LIQUÉFACTION DU COUPS VITRÉ. 5<H
cette dissolution est complète, nous pouvons avoir une liquéfaction sans le moindre changement de transparence; est-elle au contraire incomplète, une parlie des cellules immigrées ont-elles acquis un certain degré de développement? elles se déposeront dans les pî^rties les plus déclives du milieu liquéfié, et nous apparaîtront avec une course vertigineuse lorsqu'on fera exécuter à l'œil le moindre déplacement.
Nous aurons, en parlant du décollement du corps vitré, à distinguer entre la liquéfaction plus ou moins ample de ce milieu et sa rétractation et sa condensation par suite d'une accumulation de liquide entre l'hyaloide et la rétine ou entre le corps vitré et la zonule ; lorsqu'une étendue peu considérable située dans la partie postérieure de l'œil (au voisinage d'un staphylôme postérieur), ou à proximité du cristallin, se montre seule le siège d'une liquéfaction, que des opacités se déplacent dans un espace relativement restreint, on doit réserver son diagnostic entre décollement et liquéfaction partielle du corps vitré; au contraire, si dans les parties centrales de l'œil, des opacités exécutent dévastes excursions, on n'aura guère à craindre d'en conclure une véritable liquéfaction du milieu.
Le décollement du corps vitré se rencontre de préférence dans les cas où il y a simultanément distension des enveloppes de l'œil, surtout de la sclérotique. Gela s'observe donc pour la sclérectasie postérieure ainsi que pour la sclérectasie antérieure. Dans certaines formes de scléro-choroïdite entraînant une ectasie antérieure partielle, il se place aussi une couche de sérosité entre le corps ciliaire et le corps vitré, mais avec la différence, relativement à ce qui se passe pour la partie postérieure, que la membrane hyaloïde qui se transforme en zonule ne quitte pas la choroïde et subit seule des déplacements indirects par suite de la distension sclérale et par suite des déviations que lui imprime le cristallin, qui perd son support naturel, lec orps vitré, qui, lui, est refoulé en arrière et de côté. Ces déviations du cristallin peuvent donner lieu à un détachement progressif de la zonule, et à des subluxations ■et luxations plus ou moins complètes du cristallin.
II n'est donc nullement indifférent, au point de vue du pronostic, de poser le simple diagnostic de synchisis lorsqu'il s'agit d'un décollement du corps vitré. Car, si nous pouvons, chez certains sujets, constater la présence d'une liquéfaction totale du corps vitré que nous révèle le mode suivant lequel s'y meuvent des opacités peu volumineuses, nous voyons, au contraire, que ni le décollement postérieur, ni le décollement antérieur du corps vitré n'est supporté pendant un laps de temps prolongé sans entraîner des suites fâcheuses pour l'œil. Cette confusion entre le synchisis simple et le décollement si facile à commettre et si difficile à éviter, explique pour l'initié comment deux maladies, en apparence identiques, sont si différentes d'importance pour le malade qui en est porteur.
Ainsi on verra que la liquéfaction généralisée avec la présence d'opacités plus ou moins nombreuses ne fait au fond pas changer notablement les conditions physiologiques d'un œil, mais il en est autrement lorsque le corps
vitré se décolle et se condense pour se détacher. Ainsi, dans la partie postérieure, ce décollement, étant progressif, peut entraîner, par le détachement successif de la membrane hyaloïde de la rétine, une déchirure de celle-ci, si ce détachement se fait un peu plus brusquement, et le liquide sas-rétinien peut alors s'insinuer entre la membrane nerveuse pour donner lieu à un décollement rétinien. Les mêmes conséquences fâcheuses sont à craindre d'un décollement trop brutal, pendant une secousse de l'œil, de l'hyaloïde qui forme la zonule. Le cristallin ainsi dégagé se dévie, se porte vers la zone de fdtration et les conditions fâcheuses du glaucome se trouvent établies.
Nous reviendrons en traitant du décollement du corps vitré sur l'avantage qu'il y aurait, au point de vue du pronostic, â pouvoir nettement différencier le décollement et le ramollissement du corps vitré. Dans tous les cas où spontanément on voit se produire des subluxations et luxations du cristallin, on doit penser à une rétraction du corps vitré avec traction sur la zonule.
Autrefois on considérait la trémulation de Viris comme un signe indiscutable du ramollissement du corps vitré, tandis qu'il est avéré actuellement que cette trémulation indique seulement que l'iris a perdu plus ou moins complètement son support naturel, la surface antérieure du cristallin. Le cristallin exécute-t-il avec l'iris un mouvement de vacillement ? alors on peut en conclure que l'espace du canal de Petit s'est démesurément élargi, étendu vers le pôle postérieur du cristallin, soit par ramollissement du corps vitré, soit, ce qui est plus fréquent, par rétraction de ce milieu. Dès que l'iris n*a pour s'adosser que le corps vitré, il tremblote même lorsqu'une exagération de consistance da corps vitré se rencontre simultanément. De l'absence du tremblotement de l'iris, en cas de défaut du cristallin, on ne pourrait tirer aucune autre conclusion que celle que le diaphragme iridien a perdu son indépendance en ce qui concerne la cristalloïde antérieure restée dans l'œil, qu'il s'est soudé avec cette membrane (comme cela arrive si fréquemment après l'extraction de la cataracte) et que l'iris est tendu et immobile à l'instar de la cristalloïde antérieure.
Un signe non moins fallacieux pour se prononcer sur le degré de densité du corps vitré est le ramollissement, V hypotonie de l'œil. Nous voyons que la tension est justement très exagérée dans les cas de glaucome chronique où l'on rencontre souvent un corps vitré liquéfié ; au contraire, la rétraction et la condensation des couches antérieures de ce milieu, la traction exercée ici sur le corps ciliaire et le tissu trabéculaire péricornéen, entraînent très souvent un excès de fdtration des liquides avec diminution de tension. La mollesse excessive de l'œil, les débuts d'une phthisie essentielle, loin de permettre de conclure à un ramollissement, nous engagent plutôt à admettre la condensation des couches antérieures du corps vitré.
Le signe le plus précieux pour le diagnostic reste donc toujours la rapidité de déplacement d'opacités, qui s'effectue non dans les couches extérieures, mais dans les parties centrales, autrement dit dans toutes les