SI
kyste pigmentaire peut-il se développera la suite d'uue Iiémorrhngie iutraorbitaire? Gela est d'autant plus problématique que la formation d'un kyste hématique est plus que douteuse.
Nous savons, par expérience, que certaines tumeurs mélaniques présentent une consistance mollasse des plus accusées, de façon qu'en les incisant il s'en écoule un contenu absolument semblable à de l'encre et que le mélanome se vide, en quelque sorte, de son parenchyme pigmenté fluidifié; c'est aussi dans ce sens qu'il faut interpréter les deux uniques observations de kystes mélaniques.
Dans le premier cas dePamard père(/lnn. cVOcul., XXIX, p. 2G), on rencontre, clioz un homme càgé de trente ans, « une tumeur ayant la forme et le volume d'une grosse amande dépouillée de sa coquille, située à l'angle externe de l'œil droit. Elle soulevait la conjonctive, à travers laquelle on apercevait une coloration noire qui me fit présumer l'existence d'une tumeur mélanique. La seule médication à remplir me semble être l'ablation... La tumeur fut parfaitement isolée (par une incision intércsssant conjonctive et commissure externe) et enlevée sans de grandes difficultés. La glande lacrymale, qu'on avait cru malade, offrant l'aspect normal, je crus devoir la respecter. Examinée avec soin, la tumeur offrait l'aspect d'une amande, enveloppée dans un kyste mince, diaphane, qui renfermait une substance que je ne saurais mieux comparer qu'à la cire noire dont les .soldats se servent pour leur giberne. C'était la même consistance, la même couleur. La guérison eut lieu promptement. » Rencontre vingt ans plus tard, l'opéré n'avait pas présenté de récidive.
L'autre observation est rapportée par Mooren {Ophth. Miltheilungen) et se prête bien à la discussion. On avait cru qu'il s'agissait d'un néoplasme de la glande lacrymale, mais, en procédant à l'opération, on se convainquit qu'on avait affaire à un kyste. Des quantités incroyables d"un liquide semblable à de l'encre s'échappèrent du sac kystique incisé. Aussi paraissait-il incompréhensible comment le kyste pouvait renfermer une si grande quantité de liquide, jusqu'à ce que le doigt introduit constata que la pars orbitalis de l'os frontal avait été perforée et que les sinus frontaux avaient servi de dépôt à ces masses noirâtres. Déjà le deuxième jour, il survient une inflammation des tissus graisseux de l'orbite, avec panophthalmitis consécutive, qui fit courir les plus grands dangers à la malade. Comme cause étiologique du mal, on invoqua une contusion contre le montant d'une porte juste deux ans auparavant.
Le manque de récidive dans le cas de Pamard, constaté depuis vingt ans, n'exclut pas la possibilité qu'il se soit agi d'une tumeur mélanique qui, après la première ablation, reste, surtout chez des personnes jeunes, longtemps non suivie de rechute. La coloration noire que Pamard père indique, d'une façon si imagée, pour le contenu du prétendu kyste, n'admet pas non plus l'interprétation d'un kyste hématique qu'on a voulu lui donner (Fano). Pour ce qui concerne l'observation de Mooren, est-il admissible qu'une tumeur de petite dimension, qu'on est tout d'abord tenté de prendre pour un néoplasme de la glande lacrymale, se trouve en communication avec les sinus frontaux? Est-il admissible que sans qu'il ait préexisté aucun symptôme cérébral, il se soit agi ici, comme Berlin le pense, d'une mélanose de la pie-mère ayant perforé la paroi supérieure de l'orbite usée? Il avait affaire, très probablement, aune mélanose des parties postérieures du globe oculaire, ou des gaines du nerf optique, ce qui explique aussi la panophthalmie consécutive. La quantité incroyable de masses pigmentaires résulte du mélange de ces masses avec le sang qui s'écoule et lui donne absolument l'aspect de l'encre.