BLESSURES DU REBORD ORBITAIRE
Lerebordorbitaire,principalementlesupérieuretrinféro-externe, peuvent
être le siège de deux genres de blessures: de simples contusions et de yen-
iMes fractures. i k ,
Il a déjà été mentionné dans la partie anatomique (p. 763) que des chutes, ou un violent choc contre le rebord orbitaire supérieur, peuvent même être suivis d'une lésion de continuité, grâce à la saillie tranchante de l'os; mais en içénéral les contusions du rebord orbitaire ne donnent lieu qu'à des épanchements sanguins, qui peuvent être de simples sugillations sous-cutanées en partie sous-aponévrotiques, ou s'adjoindre même des épanchements sous-périostiques. Le sang s'étale ordinairement bien plus vers la figure que vers l'orbite, ou le fascia tarso-orbitaire fait obstacle à sa propagation. Lorsqu'on voit donc une simple blessure du rebord orbitaire se compliquer d'un hématome orbitaire, il ne faudra pas rapporter ce dernier à une simple propagation, mais à la coïncidence avec une lésion intra-orbitaire.
Ordinairement les contusions du rebord orbitaire sont, à part les fortes sugillations sanguines, suivies d'un très notable gonflement œdémateux des
BLESSURES DU RECORD ORRITAIRE. 781 paupières, qui rend, dans les premiers jours, la palpation d'un véritable hématome palpétral difficile et masque quelque peu l'étendue de la sugillatiou sanguine. ^
Nous aurons encore occasion, lors de la description des opérations qui se pratiquent dans l'orbite, d'exposer le fait si étran-e que des ecchymoses souscutanées se produisent à l'entour de l'orbite du côté opposé, lorsqu'il y a eu blessure du rebord orbitaire ou de l'orbite. Ces .wr/iUations symptomatiques, comme de Ammon les désignait (Zeitschrift filr Ophllialm., [, p. 125, 1830), doivent, à l'instar de ce qui s'est passé pour l'ophlbabnie du même nom, échanger ce terme contre la désignation moins poélif[ue de sugillations migratrices, car il s'agit, en réalité, d'une migration du sang d'une orbite à l'autre.
Nous venons de dire que le très fort gonQement des paupières empêche de bien préciser le siège d'un hématome périorbitaire. Il a encore le grnnd inconvénient de le faire apparaître parfois avec une dureté telle (surtout s'il est sous-périostiqne) qu'on peut penser qu'il s'agit d'une fracture du rebord orbitaire. L'analyse des autres symptômes, surtout l'exploration du fond de de l'œil, si le gonflement des paupières le permet, la mobilité de l'iris, etc., doivent ici guider dans un diagnostic, peu éclairci par la simple palpation. '
La production de tumeurs pulsatiles par l'établissement d'un anévrysmc artério-veineux, ne se rencontre pas à la suite de simples blessures du rebord orbitaire, et ne s'observe qu'à la suite de lésions dans la profondeur de l'orbite, qui impliquent la contusion du rebord orbitaire. Ce qui peut en être la suite, c'est la formation d'un hématome qui, étant souspériostique, prend souvent un temps fort long pour se dissiper.
L'intervention immédiate ne doit consister que dans l'emploi d'une compression dosée, suivant la sensibilité du sujet, compression à laquelle on peut adjoindre le sac de glace pilée, s'il s'agit d'un accident tout récent. Autant que possible, on tentera par des massages simples ou faits avec des pommades résolutives (lanoline, vaseline et onguent gris à parties égales), d'amener une résorption du sang, qui prend, il est vrai, toujours plusieurs semaines à s'effectuer en entier. Nous sommes très ennemi des incisions qui mettent souvent à jour d'assez vastes décollements du périoste du rebord orbitaire, et facilitent une suppuration infectieuse et la carie consécutive qu'on aurait pu éviter.
La contusion s'est-elle compliquée de plaies qui siègent lorsque l'os a coupé les téguments de dedans en dehors, ordinairement près de la jonction du rebord orbitaire supérieur avec l'externe, on a forcément une plaie allant jusqu'à l'os et se compliquant de décollement périostique et de commotion du tissu osseux ambiant, suivant l'intensité du choc vulnérant. Comme la blessure siège ordinairement à la réunion de l'os frontal avec l'os malaire, il peut même se présenter une légère disjonction des os. La réaction sera ici d'autant plus violente que les règles strictes d'une antisepsie rigoureuse ont été moins suivies, dès que l'accident s'est produit, et l'introduction de
matières infectieuses peut donner ici lieu à des inflammations phlegmoneuses qui dévastent surtout la paupière supérieure. Aussi sommes-nous de l'avis que l'irrégularité des plaies qu'on observe ici parfois ne doit nullement empêcher de ^océder, sous le jet de l'irrigation désinfectante, à un avivement régularisateur de la plaie, après Fàvoir tout d'abord soumise a une irri-ation prolongée au sublimé et ensuite à l'application d'un bandeau compressif garantissant la plaie réunie le plus possible du contact de l'air.
Au point de vue médico-légal, il est très important de savoir que la simple contusion du rebord orbitaire, principalement le supéro-externe, peut déterminer des plaies comme si elles avaient été faites avec un instrument tranchant. Nous ctons a cet égard 1 exemple suivant : Dans une rixe entre cochers, l'un tombe après avoir reçu un coup le poli qui produit une vaste rupture de la sclérotique avec sortie du cristallin et de a m eSre paîtie du corps vitré. Dans sa chute, il se fend par coupure de dedans en deirors) le ourcil. Le médecin expert aura, dans ce cas, s'il y a poursuite, a repondre au iuU d'instruction, s'il y a eu perte de l'œil par un simple coup de poing, sans que la ma n fût a mée d'un instrument vulnérant, ou si le cas contraire s'est présente. Un expert qu ne connaîtrait pas la particularité, comment les blessures peuvent se produire dans cette région, conclura par les bords nettement tranches que présentent ces plaies, que forcément l'adversaire a dû avoir un instrument tranchant dans la main. Son igno- - rance le ce fait pourra avoir pour conséquence que l'accusé passera devant les assises au lieu de comparaître en simple police correctionnelle, car c'est a cette dernière juridic- Uon q^i'il aurait été renvoyé, même en privant son adversaire d'un œil, en se servant non d'armes, mais seulement de son poing.
A l'occasion des fractures de l'orbite, nous expliquerons pourquoi, pendant si longtemps, on craignait les lésions des parties molles à l'entour du nerf sus-orbitaire, pouvant, fait connu depuis Hippocrate, entraîner une amaurose supra-orbitaire ; de l'amaurose infra-orbitaire, il n'est guère fait mention (Lichtenstàdt, Arneman, Putgenat). Actuellement on sait que ce sont les lésions concomitantes qui se produisent dans le fond de 1 orbite qui entraînent l'amaurose; aussi, à personne qui aura exploré à l'ophthalmoscope l'œil et reconnu que le trouble visuel revient à une atrophie plus ou \iioins complète du nerf, ne viendra l'idée d'imiter Beer {Lehre der Augen^ 'krankheiten, I, p. 171) et de vouloir sectionner le nerf sus-orbitaire pour interrompre une action réflexe entre la fibre du tégument, qui aurait ete tiraillée par la cicatrice et le nerf optique. Beer peut bien avoir vu rétrograder deux amauroses après avoir sectionné le nerf sus-orbitaire; pareil hasard heureux ne fera pas revivre l'action d'un nerf sensitif, sur un nert sensoriel L'ophthalmoscope nous renseigne du reste, qu'il agit comme cause occasionnelle de l'atrophie du nerf optique, non seulement l'atrophie par lésions intracrâniennes, intracanaliculaires et intravaginales, mais que la névrite peut encore être intervenue ici, si un érysipèle a gagné la région sus-orbitaire blessée et, par suite, le tissu rétro-bulbaire, comme dans le cas de H Noves (Am. med. Times, 802, p. 62). Du reste, ces observations d'amauroses sus-orbitaires tendent de plus en plus à disparaître de la littérature, depuis que nos moyens d'analyse et d'exploration ont gagné en précision. Les lésions osseuses qu'on peut observer concernant le rebord orbitaire