‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 100 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (H' — H' — H""' — H · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (H' — H' — H""' — H

quantités sont susceptibles de variations très étendues. Le rapport entre l'hypermétropie latente et l'hypermétropie totale, généralement le même pour une amplitude d'accommodation déterminée et un degré donné d'hypermétropie, oscille avec ces deux facteurs. Plus l'hypermétropie totale est forte, plus est grand aussi l'effort d'accommodation mis en œuvre par l'hypermétrope, dans sa jeunesse, pour y remédier, plus considérable, par conséquent, est la fraction de cet effort incapable de relâchement. L'accommodation diminuant avec l'âge, l'hypermétropie latente diminuera d'une façon parallèle, pour devenir nulle, lorsque la faculté accommodatrice sera anéantie.

Ainsi la pratique nous montre tous les jours des enfants hypermétropes, chez lesquels le verre convexe le plus faible produit déjà une diminution de l'acuité visuelle. Le spasme physiologique de leur accommodation est égal à la totalité de leur hypermétropie. Passé l'âge de soixante-cinq ans, par contre, toute hypermétropie latente a disparu, ce qui revient à dire que l'hypermétropie entière est devenue manifeste.

Les mêmes facteurs influent sur la proportion de l'hypermétropie manifeste facultative et de l'hypermétropie manifeste absolue.

M. le D'' de Schroeder, à Saint-Pétersbourg (1), alors notre chef de clinique, a tenté d'établir une loi qui régirait le rapport entre l'hypermétropie totale et l'hypermétropie latente (et, par conséquent, entre celle-ci et la manifeste), il admet que l'hypermétropie latente est l'expression d'un effort constant du muscle ciliaire, destiné à couvrir primitivement, chez l'enfant en bas âge, la totalité de l'hypermétropie. Celle-ci étant de degré variable pour différents individus, cet effort varie d'autant suivant les hypermétropes, mais l'effort individuel demeure constant pendant toute la durée de l'existence.

Seulement, comme l'élasticité du cristallin diminue avec les années, l'effet de cet effort constant sera de moins en moins grand. L'hypermétropie latente est donc une fonction constante de l'accommodation, qu'on peut exprimer par la formule suivante :

dans laquelle a désigne l'amplitude d'accommodation correspondante à l'âge du sujet, et le chiffre 14 l'amplitude d'accommodation telle qu'on la suppose pour le jeune âge, c'est-à-dire au moment où l'individu a prélevé sur ellelaquote nécessaire à la neutralisation de son hypermétropie totale.

La discussion la plus élémentaire de cette formule démontre clairement la diminution de l'hypermétropie latente avec l'accommodation, autrement dit avec les progrès de l'âge, et son augmentation avec le degré de l'hypermétropie totale. Ainsi, prenons un homme de dix-neuf ans, affecté d'une hypermétropie totale de 4,5 D. Quelle est son hypermétropie latente.^^ La mensuration de son amplitude d'accommodation nous donne, conformément au diagramme de Donders, a = 10 D. Nous aurons donc :

Il est facile de voir que l'H^ est d'autant plus faible que le degré de l'H' est moins élevé.

(l) Th. de Schroeder, Arch. d'ophtalm., juillet-août 1882.

LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACGOMMODATIOiN.

Une série de mensurations, pratiquées par M. de Schroeder, lui ont montré une coïncidence remarquable entre les chiffres de l'hypermétropie manifeste ainsi calculée et de celle trouvée empiriquement par l'emploi des verres convexes.

La formule reste absolument valable pour les cas où la diminution de l'amplitude d'accommodation est due, non plus à la résistance du cristallin, mais à l'affaiblissement parétique du muscle ciliaire. Le résultat est en effet le même : une impulsion nerveuse identique produit un effet accommodateur moins considérable dans l'un et dans l'autre cas.

Nous avons vu que la quote accommodative représentant l'H^ varie avec le degré de l'hypermétropie totale. C'est une fraction dont le dénominateur est égal à l-i (amplitude d'accommodation de l'extrême jeunesse), le dénominateur égal au degré de l'hypermétropie totale. M. de Schroeder a calculé et réuni en un tableau synoptique les diverses valeurs de l'hypermétropie latente pour les différents âges (de dix à soixante-treize ans) et pour les degrés d'hypermétropie allant de 1 à 4 D.

Troubles visuels produits par F hypermétropie. — Les troubles auxquels sont exposés les hypermétropes sont dus surtout à l'effort d'accommodation que leur impose le défaut de leur réfraction.

Si, dans le jeune âge, et avec une hypermétropie pas trop forte, ce surcroît de travail est si facilement supporté par un muscle ciliaire vigoureux qu'il ne donne lieu à aucune plainte, à aucun inconvénient, il y a des degrés d'hypermétropie, et il arrive un âge où ce travail n'est pas aisément fourni. L'amétropie peut encore être corrigée pour la vue à distance, mais la vision de près commence à devenir pénible. Le malade cherche à diminuer l'effort d'accommodation, en reculant le livre ou en éloignant la tête de son établi. Il est obligé d'interrompre de temps en temps son travail, afin de laisser reposer son muscle ciliaire. Grâce à ce stratagème, nombre d'hypermétropes peuvent continuer leur ouvrage tant bien que mal. D'autres, au contraire, sont de bonne heure déjà tourmentés par des symptômes d'asthénopie, provoqués par l'excès de fonctionnement de leur muscle accommodateur. La vue se trouble, les objets disparaissent et réapparaissent, dansent devant les yeux, se dédoublent même parfois. Une sensation de pesanteur, qui peut aller jusqu'à une véritable douleur, occupe les yeux et le front. La céphalalgie peut affecter la forme d'une véritable migraine, et rendre impossible, non seulement tout travail, mais même la fixation' de l'objet le plus éloigné. Ces personnes ne peuvent échapper à leur malaise qu'en fermant les yeux et en les soustrayant ainsi à toute stimulation accommodative. L'asthénopie survient d'autant plus facilement que l'hypermétropie est plus élevée et que le pouvoir accommodateur est moindre.

La faiblesse de l'accommodation peut avoir deux origines très distinctes : ou bien c'est le cristallin qui, ayant perdu plus ou moins son élasticité, exige une contraction musculaire plus énergique pour produire un accroissement voulu de réfraction. C'est la cause qui, dans tous les yeux, fait diminuer l'amplitude d'accommodation avec l'âge, déjà à partir de dix ans. C'est pour cela aussi que tous les hypermétropes sont doués tôt ou tard à l'asthénopie, s'ils n'ont pas recours aux moyens que nous allons indiquer.

Mais l'insuffisance de l'accommodation peut être amenée aussi par un affaiblissement du muscle ciliaire. C'est ainsi que nous voyons l'asthénopie

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