LIQUÉFACTION DU CORPS VITIŒ
directions. Nous rencontrons le prototype de pareils ramollissements chez des personnes très agrées.
Le synchisis s&nile ne présente rien de grave, se rencontre fréquemment avec le gérontotoxon cristallinien, l'atrophie choroïdienne péripapillaire et un manque d'élasticité particulier de la sclérotique. Ce sont des yeux prédisposés à des difficultés d'excrétion, autrement dit à des troubles glaucomateux. Ces difficultés concordent avec une augmentation notable d'épaisseur des membranes vitreuses, avec un état verruqueux marqué de la lame vitreuse de la choroïde à l'entour de la papille, ainsi que de la membrane de Desceinet, principalement vers sa terminaison près du ligament pectiné. Le ramollissement seul concorde donc avec une dureté notable du globe oculaire.
2. Une variété de ramollissement sénile est le synchisis étincelant, variété où probablement les cellules immigrées en se décomposant dans le corps vitré ramolli y déposent leurs éléments de décomposition, principalement les particules graisseuses. Le synchisis scintillant est une maladie qui a vivement attiré l'attention des premiers observateurs, tandis qu'actuellement ayant constaté qu'il s'agit d'une altération sénile, qu'exceptionnellement on rencontre chez des personnes moins âgées, ayant surtout acquis la conviction que comme le synchisis sénile, dont il constitue une variété rare, il n'offre guère de gravité, cette altération curieuse, comme image ophthalmoscopique, a beaucoup perdu de son attrait.
Les liquides de l'œil laissent assez souvent déposer des cristaux sur les lambeaux capsulaires après une extraction de cataracte ou bien dans les lésions traumatiques du cristallin, mais bien moins souvent ces cristaux s î déposent dans un œil intact en apparence. Parfait Lendron (1) a signalé le premier la présence de cristaux de cholestérine dans le corps vitré que J.-A. Schmidt avait déjcà indiqués dans le cristallin, mais ce n'est que Baker et Stout qui, il y a quarante ans, ont confirmé, par la recherche microscopique, la présence de ces cristaux que Malgaigne avait supposé séjourner dans le corps vitré.
Ce sont Sichel et Desmarres (2) qui ont fait connaître, avec plus de détails, cette maladie qui, une fois décrite, ne se montrait guère si rare qu'on le supposait, car en 1852 on en avait déjà réuni 23 observations (Schauenbourg) (3). D'après notre expérience on rencontre dans 1,2 pour 100 des cas cette maladie, ordinairement chez des personnes ayant dépassé la soixantaine et de préférence chez des hommes. J'ai à plusieurs reprises constaté cette affection chez des hommes ayant dépassé quatre-vingts ans ; il en était ainsi chez le père d'un de mes élèves, un Italien, qui, avec un œil gauche farci de cristaux, présentait un état normal de vision de ce côté.
Lorsqu'on rencontre l'affection chez des sujets jeunes, alors la raison en
(l) Revue médicale, 18^28, t. V, p. 203. {"2) Voy. la Bibliographie.
(3j Ueber Clwlesterinbildung in menschl. Auge. Erlan^on, 185-2.
est encore ordinairement une action traumatique, essenfiellement des blessures du cristallin qui s'est trouvé déprimé dans le corps vitré. En l'absence de pareille cause, ainsi que de toutes lésions apprécial3les des membranes enveloppantes de l'œil, on a été porté à faire coïncider cette altération avec des aiïections du foie (la formations de calculs), mais sans qu'on ait pour cela d'autre preuve à l'appui que le raisonnement théorique.
A la suite de blessures du cristallin, oii une partie de celui-ci a été projetée dans le corps vitré et une communication directe établie pour un certain temps entre les chambres de l'œil, la formation de cristaux de cholestérine peut s'observer simultanément dans les deux chambres et l'on peut en rencontrer des masses considérables qui flottent dans la chambre antérieure. J'ai examiné en 1874 un garçon de café qui avait reçu six ans auparavant un coup sur l'œil gauche. La vision avait été complètement abolie de ce côté, aussi le malade ne venait-il qu'à cause de la défiguration que lui causait l'organe blessé. La chambre antérieure de cet œil légèrement irrité était remplie d'un liquide rouge jaunâtre, dans lequel se soulevait au moindre déplacement de l'organe une poussière d'or. L'œil était-il en repos? la couche présentait alors, par suite du dépôt des cristaux sur la membrane de Desccmet; absolument l'aspect d'un fragment d'aventurine (verre d'or de Venise). Depuis cette observation, j'ai aussi rencontré pareil état avec un cristallin intact, mais légèrement opaque, chez un Espagnol, âgé de quarante-huit ans, atteint de décollement de la rétine, chez lequel la ponction n'avait amené qu'une amélioration passagère. Chez ce malade, les cristaux flottaient dans une humeur aqueuse absolument transparente,
A l'ophthalmoscope, le synchisis scintillant peut se présenter de différentes façons. Parfois on ne rencontre les cristaux déposés que dans certaines couches et fixés sur des sortes de membranes comme les paillettes d'un voile (Coccius) (i), et ce sont ici de préférence les couches inférieures qui présentent ces membranes étoilées. Dans le plus grand nombre des cas, les cristaux se meuvent librement dans une très grande étendue du corps vitré atteint de ramollissement sénile. On obtient la plus jolie image ophthalmoscopique, si on observe pareil corps vitré à l'image renversée avec un fort verre convexe (+18 ou 20) et en éloignant progressivement l'oculaire de l'œil examiné, de façon à parcourir les différentes couches du corps vitré, i examiné ainsi successivement à l'image renversée. Le corps vitré se présenle ainsi comme un globe rouge de cristal, très large après dilatation de la pupille, parsemé d'innombrables brillants, représentés par deux genres différents de cristaux : les uns très petits, d'un aspect d'argent pur, sont représentés par la tyrosine, les plaques plus volumineuses ayant un chatoiement coloré et se trouvant souvent réunies en masses sont les cristaux de cholestérine. Aucun autre élément floconneux ne se rencontre dans un cas absolument pur de synchisis scintillant. Le siège de prédilection de ces cristaux sont les couches les plus voisines du cristallin et du corps ciliaire, de façon qu'en dilatant la pupille on peut voir voltiger ces cristaux même à l'inspection directe avec l'éclairage du jour. est bien moins fréquent de rencontrer dans les couches postérieures voisines de la rétine ces cristaux
{\)Klin. Monatsblatter, 1864, sept.-déc.
LIQUÉFACTION DU CORPS VITllÉ. 565
voltigeants, tandis qu'il n'est pas rare pourtant de trouver des dépôts de ces cristaux dans des anciens foyers de choroïdite et dans des cas fréquents de dégénérescence graisseuse de la rétine. J'ai observé des cas où toute la rétine se trouvait imprégnée de cristaux de cholestérine sans que le corps vitré présentât aucune altération appréciable.
Une fois que Baker et Stout eurent constaté que les corps brillants du synchisis scintillant étaient des cristaux de cholestérine, Taltention ne se porta guère plus sur pareil sujet, jusqu'à ce que M. Poncet (1) eût l'occasion assez rare d'examiner un œil atteint de cette affection.
FiG. 14.4.
i, Houppes de cristaux de tyrosine, accolées à des cristaux de cholestérine. — 2, Masses sphériques de tyrosine. — 3, Cristaux de tyrosine, déposés sur de la cholestérine, avec des masses phosphatiques sphériques. — 4, Plaque de cholestérine avec une fente à laquelle se trouvent attachées des aiguilles de tyrosine. — 5 et 6, Éléments cellulaires du corps vitré, dont l'un présente son protoplasnia farci de crislaux phosplialiques. — 7, Cellules accolées à une masse phosphatiquc déforme sphérique. — 8, Masses phosphatiques sphériques plus volumineuses, dans l'intérieur desquelles on peut apercevoir de nombreux éléments cellulaires. — 9, Masse phosphatiquc sphérique de 40 [x, garnie d'aiguilles de crislaux, mais dans l'intérieur de laquelle on ne peut découvrir aucun élément cellulaire pouvant former un noyau.
Voici la courte note que nous a communiquée, à ce sujet, notre estimé confrère :
<( Dans un cas de synchisis scintillant des deux yeux où l'ophthalmoscope n'avait laissé voir, à part les paillettes brillantes, aucune autre altération des milieux et des membranes, à l'exception d'une petite plaque d'atrophie choroïdienne sur un œil, je rencontrai dans le corps vitré :
« 1" Des cristaux de cholestérine en nombre relativement peu considérable (lig. 145, 1, 3, 4);
(I) Compte rendu de la Société de chirurgie, 10 mai 1876.
» 2" Des groupes de tyrosine, partie en cristaux, partie comme corps sphériques garnis d'étoiles (145, 2) ;
)) 3° Des masses volumineuses sphériques de phosphates qui atteignaient la grandeur de jji (145, 9).
» Les masses phosphatiques représentaient de nombreuses boules garnies d'innombrables pointes qui, à un éclairage vif, reflétaient fortement la lumière. Les cristaux phosphatiques s'étaient en partie déposés sur les cellules du corps vitré atteintes de prolifération (rig.145. 8), cellules qui correspondaient à celles qu'on rencontre dans certaines formes de choroïdite. Je crois pouvoir attribuer la genèse de ces éléments cellulaires (fig. 145, 5, 6, 7) à une altération sénile de la choroïde de la région ciliaire, et je pense qu'il s'agit d'éléments immigrés, autour desquels se sont ultérieurement déposées les masses phosphatiques. Le synchisis scintillant représenterait donc, d'après mon avis, une dégénérescence graisseuse du corps vitré, analogue à l'athérome des artères, dégénérescence qui présente les mêmes produits chimiques régressifs. »
On voit que l'interprétation de M. Poncet concorde, à peu de chose près, avec la nôtre, suivant laquelle nous envisageons ce genre de synchisis comme une variété de dégénérescence sénile.
Si nous n'avions déjà que peu d'espoir d'activer la résorption d'opacités du corps vitré produites par des états inflammatoires chroniques de la choroïde, nous pensons encore moins nous flatter d'être à même de modifier sensiblement des processus régressifs dans le corps vilré. Du reste, nous avons dit plus haut qu'on a exagéré les inconvénients du synchisis simple, il en a été de même de la forme scintillante. Sa coi)fusion avec des états de condensation et de rétraction du corps vitré doit aussi ici expliquer ces vues pessimisles.
On peut tenter l'emploi du succinate de fer, tant vanté dans l'Amérique du Nord comme résolutif des concrétions analogues des voies biliaires. Nous avons à diverses reprises fait prendre deux fois par jour vingt gouttes d'une solution de succinate de fer dans 20 grammes de chloroforme dans lequel encore il est fort peu soluble. Il nous a semblé dans un cas de semblables accumulations de cristaux dans la chambre antérieure avoir pu constater une diminution sensible de ces cristaux.
ARTICLE IV
FORMATION DE VAISSEAUX DANS LE CORPS VITRÉ (canal du CORPS VITRÉ PERSISTANT, ARTÈRE IIYALOÏDIENNE PERSISTANTE)
En donnant la description de formations de vaisseaux dans le corps vitré, nous ne pouvons avoir en vue que les cas où l'inspection de ce milieu est