EXOPHTHALMIE (DISLOCATION DU GLOBE OCULAIRE
d'après la figure 190, représentant une coupe à travers l'orbite et la région postérieure de l'œil, que le globe oculaire ne se trouve pas exactement placé dans la direction de l'axe orbitaire. L'écart le plus sensible se présente entre la paroi orbitaire interne et la surface du globe oculaire. La distance est aussi plus grande entre le bord orbitaire inférieur et le bord supérieur; mais la différence en faveur du rebord orbitaire inférieur n'est pas aussi accusée. Lorsque le tissu orbitaire gagne donc uniformément de volume, ce sont de préférence les coussinets sur lesquels reposent les surfaces interne et inférieure de la paroi orbitaire qui soulïriront de cet accroissement de volume, et le globe oculaire sera, quelque peu, plus dévié en debors et en haut de la ligne de propulsion, qu'il aurait suivie par la seule distension uniforme du tissu re^ro-bulbaire, et s'il y avait eu répartition uniforme du tissu per^-bulbaire.
Ce raisonnement pourrait sembler viser à la recherche de la petite bête, s'il ne nous rendait pas compte d'un phénomène qui accompagne ces propulsions par distension, uniformément réparties, comme le goitre exopiithalmique nous les présente. Aussi ici, évidemment dans l'intérêt de la vision binoculaire, le parallélisme des lignes visuelles sera, autant que possible, maintenu pour la vision de loin; mais l'écart anormal qu'ont subi les centres de rotation par ce faible déplacement en dehors (et faiblement en haut), se révélera promptement par une réduction dans le pouvoir de convergence et les symptômes de l'insuffisance des muscles droits internes.
Pourtant, il est assez rare que, même pour les distensions vasculaires, du tissu rétro-bulbaire, celles-ci s'opèrent uniformément, et même encore lorsque pareille chose a lieu, la répartition vasculaire fait que la force de propulsion qui chasse le globe oculaire de sa cavité n'est pas répartie de telle façon que l'œil avance directement en avant. Il ne s'agit donc que d'un à peu près, mais qui est pourtant assez bien observé, pour ce qui regarde l'exophthalmus vasculaire et les tumeurs qui se développent dans l'entonnoir des muscles droits internes.
Il a déjà été question des luxations que la bestialité de certains lutteurs produit et qui, prétend-on, s'opèrent aussi directement en dehors (Mackenzie); mais, à part cela, il existe (voy. la Bibliographie) quelques cas rares dans la littérature où, à la suite de traumatismes graves, tels que coups décerne de vache, de sabot de cheval, d'accidents de chemins de fer, le globe oculaire n'a pas été poussé en avant de l'orbite, mais luxé dans Vantrun Highmori. Cette luxation peut être tellement complète, qu'on peut être induit en erreur et penser qu'il s'est agi d'un arrachement du globe oculaire, de ses muscles et de son implantation au nerf optique.
ARTICLE n
ENOPHTHALMIE
Si nous disposions de moyens plus pratiques de mensuration des degrés de saillie normale du globe oculaire, on se rendrait bien plus aisément compte que l'enophthalmie n'est pas aussi rare qu'on le pense, et que les yeux caves se rattachent à certains états pathologiques bien définis. Ces moyens de mensurations rapides et pratiques nous faisant défaut, il faut encore bien se garder de ne pas considérer comme véritable enophthalmus le refoulement que la pression atmosphérique peut exercer, surtout autour du rebord orbitaire supérieur, lorsque le tissu de l'orbite a perdu de son tonus et est devenu plus aisément compressible, mais sans permettre au globe oculaire lui-même d'exercer un tassement sur le tissu orbitaire. Ce refoulement de la paupière supérieure simule alors l'enophthalmus (Hyrll, Topo-
graph. Anat., p. 158).
Dans la plupart des cas de véritable enophthalmus, le fictif s'y adjoindra et accentuera encore l'aspect attristant des yeux enfoncés. Ceux qui ont assisté à quelques épidémies de choléra connaissent cet aspect cadavérique que prennent si promptementle les malades, pour ce qui concerne le contenu orbitaire, et qui est surtout frappant chez les personnes maigres, chez lesquelles la paupière supérieure forme un petit sillon autour du globe oculaire, refoulé dans l'orbite. Mais, sans attendre pareille occasion, de producti'on brusque et très prononcée d'enophthalmus, nous le retrouvons chez les personnes qui succombent à des affections émaciantes, chez les phthisiques, les cancéreux, et c'est le retrait du globe oculaire qui constitue, avec l'enfoncement de la paupière supérieure, un des traits les plus caractéristiques du faciès hippocratica.
Nos connaissances sur la possibilité d'un enfoncement nerveux du globe oculaire sont malheureusement encore bien incomplètes. Pourtant, par le faciès particulier que donne l'enophthalmus, qui se produit rapidement et en dehors d'états émaciants ou de déperdition du contenu vasculaire qui l'expliquent, ce symptôme mériterait d'être mieux étudié qu'il ne l'a été jusqu'à présent. Aussi on connaît, d'après de Graefe, fort bien, que sans exophthalmie, sous l'influence d'excitations du grand sympathique, qui ne portent encore pas sur la circulation intra-orbitaire, il se produit un spasme du releveur. On sait en outre que, chez les chevaux, une véritable enophthalmie se produit au moment du tétanos par contraction spasmodique du retractor bulbi (Berlin). Il est vrai que, chez l'homme, ce rétracteur n'existe qu'à l'état rudimentaire, mais il est pourtant encore assez développé (H. Mûller) pour pouvoir faire rentrer quelque peu le globe oculaire dans sa cavité sous l'iuPuence d'une excitation du grand sympathique, à rencontre
de ce qui a été décrit, que la paralysie du sympathique entraînerait une exophthalnfiie vaso-motrice (Baerwinkel, Berger, Berlin).
Un semblable enophthalmus vaso-moteur aurait été observé à la snite de névralgies du trijumeau (Bjôrnsirom) ; mais, avec pareille interprétation nous entrons alors en plein champ d'hypothèses.
On a occasion d'observer un véritable enophthalmns traumatique , ou mieux cicatriciel, lorsqu'on a dû pratiquer des opérations derrière le globe de l'œil en enlevant des tumeurs (Letenneur), surtout si celles-ci sont de nature congénitale (kystes, lipomes), et que, tout en étant assez volumineuses, l'exophthalmus n'était pas trop prononcé, qu'on a plutôt pratiqué l'opération à cause du déplacement latéral du globe oculaire que pour remédier à une propulsion exagérée. Qu'il puisse se former une véritable rétraction cicatricielle, suite d'inflammation adhésive, sans traumatisme préalable, nons paraît fort peu probable, tandis que l'enophthalmus, avec déviation du globe oculaire, n'a rien de surprenant, lorsqu'il se produit à la suite d'un phlegmon rétro-bulbaire où l'on a évacué les produits de suppuration au dehors.
Pour ce qui concerne la détermination du degré de l'ex- et de l'enophlhaU mie, nous renvoyons à l'ophthalmostatométrie de cet ouvrage (I, p. 7^26).
ARTICLE III