‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 114 sur 135 · II. — INFLAMMATION DE LA GLANDE LACRYMALE (dACRYOADÉNITE · texte numérisé non relu

II. — INFLAMMATION DE LA GLANDE LACRYMALE (dACRYOADÉNITE

Symptômes. — Cette maladie est tellement rare à l'état aigu, que des praticiens d'une grande expérience, de Arlt entre autres, avouent n'avoir jamais eu l'occasion de l'étudier, et, si l'on examine les observations que la littérature renferme (Ad. Schmidt, Todd, Heynes Wallon), il reste encore douteux que l'inflammation ait réellement occupé le parenchyme glandulaire, et non le tissu cellulaire circonvoisin. Du reste, on comprend sans peine combien il est facile de confondre cette maladie avec une inflammation du tissu connectif ambiant et même avec celle du périoste sous-jacent; et, si l'on songe que l'on a souvent signalé des altérations osseuses consécutivement à la suppuration de la glande lacrymale, on est en droit de penser qu'on a plus d'une fois attribué à l'inflammation propre de celte glande des symptômes qui appartenaient à une phlogose de la paroi orbitaire.

La tournure que prend la maladie dépend essentiellement du plus ou moins de temps que les symptômes inflammatoires emploient à se développer. Tandis que l'inflammation suraiguë de la glande lacrymale (ou plutôt de sa capsule) se termine par une accumulation abondante de globules de pus et aboutit à la formation d'un abcès [Gayat (2)], l'inflammation chronique provoque l'hypergenèse du tissu connectifère, qui entre dans la constitution de l'organe affecté, et détermine un engorgement dont la résolution se fait, en général, avec beaucoup de lenteur. Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels que, par l'effet de poussées inflammatoires multiples, la glande s'hypertrophie d'une manière progressive.

Les principaux symptômes de l'inflammation suraiguë de la glande lacrymale sont : une tuméfaction marquée et une rougeur érysipélateuse intense de la paupière supérieure, localisée principalement vers Tangle supéroexterne, point où l'on constate au toucher une vive sensibilité, et au niveau duquel le malade accuse des battements et' des douleurs lancinantes.

A mesure que le gonflement et la rougeur augmentent, il se manifeste presque constamment des troubles généraux, comme une fièvre ardente, de l'anorexie et de l'insomnie. Les auteurs signalent une gangrène partielle de la paupière supérieure, déterminée, d'après eux, par la compression que la

(1) Marten, Deutsche Klinik, n" 39, 1864.

(2) Inflammation suppurative de la glande lacrymale, etc. {Ann. d'OcuL, LXXI, p. 26, 1874).

glande malade exerce sur les tissus voisins, gangrène qui, à leur avis, donnerait lieu à l'évacuation des produits fournis par la suppuration. Dans ces cas, il faut le dire, un stylet introduit dans la plaie est toujours tombé sur un os dénudé et couvert d'aspérités. Mais, à côté de ces faits, reposant plus que probablement sur une erreur de diagnostic, il en est d'autres où la suppuration s'est ouvert une voie au dehors, sans avoir été précédée de sphacèle, et où il s'est établi un trajet fistuleux. De Graefe parle aussi d'un gonflement inflammatoire d'une glande lacrymale qui s'était pressée à travers une plaie de la paupière supérieure, gonflement qui disparut après la reposition.

Tandis que l'inflammation de la glande lacrymale, en tant que maladie suraiguë, réclame encore, pour être acquise à la science, le contrôle d'observations plus concluantes, il n'est pas douteux qu'elle existe à l'état chronique et ne se décèle alors par des symptômes bien caractérisés. Heymann (1) et Horner (2) ont relaté des observations fort curieuses que nous croyons devoir donner en note.

(1) Paul S..., âgé de dix ans, me fut amené, pendant l'automne de 1859, pour une maladie de l'œil gauche traitée jusqu'à cette époque par des topiques d'un usage pénible. La paupière supérieure correspondante était fortement distendue et il était impossible de la soulever. Le mal aurait débuté, si l'on s'en rapporte aux renseignements fournis, par un ulcère de la cornée, et n'aurait pris cette gravité que depuis peu de jours. Un examen très attentif révéla sous la paupière l'existence d'une tumeur charnue, sans bosselures. La paupière était d'une rougeur intense, mais non phlegmoneuse, et l'on pouvait la mouvoir sur place, bien qu'elle résistât aux tractions exercées de bas en haut; la tumeur, du volume d'une pomme, tombait au-devant de la paupière supérieure et n'était sensible que du côté externe de l'orbite. On ne percevait aucune fluctuation : un liquide séreux jaunâtre s'écoulait bien par la fente palpébrale, mais jamais on n'avait constaté une suppuration véritable. Incertain sur la nature du mal, j'ordonnai des cataplasmes, ce qui rendit la tumeur plus molle et la diminua de volume. Six jours après, il était possible de soulever la paupière supérieure et d'entrevoir, non sans peine à la vérité, le globe oculaire immobilisé en dedans, mais ne faisant aucune saillie en avant. Au travers de la paupière ramollie, on sentait, au niveau du bord externe de l'orbite, une tumeur dure et assez nettement circonscrite. Bientôt l'écartement des paupières, devenu plus facile, permit d'introduire une sonde pour savoir si cette induration n'était pas causée par la présence d'un corps étranger. On reconnut ainsi que le cul-de-sac supérieur était occupé tout entier par une tumeur qui faisait une saillie prononcée en bas, et que la dureté perçue était le symptôme d'une infiltration qui n'avait aucun des caractères des abcès. L'œil ayant repris sa position normale, on voit la cornée très opaque et faiblement ramollie. La conjonctive du cul-de-sac supérieur n'offre aucune autre altération qu'une rougeur et une turgescence assez forte On est en droit de supposer qu'il s'agit, dans ce cas, d'une inflammation du tissu cellulaire voisin de la glande. Sous l'emploi de l'iodure de potassium à l'intérieur et des frictions mercurielles, le malade guérit bientôt. La région de la glande lacrymale, sans être tuméfiée, resta longtemps sensible au toucher. La sécrétion des larmes s'accomplissait comme à l'état normal. 11 faut se demander si, dans ces circonstances, l'usage de topiques irritants n'a pas agi sur la maladie comme cause déterminante {Arch. fur Ophthalmologie , t. VII, A. I, p. 143).

(2) Un serrurier, âgé de vingt-six ans, se présente, le 22 février 1862, à la consultation. Dix jours auparavant et sans aucune raison connue, le malade avait vu apparaître une tumeur dans la moitié externe des deux paupières supérieures; il n'y avait eu ni rougeur, ni douleur, et le malade n'était nullement gêné dans l'usage de ses yeux. Le bord libre des deux paupières supérieures est normal, sans gonflement ni rougeur. Tandis que les deux tiers internes du repli des paupières supérieures sont parfaitement accusés, le tiers externe est effacé et soulevé par une tumeur qui s'avance jusque vers la peau. Cette proéminence

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