‹ Traité complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 100 sur 135 · Kystes exsudatifs, hygroma de Vorbite · texte numérisé non relu

Kystes exsudatifs, hygroma de Vorbite

C'est dans la distension progressive d'une très petite bourse muqueuse intra-orbitaire que ces kystes prennenfU^ur source, et il est très probable que la plupart des kystes véritablement séreux qu'on rencontre dans cette région reconnaissent une origine semblable. Le nombre de ces petites bourses muqueuses varie suivant les sujets, et il n'est pas rare d'en rencontrer chez lesquels on les rechercherait en vain; car, comme le dit très judicieusement M. Virchow (1) : « Ces organes ne se trouvent, pour ainsi dire, pas dans le plan général de l'organisation; ils ne résultent pas nécessairement du développement de l'organisme, comme le péritoine, la plèvre et le péricarde, et la raison de leur existence est, non dans l'embryogénie, mais dans l'usage et les mouvements des parties, mouvements grâce auxquels ils naissent, ou, tout au moins, se développent. »

Le plus souvent, c'est au-dessus et au-dessous du releveur de la paupière que se rencontrent ces petites bourses muqueuses, et elles constituent là de petites cavités remplies d'un liquide transparent, légèrement visqueux, et dont les parois sont constituées par le tissu cellulaire épaissi. A la suite d'une irritation inflammatoire plus ou moins intense, il peut s'y faire un épanchement assez considérable de liquide, épanchement qui prend une teinte citrine, lorsqu'il s'opère, aux dépens des vaisseaux circonvoisins, de petites hémorrhagies. Selon que les phénomènes d'irritation, qui sont la cause de ces kystes séreux et qui les accompagnent, sont plus ou moins intenses, leur évolution est plus ou moins rapide et leur développement plus ou moins considérable. Ils peuvent constituer des tumeurs assez volumineuses qui pénètrent dans la profondeur de l'orbite, s'insinuent au travers des fentes dans la cavité crânienne, et produisent des exophthalmos quelquefois assez considérables.

D'après les recherches anatomiques de Hyrtr(I, p. 123), le tendon de l'oblique supérieur se trouverait constamment, à son passage près de la trochlée, entouré d'une bourse muqueuse et l'on veut en avoir souvent rencontré entre les muscles releveur et droit supérieur (Demarquay, loc. cit., p . 41 9) . Nous devons considérer comme résultant d'une altération d'une bourse muqueuse, l'observation que nous avons recueillie, ainsi que celle assez analogue rapportée parYose Salomon.

Il s'agissait dans notre cas d'un enfant de dix ans, chez lequel avait pris naissance une tumeur siégeant au-dessus du plancher de l'orbite, et qui refoulait légèrement 1 œil en haut (2™-) en diminuant très notaUement la mobilité de cet organe en bas. Cette tumeur offrait au toucher le volume d'une grosse noisette; son apparition remontai a ' une époque indéterminée. L'enfant accusait des images doubles, qui s écartaient consi dérablement dès que le regard se dirigeait en bas. Le médecin de la maison et nousmême avions diagnostiqué, d'après la dureté de la tumeur et la lenteur de son deveiop

(1) Loc. cit., p. 198.

KYSTES FOLLICULAIRES (DERMOIDES).

pement, un fibrome de l'orbile. Je pratiquai une incision parallèle au rebord orbitaire inférieur; je mis la tumeur à jour, et, en essayant avec une spatule mousse, de la dégager du périoste, je vidai un kyste dont le contenu caséeux et semi-fluide s'écoula au dehors. J'enlevai ensuite avec beaucoup de soin la poche adhérente en divers points au globe de l'œil et qui se propageait jusqu'au voisinage du trou orbitaire. Cette ablation faite, je fus très surpris de trDuver, par le toucher, la surface inférieure du globe de l'œil absolument lisse, quoique je fusse presque certain de n'avoir pas attaqné un des muscles situés dans cette région. Or voici ce que démontra l'examen microscopique de la paroi du kyste, d'après MM. Cornil et Ranvier. Sur la paroi supérieure du kyste existait une bandelette rougeâtre, striée en long, visiblement musculaire, large de 4 à 5 millimètres, longue de 2 centimètres, et dans laquelle le microscope ne révéla que des fibres striées. A côlé de ce tissu, dont il se séparait très nettement, se présentait un tissu cellulaire condensé, d'un blanc grisâtre, contenant çà et là, dans son épaisseur, de rares fibres musculaires striées et quelques capillaires. Ces dernières fibres striées, nullement perceptibles à l'œil nu, s'apercevaient à une grande distance de la bandelette musculaire, et étaient, par conséquent, disséminées dans toute la paroi. Le contenu du kyste, adhérent à la paroi, se trouvait composé de cellules à divers degrés de dégénérescence graisseuse, de gouttelettes de graisse, et de cristaux de margarine. La surface interne du kyste était dépourvue d'épithélium. — La réunion s'effectua par première intention, de telle sorte que, huit jours après, le seul symptôme qui persistât était une immobilité absolue de l'œil en bas et un faible chémosis conjonctival. Deux ans plus tard je revis l'enfant : il n'existait aucune déviation de l'œil, mais la diplopie persistait lorsque l'enfant dirigeait le regard en bas.

Il ne s'agissait pas ici d'un kyste sébacé, comme l'examen histologiquedes parois le démontra clairement, mais d'un kyste à contenu, ayant subi la dégénérescence graisseuse de ses éléments.

Chez l'enfant de quatre ans observé par Vose Salomon, on trouve, cachée derrière la paroi externe de l'orbite et dans la direction du muscle droit externe de l'œil gauche, une tumeur lisse, dure, delà gi^osseur d'une noisette. Elle avait été observée depuis quelques mois sans qu'un traumatisme ait pu en expliquer la présence. On fit une incision dans la direction des fibres du muscle, on détacha son insertion antérieure, qu'on renversa en arrière avec la tumeur, qui se trouva fixée dans la gaine musculaire. L'extrémité postérieure de la tumeur fut extraite du fond de l'orbite, et l'on reconnut que plus d'un tiers de la longueur du muscle y était compris. On fit la suture de la conjonctive et la ténotomie du droit interne dans l'intérêt de l'équilibre musculaire. Après six mois il n'était survenu aucune récidive, mais un faible strabisme convergent s'était développé. La tumeur énucléée était dure, blanchâtre et d'une structure uniforme. A peu près vers son centre, se trouvaient deux petites cavités remplies de pus. M. Vose Salomon considère cette tumeur comme fibro-plaslique {Brit. med. Journ., 18 jaiiv. 1868).

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