BLESSURES DU REBORD ORBITAIRE
sont fort rares, car on ne les rencontre guère isolées et sans que les parties osseuses de l'orbite y participent. Il faut (ju'il y ait eu en quel((ue sorte une cause vulnérante qui, tout en atteignant le bord osseux, n'ait l'ait ([u'efllourer ce rebord et non agi en ébranlant sensiblement la paroi orbitairc (dont le rebord représente la terminaison). Ainsi l'on a observé que, par suite d'un coup de pierre, un petit fragment du prolongement nasal du maxillaire supérieur a été détaché. Ce fragment se butant contre le nerf intra-orhilaire aurait déterminé un tétanos, suivi de mort (Biermeyer). Mackenzie, (jui cite ce cas, rapporte aussi deux observations, l'une de fracture du prolongement nasal du maxillaire supérieur, l'autre du rebord orbitaire supérieur, ce dernier cas ayant entraîné un ectropion cicatriciel.
J'ai observé tout récemment une jeune fille de dix-neuf ans qui, se trouvant à portée d'un imprudent, jouant avec un revolver, fut atteinte d'une balle (jui lui péiu-tra dans la région temporale droite et avait entraîné une fracture du rebord orbitaire gauclic. Les nerfs optiques n'avaient pas été atteints, mais un fragment du rebord s'était enfoncé vers le sac lacrymal et bouchait entièrement l'entrée du canal nasal. Un larmoicnuMit persistant s'était développé, contre lequel on proposa l'extirpation de la partie orbitaire de la glande lacrymale, la lésion osseuse étant ancienne.
Des fractures par arme à feu comme celle que nous venons de citer, sont encore plus facilement observées (Demmé, de Bellingen) que celles produites directement par une arme, comme dans l'observation rapportée par Berlin {loc. cit. y p. 584).
Un étudiant reçoit un coup de rapière à travers la paupière supérieure droite. Le médecin présent suture la plaie et applique des compresses froides. Berlin voit le blessé vingt-quatre heures après. De la circonférence inférieure de la glabella partait une plaie dirigée obliquement en dehors et en bas, croisant le sourcil droit et allant avec ses lèvres nettement taillées et fraîchement agglutinées jusqu'à l'extrémité du rebord orbitaire supérieur. La paupière supérieure gonflée ne présentait pas trace de motilité. Par conséquent, on pensa que le tendon du releveur avait été sectionné, et l'on ouvrit, pour recliercher les extrémités sectionnées, la plaie dans toute son étendue. « Dans cette recherche, je trouvai, dit Berlin, à part la division soupçonnée du muscle levator palpebrie et du rectus supérieur, une vaste plaie de la sclérotique et dans la profondeur une esquille de 9 millimètres de longueur et deS'"!/^ de largeur et d'épaisseur; une esquille presque identique restait encore par son extrémité externe attachée par quelques fibres avec le périoste du rebord orbitaire. » L'os fut enlevé et reconnu comme un fragment de la moitié externe du rebord orbitaire supérieur, rebord qui montrait une plaie correspondante lisse et appartenait par moitié à l'os malaire, par moitié à l'os temporal. La plaie refermée guérissait par première intention.
Ce n'est que lorsqu'on est appelé immédiatement après la blessure du rebord orbitaire osseux qu'il peut être question d'intervenir et, le plus souvent, cette intervention se bornera à une reposition de l'os, qu'on peut, au besoin, fixer par les lambeaux de périoste qui y adhèrent au moyen de quelques sutures de catgut. Le redressement ou l'extraction d'un fragment, une fois la plaie cutanée guérie, ne sera indiqué que lorsqu'il s'agit de remédier à un déplacement des paupières ou à la compression de nerfs sensitifs avec névralgies rebelles, ou menace de tétanos.
Une véritable disjonction suturale du rebord inférieur, compliquée ou non
de fraclures os.^euses, a élc observée, lorsque la figure a porte sur un sol dur, la glace. Ces accidents s'observent surtout à la suite déchûtes de cheval, et la direction du choc peut, en pareil cas, être telle qu'd porte de préférence sur le rebord orbitaire inférieur, en disjoignant les os ou en les fracturant sans intéresser notablement le plancher orbitaire. Cette disjonction se caractérise par une véritable dislocation des os. La joue s'affaisse d'un côté, ainsi que le rebord maxillaire inférieur.
Cette disjonction ne se produit jamais sans qu'il y ait déchirure du nerf infraorbitaire avec trouble de la sensibilité, et si une fracture s'y adjoint, il est rare qu'un hématome orbitaire avec suffusion conjonctivale ne l'accompagne pas, en chassant l'œil dehors au-devant de la joue affaissée, ce qui le fait paraître plus saillant encore. C'est l'hémorrhagie qui est ici la cause de la saillie de l'œil; bien rarement elle est produite par la saillie des os vers l'intérieur de l'orhite, et encore bien plus rare doit être la blessure directe du globe oculaire, par suite d'une dislocation et fracture des os du rebord orbitaire. Du reste, ces graves blessures trouvent leur description dans les traités de chirurgie.
ARTICLE X
BLESSURES DES PAROIS ORBITAIRES (fRACTURES)
Le rebord orbitaire garantissant notablement les parois de l'orbite là où elles sont de préférence exposées à des blessures, les lésions directes des parois orbitaires sont donc fort rares et ne méritent pas une description à part. Ce qui nous intéresse ici presque exclusivement, ce sont les fractures, et cela à un double point de vue, celui de l'importance qu'elles ont comme symptôme des fractures crâniennes en général, et, pour ce qui concerne le contour orbitaire, comme retentissement sur la conservation de la vision en particulier.
Nous devons distinguer ici: 1° des fractures directes et 2" des fraclures indirectes; par continuité. Les premières résultent d'une action d'un corps vulnérant, d'un choc sur les parois orbitaires ; les autres ont lieu par contrecoup. L'e'ffet du contre-coup se produit en ce que, entre le point directement frappé ou contusionné se trouve une partie des os qui a montré une élasticité suffisante pour se plier, se courber et se lasser sans se fracturer, tandis qu'au delà de cette partie, une portion des os, bien moins disposée pour cet amortissement du choc vulnérant, quoique le recevant indirectement et amorti se fracture. Il peut y avoir combinaison de fracture directe et de fracture indirecte, par conlre-coup ; mais en pareil cas, la lésion directe se trouve séparée de l'indirecte par une portion de l'os qui a échappé à l'action de la force; de même que celle-ci, tout en n'étant pas assez puissante pour déterminer une fracture directe, et tout en étant amortie, rencontre, en