PARTIE CLINIQUE (TROUBLES VISUELS DES HYPERMÉTROPES
affecter très souvent des enfants et des jeunes personnes anémiques, mal nourries, ou convalescentes de la diphthérie, ou atteintes d'une parésie du muscle ciliaire d'une autre origine. Le pouvoir accommodateùr étant ainsi réduit, ne suffit plus pour adapter l'œil, ou pour soute^nir une adaptation prolongée. Il ne faut donc pas s'étonner si l'on rencontre assez fréquemment l'asthénopie avec un degré faible d'hypermétropie, et chez des jeunes personnes qui devraient posséder une amplitude d'accommodation très étendue. Elles ne l'ont pas toujours.
Enfin, les troubles visuels mentionnés peuvent aussi se produire en dépit d'une hypermétropie faible et d'une accommodation puissante, lorsque la nature particulière du travail de l'individu ou l'imperfection de sa vue ne lui permettent pas de choisir à son gré la distance à laquelle il place les objets dont il s'occupe. Ces derniers peuvent être si fins, comme, par exemple, le canevas de la brodeuse, les traits du graveur, etc., et demander une précision telle que le travail n'est possible qu'à la condition que les images rétiniennes soient assez grandes. Pour les obtenir, l'individu est donc obligé de se rapprocher autant que possible de son travail.
Le même fait se produit lorsque l'acuité visuelle est insuffisante, soit par suite d'un astigmatisme, d'opacités des milieux réfringents, ou d'altérations du fond de Toeil. Ici encore le malade cherche à agrandir autant que possible ses images rétiniennes, afin de suppléer ainsi à leur imperfection, ou à l'insuffisance de l'impression qu'elles produisent sur un appareil nerveux affaibli. Les hypermétropes très élevés, dont nous avons parlé, nous fournissent les exemples les plus frappants de ce genre de vision.
Or l'hypermétrope (axile), qui s'adapte à l'aide de son accommodation seulement, se trouve dans les conditions les plus défavorables pour obtenir de grandes images rétiniennes. Un simple regard jeté sur les figures ci-contre nous en rendra compte aussitôt.
Les trois yeux. M, E et H (fig. 112) ont tous le même système dioptrique, fixent tous le même objet AB situé à la même distance Ce, et en obtiennent tous une image rétinienne nette. Mais la grandeur de cette image est très différente pour ces trois yeux : on l'obtient en traçant, à travers le point nodal (centre de courbure de la surface réfringente de l'œil réduit), des lignes droites î (lignes de direction ou axes secondaires, p. 23 et 61), des points extrêmes A et B i de l'objet, jusque sur la rétine, où elles indiquent les points correspondants de l'image. Le point nodal K est le même dans les trois yeux, aussi longtemps que leur système réfringent est le même, par exemple à l'état de repos.
Si l'œil M a une myopie telle que son punctum remotum se trouve juste en C, il verra l'objet AB nettement, sans effort d'accommodation, son système dioptrique ne varie pas, K reste où il est à l'état de repos, et l'image rétinienne aura la erandeur ab.
L œil emmétrope E ne voit pas à courte distance à l'état de repos. Il fait donc un effort d'accommodation. Son système dioptrique augmente de force, le point nodal avance un peu, de K à K'.
L'effet de l'augmentation de la réfraction sur la position du point nodal ne saurait, en effet, être rendu plus évident et plus facile à comprendre que dans l'œil réduit, comme dans les figures ci-contre, où le système dioptrique de l'œil est représenté par une surface réfringente unique, dont le centre de courbure est le point nodal lui-même. L'accroissement de la réfraction dû à l'accommodation est nécessairement représenté, dans l'œil réduit, par
FlG. 112.
une augmentation de convexité de sa surface réfringente. Son rayon de courbure diminue donc, et son centre se rapproche d'elle jusqu'à K', pour i'œil emmétrope E.
Malgré cet avancement du point nodal, l'image rétinienne a'b' de l'œil emmétrope est notablement plus petite que celle du myope. La raison en est que la distance YJm' , qui sépare le point nodal de la rétine de l'œil emmétrope, est plus courte que celle Km de l'œil myope. C'est que l'accroissement KK', qu'elle a subi, par suite de l'avancement du point nodal, est bien moindre que la différence mm' entre la longueur de l'œil emmétrope et celle du myope.