant, celui de l'adulte en renferme. En examinant attentivement, on les reconnaît, principalement dans les couches périphériques, sans l'addition d'aucun réactif. Elles paraissent comme des éléments excessivement pâles, dont le pouvoir réfringent ne diffère que fort peu de la substance ambiante. L'acide chromique ou le liquide de Mûller les rend plus apparentes; mais, pour les bien faire ressortir, il est recommandable de teinter le corps vitré avec du carmin ou de l'aniline. Les éléments cellulaires apparaissent alors dans la substance du corps vitré sous les formes les plus diverses. D'après le procédé dlwanoff(4'8), on peut distinguer trois formes principales, mais qui, ainsi [que je dois le souligner, se révèlent par de nombreuses formes intermédiaires comme appartenant à une même catégorie. On distingue ainsi :

1. Des cellules rondes avec un ou plusieurs noyaux, ayant absolument la même nature que les cellules subhyaloïdiennes sus-décrites avec détail, proviennent évidemment de la même source aussi. Ces cellules se trouvent isolément parsemées dans la substance du corps vitré, mais en quantité relativement faible, et principalement dans les parties périphériques.

2. La seconde forme qui, d'après Iwanoff, est représentée par des cellules fusiformes ou étoilées, se rencontre principalement dans la couche corticale. Ces cellules (fig. 141, a et b) affectent les formes les plus irrégulières, montrent des contours incurvés et ordinairement plusieurs longs prolongements protoplasmatiques qui portent çà et là de petits renflements sphériques dont la nature protoplasmatique est aussi aisément démontrable. Ces globules sont tantôt isolés près d'un prolongement, tantôt en plus grand nombre rangés les uns derrière les autres comme des perles. Le bout du prolongement est tantôt pointu (fig. 141, a), tantôt garni d'un globule (fig. 141, d). Ce dernier ne se rattache souvent que par un très fin pédicule au corps cellulaire, de façon que la possibilité d'un détachement paraît probable. En réalité, on rencontre souvent de pareils globules détachés, de même substance, au voisinage de ces cellules (fig. 141, d). J'aurai occasion d'y revenir.

3. La troisième forme de cellules du corps vitré, d'après Iwanoff, se caractérise par la présence de vésicules claires que contient le corps cellulaire. D'après mes observations, ces cellules ne sont que très rarement simplement celluleuses ; la plupart possèdent un (fig. 141, c, e,f) ou plusieurs (g) prolongements de la même nature que ceux de la seconde catégorie qu'on vient de décrire. Les vésicules sont, ou nettement délimitées, ou aussi indistinctement contournées, de manière qu'on reçoit l'impression comme s'il s'agissait du

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